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Le fils du passé
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Le fils du passé.
Prologue

- « Tirez-vous de mes griffes, si vous le pouvez », dit le docteur McCoy en se calant triomphalement dans son fauteuil. D'un simple mouvement de Tour, il venait de placer son adversaire dans une situation inconfortable. Les sourcils de l'homme qui lui faisait face se plissèrent d'une manière qui trahissait son étonnement.
- « Un coup intéressant », concéda Monsieur Spock, avant de s'absorber dans une contemplation silencieuse de l'échiquier.
McCoy esquissa un sourire. L'officier en second avait accepté de le défier sur son terrain: un bon vieil échiquier à deux dimensions. Le Vulcain découvrait à présent que les coups du docteur, en dépit de quelques fantaisies, pouvaient être pleins d'inspiration, et bousculer la froideur de sa logique. McCoy n'avait pas été pour rien capitaine de l'équipe d'échecs de son école de médecine ...
Laissant l'officier en second se débattre avec les difficultés de la Dame noire, McCoy lança un regard circulaire à la salle de récréation. Elle était remplie de membres de l'équipage, qui jouaient aux cartes ou aux échecs, ou discutaient par petits groupes. Ses yeux s'arrêtèrent sur le visage d'une jeune enseigne. C'était une fort jolie personne. Des cheveux bruns, les yeux verts. McCoy fit un effort pour retrouver son nom. Teresa McNair ! Son dossier médical indiquait qu'elle avait à peine plus de vingt-trois ans, et sortait tout droit de l'Académie.
Pour l'instant, elle était penchée sur l'écran d'un ordinateur. Son nez, remarqua le docteur, touchait presque la surface lumineuse. Pendant qu'il la regardait, appréciant ses longues et fines jambes, qu'elle avait repliées sous elle, la jeune femme interrompit sa lecture d'un geste brusque. Puis elle s'empara d'un gros paquet de feuilles et se dirigea vers lui d'un pas décidé.
Un peu honteux de l'avoir fixée avec une telle ostentation, le docteur McCoy détourna la tête. Quelques secondes plus tard, Teresa McNair tapota le coude de Spock afin d'attirer son attention.
- « Excusez-moi, Monsieur Spock », dit-elle.
Le Vulcain sursauta, et leva les yeux vers elle.
- « Oui, enseigne ? »
- « Monsieur, auriez-vous la bonté de me confirmer quelque chose? Je pensais qu'il était établi que les premiers mouvements de colonisation vulcaine s'étaient confinés aux alentours de la Zone Neutre ? » Sa voix s'était élevée, comme pour marteler une interrogation.
- « C'est absolument exact », répondit Spock, sur un ton patient que contredisait un maintien peu engageant.
- « Alors, comment expliquez-vous cela? » Elle posa ses feuilles devant le Vulcain, et reprit son discours.
- « Cette photo provient d'archives archéologiques concernant le système Beta Niobe, qui se situe à l'exact opposé de la Zone Neutre. Et s'il n'y avait pas de colonisation vulcaine ... »
McCoy vit une ombre planer sur le visage de Spock à la mention de Beta Niobe. Il tenta vainement de se souvenir ... Beta Niobe ? Beta Niobe ... C'était inutile. Il avait connu trop de planètes, de soleils, de mondes ... Il fallait être un ordinateur ambulant, comme Spock, pour se les rappeler tous.
Spock examinait les feuilles, les yeux écarquillés. Le docteur s'adressa à McNair : « Beta Niobe ? Je ne sais où le placer, mais ce nom me dit quelque chose. » L'enseigne lui sourit avant de répondre.
- « Rien d'étonnant, docteur. L'Entreprise était le vaisseau chargé de prévenir les habitants de Sarpeidon que Beta Niobe, leur soleil, était sur le point de se transformer en nova. Je crois que vous faisiez partie de l'équipe qui se téléporta sur la planète. Vous vous souvenez sans doute de la formidable bibliothèque d'Atoz. Les documents que j'étudiais en proviennent. Nos ordinateurs avaient recueilli les données de la bibliothèque avant la destruction de la planète.
Elle se retourna vers Spock, qui scrutait toujours les documents.
- « Selon la datation neutronique, les peintures rupestres que vous pouvez voir remontent à la dernière période glaciaire de Sarpeidon ... Il y a environ cinq mille ans. Ceci est un agrandissement du visage qui se trouve sur la gauche de la fresque. » Elle tendit une autre feuille à l'officier en second.
Spock se pencha sur la photo. Son visage ressemblait à un masque de pierre, et McCoy nota avec inquiétude qu'il semblait s'être totalement replié sur lui-même. Le docteur bondit de son siège afin de regarder à son tour les photos.
La plus proche de lui représentait le mur d'une caverne, gris et irisé de reflets rouges. La peinture montrait une scène de chasse. Deux personnages humanoïdes affrontaient deux grandes créatures. La première ressemblait à un lion à maigre encolure et à long poil. L'autre se tenait debout sur les pattes de derrière, comme un ours en train de faire le beau sur la piste d'un cirque. Avec ses oreilles tombantes et son long museau, il avait l'air presque comique. Mais les crocs qui sortaient de sa gueule, et son poids visiblement supérieur à celui des deux chasseurs réunis tempéraient cette impression.
Tout à fait à gauche du mur, il y avait une autre peinture, plus petite. C'était simplement un portrait. McCoy saisit l'agrandissement ...
Sur la pierre sombre du mur de la caverne, un visage d'un blanc fantomatique paraissait flotter devant les yeux incrédules du médecin-chef. Sous des cheveux d'un noir de jais, deux yeux surmontés de sourcils caractéristiques semblaient se river dans les siens. Le trait de la peinture était primitif, mais affirmé. Il ne manquait pas un détail ... Y compris les oreilles pointues.
McCoy regarda Spock, dont les traits s'étaient encore assombris. La bouche du docteur était sèche, sa voix hésitait sur chaque mot.
- « Sarpeidon ? Il Y a deux ans que nous ... » Il s'arrêta net et se rassit en se mordant les lèvres.
- « Il s'agit peut-être d'une anomalie génétique », dit enfin Spock, en s'adressant à la jeune femme. « Ou du développement parallèle de deux races bien distinctes. Ou encore, cela est très possible, de la représentation d'un personnage mythologique. Songez au dieu Pan, de votre folklore terrien ... Je vous saurais gré de me laisser consulter votre documentation, enseigne, lorsque vous aurez fini de vous en servir. » La voix du Vulcain était redevenu normale. McNair acquiesça, puis se retira, en emportant le paquet de feuilles avec elle.
Spock fit de nouveau face à son partenaire d'échecs.
- Si cela ne vous dérange pas, docteur, j'aimerais que nous revenions à notre partie. Il me faudra retourner à mon poste dans quarante-cinq minutes et vingt-deux secondes. Et je crois tenir la réfutation de votre fascinante - mais illogique - manière de pratiquer les échecs. »
- « C'est à vous de jouer, Spock. Mais peut-être l'aviez-vous oublié ? »
L'officier en second jeta à peine un coup d'œil sur l'échiquier. Puis il déplaça son Fou de la Dame d'une main décidée. Mais McCoy remarqua le léger tremblement, aussitôt contenu, qui avait fait tressaillir les longs doigts de son adversaire. Le docteur enregistra l'information pour ce qu'elle valait. Puis il retourna lui aussi au jeu.
- « Je ne doute pas que vous allez me battre comme un vulgaire tapis, Spock. Il faut bien que toute cette logique vous serve à quelque chose. »
Mais ce fut McCoy qui gagna la partie.

Chapitre Premier

Journal de bord du capitaine, date stellaire 6324.09 : « Notre mission de repérage dans le secteur 70.2 de ce quadrant inexploré s'est déroulée sans incident. A vrai dire, elle fut même si calme, que j'ai été obligé d'avoir recours à des simulations de batailles, et à des exercices d'abandon du vaisseau pour garder mon équipage en éveil. Tout le monde attend à présent notre halte sur la base 11. Le vaisseau y sera inspecté et réparé durant deux semaines. Presque tous les membres de l'équipage ont demandé des permissions. Le moral est par conséquent au plus haut, en partie à cause de la réception prévue pour le soir de notre arrivée. Les seuls êtres à bord de l'Entreprise qui ne succombent pas à l'euphorie de l'espace, sont mon médecin-chef et mon officier en second. Ils affichent même une tranquillité inquiétante depuis deux jours. Je ne leur ai pas encore demandé les raisons de leur soudaine discrétion. Mais je m'y résoudrai, si cela devait continuer. »
L'Entreprise avançait sereinement dans l'espace, inconsciente de l'excitation causée par l'approche de la base 11. A son bord, presque tout l'équipage était en train de préparer ses plus beaux atours en vue de la réception. Le Lieutenant Sulu et le Yeoman Phillips donnaient une démonstration d'escrime. La chorale répétait quelques ballades fort coquines - et fort vraies - qui louaient les ... exploits du capitaine. (James Kirk prenait grand soin de les ignorer consciencieusement.)
Et le petit théâtre représentait H.M.S. PINAFORE. La pièce était sous la responsabilité du Lieutenant Uhura, et du Commander Scott, qui était un fin baryton, et chantait la partition du Capitaine Corcoran. Kirk, Scott y et Uhura discutaient de l'opérette à la cantine, quand McCoy se joignit à eux.
- « Prenez un siège, Bones », dit Kirk. Puis il goûta du bout des lèvres un minuscule morceau de la feuille de salade qui occupait son assiette.
- « Je vais finir par devenir un lapin, si vous persistez à m'imposer ce régime ridicule. Et dire que je dois avaler ça en regardant Scott y se goinfrer de forêt noire ! »
L'ingénieur en chef avala sa dernière cerise, et sourit.
- « Un homme doit savoir restaurer ses forces, s'il veut travailler toute la journée, et répéter toute la nuit ! »
- « En réalité, capitaine », dit pensivement Uhura, « nous devrions retarder un peu la générale... Nous pourrions récrire les rôles de Gilbert et de Sullivan ... Les rendre plus contemporains. Pourquoi ne pas situer, par exemple, l'opérette à bord de l'Entreprise, et lui donner un autre nom. U.S.S ENTREPRISE, cela a au moins autant de chien que H.M.S. PINAFORE. Et pourquoi ne tiendriez-vous pas vous-même le rôle du capitaine ? »
Kirk toussota, prit une grande inspiration, et commença à chanter. ..
- « Et je n'ai jamais, jamais été malade dans l'espace ... » émit-il, sans aucun respect pour le solfège.
Uhura et Scott y firent chorus.
- « Quoi, jamais ? »
- « Non, jamais ! »
- « Quoi, JAMAIS ! »
- « Bien ... Presque jamais ... » Kirk cessa de chanter, et se tourna vers McCoy.
- « Qu'en pensez-vous, Bones ? Aurais-je un avenir dans l'opéra ? Vais-je devenir le Caruso de Starfleet ? »
- « A mon point de vue, il eût été raisonnable de vous retirer le larynx à la naissance pour préserver le monde d'une telle éventualité. Vous pouvez encore passer pour un capitaine de vaisseau spatial ... Mais pour un chanteur ... Je suis désolé, Jim. »
- « Encore une grande carrière étouffée dans l'œuf par manque d'encouragement ! Quel dommage ! »
Il regarda l'heure et se leva. « Il est temps de retrouver la passerelle. Vous me suivez, docteur ? »

* * * * *

Lorsqu'ils furent dans l'intimité relative des couloirs, James Kirk demanda abruptement: « Qu'est-ce qui ne va pas, Bones ? »
McCoy ne répondit pas. Il se contenta de hausser les épaules, puis posa une question à son tour.
- « Vous souvenez-vous d'une planète nommée Sarpeidon, que nous avons visitée il y a deux ans ? »
Le capitaine lui lança un regard aigu. « J'ai eu besoin de deux semaines pour me débarrasser de l'odeur de cette prison médiévale. Et ce vieux fou d'Atoz ... Mais pourquoi me parlez-vous de ça ? »
Le médecin-chef s'abstint une nouvelle fois de répondre. Après un long silence, il posa encore une question.
- « Est-ce que Spock vous a jamais raconté ce qui nous est arrivé là-bas, capitaine ? »
- « Non. Si je me souviens bien, vous étiez tous les deux plutôt discrets à propos de cette aventure. J'ai cru déduire du rapport officiel qu'il y avait une femme prisonnière de cet âge de glace, et qu'elle vous avait sauvé la vie. J'ai oublié son nom. »
- « Zarabeth », dit McCoy d'une voix hésitante. « Elle s'appelait Zarabeth. Avez-vous vu Spock, dernièrement ? »
- « Non. Aurais-je dû ? Il n'est pas apparu sur la passerelle depuis trente-six heures ... »
Jim Kirk planta son regard dans les yeux de McCoy. « Vous êtes sûr de ne pas vouloir m'en dire plus ? »
McCoy baissa la tête. « Il n'y a rien à dire de plus, capitaine. Je vous verrai plus tard. »
Kirk resta un instant dans le couloir désert. Il était tenté de suivre le docteur, et de le forcer à poursuivre le sujet. Mais il renonça. Bones ne l'aurait probablement pas admis, mais il partageait certains traits de caractère avec Spock. Lorsqu'il ne voulait pas parler, personne au monde n'était capable de le faire changer d'avis ...

* * * * *

La passerelle était calme et rassurante. Kirk se laissa tomber dans son fauteuil, et commença à prendre connaissance des derniers rapports. Mais une part de son esprit comptait les minutes qui le séparaient du retour de Spock à son poste de travail... Le meilleur officier en second de Starfleet ... Oui, le Vulcain l'était sans aucun doute ! Mais que sous-entendait McCoy, lorsqu'il reparlait de Sarpeidon ? Et cette femme ? Avait-elle quelque chose à voir avec le docteur ? Instinctivement, Kirk pensait que non. D'un autre côté, il était impossible d'imaginer Spock impliqué avec une femme ... Cela n'était jamais arrivé, à part sur Omicron Ceti III. Mais là, il y avait eu les spores ...
Étrangement, le capitaine avait toujours pensé que les spores n'étaient pas les seules responsables du comportement de son second.
Il existait quelque chose de plus profond, qu'il ne parvenait pas à comprendre, et qui n'avait aucun rapport, non plus, avec ce qui était arrivé pour T'Pring.
Le capitaine sortit de sa rêverie, l'esprit en alerte. Il était 13 01. Spock avait une minute de retard ! Cela paraissait impossible. L'ordinateur le confirmait pourtant. Spock avait une minute de retard ...
La porte du turbolift s'ouvrit dans le dos de Kirk. Un instant plus tard, Spock était debout près du fauteuil de son capitaine, les mains croisées derrière le dos.
- « M. Spock, est-ce qu'un cataclysme s'est produit ? Savez-vous que vous êtes en RETARD ? » La voix du capitaine était calme et pleine de compassion, démentant ainsi l'ironie de ses propos.
- « Je déplore ce manque de ponctualité, Monsieur. Cela ne se reproduira plus. Je puis vous l'assurer. »
Jim Kirk ne tenta même pas d'engager la conversation. Il savait de longue expérience que Spock ne parlerait que lorsqu'il serait décidé, s'il devait un jour se décider. Il quitta son siège, et dit de sa voix la plus officielle : « Je vous laisse les commandes, monsieur Spock. Je suis attendu à 08 15 pour une inspection du laboratoire hydroponique. Tenez-moi au courant de tout événement inhabituel. Ce secteur a été répertorié comme un des plus généreux en matière de tempêtes ioniques. Nous devons être vigilants. »
Le capitaine quitta la passerelle. Une sourde sensation d'inquiétude pesait sur sa nuque. Spock aurait qualifié cela d'illogique. Jim Kirk préférait utiliser le terme « intuition ».

* * * * *

Jim continua de s'inquiéter durant les trois jours qui suivirent. Le mutisme de Spock et de McCoy n'avait pas cessé. Le capitaine se déchargeait de sa frustration sur l'androïde d'entraînement de la salle de close-combat ...
Il se reposait dans sa cabine, après une séance particulièrement défoulante. Il lisait, étendu sur sa couchette. Le volume était un de ces livres reliés qu'il aimait tant. « Le genre de bouquin que l'on peut serrer entre ses mains » comme l'aurait dit Sam Cogley. Le juriste l'avait initié à la passion de collectionner de « vrais » livres, et Kirk avait trouvé cet exemplaire remarquablement conservé d'un de ses vieux auteurs favoris dans une boutique d'antiquité de Canopus IV. Il était plongé dans les aventures du Capitaine Nemo et de son Nautilus lorsque le signal lumineux de sa porte se mit à clignoter.
- « Entrez », dit Kirk, tout en remettant son trésor à l'abri d'une couverture protectrice. La porte s'ouvrit pour laisser passer Monsieur Spock. Le capitaine désigna une chaise à son officier en second.
- « Asseyez-vous, Spock. Voulez-vous un peu de brandy de Sauria ? »
Spock refusa d'un signe de la tête. Le capitaine se servit un petit verre, et s'assit en face du Vulcain.
- « Je suppose, capitaine, que vous attendiez ma visite ? »
Jim Kirk acquiesça. Comme le Vulcain ne se décidait pas à poursuivre, il ajouta : « Je sais depuis plusieurs jours que quelque chose ne va pas. McCoy, pour commencer, qui refusait de dire un mot. Puis vous ... Je me doutais que c'était grave ... Vous voulez en parler, à présent ? »
Spock détourna le regard, et s'absorba dans la contemplation d'un tableau de l'Entreprise qui était accroché sur le mur opposé. Kirk dut tendre l'oreille pour l'entendre murmurer: « Je me vois dans l'obligation de demander une permission ... Une très longue permission ... Il s'agit ... d'une affaire de famille. »
Le capitaine sirota une gorgée de brandy, puis il dévisagea son ami. Le Vulcain semblait fatigué. Il avait les yeux cernés. Une aura d'inquiétude se substituait à son impassibilité coutumière. Kirk, intensément concentré, attendait les prochaines paroles de Spock, quand il fut brutalement conscient qu'une entité immatérielle s'approchait de son esprit, le touchait, et cherchait à lui faire partager sa souffrance. Un court instant, James Kirk ressentit la ferme résolution, teintée de culpabilité et de honte, qui émanait de la présence. Il retint sa respiration, essaya d'approfondir le contact, de se focaliser sur l'esprit qui s'ouvrait à lui... Mais le contact, si contact il y avait eu ailleurs que dans son imagination, s'évanouit aussitôt.
- « Jim », dit Spock, « je sais que vous n'êtes pas télépathe. Pourtant, l'espace d'une seconde ... »
- « Je sais. Je l'ai ressenti aussi, l'espace d'une seconde. Mais assez longtemps pour comprendre que vous êtes déterminé à partir, et que la situation, quoi qu'il en soit, est très grave. Mais vous allez devoir me dire la suite avec des mots, Monsieur Spock. Vous m'entendez ? Des mots ! »
- « J'aimerais partager tout cela avec vous, Jim, si je le pouvais. Mais je suis le seul responsable de cette ... affaire. Il est de mon devoir de la résoudre seul. »
- « Quelque chose me dit que vous allez tenter une opération des plus hasardeuses. Ai-je tort ? »
- « Je dois agir seul. S'il vous plaît, n'exigez pas d'explications ... »
Kirk se pencha vers le Vulcain, lui agrippa l'épaule, et se mit à le secouer. « J'ignore quel est votre problème, mais je devine pourquoi vous refusez d'en parler. Vous craignez que je découvre à quel point votre projet est dangereux, et que j'insiste alors pour venir avec vous. Vous avez raison ... Je viens avec vous ! »
- « Je ne le permettrai pas », dit Spock sur un ton glacial. « Je ne veux pas mettre votre vie en danger. J'irai seul. »
- « Au nom de tous les diables, Spock, rien ne peut vous contraindre à me parler si vous ne le désirez pas. Mais je jure qu'il vous faudra déserter pour quitter ce vaisseau sans moi ! »
Un éclair de colère, fugace mais bien réel, traversa les yeux de Spock. Kirk soutint le regard du Vulcain, tout en se demandant où son officier en second pouvait bien avoir l'intention de se rendre. De toute évidence, McCoy en savait plus qu'il n'en voulait dire. Sarpeidon ? Pensa le capitaine. Mais cette planète n'existe plus dans le présent. Elle a été détruite... Mais la femme ... Et le visage sur le mur de la caverne ...
Caverne ? Visage ?
Le capitaine serra les poings. Cette fois, l'image était claire dans son esprit: le visage d'un Vulcain peint sur le mur d'une caverne.
- « J'ai bien capté le message, Spock. Appelez cela empathie, télépathie, ou tout ce que vous voudrez, je sais maintenant que cette vision me venait de votre cerveau ... » Le capitaine réfléchit un court instant. « Votre problème, est d'ordre ... biologique, n'est-ce pas ? »
Le Vulcain approuva d'un signe. « Oui. Mes barrières mentales doivent être bien affaiblies, pour que je ne parvienne plus à me contrôler. Naturellement, nous avons été en contact mental dans le passé ... Mais cela ne suffit pas à expliquer ma défaillance... Je suis fatigué, c'est sans doute la raison. »
- « Qu'importe les raisons, Spock, maintenant que je sais ... C'est incroyable. A cinq mille ans d'ici, dans cet enfer de glace ... »
- « Zarabeth a porté mon enfant », dit Spock, terminant la phrase de son capitaine.
Ils se regardèrent un long moment. Puis Kirk dit enfin : « Il y a peut-être une autre explication. Zarabeth a peut-être dessiné VOTRE portrait. Comment le savoir ? »
- « Je le sais. Le visage peint sur le mur de la grotte présente des caractéristiques vulcaines indéniables. Mais ce n'est pas mon visage. Les yeux sont différents. Les cheveux plus longs. Ce sont les traits d'un garçon à peine sorti de l'adolescence. Et il y a d'autres indices. Les objets découverts dans la caverne indiquent un degré de civilisation supérieur à celui de l'espèce qui a évolué dans cet hémisphère de Sarpeidon. On a retrouvé des vestiges de métal travaillé. Ainsi qu'une lampe en pierre qui fonctionnait avec de la graisse animale. Ce sont des anachronismes pour cette période ... »
Kirk était convaincu. Mais il haussa les épaules. « Vous torturer à propos d'un fils qui a vécu, et qui est mort, il y a cinq mille ans, est une absurdité. Vous ne pouvez plus rien faire pour lui, Spock ! »
- « Je vais aller le chercher, capitaine », dit calmement le Vulcain.
Jim s'était attendu à beaucoup de choses. Mais pas à ça. « Mais comment, Spock ? Comment comptez-vous faire ? »
A l'instant où il prononçait ces mots, un souvenir douloureux traversa sa mémoire. Il avala une autre gorgée de brandy et sentit le liquide brûler sa gorge. « Le Gardien de l'Éternité ! Vous allez vous servir de lui pour retourner dans le passé ! »
Le Vulcain approuva. « N'est-ce pas la solution la plus logique, Jim ? Et en même temps la plus ... Comment diriez-vous ... humaine ? »
- « Spock », reprit Kirk, « la planète du Gardien est une zone interdite, à part pour les expéditions archéologiques. On ne vous laissera jamais en approcher. Obtenir la permission d'utiliser le Gardien nécessiterait la protection d'une personne très haut placée - pour le moins un gouverneur de planète ... »
Il réfléchit un peu, puis se répondit tout seul pour la seconde fois : « T'Pau, n'est-ce pas ? »
- « Une déduction logique, capitaine ! »
L'image de T'Pau revint à la mémoire de Jim. C'était une femme frêle, aux allures surannées... Mais qui possédait assez d'autorité pour que l'on contrevînt sur sa demande aux ordres d'un amiral de Starfleet. Oui, elle pouvait aider Spock ! Mais le ferait-elle ?
Kirk fit part de ses doutes au Vulcain.
- « Elle intercédera en ma faveur », dit Spock, « lorsqu'elle connaîtra mes motifs. La famille est essentielle sur Vulcain. La fidélité qui lui est due a priorité sur les lois interplanétaires. Vulcain est gouvernée par une oligarchie composée de quelques familles. J'appartiens à l'une d'entre elles. T'Pau ne laissera pas un de ses parents vivre, et mourir, loin des siens. »
- « Je n'envie pas votre situation, Spock », dit Jim, « je ne voudrais pas avoir à raconter tout cela à T'Pau. »
- « Je n'en suis pas enchanté non plus, je vous l'assure. Mais je dois le faire. Il s'agit de mon devoir. Je suppose que ma permission peut être signée sur le champ ? L'Entreprise pourra me déposer sur Andros, du système Antares. Cela ne représenterait qu'une perte de temps minime ... Une heure vingt-deux minutes et quatorze secondes, pour être précis. »
Kirk se leva à son tour. « C'est entendu. Je vais m'occuper de votre permission à l'instant. Si nous vous laissons sur Andros, vous arriverez sur Vulcain en moins d'une semaine. Obtenir l'accord de T'Pau et rejoindre la Base 11 vous prendra une dizaine de jours... L'Entreprise commencera à peine d'être en réparation ... Oui, ça peut marcher. .. Je serai prêt au départ lorsque vous reviendrez. Avec un peu de chance, nous en aurons fini avant que l'inspection du vaisseau ne soit achevée. Bien ! Que faites-vous encore là ? Vous perdez du temps, Monsieur Spock ! »
- « Capitaine, je dois y aller seul. Je refuse ... »
Kirk le coupa au milieu de sa phrase. « Vous êtes coincé, Spock. Je vous fais chanter. Si je ne viens pas, pas de permission ! C'est aussi simple que ça ! »
- « Il y a du danger ... Je ne peux ... »
- « Cessez d'argumenter. Et perdez l'habitude de me garder dans du coton. Les humains ne sont peut-être pas aussi solides que les Vulcains, mais cela ne vous donne pas le droit de me dire ce que je dois faire. Souvenez-vous, à l'occasion, que JE suis le capitaine ! »
Kirk jeta un coup d'œil à l'heure. «Vous avez quarante minutes pour vous préparer. Je vous verrai dans deux semaines et demie. Exécution ! »
Spock se retrouva dans le couloir devant la porte fermée de la cabine de son chef. Il réalisa qu'il avait obéi au dernier ordre du capitaine avec une célérité rare. Il haussa les épaules, et se précipita vers ses quartiers.

Chapitre II

La mi-journée sur Vulcain. La chaleur enveloppa Spock lorsqu'il se matérialisa. Il resta un long moment à la savourer, imprégnant ses poumons de l'air surchauffé. Sa sécheresse lui semblait merveilleuse, après le brouillard humide qui tenait lieu d'atmosphère dans le transport qui l'avait conduit à sa planète natale. Au-dessus de sa tête, le ciel s'enflammait, tandis qu'Eridani 40 atteignait son zénith. Le sable blanc reflétait la chaleur, les rochers et la végétation étaient brûlants.
Spock se dirigea immédiatement vers la résidence de T'Pau. Bien qu'il ne les ait plus vus depuis un an, il ne souhaitait pas que ses parents soient au courant de sa visite. Un sentiment de culpabilité l'étreignit lorsqu'il imagina leur déception, s'ils découvraient sa venue. Mais il le réprima. Amanda aurait voulu connaître les raisons de son séjour, savoir combien de temps il entendait rester. Sarek lui aurait demandé d'aller saluer leurs innombrables parents. Il serait submergé par les obligations familiales ... Et il y aurait des questions ... Trop de questions !
Après avoir formulé sa demande d'audience sur l'écran d'un ordinateur, Spock commença à attendre.
Pour la première fois de sa vie, le mot impatience lui sembla avoir un sens ...
Finalement, la réponse s'afficha sur l'écran. T'Pau acceptait de le recevoir. Elle s'adressait à lui en usant de son prénom secret, celui que seule la famille connaissait, et qui ne servait que pour les cérémonies. Spock l'avait délibérément utilisé pour signer son propre message, afin de souligner le caractère privé de sa requête.
Quelques instants plus tard, il entra silencieusement dans la pièce où T'Pau l'attendait. Il était en tête à tête avec la seule personne qui ait jamais refusé un Siège au Conseil de la Fédération ...
Elle était assise sur un divan, un châle sur les genoux.
Ses cheveux étaient encore noirs, à l'exception des deux mèches blanches qui semblaient ruisseler le long de ses tempes. Son visage était plus ridé encore que dans le souvenir de Spock. Lorsqu'elle salua son visiteur, ses doigts tremblaient légèrement tandis qu'ils composaient le salut vulcain traditionnel. Elle vieillit, pensa Spock. Elle vieillit, mais elle reste toujours aussi impressionnante.
- « Longue vie et prospérité, T'Pau », dit-il d'une voix sourde.
- « Pourquoi viens-tu à moi secrètement, Spock, et sans t'être annoncé ? Ce comportement est un outrage pour tes parents. » Sa voix était à peine audible, comme si elle avait voulu tenir son interlocuteur à distance. De plus, elle n'avait pas invité Spock à s'asseoir. Cela augurait mal de la suite ...
- « Je te prie de me pardonner, T'Pau. Les motifs de ma visite ont un caractère très ... intime. Je n'entends en discuter qu'avec toi. Je suis venu chercher ton aide, et ton silence. »
- « Je garderai le silence, puisque tu le demandes. Parle sans crainte, fils de Sarek et d'Amanda. »
- « Il y a quelques années, j'ai effectué une mission avec le Capitaine Kirk et le Docteur McCoy. Il s'agissait de prévenir les habitants de Sarpeidon que leur soleil allait se transformer en nova. Mais nous avons découvert qu'ils avaient trouvé refuge dans le passé. A la suite d'un incident, McCoy et moi nous nous retrouvâmes transportés également dans le temps, à l'ère glaciaire de la planète. Nous étions en train de mourir de froid, lorsque apparut une jeune femme qui nous guida jusqu'à un abri. Elle se nommait Zarabeth, et avait été exilée dans cet enfer par ses ennemis .. Elle était prisonnière. Conditionnée pour mourir dès qu'elle tenterait de s'évader. Une manipulation bio-génétique, selon le Docteur McCoy. »
- « Et alors, Spock ? »
- « J'ai été ... affecté par ce voyage dans le temps. J'ai régressé jusqu'au stade où en étaient nos ancêtres, il y a cinq mille ans de cela. La barbarie, T'Pau. J'ai mangé de la viande ... et j'ai fait un enfant à Zarabeth. Je n'en savais rien jusqu'à ces derniers jours. »
T'Pau avait eu un bref sursaut de révulsion, à l'instant où Spock avouait qu'il avait mangé de la viande. A présent, elle était redevenue impassible, et méditait.
- « Ce comportement n'honore en aucune façon notre famille », dit-elle enfin. « Mais il est illogique de se lamenter sur ses fautes passées. Pourquoi es-tu venu me voir ? »
- « Mon enfant ne mourra pas seul sur une planète inadaptée à son espèce. Je le ramènerai chez lui. Je ramènerai Zarabeth aussi, si je peux annuler son conditionnement. Je lui dois une chance de vivre. Je leur dois à tous les deux ... Je te prie de contacter le Conseil de la Fédération, et d'obtenir pour moi le droit d'utiliser le Gardien de l'Éternité. C'est une porte ouverte sur le temps, qui me renverra vers le passé de Sarpeidon. Je dois essayer. »
T'Pau réfléchit un long moment. « Oui. Tu dois essayer. Tu n'as pas d'autre enfant. J'ignore si tu en auras un jour. Il faut penser à ta succession, et à la survie de la famille. »
Spock comprit qu'il avait gagné. Le plus difficile était fait.
- « J'ai préparé un rapport. Il contient les informations dont tu auras besoin lorsque tu t'adresseras au Conseil. Il indique aussi le nombre de personnes que je souhaite voir autorisées à voyager dans le temps. Ceci est très important ... Si ta demande est rejetée, je te prie d'envoyer un message au Capitaine Kirk, sur l'Enterprise. »
Elle prit le document, et regarda Spock. « Je vais contacter le Conseil immédiatement. Ma demande ne sera pas rejetée ... Je puis te l'assurer. Mais que feras-tu lorsque tu auras retrouvé ton épouse et ton fils ? »
Spock hésita. Jusqu'à présent, il ne s'était soucié que de l'aspect concret des choses. L'existence de l'enfant. Le conditionnement de Zarabeth. Son devoir. « Je les ramènerai dans le présent, et... »
T'Pau lui lança un regard perçant. « Je devine que tu n'as pas réfléchi plus loin. Mais n'oublie pas cela, Spock: ton enfant est une personne. Chaque être possède sa propre vie, et sa dignité. Accorde-lui cette dignité. Il est né de toi, mais il n'est pas TOI ! Pense à ce qui fonde notre philosophie. » Elle lui montra le médaillon symbole de l'IDIC qui pendait à son cou. « Infinie diversité, en infinies combinaisons ! »
Spock fit signe qu'il comprenait. Mais son esprit était polarisé sur autre chose. Comment allait-il sortir de chez T'Pau, et rejoindre le spatiodrome sans être reconnu ?
Au signal de T'Pau, il se leva et la salua. « Je te remercie, T'Pau. Ta bénédiction me suivra-t-elle ? »
- « Elle ira avec toi, Spock. Sandar va te conduire discrètement au spatiodrome ... Je n'informerai pas tes parents de ta venue. Mais souviens-toi de cela : si tu réussis, Sarek et Amanda sauront, ainsi que tous les Vulcains. Tu dois porter la responsabilité de tes actes, pour ton bien, et pour celui de l'enfant. Longue vie et prospérité, Spock. »
- « Longue vie et prospérité, T'Pau », dit Spock. Puis il sortit de la pièce en silence, comme il y était entré.

Chapitre III

Kirk était assis dans la section de la salle de détente que l'on avait temporairement transformée en théâtre. Il regardait la représentation, mais son attention était ailleurs. Ce soir, son vaisseau était arrivé à la base stellaire 11. Demain matin, à 09 00 précises, les techniciens de Starfleet envahiraient l'Entreprise pour une inspection qui durerait deux semaines. Si Spock et lui ne partaient pas dans les heures à venir, il leur serait impossible de respecter leur plan de campagne. Au jour prévu pour son retour au service, le vaisseau risquait de se trouver privé de son capitaine et de son officier en second.
Bien entendu, se dit-il, il était possible que cela arrive même si Spock et lui partaient à la minute. Durant l'absence du Vulcain, Kirk avait étudié les peintures et tous les renseignements disponibles à propos de l'ère glaciaire de Sarpeidon. Il apparaissait clairement que si le climat ne parvenait pas à vous tuer, les animaux sauvages s'en chargeraient obligeamment. A vrai dire, l'éventualité que quiconque puisse survivre dans cet environnement était des plus ténues. En particulier s'il s'agissait d'un enfant.
Kirk avait songé quelque temps à dissuader son second de se lancer dans une telle aventure. Mais il avait abandonné cette idée. La lueur qui brillait dans les yeux du Vulcain était de celle que l'on n'éteint pas !
Autour de lui, les spectateurs s'étaient levés, et applaudissaient à tout rompre. Le capitaine se joignit à eux. Scott y, qui était seul sur scène, disparut un instant derrière les rideaux. Lorsqu'il revint, il tenait par la main un Lieutenant Uhura tout intimidée. Il y eut un bis phénoménal. L'équipage exulta lorsque l'ingénieur en chef donna un baiser sonore à l'officier des communications. Spock entra dans la salle à cet instant précis, et commença à chercher son capitaine parmi l'équipage en folie ...
Kirk avait remarqué son arrivée. Lorsqu'il le rejoignit, il vit que le Vulcain était appuyé contre un mur, comme s'il avait craint de tomber. Les cheveux de Spock, habituellement impeccables, étaient tout en désordre, et le visage qu'ils surmontaient semblait plus épuisé qu'avant son départ pour Vulcain.

* * * * *

- « Spock ! Vous avez l'air mal en point ! Où diable avez-vous été..; » commença Kirk. Puis il s'interrompit. « Nous devons nous presser, ou nous allons manquer la navette. Nos équipements sont dans ma cabine. Ça s'est bien passé ? »
Les deux officiers se changèrent dans les quartiers de Kirk. Ils revêtirent leurs tenues de campagne, et mirent dans des cantines leur matériel de camping, ainsi que les tenues spéciales qui les protégeraient du froid. « J'ai fait un raid à l'infirmerie », dit Kirk, « pendant que McCoy était absent. Je nous ai procuré tout le matériel médical dont nous aurons besoin. Devons-nous nous encombrer de fuseurs ? » demanda-t-il, « Le mien n'a pas fonctionné, la dernière fois que nous étions sur Sarpeidon. »
- « J'ai étudié cette question, et découvert que l'Atavachron - leur machine à remonter le temps - était conçu pour rendre toutes les armes inefficaces. Une précaution pour empêcher un visiteur du futur de tyranniser une société primitive. Nos fuseurs seront fonctionnels, cette fois. »
- « Bien. Je détesterais devoir compter sur mes poings pour affronter certaines des créatures qui peuplent cet endroit ! Vous êtes prêt ? »
- « Affirmatif, capitaine. »
Les deux hommes se dirigèrent vers l'ascenseur. « Qu'est-ce qui vous a retenu ? » dit Kirk, « Je commençais à penser que vous ne reviendriez plus ... »
- « J'ai été contraint de revenir à bord d'un transport de fret. Un de ces vaisseaux automatiques, vous savez ! Il n'y avait rien de plus rapide à ma disposition ... »
Kirk le regarda avec sympathie. « Pas étonnant que vous soyez dans un tel état. J'y suis passé moi aussi, quand j'étais à l'Académie. J'allais rendre visite à une ... connaissance. Mais elle m'avait oublié lorsque je suis arrivé. Et je la comprends ! Enfin, notre voyage jusqu'au Gardien sera moins pénible. Je nous ai trouvé une navette. Vous pourrez vous laver quand nous serons à bord. Jusque-là, souffrez que je prenne l'air de ne pas vous connaître ! »
Ils avaient atteint l'ascenseur. « Salle de téléportation », dit Kirk, et les portes se fermèrent.
Et se rouvrirent aussitôt ... Un voyant rouge se mit à clignoter sur le clavier de commande de l'appareil.
- « Quel est l'idiot qui s'amuse avec cet engin », dit Kirk en tentant d'appuyer sur tous les boutons à la fois.
Sous ses efforts, les portes finirent par consentir à se fermer de nouveau. Mais au dernier moment, un pied botté s'insinua entre les battants. McCoy fit irruption dans l'ascenseur. Il était en tenue de campagne et traînait une lourde cantine.
- « Sacrebleu, il s'en est fallu de peu que je vous manque », dit-il d'une voix essoufflée.
Le capitaine le regarda d'un air ébahi. Puis il comprit ce que signifiaient l'accoutrement et la cantine de McCoy.
- « Non, Bones ! Il n'est pas question que vous ... », commença-t-il.
- « Docteur» dit Spock, « votre présence est hautement ... »
- « Un peu de silence, messieurs. Épargnez-moi vos arguments. Vous n'aviez pas sérieusement espéré que je vous laisse partir sans moi ? Après tout, j'ai plus d'expérience en matière de congélation humaine que vous. N'est-ce pas, Spock ? Et puis, Sarpeidon est un endroit rêvé pour des vacances. L'air vivifiant, les cimes exaltantes. En un mot, je viens ! Réfléchissez, vous pourriez être blessés, ou avoir besoin de mes lumières pour l'enfant... »
- « De quel enfant parlez-vous, docteur? » dit Kirk. McCoy désigna Spock de la tête. « J'étais avec lui, sur Sarpeidon. Et j'ai vu les peintures. Il n'y a pas besoin d'être Vulcain pour savoir que un plus un font, parfois ... trois ! Ayez un peu de respect pour mon grand âge, Jim. »
- « Bones », le ton du capitaine était comminatoire, « vous allez sortir de cet ascenseur, et battre en retraite vers l'infirmerie. C'est un ordre ! »
- « Vous oubliez un détail, capitaine. Je suis en permission, comme vous. Les règlements de Starfleet ne vous autorisent pas à me dire où la passer. De plus, le bon docteur McCoy a un as dans sa manche ! J'ai planché sur les informations médicales de la bibliothèque d'Atoz, ces deux dernières semaines. Et j'ai mis au point l'antidote au conditionnement de Zarabeth. Si vous voulez le remède, il faudra prendre le docteur avec ! »
Kirk s'étrangla. « Ce que vous faites porte un nom, docteur : chantage. Vous devriez avoir honte. »
- « Ce procédé semble être un moyen de persuasion très en vogue à bord de ce vaisseau », dit calmement Spock. Kirk lui lança un regard mauvais, que le Vulcain ignora superbement.
- « Qu'avez-vous dans cette cantine, Bones ? » demanda Kirk après un court silence.
McCoy eut un sourire triomphal. «Exactement la même chose que vous. J'ai demandé à l'ordinateur de me fournir la liste de tout ce que vous aviez subtilisé.
- « Parfaitement logique », murmura Spock. L'ascenseur stoppa.
- « Bones », dit Kirk, « vous ne pouvez pas venir avec nous, que nous le voulions ou pas. T'Pau a demandé une autorisation pour deux personnes, n'est-ce pas, Spock ? »
- « Trois, capitaine. Conformément à mes instructions. Connaissant le caractère bouillant de notre médecin, j'avais prévu une tentative de ce genre. Comme vous pouvez le constater, ses comportements illogiques bénéficient parfois d'un vernis de rationalité. »
Le docteur McCoy ouvrit la bouche dans l'intention d'assener une réponse vengeresse à la dernière affirmation de l'officier en second. Mais le rayon du téléporteur saisit les trois hommes à cet instant précis, et ses imprécations se perdirent dans le froid de l'espace.

Chapitre IV

Le capitaine regarda autour de lui. « La planète n'a pas changé », pensa-t-il. C'était le même ciel déprimant, constellé de pâles étoiles. Les mêmes ruines, les mêmes colonnes lézardées, parfois à peine distinctes des roches naturelles, parfois quasiment intactes. Le vent était toujours aussi violent, qui geignait comme un spectre égaré. Une atmosphère de fin du monde ... Les souvenirs de la dernière fois revenaient à son esprit. Il les croyait enterrés, mais ils étaient là, sur cette terre désolée, et réveillaient sa douleur. Édith... Édith, murmurait la planète morte ...
- « Je n'avais pas eu le temps d'admirer le paysage, la dernière fois », dit McCoy à Spock. « C'est épouvantable ... Ce vent vous pénètre les os ... Regardez, on aperçoit quelque chose qui ressemble à la voûte d'un temple, un peu sur notre gauche. » Le Vulcain cessa de s'intéresser à son tricordeur, et regarda dans la direction indiquée par McCoy.
- « Le Gardien de l'Éternité doit se trouver dans ces parages, docteur. Pour des raisons que j'ignore, le paysage est moins en ruine à sa proximité ... »
- « Gardien de l'Éternité... Cela sonne comme le nom des portes de l'Enfer ... » marmonna McCoy. Mais Spock l'ignora. Le docteur regarda son compagnon et haussa les épaules. Le Vulcain avait été abattu tout le long du voyage. Il n'avait pas participé à la partie de poker non-stop qui avait considérablement enrichi McCoy, ce qui n'était pas une surprise. Mais il n'avait pas participé à la conversation non plus. Le docteur s'inquiétait à son sujet ...
- « Hey ! » Un appel amical résonna derrière eux. Ils se retournèrent, et virent une petite femme aux cheveux gris qui s'approchait. Dans son dos, à environ cent cinquante mètres, un abri préfabriqué se dressait. Sa couleur se fondait si bien au gris environnant, que ni le docteur ni Spock ne l'avait remarqué.
La femme les rejoignit, un peu essoufflée. « Kirk, Spock, McCoy ! » dit-elle en souriant. « Je me nomme Vargas. Comment allez-vous ? »
- « Très bien, merci », dit Kirk en lui rendant son sourire.
- « Nous vous attendions. Venez déposer votre équipement dans notre palace. Nous pourrons parler un peu autour d'une tasse de vrai café.

* * * * *

L'intérieur du bâtiment contrastait agréablement avec l'aspect sinistre du paysage. Les murs étaient recouverts de peintures et de dessins. Il y avait une cuisine, assez grande pour que les neuf membres de l'équipe puissent y manger ensemble, un grand salon, neuf chambres, et plusieurs laboratoires. Le docteur Vargas fit faire le tour du propriétaire à ses invités, et les présenta à ses collègues.
Lorsque ce fut terminé, elle les conduisit à la cuisine, où les attendait le café promis. «S'il vous plaît », demanda-t-elle, « expliquez-moi comment diantre vous avez obtenu le droit d'utiliser le Gardien ? »
- « Docteur Vargas », dit Spock, « nous effectuons une mission de sauvetage. La planète sur laquelle nous nous rendons a été détruite il y a deux ans. Les personnes que nous espérons secourir vivent dans un isolement complet, et appartiennent à une autre période du temps. A cause d'un ... incident, un membre de ma famille est prisonnier de l'âge glaciaire de Sarpeidon, en compagnie d'une native qui fut exilée dans le passé. Nous sommes là pour les ramener, et c'est tout ... »
Impressionné par l'art du mensonge du Vulcain, le docteur McCoy renversa son café. Kirk lui donna un coup de pied sous la table. Vargas ne remarqua pas cette passe d'armes. « Je dois obéir aux ordres », dit-elle, « mais je pense qu'il s'agit d'une énorme erreur. Les personnes ici présentes sont ce que l'on peut trouver de mieux en matière d'archéologie et d'histoire. Pourtant, nous ne sommes pas autorisés à nous servir du Gardien. Nous n'avons que le droit d'observer et d'enregistrer les images du passé. Nous étudions aussi les ruines, pour tenter de connaître la race qui vivait ici, à l'époque où la terre n'était peuplée que d'êtres unicellulaires. Voyager dans le temps est trop dangereux - vous êtes bien placés pour le savoir ! »
- « Nous le savons », dit Spock en évitant son regard, « nous prendrons toutes les précautions afin d'éviter d'entrer en contact avec les indigènes. Nous arriverons d'ailleurs au moment où cette race humanoïde venait juste d'acquérir les connaissances techniques qui la transformèrent en une civilisation grégaire basée sur l'agriculture. Le nomadisme ayant disparu, et cette espèce habitant l'hémisphère sud de la planète, les risques sont pratiquement nuls. Car nos recherches auront lieu dans l'hémisphère nord, docteur Vargas. »
- « Je sais que vous serez prudents. Mais vous ne me convaincrez jamais qu'un tel risque vaille d'être couru. »
Qu'un seul événement de l'histoire, aussi anodin soit-il, arrive ou n'arrive pas ... Ou qu'un seul être meure ou ne meure pas ... pensa Kirk avec amertume. Puis il dit: « Nous mesurons le danger, docteur Vargas. Êtes-vous à la tête de cette expédition depuis que l'Entreprise a découvert le Gardien ? »
- « Oui. Depuis quatre ans. La Fédération ne veut prendre aucun risque, pour des raisons évidentes. Notre expédition est presque permanente. Si quelqu'un désire partir, il doit se soumettre à un traitement hypnotique, qui supprime de sa mémoire tout souvenir du Gardien. »
- « Pour être franc, je suis surpris qu'il n'y ait pas de protection plus importante, madame. »
McCoy lança un regard circulaire, comme s'il s'était attendu à ce que des gardes armés sortent des placards de la cuisine.
- « Non, docteur McCoy, vous ne trouverez pas d'armes ou d'explosifs dans le garde-manger ! Nous sommes pourtant assez bien protégés, Un vaisseau de la Fédération patrouille chaque mois dans ce secteur. Ce mois-ci, il s'agit de l'Exeter. Le mois prochain, ce sera le Potemkine. Naturellement, ils ne savent rien de ce qu'ils surveillent. Ils pensent materner une rareté archéologique. Ce qui est après tout le cas. Vous êtes le seul capitaine de Starfleet qui connaisse la vérité au sujet du Gardien, Monsieur Kirk. Je pense donc que nous sommes en sécurité. »
- « Espérons-le », dit Jim. « Merci pour le café. J'avais oublié le goût des aliments non synthétiques. »
- « Ils sont notre seul plaisir, ici. Quand escomptez-vous utiliser le Gardien ? »
- « Immédiatement », dit Spock. Il se leva et quitta la pièce.
Vargas prit un air étonné.
- « Il est impatient de commencer. Il ne vous a pas précisé que le parent qu'il évoquait était un jeune enfant », dit Kirk.
- « Je comprends mieux, maintenant. J'ai une fille, Anna. Nous nous parlons par radio, de temps en temps. »

* * * * *

Elle les conduisit jusqu'au Gardien. Il se dressait au milieu des ruines. Son architecture primitive ne laissait rien deviner de ses fantastiques pouvoirs.
Spock se planta devant lui, le tricordeur entre les mains. Peu après la découverte du Gardien, le Vulcain, en compagnie de deux chercheurs éminents de la Fédération, avait passé des semaines à étudier la porte du temps. A la fin de leur séjour, les trois savants s'étaient avoués vaincus. Ils restaient incapables de dire comment le Gardien fonctionnait, comment il transformait son énergie en flux temporel, ni même d'où provenait cette énergie. Ils n'avaient même pas pu déterminer si le Gardien était un ordinateur d'une incroyable complexité, ou s'il s'agissait d'un être vivant. A présent qu'il se tenait à nouveau devant lui, le Capitaine Kirk pensa que l'esprit humain - ou humanoïde - était trop étroit pour comprendre la nature du Gardien.
Mais l'homme avait toujours su se servir de ce qu'il ne comprenait pas. C'était sa force, et, parfois, sa faiblesse ...
Spock s'avança. « Je te salue, Gardien de l'Éternité », dit-il d'une voix pleine de respect, « je me nomme Spock, et j'ai jadis voyagé grâce à toi. Peux-tu me montrer l'histoire de la planète Sarpeidon, qui gravitait autrefois autour de Beta Niobe ? »
Il fallait toujours une question pour éveiller le Gardien. Une lumière translucide émana de son centre. Une voix profonde s'éleva : « Je peux te montrer le passé de Sarpeidon seulement. Car elle n'a plus d'avenir. Regarde ! »
La lumière devint opaque. Une succession d'images se mit à défiler, beaucoup trop vite pour que l'œil puisse les distinguer. Des volcans, des mammouths, des reptiles gigantesques, des villages de huttes, des cités de pierre, des mers, des bateaux, des armées, des mégalopoles d'acier et de verre, et, pour finir, un éclair aveuglant qui leur blessa la rétine... En une minute, peut-être moins, le commencement et la fin d'un monde étaient ressurgis du néant ...
Le centre du Gardien était de nouveau vide. Kirk s'approcha de Spock, qui était en train de manipuler son tricordeur.
- « Vous avez tout enregistré, Spock ? »
- « Oui. Je crois que j'ai réussi à repérer la période qui nous intéresse. Le système de datation neutronique utilisé sur les peintures est d'une précision parfaite. Notre problème n'est plus de savoir QUAND nous arriverons, mais OU ! Nous ne pouvons fouiller la planète entière ... »
- « J'avais pensé à cette question. Sans succès ... »
- « J'y avais pensé aussi. Il existe toujours des possibilités. Le pouvoir du Gardien est énorme. Il peut nous envoyer là où nous le désirons. A condition que je sache poser la bonne question ! »
Spock s'approcha du Gardien. « Gardien, sais-tu reconnaître une forme de vie d'une autre forme de vie ? Discernes-tu, par exemple, que je suis d'une race différente de celle de mes compagnons ? »
- « Une partie de toi-même est d'une espèce différente de l'autre », répondit le Gardien. Habitué aux circonlocutions de l'entité, Spock conclut que sa question venait de recevoir une réponse affirmative.
- « Bien ... A l'âge glaciaire de Sarpeidon, il y a une forme de vie qui est de la même espèce que moi. Nous sommes du même sang ... Je désire savoir où se trouve cette forme de vie. Et je souhaite que tu nous envoies à sa rencontre, si c'est possible. »
- « Tout est possible, voyageur », dit le Gardien. « Mais il ne te sera donné qu'une chance, ainsi que le veut la Loi ! »
- « Cela signifie-t-il que nous retrouverons cette forme de vie en voyageant dans le temps ? » dit Spock d'une voix imperceptiblement excédée.
Le Gardien resta silencieux. Le vent soufflait de plus en plus fort. Raide et impassible, Spock semblait attendre qu'une réponse lui vînt du ciel. Brusquement, McCoy s'approcha de lui, et lui saisit le bras. « Ne vous en faites pas, Spock », dit-il, « quelque chose me dit que ça va marcher. » Le Vulcain le regarda comme s'il ne le reconnaissait pas. Il libéra son bras de l'emprise du docteur, et se dirigea vers leurs équipements. Il ouvrit sa cantine, et commença à revêtir sa combinaison thermique.
Le capitaine rejoignit McCoy. « Voilà la réponse, Bones. Spock y va. Nous y allons aussi. »
Lorsqu'ils furent prêts, Spock affina une dernière fois les réglages de son tricordeur, et s'adressa à nouveau au Gardien. « S'il te plaît, remontre-nous le passé de Sarpeidon, afin que je puisse localiser la forme de vie que nous voulons secourir. »
Les images recommencèrent à défiler devant leurs yeux. Les trois officiers attendaient, les muscles déjà tendus, le souffle court. Derrière eux, Vargas cria : « Bonne chance, mes amis. Je vous envie ... »
- « Attention. C'est pour bientôt », dit Spock. Ses yeux étaient rivés sur l'écran du tricordeur. « Un, deux, trois ... Allez ! »
Les trois hommes se jetèrent dans le flux temporel. ..

* * * * *

C'était une impression de chute sans fin, de désorientation et de détresse. Ils se reçurent durement, et le vent froid, sur l'instant, les transperça. L'air glacial leur piquait les yeux, comme les émanations d'une fumée acide. Le paysage alentour semblait n'être fait que de blanc, de gris et de noir. Mais le vent les empêchait de voir très loin ... McCoy se frotta les yeux, prit une inspiration difficile, et lança un juron sonore.
- « Il fallait bien que nous arrivions de nuit », dit Kirk en ajustant son masque protecteur. « Remettez votre masque, McCoy. Spock, pas de problème ? »
- « Tout va bien, capitaine. Je suggère que nous ne tentions pas de progresser contre ce vent. Il semble que nous soyons en altitude, et à terrain découvert. J'aperçois un escarpement, sur notre droite ... Si nous pouvions l'atteindre ... » Ils se dirigèrent en titubant dans la direction qu'indiquait Spock. Le vent, à cet endroit, les atteignait moins violemment. En tâtonnant, les trois officiers commencèrent à monter leur tente.
A l'abri de sa relative chaleur, ils commencèrent à se détendre. McCoy recouvra son sens de l'humour lorsqu'il put enfin regarder ses compagnons.
Ils ressemblent à de gros insectes, pensa-t-il, avec tout ce fourbi sur la figure. De gros insectes aux yeux globuleux. « On se croirait au carnaval ici », dit-il en enlevant son masque. Puis il pointa un index accusateur sur le Vulcain, qui était en train d'enlever le givre qui recouvrait ses cheveux.
- « Permettez-moi de vous dire quelque chose, Spock. Vous êtes sûrement le type le plus doué pour organiser des vacances de rêve. Je ne regrette pas d'avoir attendu plus d'un an ! » McCoy fit un clin d'œil à Kirk, et continua : « Soleil magnifique, paysages enthousiasmants. Les femmes sont belles, et les indigènes accueillants l » Le médecin-chef s'interrompit abruptement. Au dehors, quelque chose venait de rugir. Et ce quelque chose, si l'on se fiait aux décibels, devait être monstrueusement gros.
Ils s'assirent en silence. Le rugissement recommença, puis mourut en une sorte de gargouillis. Il n'y avait plus que le bruit du vent, et celui de la neige qui tombait sur la tente. La gorge de McCoy se dénoua.
- « Qu'est-ce que c'était ? », demanda-t-il d'un ton faussement détaché.
- « Probablement un sithar, Bones », répondit Kirk. « Un prédateur redoutable. Cela ressemble à un croisement entre un buffle et un lion. Souvenez-vous, il Y en avait un sur les peintures... Les spécialistes estiment qu'ils devaient avoir à peu près la taille de nos mammouths.
- « Carnivores ? », demanda McCoy, toujours aussi détaché. Spock leva un sourcil, et regarda Kirk, dont le sourire s'élargissait.
- « Absolument ! », reprit le capitaine. « Leur plat favori est le médecin-chef indiscipliné, selon ce qu'on raconte. »
- « Ils ne doivent pas se régaler souvent, par les temps qui courent », laissa tomber McCoy d'un ton égal. « Bien », reprit-il, « qu'allons-nous faire pendant le reste de la nuit ? S'asseoir au coin du feu et écouter ce bestiau soupirer après son souper ? Ou ... » Il fouilla un instant dans ses poches. « Pourquoi ne ferions-nous pas une petite partie, en toute amitié ? J'ai apporté mes cartes ... »
- « Je préfère servir de plat de résistance à un sithar, plutôt que de perdre encore ma chemise contre vous », dit Kirk. « Bonne nuit, docteur. » McCoy se tourna vers l'officier en second. « Et vous, Spock, que diriez-vous d'une partie d'enfer ? »
- « Je suis fatigué aussi, docteur. Mais peut-être le sithar consentira-t-il à jouer avec vous, si vous lui demandez poliment. »
Le médecin-chef s'allongea dans l'obscurité. Il lui fallut beaucoup de temps pour s'endormir ...

Chapitre V

Le matin, Spock était parti lorsque le capitaine se réveilla. Kirk enfila sa combinaison protectrice à la hâte, et décida de laisser McCoy à son sommeil réparateur. Lorsqu'il sortit de la tente, il vit le Vulcain à quelques mètres de là, en train de scruter le paysage. Il le rejoignit au pas de course.
La tempête s'était calmée. L'atmosphère était froide et claire. Beta Niobe se levait, couleur de sang, dans un ciel pâle et nuageux. Les trois officiers avaient campé sous une falaise qui s'élevait à perte de vue. Devant eux, une vallée en forme de U s'étendait. La neige la recouvrait presque entièrement. Mais on distinguait quand même une multitude de petits lacs, dont le vent projetait l'eau limpide en de minuscules tornades. A l'horizon, Kirk crut apercevoir un troupeau qui cheminait lentement. Sur la gauche, se trouvait un glacier géant. Il devait avoir une hauteur d'au moins trois cents mètres, et ressemblait à un fantastique mur de glace.
- « Nom de nom ! », dit McCoy qui venait de rejoindre ses compagnons. « Avez-vous déjà vu une chose pareille, Jim ? »
- « J'ai skié sur des glaciers, au Colorado, mais je n'en ai jamais vu de si gros dans les Rocheuses. Je me demande quelle est sa taille réelle, et jusqu'où il s'étend ? »
Spock leva les yeux de son tricordeur. « Ce glacier n'est qu'une partie de la couche glaciaire qui recouvre tout ce qui se trouve au Nord de l'endroit où nous nous trouvons. »
- « Je suppose que le vent souffle également à partir du Nord ? » dit Kirk. « Cela explique pourquoi il est si froid. »
- « La température actuelle est de moins vingt degrés. Mais le vent accentue la sensation de froid. Au milieu de la journée, elle atteindra probablement zéro, selon mon tricordeur. »
- « A vrai dire, il ne fait pas si froid que cela, pour un âge de glace ! » dit McCoy. « Cela n'a rien à voir avec le temps qu'il faisait lors de notre première visite. »
- « Nous avons la chance d'être arrivés au milieu du printemps, cette fois-ci, docteur, au lieu du plein hiver. »
- « Parce que vous appelez ça un printemps ! » s'exclama McCoy.
- « Je crois que Dante écrivait en pensant à ces lieux », plaisanta Kirk. « Le fait de savoir que ce damné soleil est sur le point d'exploser me donne des frissons. Regardez sa couleur. On dirait que c'est pour dans dix minutes ... »
- « Nous savons que Beta Niobe ne se transformera pas en nova avant cinq mille ans, capitaine. Il est illogique de perdre son temps en spéculations. Je suggère que nous commencions nos recherches. Il serait judicieux que nous nous séparions, pour commencer. Vos communicateurs sont-ils fonctionnels ? »
Spock recommença à scruter l'horizon avec son tricordeur.
- « Vous repérez des formes de vie, Spock ? » demanda McCoy.
- « En quantité, docteur. Mais je crois que ce sont uniquement des animaux. En tout état de cause, les montagnes font obstacle aux capacités du tricordeur … »
- « Nous devons être bien au-dessus du niveau de la mer », dit Kirk, « l'air est plutôt rare. »
- « Vous avez raison, capitaine. Nous sommes à environ deux mille mètres d'altitude. L'atmosphère est plus légère que celle de la terre. La gravité 1,43 fois supérieure. McCoy et vous devrez être prudents, avant d'être acclimatés. »
- « Avez-vous du tri-ox dans votre nécessaire, docteur ? » demanda Kirk.
- « Vous voulez dire que vous me laisseriez encore vous injecter cette chose ! »
- « J'insiste pour que nous nous mettions en route », dit Spock. « Souvenez-vous de ne pas enlever vos masques. »
- « Pourquoi ? Il ne fait pas si froid, à part le vent... »
- « Mon tricordeur révèle que cet endroit est infesté d'insectes, comparables à vos moustiques terrestres. Mais peut-être beaucoup plus dangereux ... Dirigeons-nous vers la lisière de la vallée. Souvenez-vous que la grotte a été localisée dans une sorte d'arcade. Elle peut se trouver dans l'une de ces falaises. Nous devrons aussi chercher des dépôts minéraux, qui indiqueraient la présence de sources d'eau chaude. La caverne était chauffée par l'une d'elles. »
- « Spock, ne vous rappelez-vous pas certains détails du paysage ? Après tout, vous êtes déjà venu. Nous risquons de perdre des semaines pour découvrir que le Gardien ne nous a pas envoyés au bon endroit ! »
- « Capitaine, nous étions perdus dans la tempête, sans combinaisons ni masques. Le docteur McCoy était en train de mourir de froid. Toute mon attention était consacrée à le secourir. Il était impossible de mémoriser des détails. »
- « Excusez-moi, Spock. Je crois que je vous en demandais trop ... Espérons que le Gardien ne s'est pas trompé. Bones, occupez-vous du flanc droit. Spock, prenez le gauche. Je resterai au milieu. Tâchons de ne pas nous perdre de vue. Allons-y ! »

* * * * *

Les trois hommes se retrouvèrent à leur campement à la tombée de la nuit. Trop épuisés pour parler, Kirk et McCoy engloutirent leur ration de survie, et se précipitèrent dans leurs sacs de couchage.
Plus habitué qu'eux à la gravité ambiante, Spock s'assit seul devant la tente, et ne rentra que lorsque le froid commença à l'engourdir. Durant cette journée, ils n'avaient pas aperçu la moindre trace de vie intelligente, qui eût rompu la monotonie de la toundra ...

* * * * *

Deux jours passèrent, avec le même emploi du temps. Chercher dans la vallée, le long des arêtes du glacier, se retrouver au point de ralliement, puis manger, puis s'endormir, épuisés. Spock était le seul à ne pas souffrir de l'altitude. Le seul qui supportait l'exténuante recherche. Mais sur le plan moral, c'était une autre affaire. L'officier en second avait parfois l'air absent, et McCoy le soupçonnait de ne presque pas dormir.
Leur troisième nuit sur Sarpeidon confirma ce soupçon ...
Dérangé par les échos d'un lointain combat entre des animaux féroces, le docteur s'éveilla, et entendit le Vulcain, qui dictait à voix basse son rapport au tricordeur. « Géologiquement, le sol de Sarpeidon présente de troublantes analogies avec celui de Cétaurus VII, qui est aussi promise à une destruction prochaine. L'hypothèse d'un ... »
McCoy se souleva sur les coudes.
- « Spock, bon sang, qu'êtes-vous en train de faire ? Quelle heure est-il ? »
- « Il est 0135,02 heure locale, docteur. »
- « Et pourquoi ne dormez-vous pas ? »
- « Comme vous le savez, les Vulcains peuvent se passer de sommeil pendant de très longues périodes. Je prenais des notes, en vue de la rédaction d'un article scientifique, qui s'intitulera : « Conditions Écologiques et Géologiques de ... »
- « Spock, bon sang de bon sang, qu'êtes-vous en train de faire ? » dit Kirk.
- « Je suis désolé de vous avoir dérangé, capitaine. Je prenais des notes pour un article scientifique. »
- « Vous ne pouvez pas dormir ? » demanda gentiment Kirk. « Bones peut vous donner quelque chose ! »
McCoy s'agita dans l'obscurité, mais la voix de Spock l'arrêta. «Tout à fait inutile, docteur. Je peux me forcer à dormir si nécessaire. Je n'ai pas besoin de vos décoctions ! »
- « D'accord ! Alors forcez-vous, et laissez-nous prendre un peu de repos ! » explosa le docteur.
McCoy s'agita de nouveau et alluma la lumière. « Regardez-vous, satané Vulcain », dit-il d'un ton accusateur, « Pas besoin de sommeil, mon œil ! Vous en êtes au point de tomber ! » Sa voix se remplit de sollicitude. «Vous n'aiderez pas votre gosse en tombant raide mort ! »
Depuis qu'ils avaient quitté l'Entreprise, personne n'avait fait allusion au véritable objet de leur mission. Spock trouva visiblement la franchise du docteur blessante.
- « Il est commode pour vous de proférer de telles sentences, docteur McCoy, parce que n'est pas votre responsabilité qui est engagée, mais la mienne. Bien qu'il soit illogique de se plaindre, je trouve ... »
- « Que c'est inutile ! » le coupa Kirk. « Votre situation n'est pas unique, Spock. De telles choses arrivent aux hommes et aux femmes depuis le commencement des temps. Moi-même, j'ai ... »
Le capitaine s'interrompit en voyant ses subordonnés échanger un long regard. « Qu'est-ce que ça signifie ? » demanda-t -il.
- « Rien », dit innocemment McCoy. « Rien du tout. Je crois que nous devrions nous reposer. »

* * * * *

L'après-midi suivant, McCoy lança un tel hurlement dans son communicateur que ses compagnons vinrent le retrouver en courant. Quand ils arrivèrent, le docteur était agenouillé, et observait la faille d'un rocher.
Il venait de découvrir une source d'eau chaude ! Spock examina une fois de plus le secteur à l'aide de son tricordeur. Mais il n'y avait toujours pas de trace de vie. Ils suivirent cependant le cheminement de la source souterraine jusqu'au pied de la falaise.
L'excitation de cette découverte les soutint jusqu'à l'heure où ils dressèrent leur campement. Mais elle céda peu à peu la place au découragement. Ainsi que tous trois le savaient, ils seraient obliger de rentrer s'ils ne parvenaient pas à localiser quelque signe de vie avant deux jours ...
Après le repas, Kirk et McCoy jouèrent un moment au solitaire. Mais la partie était languissante. Ils finirent par rester simplement assis, à écouter le vent.
McCoy frissonna. « Avez-vous pensé à la protection ultrasonique ce soir, Spock ? »
- « Oui, docteur. Je l'ai mise en service chaque nuit. Pourquoi ? »
- « Pour rien ... J'ai parfois le sentiment que nous sommes observés. Cet endroit finit par me taper sur les nerfs. »
Le docteur se tut, puis jeta rageusement son jeu de cartes par terre.
- « Ne vous en faites pas, Bones », dit Kirk. «Je comprends ce que vous voulez dire. J'ai ressenti la même chose. Trop d'imagination. Ce vent perturberait n'importe qui. Vous avez de la chance, Spock, les Vulcains sont insensibles à ce genre de choses ! »
- « Peut-être est-ce dû à la fatigue, capitaine, mais le sentiment que nous étions observés affleure aussi à ma conscience. Cela a commencé il y a plusieurs heures ... Puisque nous partageons cette impression, il est possible que nous soyons observés. Un prédateur nous guette peut-être. »
- « Vous avez sûrement raison, Spock », dit Kirk. « Jusqu'ici, nous avons eu la chance de ne pas rencontrer d'animaux. Mais cela pourrait ne pas durer. Nous resterons ensemble demain. Assurez-vous que vos fuseurs sont en pleine charge ... »

* * * * *

Le matin suivant se leva, aussi clair et brillant que les précédents. « Nous aurons au moins eu de la chance avec le temps ! » dit Kirk tandis qu'ils cheminaient.
- « Nous avons eu de la chance avec tout, Jim, sauf avec le but de notre mission », dit McCoy. « Je tiendrais l'absence de bêtes fauves et la clémence du climat pour ... »
Spock s'était arrêté si soudainement que le docteur manqua de le renverser.
- « Je reçois quelque chose sur mon tricordeur, capitaine ! »
McCoy écarquilla les yeux. Puis, sans mot dire, il écarta le Vulcain de son chemin, et se précipita vers la paroi de la falaise. Ses mains parcoururent un instant la surface gelée de la pierre ...
- « Je crois que c'est là que nous sommes arrivés, Spock, au sortir de l'Atavachron. »
- « Vous avez vu juste, docteur. Cela signifie que la grotte se trouve ... »
Spock se tut brutalement. Une idée irrationnelle envahissait sa conscience. IL NE VOULAIT PAS CHERCHER LA GROTTE. IL VOULAIT TOURNER LES TALONS. S'EN ALLER LE PLUS LOIN POSSIBLE.
Bouleversé, l'officier en second secoua violemment la tête. Des pulsions désordonnées affluaient à son esprit ... LA PEUR ... LA HAINE ... LA COLERE ...
Il gémit, se prit la tête entre les mains. Il n'était plus conscient de la présence de ses compagnons. Tout son être était captif de ces émotions étrangères.
Étrangères l C'était une invasion... Ces pulsions primitives n'appartenaient pas à son cerveau. Elles lui étaient imposées de l'extérieur. .. Alors même que ses genoux commençaient à se dérober sous lui, le Vulcain comprit qu'il était victime d'une agression intolérable, et rassembla ses forces en vue de la bataille.
Le pouvoir contre lequel il luttait était puissant. Mais pas invincible. L'esprit, se dit le Vulcain, l'esprit commande la matière. Mon esprit commande ... Le mien ! LE MIEN !
L'ennemi disparut... Spock se retrouva libre. Il s'aperçut que McCoy et Kirk le tenaient chacun par un bras. Après un bref instant, le trouble qui l'avait saisi finit de s'estomper. Sa vision redevint claire : à quelques mètres de là, la paroi de la falaise était largement fendue, et formait comme une petite arche.
Cette arche, c'était l'entrée de la caverne ... Soudain, une silhouette déboula de derrière un rocher, et se lança dans une course éperdue vers la grotte.
Spock se libéra de l'étreinte de ses compagnons, et se mit lui aussi à courir, plus vite qu'il n'avait jamais couru. Il entendait Kirk et McCoy haleter derrière lui. Il avait presque atteint l'entrée de la caverne quand une pierre le toucha à l'épaule. Le Vulcain vacilla, manqua presque de tomber. Ses compagnons l'avaient rejoint.
Tous trois regardaient la créature qui se recroquevillait contre la paroi de la falaise.
Elle était humanoïde, mais recouverte de peaux de bêtes si épaisses qu'il était impossible d'en dire plus.
Spock s'approcha. Un hurlement jaillit de la gorge de la créature. Un hurlement qui n'avait rien d'humain ...
C'est Zarabeth, pensa McCoy. La taille est trop grande pour être celle d'un enfant. La pauvre aura été rendue folle par la solitude.
Comme il s'avançait, prêt à prononcer des paroles rassurantes, la créature eut un mouvement rapide comme l'éclair, et, avec l'énergie du désespoir, lui expédia un gros caillou en plein visage. Le docteur poussa un cri et s'affaissa. Kirk bondit en avant, vit briller un couteau, tira un coup de pied qui faucha l'arme. Il entendit le bruit du métal qui rebondissait contre la pierre ...
Des mains s'étaient enroulées autour de sa gorge. Le capitaine se fendit, lança un coup de genou vicieux, et sentit la pression des doigts de son adversaire diminuer. Il se libéra complètement en se jetant à terre, et tenta de reprendre son souffle. L'air lui écorchait les poumons, sa vision se troublait. La créature se tenait à présent devant lui, résolue à reprendre le combat ...
Mais elle vacilla soudain, et s'affala sur le sol; inerte.
Spock desserra sa prise vulcaine, tandis que le capitaine se relevait en se raclant la gorge. « Bones, tout va bien ? » dit-il difficilement. Le docteur était debout derrière lui, ses instruments à la main. Kirk et Spock reculèrent afin de lui laisser le passage. Le docteur promena son tricordeur médical le long de la créature. « Humanoïde », dit-il, « Vulcaine ... et quelque chose d'autre. Aidez-moi à la retourner ! »
La créature portait de longs cheveux et une barbe.
Son visage, sans nulle ambiguïté, était celui de la peinture. Mais il était plus vieux. Ce n'était pas celui d'un enfant, mais celui d'un homme autour de sa vingt-cinquième année.
- « Il semblerait que nous ayons fait une petite erreur de calcul... Mais mieux vaut tard que jamais. » Il regarda Spock, puis de nouveau son patient évanoui.
- « Les caractéristiques raciales sont indéniables, n'est-il pas vrai ? »

Chapitre VI

Kirk ne voyait pas le visage de Spock, mais sa voix lui parut embarrassée lorsqu'il dit : « Nous ferions peut-être bien de le transporter dans la caverne ... Il y fait chaud ... »
Le capitaine attendit quelques secondes. Comme le Vulcain ne se décidait pas à bouger, il fit signe à McCoy de l'aider. Tous deux portèrent le jeune homme à l'intérieur de la grotte. Dès qu'il fut débarrassé de son fardeau, Jim Kirk abandonna le docteur, et retourna près de son officier en second.
Spock avait retiré son masque, mais son visage n'en paraissait pas plus vivant. La peau tendue, les os saillants, les yeux presque révulsés, composaient une apparition fantomatique. Il est sous le choc, pensa Kirk. Et ce n'est pas surprenant. Découvrir un adulte au lieu d'un enfant ! Comment réagirais-je à sa place ? De la même façon, probablement ...
Le capitaine retira son masque, puis s'en retourna auprès de McCoy. Il y avait des moments où il valait mieux laisser le Vulcain seul, plutôt que d'offenser sa pudeur. Et Jim n'avait jamais manqué de les reconnaître ...
Sous les peaux de bêtes, le jeune homme évanoui portait une tunique de cuir, que McCoy venait de délacer. Sous une épaisse couche de saleté et de poils noirs, les os des côtes saillaient. Le docteur injecta trois ou quatre médicaments dans l'épaule de son patient, et s'adressa à Kirk.
- « Il reviendra à lui dans une minute. Il est dans une forme impressionnante, pour quelqu'un qui souffre de malnutrition chronique. Il est incroyable qu'il ait survécu à tout ça ... Je me demande où est Zarabeth ? »
- « Je ne vois pas d'autre lit », dit Kirk en inspectant la grotte. « Lui avez-vous donné un calmant, Bones ? » Le capitaine se massa lentement la nuque. « Je n'ai pas l'intention de lui offrir une seconde chance de me tordre le cou ! » Il regarda en direction de Spock, qui leur tournait toujours le dos. « Ce chenapan a hérité de la force de son père, en même temps que de ses oreilles. »
- « Je ne crois pas qu'il voudra se battre lorsqu'il verra nos visages », dit McCoy. « Je pense qu'il a été effrayé par nos masques. Nous avons dû l'épouvanter plus qu'une horde de sithars, avec ces trucs sur la figure. » Il s'adressa à son tour au Vulcain. « Il devrait être déjà réveillé, Spock. Avez-vous fait quelque chose pour prolonger son inconscience ? »
L'officier en second eut un geste de dénégation, puis il s'approcha. Il se tenait à distance respectable, et regardait le corps inanimé.
- « La bataille qu'il nous a livrée l'a sûrement affaibli. Il est si maigre. Et puis le capitaine l'a sacrément secoué ... »
McCoy remarqua l'expression indifférente de son compagnon. « A la vérité, vous devriez vous féliciter qu'il soit vivant, et assez vieux pour s'occuper de lui-même. Je vous verrais mal dans un jardin d'enfants, Spock. » Il posa son tricordeur, et toucha l'épaule du jeune homme. « Il se réveille », dit-il d'un ton rassuré.
Le patient ouvrit les yeux. Ils étaient gris et luisaient de terreur. Mais cela se calma quand son regard croisa les yeux bleus de McCoy. La chevelure noire du docteur, les traits réguliers et le sourire de Kirk finirent de le rassurer. Puis il regarda en direction de Spock, dont le visage était à demi caché par le capuchon de sa combinaison thermique, et s'intéressa de nouveau aux deux personnes qui se tenaient à son chevet. Enfin, il s'assit maladroitement, et se massa le cou. Ses yeux exprimaient à présent la multitude de questions qui assaillaient son esprit.
Le capitaine jeta un regard appuyé à son officier en second, toujours silencieux, et adopta courageusement son ton de voix le plus diplomate. « Désolé que nous n'ayons pas fait connaissance plus agréablement. Nous sommes impardonnables de ne pas avoir prévu l'effet que vous ferait notre accoutrement. Êtes-vous le fils de Zarabeth ? »
Le jeune homme fit oui de la tête, visiblement effarouché. Puis il commença à parler à toute vitesse, sur le ton de quelqu'un qui ne s'adressait plus qu'à lui-même depuis des années.
- « Oui, je suis le fils de Zarabeth. Mon nom est Zar. .. Mais qui êtes-vous ? D'où venez-vous ? Est-ce que vous me cherchiez ? »
Sa voix était agréable, moins grave que celle de Spock. Sa prononciation était parfaite.
- « Je suis James Kirk, capitaine du vaisseau spatial Entreprise. Voici mon médecin-chef, Léonard McCoy. » Le capitaine désigna le docteur. Le regard de Zar se posa un instant sur lui, puis se dirigea vers l'entrée de la grotte, et se fixa sur Spock. Jim hésita une fraction de seconde. « Et mon officier en second, Monsieur Spock. »
Zar se leva doucement, sans cesser de fixer le Vulcain. McCoy lui tendit la main pour le soutenir. « Où est votre mère ? » dit-il avec précaution.
Les yeux toujours rivés sur Spock, sur un ton impassible que démentait la peine qui se lisait sur son visage, le jeune homme répondit: « Elle est morte. Elle s'est tuée en tombant dans une crevasse, il y a sept ans de cela. » Puis il avança lentement vers Spock, passant entre Kirk et McCoy comme s'il ne les voyait plus, et s'arrêta en face de lui.
- « Spock »! » dit-il en plantant son regard dans celui du Vulcain. « Spock ... Officier en second de l'Enterprise ... Mon père ! »
- « Oui », dit Spock comme dans un soupir.
Kirk et McCoy sourirent d'émotion lorsqu'ils virent l'expression de chaleur et de joie qui se dessina sur le visage de Zar. Le jeune homme avait enfin desserré les poings, et Kirk redouta pendant un instant qu'il lui vînt à l'esprit de se jeter dans les bras de Spock.
Mais quelque chose dans l'attitude du l'homme qui lui faisait face les mains croisées derrière le dos sembla l'en dissuader. « Je suis content que vous soyez venu, monsieur », se contenta-t-il de dire.
C'étaient les mots de bienvenue les plus sincères que le capitaine avait jamais entendus. Et le sourire épanoui de Zar ne disparut pas lorsqu'il se retourna, et s'adressa aux deux humains.
- « Je suis heureux que vous soyez là aussi ! Étiez-vous TOUS à ma recherche ? »
- « Oui, nous remuons ciel et terre depuis quatre jours », dit Kirk.
- « Comment êtes-vous arrivés jusqu'ici ? Ma mère me parlait souvent des deux voyageurs du futur, mais elle disait que Sarpeidon n'existait plus... L'Atavachron a dû disparaître avec lui, non ? »
- « Nous avons utilisé une autre porte temporelle. Le Gardien de l'Éternité. Votre mère ne vous avait pas menti au sujet de la planète. Elle n'existe plus dans notre présent. »
Zar écarta une mèche de cheveux qui lui battait le front. Puis il entreprit de renouer sa chevelure à l'aide d'une fine lanière de cuir, et relaça sa tunique. « Je vous suivais », dit-il sans les regarder. « Je ne savais pas qui vous étiez. Je pensais avoir affaire à des créatures d'un autre temps, d'un autre monde ... Des sortes de monstres. Je n'étais même pas conscient que vous étiez des humains. Vous m'avez piégé alors que je tentais de vous forcer à fuir ... »
- « Tout le monde peut se tromper. N'en parlons plus ... » dit McCoy. « Tu te bats fichtrement bien, fils. Tu nous observais depuis longtemps ? »
- « Depuis la nuit dernière. Je chassais dans les montagnes, et je vous ai découverts au crépuscule. J'ai essayé d'attaquer votre camp, mais j'ai ressenti une grande douleur dans ma tête, et je n'ai pas pu approcher. »
- « La protection ultra-sonique », dit Kirk. « Cela explique pourquoi nous avions tous l'impression d'être sous surveillance. Je craignais que cette planète n'ait affecté nos esprits. »
Zar approuva pensivement. Puis il se souvint des règles de politesse que sa mère lui avait enseignées de longues années auparavant.
- « Avez-vous soif ? J'ai de l'eau fraîche ... Ou faim ? Il me reste de la viande salée. Et il y a le gibier, dehors, qui n'attend que nous ! »
- « Merci, mais nous avons ce qu'il faut. » Kirk s'assit sur le sol, et sortit quatre rations de son sac à dos. Zar s'assit à côté de lui, ouvrit le sachet, et le renifla prudemment. Visiblement rassuré, il engloutit la ration avec voracité. Quel être paradoxal, pensa Kirk en le regardant lécher les miettes qui tombaient du sachet. Il parle comme l'enfant bien élevé d'une famille éprise de traditions, mais son aspect et ses actes sont ceux d'un primitif. Il sortit une autre ration de son sac, et l'offrit à Zar, qui s'efforça de ne pas laisser paraître sa convoitise. « Nous en avons en quantité », dit-il, « ne vous gênez pas. »
Quand McCoy lui tendit une troisième ration, Zar hésita un moment, et sembla fouiller dans sa mémoire. « Merci », dit-il enfin. Le jeune homme avala le troisième sachet plus lentement, mais n'en laissa pas. Il se lécha les doigts méticuleusement, et sourit de contentement.
- « C'était bon. Cela ressemble aux choses que ma mère me donnait lorsque j'étais petit. »
- « Quel âge as-tu, fils ? » demanda McCoy.
- « J'ai vingt-cinq ans. Bientôt vingt-six ... »
- « Tu es seul depuis l'âge de dix-neuf ans », dit Kirk.
- « Oui. »
- « Sept ans ... Sept ans de solitude ... Quelle terrible épreuve », dit Kirk.
- « Je n'y pensais pas souvent. Il est illogique de se lamenter sur une situation qui ne peut être modifiée ... »
- « J'ai déjà entendu ça quelque part ! » murmura McCoy.
Kirk jeta un coup d'œil dehors. La nuit tombait. « Il se fait tard. Il serait temps de partir ! »
- « Comment allez-vous retourner dans votre époque ? » dit Zar. « Il n'y a pas de Gardien ici ! »
- « Nous ne savons pas pourquoi », dit Kirk, mais le Gardien semble deviner qu'une mission est terminée. Lorsque nous serons prêts, nous n'aurons qu'à bondir et, hop, nous y serons ! De retour dans notre temps ... »
- « J'aimerais connaître votre époque. J'ai souvent regardé les étoiles, en rêvant de les visiter un jour. »
Zar regarda Spock. « Je suppose que cela me vient de mon sang. »
Bien sûr, pensa McCoy, le pauvre garçon n'ose pas imaginer qu'il vient avec nous ! Le docteur attendit quelques secondes. Comme Spock ne se décidait pas à dissiper le malentendu, il dit : « Tu viens avec nous, fils. Pour quelle autre raison serions-nous ici ? »
Le regard de Zar refléta sa surprise. Puis il sourit de nouveau et se tourna vers Spock.
- « Vous m'emmenez avec vous ? Vers les merveilles dont ma mère me parlait ? »
L'officier en second fit signe que oui.
- « Et il y aura beaucoup à manger ? »
Un instant décontenancé, Jim Kirk réalisa l'importance de la nourriture pour un être condamné à arracher chaque repas de haute lutte. Il se hâta de rassurer leur nouvel ami.
- « Oui, il y aura beaucoup à manger... et parfois même trop ! » Il fit un clin d'œil à McCoy.
S'adressant toujours à Spock, Zar reprit d'une voix émue : « Tu es venu me chercher, alors que tu ne me connaissais pas. Et maintenant tu m'emmènes avec toi ! Je te suis si reconnaissant, père ... »
Le Vulcain resta impassible. « Je ne suis pas revenu plus tôt parce que j'ignorais votre existence ... Vous n'avez pas à me remercier. Je n'ai fait qu'obéir aux lois élémentaires de la solidarité familiale. »
- « Comment as-tu ... avez-vous découvert mon existence ? »
- « J'ai vu la reproduction de votre portrait. Il n'y avait pas d'autre explication logique ... » D'un air indifférent, le Vulcain abaissa le capuchon de sa combinaison.
Zar étudia le visage de Spock un long moment. « Je me suis parfois regardé dans le miroir de ma mère. Mais il était si petit. .. Alors, lorsque j'ai eu quinze ans, j'ai dessiné mon portrait sur le mur de la grotte, à côté des scènes de chasse. Après sa mort, il m'arrivait de parler à la peinture ... J'ai l'impression de le faire en ce moment ! Père, je ... »
- « Je préférerais que vous vous adressiez à moi par mon nom », dit Spock. « Je trouve le mot père déplacé dans la bouche d'un inconnu. »
Les yeux de Zar exprimèrent un court moment son désarroi. Puis son visage se vida de toute expression, et devint le reflet fidèle de celui de son interlocuteur. « Il en sera fait selon vos désirs, monsieur. » Il attrapa son manteau en peaux de bêtes, et sortit de la caverne.
McCoy émit un grognement significatif à l'attention de Spock, et suivit le jeune homme. Kirk, une nouvelle fois, s'abstint d'interférer dans la vie privée de son officier en second. « Je vais dire au docteur de se dépêcher ... », dit-il en quittant la grotte à son tour.

* * * * *

Le capitaine trouva Zar agenouillé près du cadavre d'une énorme bête à corne, qu'il avait visiblement traînée sur la glace à l'aide d'un harnais de cuir. Il s'arrêta près de McCoy, et regarda le jeune homme découper la carcasse avec son couteau.
- « Comment as-tu tué ce monstre ? » demanda le capitaine, qui avait noté que Zar, à l'exception du couteau, ne possédait aucune arme.
- « Avec ça. » Zar désigna trois pierres rondes liées par des lianes.
- « C'est ma mère qui l'a fabriqué. Elle avait trouvé l'idée dans un de ses livres. »
- « Un bola », dit Kirk. Le capitaine ramassa l'arme, et la fit tournoyer deux ou trois fois.
- « Il faut être rudement adroit pour chasser avec ça. Tu n'as pas d'autre méthode ? »
- « J'utilise parfois des pièges ... »
- « Pourquoi pas un arc et des flèches ? » demanda le docteur.
Le chasseur se releva, et montra la vallée qui s'ouvrait devant eux.
- « Il faut du bois pour cela, et il n'y a pas d'arbres à moins de cinq journées d'ici. Je ne vais jamais aussi loin ... »
- « Nous allons partir très bientôt, et j'ai peur que tu ne puisses pas emporter ta viande », dit Kirk.
- « Je ne pensais pas ... Vous avez raison, naturellement, capitaine ! Cela me semble malgré tout du gaspillage de l'abandonner ! »

* * * * *

En silence, les trois hommes commencèrent à rassembler les outils de Zar, qui étaient éparpillés autour de l'entrée de la grotte.
A l'intérieur, Spock étudiait attentivement les peintures. Il remarqua que leurs couleurs étaient plus vives que sur les photos ...
Le Vulcain se sentait mal à l'aise. Il éprouvait une certaine irritation contre lui-même. La situation était désagréable. Presque ridicule. Il était trop jeune pour avoir un fils de vingt-cinq ans !
Son regard parcourut la caverne, et il aperçut plusieurs quartiers de viande séchée qui pendaient dans un coin. Son estomac se révulsa, et il dut se convaincre de l'illogisme de sa réaction. Il était normal que Zar ait mangé de la viande... Les provisions de Zarabeth avaient dû être épuisées très rapidement.
Ses yeux se posèrent sur le lit recouvert de peaux de bêtes. Le souvenir de Zarabeth remonta de sa mémoire ... Il sentait sa bouche contre la sienne ... La fine texture de sa peau... Les petits gémissements qu'elle poussait pendant qu'ils ...
Le Vulcain frappa violemment la paroi de la grotte.
La douleur chassa les images du passé. Tout cela n'avait été qu'un incident. Quelque chose qui s'était produit à un moment où il n'était pas lui-même.
Mais c'est arrivé, pensa-t-il. Il serait illogique de le nier. La preuve m'attend dehors. Spock réalisa qu'il faisait une chaleur insupportable dans la grotte. Il était en nage ...
La voix du capitaine le sortit de ses pensées. « Nous sommes prêts au départ, Spock ! » Puis, à Zar : « Veux-tu emporter quelque chose ? »
Le jeune homme parcourut la caverne du regard. « Juste mes armes et mes livres. C'est tout ce à quoi je tiens. »
Il fut prêt quelques minutes plus tard. « On y va ? » demanda Kirk. Zar jeta un nouveau regard à la grotte, et ne répondit pas. Il semblait embarrassé.
- « Que se passe-t-il, fiston ? » demanda le docteur McCoy, qui imaginait ce que l'on pouvait ressentir au moment de quitter le seul endroit qu'on ait jamais connu pour se projeter dans un futur incertain. Surtout, se dit-il, lorsque l'on part en compagnie d'un ordinateur à oreilles pointues qui vous traite d'inconnu !
- « C'est seulement que je n'aime pas l'idée de la laisser ici seule ... »
- « La laisser seule ? De qui parles-tu ? » dit Kirk. « Je croyais que ta mère était tombée dans une crevasse ? »
- « Oui ... Je suis allé à son secours aussi vite que j'ai pu. Mais je n'ai trouvé que son corps sans vie. Le sol est trop dur pour creuser une tombe, ici. Et je n'avais pas de bois. Je l'ai déposée dans une grotte cachée sous la glace. »
Le capitaine réfléchit une seconde. « Zar, est-ce que tu aurais incinéré ta mère, si tu l'avais pu ? »
Le jeune homme ne soutint pas son regard, mais acquiesça d'un signe de la tête.
- « Bien. Nous avons nos fuseurs. Nous pouvons le faire pour toi. Où est-elle ? »
- « Je vais vous montrer. »

* * * * *

Il y avait un passage étroit au fond de la caverne.
L'obscurité, au bout de quelques mètres, devenait totale. Mais leur guide les conduisait avec l'aisance de quelqu'un qui connaît le chemin pour l'avoir souvent emprunté. Derrière le capitaine, McCoy avançait avec réticence. Jim ne pouvait l'en blâmer. « Être perdu dans ce labyrinthe ! » pensa-t-il avec effroi ...
Loin derrière eux, l'écho d'autres pas résonnait.
Ils arrivèrent enfin. La grotte dans laquelle Zarabeth reposait était faiblement éclairée par les derniers rayons du jour, qui filtraient à travers de multiples anfractuosités. Un froid terrible régnait dans toute la caverne. Une plate-forme en pierre s'élevait en son centre ...
Zarabeth était enveloppée de fourrure, les mains croisées sur la poitrine, les yeux fermés. Sous la lumière crépusculaire, son corps gelé semblait simplement endormi.
- « Elle est restée comme dans mon souvenir. » McCoy parlait à voix basse. Le capitaine frissonna, pris par le charme de ce visage tranquille.
- « Elle ressemble à une princesse qui attend d'être réveillée ! » dit-il d'une voix étranglée. « Si cela pouvait seulement être possible ! »
Il entendit un bruit derrière lui, et il comprit que Spock venait de les rejoindre. Il résista à la tentation de se retourner pour le regarder ...
Zar avança de quelques pas, et s'immobilisa près de la plate-forme. Des mèches de cheveux cachèrent son visage au moment où il se pencha doucement vers sa mère. Il toucha tendrement le visage gelé, puis recula et les attendit.
Kirk tira son fuseur, puis hésita. Il semblait inhumain de faire disparaître le corps sans un mot. Il fit signe à McCoy, et ils avancèrent jusqu'à la plate-forme. Le capitaine s'éclaircit la voix : « Je confie l'enveloppe charnelle de cette femme à l'Être, la Foi ou l'Idéal qui a pu guider son chemin. » Puis il marqua une pause : « Son esprit a certainement trouvé un abri depuis longtemps. »
- « J'aurais aimé la connaître », dit-il pour finir.
- « C'était une femme belle et très courageuse », ajouta le docteur McCoy.
Il y eut un long silence. Kirk ôta le cran d'arrêt de son fuseur, et s'apprêta à tirer. Mais la voix de Spock s'éleva des ténèbres qui commençaient à envahir totalement la grotte.
- « Elle était toute la douceur de ce monde », dit le Vulcain en avançant fuseur au poing. Tandis que Kirk et McCoy s'écartaient, il visa lentement et fit feu. Le lit de fourrure et le corps de Zarabeth s'embrasèrent, et explosèrent en une multitude de flammèches incandescentes. Une aura de gloire et de tristesse illumina un instant la caverne. Puis ce fut le vide ...
Spock laissa retomber son bras, et n'esquissa pas un mouvement. Ses compagnons le dépassèrent, et s'engagèrent dans le tunnel qui conduisait à la première grotte. En passant devant lui, Kirk pensa que son officier en second n'avait jamais eu l'air aussi Vulcain ... Mais il changea d'avis lorsqu'il vit ses yeux !

Chapitre VII

Zar se tenait debout contre le vent. On eût dit qu'il tentait de se persuader de la réalité de ce qu'il était en train de vivre. Le jeune homme regardait les étoiles, si proches et brillantes. Puis il se retournait vers le Gardien, lui lançait un regard perplexe, et levait de nouveau les yeux au ciel. En le voyant faire, Kirk se souvint de la première fois où il avait contemplé les étoiles à partir d'une autre planète que la Terre. Il se rappelait ses entrailles nouées, la joie un peu craintive qu'il avait éprouvée, et sourit à ces évocations.
Le jeune homme toucha le Gardien avec hésitation, et examina méticuleusement son centre, qui était redevenu normal. Il eut une expression d'étonnement et s'adressa à Kirk.
- « Comment pareil miracle est-il possible, capitaine ? »
- « C'est une bonne question, mais qui n'a pas de réponse. » dit Kirk. « Certains des cerveaux les plus brillants de la Fédération ont essayé de comprendre. En vain ! Mais tu devrais en parler à Spock, il a sûrement une théorie. Il était un de ces cerveaux ! »
- « Lorsque je le touche », reprit Zar, « je sens qu'il est vivant. Mais cela ne ressemble à aucune des formes de vie que je connais. Pourtant, il... communique. Je ne peux pas en dire plus ... »
- « Que veux-tu dire par il communique ? » s'exclama Kirk. Mais l'arrivée du Docteur Vargas l'empêcha d'aller plus loin.
- « Hey ! Vous êtes revenus plus vite que je ne le pensais ! » Elle s'interrompit en remarquant la présence de Zar.
- « Mais vous avez réussi ! Enchantée, jeune homme ! Permettez-moi de vous dire que j'imaginais quelqu'un de moins. développé ! »
- « Docteur Vargas », dit Spock en se plaçant entre elle et l'objet de sa curiosité, « je vous présente Zar. Nous sommes arrivés plus tard que prévu sur Sarpeidon, et avons découvert un adulte au lieu d'un enfant. Monsieur, je vous présente le docteur Vargas, chef de l'expédition qui tente de percer à jours les secrets du Gardien. »
Intimidé, le jeune homme balbutia une vague formule de politesse. Au risque de se donner un torticolis, le docteur Vargas entreprit de le détailler en contournant l'obstacle que Spock constituait. Elle s'attarda longuement sur les détails de son habillement. ..
- « J'aimerais m'entretenir avec vous, avant votre départ, si vous avez le temps. Je n'ai jamais eu l'occasion d'étudier des vêtements préhistoriques flambant neufs ! Tant de questions me viennent à l'esprit. Avec quoi les cousiez-vous ? Comment les peaux étaient-elles tannées ? »
Zar se relaxa. Les manières directes du docteur Vargas l'avaient tout d'abord effarouché. A présent, elles semblaient presque l'amuser.
- « Pour coudre, nous nous servions de boyaux séchés. Au début, ma mère possédait des aiguilles en métal. Lorsqu'elles furent cassées, je me suis servi d'os pour en fabriquer de nouvelles. J'ai apporté certains objets avec moi. .. Si vous souhaitez les voir, je me ferai un plaisir de satisfaire votre curiosité scientifique. »
Les trois officiers assistèrent un moment à la scène.
Puis Spock s'excusa et quitta le groupe. Il partit à pas cadencés vers le camp des archéologues.
Zar le rattrapa en quelques foulées, et lui barra le chemin.
- « Je vous demande pardon, monsieur. Puis-je vous parler un instant ? »
- « Oui ? »
- « J'ai réfléchi au pouvoir du Gardien », dit Zar en regardant Spock droit dans les yeux. « Maintenant que je suis ici, dans votre présent, pensez-vous qu'il me serait possible de retourner dans le passé à un autre moment que celui où je l'ai quitté ? Je veux dire. Avant son accident ! Pour la prévenir, l'empêcher de tomber. Et la ramener comme vous m'avez ramené ? »
- « C'est une chose impossible. Ce qui est aujourd'hui doit continuer d'être. Si vous retourniez la sauver, comment pourriez-vous être ici à présent, à me parler de sa mort ? Ce concept est difficile à exprimer avec des mots. Je vous montrerai plus tard les équations qui vous aideront à comprendre. » Le Vulcain marqua une pause. « Veuillez croire que j'en suis sincèrement désolé ! »
Un bref instant, la déception envahit le visage de Zar. Puis il fit signe qu'il n'insisterait pas.
Spock se tourna vers le docteur Vargas, qui était toujours agenouillée devant les reliques de Zar.
- « Docteur, je dois envoyer un message subspatial. M'autoriseriez-vous à utiliser votre émetteur ? »
La petite bonne femme bondit sur ses pieds, épousseta les genoux de son pantalon, et rajusta ses mèches grises.
- « Certainement, Monsieur Spock. Venez, je vais vous montrer où il se trouve. Peut-être aurez-vous la gentillesse de lui jeter un coup d'œil ? Notre spécialiste radio s'est blessé le mois dernier. Il a dû être rapatrié sur la Base la plus proche. Nous n'avons personne pour le remplacer, et certains des circuits de l'émetteur semblent ne pas fonctionner normalement. »
- « Je ferai ce que je peux, docteur ! Même si les problèmes de communication ne sont pas particulièrement de mon ressort ... »
Le Vulcain s'adressa de nouveau à Zar.
- « Le docteur McCoy et le capitaine Kirk vont vous conduire quelque part où il vous sera loisible de faire un peu de toilette. Profitez-en pour revêtir une tenue plus décente !
Le jeune homme tressaillit. Il regarda un instant le Vulcain s'éloigner en compagnie de Vargas, puis retourna vers les deux humains.

* * * * *

Au campement, Kirk et McCoy décidèrent de se partager les tâches. Le capitaine se mit en devoir de trouver une combinaison à la taille du fils de Zarabeth, et McCoy se chargea de le guider à l'intérieur du bâtiment.
Le jeune homme lança des regards étonnés aux meubles, aux appareils, aux objets qui s'entassaient un peu partout. Mais il gardait son aplomb, et le conserva jusqu'au moment où la lumière s'alluma automatiquement dans la salle où ils venaient d'entrer.
Zar bondit, se mit instantanément sur la défensive, et sortit son couteau. Son regard balayait la salle à toute vitesse ..
- « Du calme, fiston. L'ordinateur a capté la chaleur de nos corps, et il nous a obligeamment évité l'effort d'appuyer sur un bouton. »
- « Mais l'éclair est arrivé si vite ! »
- « Oui, il faut beaucoup moins d'une seconde. »
Ils sortirent de la pièce, et la lumière s'éteignit.
Zar avança avec prudence, et poussa une exclamation lorsqu'il vit la lumière s'allumer de nouveau avant qu'il ne soit véritablement entré dans la pièce. Il passa le quart d'heure suivant à déterminer combien il fallait de son corps pour déclencher l'ordinateur. Finalement, il apparut qu'une jambe suffisait. Mais - et cela méritait d'être consigné dans les annales - un pied ou le bout du nez laissaient l'ordinateur parfaitement indifférent.
Le docteur contempla la scène avec une tolérance amusée. Puis, quand le jeune homme eut achevé ses expériences, il l'initia aux merveilles de la vie moderne.
Lorsqu'ils en arrivèrent à la douche, Zar s'étrangla d'indignation.
- « Mais l'eau est faite pour être bue », dit-il avec ardeur. « Il ne peut pas y en avoir assez pour que l'on s'amuse à la gaspiller ainsi.
- « Nous n'avons pas besoin d'économiser l'eau, fiston. Nous pouvons en fabriquer autant que nous voulons. Et puis, comment te lavais-tu, chez toi ?
- « Dans un bassin, quelquefois surtout quand ma mère était encore en vie. Depuis .
- « Eh bien, il est temps que tu apprennes à te servir d'une brosse. Je t'assure que cela ne fait mal que les toutes premières fois. De toute manière, il faudra bien que tu t'habitues ! Parce qu'il y a AUSSI des douches à bord de l'Enterprise ! »
McCoy eut du mal à ne pas rire des mimiques angoissées de Zar. Il se força à rester sérieux, et dit sévèrement : « Et maintenant, dépêche-toi ! Le capitaine sera de retour sous peu. Alors rappelle-toi : ce bouton pour l'eau chaude, celui-là pour la froide. Le savon est sur ta gauche. Quand tu auras fini, sers-toi de la soufflerie d'air chaud pour te sécher.
Avant de partir, le docteur jeta un dernier regard à son réticent élève. « J'ai dit : exécution ! »
Les gargouillis qu'il entendit peu après en provenance de la salle de bains lui confirmèrent que ses ordres avait été suivis. Le docteur sourit, et pensa qu'il aurait dû prévenir Zar de retenir sa respiration lorsqu'il s'aspergeait la tête.
Le capitaine arriva quelques instants plus tard, les bras chargés de vêtements. Il tendit l'oreille lorsque le remue-ménage reprit derrière la porte.
- « Tout va bien, docteur ? » dit-il d'un air inquiet.
- « Je présume que oui. Notre jeune ami s'est montré sceptique au début, mais il a rendu les armes lorsque je lui ai appris que tout le monde se douchait sur l'Enterprise. Savez-vous où est Spock ? »
- « Toujours en train d'envoyer son message - probablement à T'Pau ! Vargas m'a dit qu'il allait réparer l'émetteur. »
- « Ravi d'avoir une bonne excuse pour rester à l'écart ! Où est donc passé mon équipement médical ? »
- « Je vous l'ai apporté, docteur. »
McCoy sortit quelques seringues de sa trousse.
- « Assurons-nous de la santé du gamin. Il n'a sûrement aucune défense naturelle contre les fièvres de Rigel et autres délices de l'espace ! C'est un gentil gosse, n'est-ce pas ? Amical comme un chaton. Je n'ose pas imaginer à quoi il ressemblera après quelques semaines de déshumanisation vulcaine. Vous avez vu comment il regarde Spock. Il cherche déjà à l'imiter. »
- « Quoi de plus normal, Bones ? A votre place, je ne me ferais pas trop de souci. Zar a beaucoup de choses à apprendre. La discipline vulcaine est peut-être exactement ce qu'il lui faut. »
- « La seule chose que la discipline vulcaine est bonne à faire, c'est. » Il se tut brusquement. Le bruit de la douche avait cessé, et il ne voulait pas que Zar entende ce qu'il s'apprêtait à dire. »
- « Bien », dit Kirk, « je vous laisse la lourde tâche de le contraindre à se raser, puis à s'habiller. Après tout, j'ai signé avec Starfleet un contrat de capitaine, pas de majordome ! »
Le docteur bondit sur Zar dès qu'il sortit de la douche, et le piqua sans sommation. « Qu'est-ce que c'est ? » demanda-t-il, en tentant d'échapper aux mains expertes de McCoy.
- « Un moyen de t'éviter nos maladies physiques. J'aimerais avoir des vaccins pour les autres, mais ce n'est pas le cas. Allez, c'est la dernière !
McCoy sortit son tricordeur médical, et procéda à un bref examen. Tout était en ordre. Bâti comme un cheval de course, pensa-t-il, en dépit d'une malnutrition chronique. Et quelles épaules... Quand il aura repris du poil de la bête, il sera plus impressionnant que Spock. Mais ces cicatrices, d'où peuvent-elles bien venir ?
Les marques blanches étaient anciennes, mais tout à fait visibles. La première courait le long de l'avant-bras droit, la seconde prenait naissance à l'intérieur de la cuisse droite et allait jusqu'au genou. McCoy pensa avec horreur à l'aspect des blessures originelles.
- « Comment t'es-tu fait ça, fiston ? » demanda-t-il.
- « J'ai été attaqué par un vitha femelle. Je m'étais réfugié trop près de sa tanière. Elle m'a attaqué pendant que je dormais, sans doute pour protéger ses petits. Je n'ai pas eu le temps de lui envoyer de la peur. »
Le docteur tendit ses nouveaux vêtements au jeune homme.
- « Un vitha, as-tu dit ? » reprit-il. « Un des animaux que tu avais peints ? »
- « Non. Ils sont très farouches. On ne les voit pas très souvent. Mais ils sont très dangereux, blessés. C'est pourquoi j'évitais de les chasser. Et puis leurs blessures sont longues à guérir, comme j'ai pu m'en apercevoir. » Il commença à dessiner dans le vide. « Environ cette taille, un poitrail énorme, et des oreilles. Je ferais mieux de vous en dessiner un. »
McCoy lui donna une feuille de papier et un crayon, et lui expliqua comment s'en servir. Les doigts de Zar filèrent à la vitesse de l'éclair, et cela produisit la représentation d'une créature bizarre, qui, pour le docteur, ressemblait au croisement d'une chèvre et d'une loutre.
- « S'ils ressemblaient tous à celui-là, tu étais drôlement futé de ne pas les fréquenter, fils ! »
Le docteur étudia le croquis. Le mouvement de la vie était parfaitement rendu.
- « Je te présenterai à Sajii, lorsque nous serons sur l'Enterprise. C'est un xénobiologiste de renom, mais aussi un peintre très prisé. Peut-être te donnera-t-il de bons conseils ? »
- « J'aimerais beaucoup cela ! » dit Zar.
McCoy prit une paire de ciseaux dans sa trousse, et indiqua une chaise à sa future victime.
- « C'est presque dommage de couper tout ça ! » dit-il en saisissant l'épaisse chevelure noire qui tombait sur les épaules de son protégé. « Mais la mode masculine - particulièrement à bord des vaisseaux stellaires - ne souffre pas d'exception. » Il enveloppa la nuque de Zar dans une serviette et commença à couper.
- « Désolé, cher enfant, mais je suis incapable d'entonner le grand air de Figaro ! »
- « Pardon ? » dit Zar, qui tremblait pour ses oreilles.
- « Une référence quelque peu archaïque ! Je t'expliquerai plus tard. »
Le docteur cisailla en silence durant quelques minutes. Puis il jugea que le moment de poser la question qui lui brûlait les lèvres était venu.
- « Humm. Sais-tu que quelque chose que tu as dit tout à l'heure me tracasse ? Comment pouvais-tu envoyer de la peur au vitha ? Qu'est-ce que ça signifie ? »
- « C'est ce que j'essayais de faire à Monsieur Spock, quand j'ai compris que vous alliez découvrir ma grotte. Mais son esprit était trop fort pour le mien. Il a repoussé ma peur. Et je n'étais pas de force contre trois volontés. »
- « Tu veux dire que tu peux projeter tes émotions dans l'esprit des autres pour te défendre ? »
- « Je ne sais pas comment je fais. Si je suis effrayé ou en colère, je peux focaliser mon esprit sur celui d'une personne, ou d'un animal, et lui faire ressentir cette peur ou cette colère. Si je me concentre, je peux rendre la peur si forte que l'animal s'enfuit. Lorsque le vitha m'a attaqué, j'étais sûr que ma dernière heure allait arriver. Ma terreur était telle que la bête en est morte. C'est du moins ce que je crois. J'avais perdu conscience à cause de la douleur... Lorsque je suis revenu à moi, le vitha était mort. Mon couteau n'avait pas bougé de sa gaine. Mais je n'ai jamais pu envoyer de la peur à ce point après. »
- « Est-ce que ta mère t'a appris à le faire ? »
- « Non. Certains membres de sa famille étaient comme moi. Pas elle. »
- « Peux-tu lire des idées, des pensées, dans la tête des autres ? »
- « Quelquefois, lorsque vous me touchez. Je sais ce que vous pensez. Mais c'est un éclair. Cela ne dure jamais longtemps. Aujourd'hui, parmi tant de personnes, j'ai dû bloquer ce mécanisme, car mon esprit était incapable de supporter tant d'ondes contradictoires. Quand j'étais petit, je m'amusais à répéter ce que pensait ma mère. Mais elle m'a expliqué qu'il n'était pas poli d'espionner les gens. »
Donc, pensa McCoy, ce petit a hérité du pouvoir télépathique vulcain. Ce n'est pas étonnant, avec l'hérédité de sa mère. Un gène dominant plus un gène récessif font... un gène dominant. Il faudra que je vois ça de plus près, sur l'Enterprise.
Le docteur accéléra le rythme de ses ciseaux. Quelques minutes plus tard, il recula de trois pas, admira son travail, et dit : « Bien, au tour de la barbe ! »
Lorsqu'il eut fini, Zar promena ses mains sur son menton, ses joues, et le sommet de son crâne. « J'ai froid au cou ! » dit-il tristement.
- « Pas étonnant », répliqua McCoy en pensant à autre chose. Sans cheveux ni barbe les traits de Zar ressemblaient de façon frappante à ceux de Spock. Il y avait bien un peu de sa mère, certains détails des mâchoires, le dessin des coins de la bouche. Mais ce n'était rien à côté du reste !
Le docteur sortit de sa rêverie. « Allons ! » dit-il en rangeant son matériel, « Remettons un peu d'ordre, et pensons à nos estomacs... »

* * * * *

La salle à manger débordait d'odeurs appétissantes lorsqu'ils arrivèrent. Kirk et Spock étaient assis à la grande table, en compagnie du docteur Vargas et de toute son équipe. Conscient d'être l'objet de l'attention de tous, Zar hésita sur le seuil de la porte. Il voyait plus de visages qu'il en avait jamais vu, et cela l'effrayait. Son cœur se mit à tambouriner dans sa poitrine; bien qu'il n'y eût ni danger ni combat en perspective. Son regard chercha un peu de réconfort, trouva les yeux de Kirk, puis ceux de Spock, mais en pure perte. Les deux officiers étaient trop surpris par sa nouvelle apparence pour songer à le rassurer.
McCoy lui mit une main sur l'épaule.
- « Viens t'asseoir par là, fiston ! » dit-il. Le jeune homme obtempéra, content d'échapper pour un instant aux regards qu'il ne comprenait pas. Il y eut un long silence, que le docteur Vargas finit par briser.
- « Je ne savais pas que les ressemblances familiales des Vulcains étaient aussi marquées ! Quel est votre degré de parenté avec notre jeune ami ? »
- « Sur Vulcain, les connexions familiales sont très compliquées », répondit imperturbablement Spock. « Rien qui puisse se traduire en langage terrien. »
Et vlan ! pensa McCoy, encore un beau mensonge à l'actif de notre Vulcain préféré ! Il jeta un coup d'œil sur Zar, dont le visage était resté de marbre. Il n'était pas douteux, cependant, que le jeune homme eût relevé la dérobade de Spock.
La conversation s'arrêta là, et ils commencèrent à manger. McCoy fit passer les plats à son protégé. Zar établit mentalement la relation entre la quantité de nourriture et le nombre de personnes présentes, et se servit une toute petite assiette. Après tout, pensa-t-il, il avait souvent fallu se contenter de moins. Le docteur remarqua son comportement, et lui demanda : « Deviendrais-tu anorexique ? Ne t'inquiète pas, il en reste encore à la cuisine ! »
- « Assez pour tout le monde ? »
- « Bien entendu. Continue. Prends-en autant que tu veux. »
McCoy lui présenta un autre plat. Zar se servit et commença à manger lentement. McCoy constata avec intérêt qu'il avait choisi le même menu que Spock.
A la fin du repas, le docteur Vargas les invita dans la salle de détente. Elle leur expliqua que plusieurs membres de son équipe étaient musiciens, et donnaient un petit concert presque chaque soir.

* * * * *

Kirk s'arrangea pour être placé près du docteur, et se mit à lui parler à l'oreille.
- « Vous l'avez fait exprès, Bones ! Je veux dire, de lui faire la même coupe que Spock, au quart de cheveu près ! »
- « Et comment, que je l'ai fait exprès ! Spock méritait pire que ça ! Vous avez vu sa tête, quand nous sommes entrés. Pas d'émotion. Mon... »
- « Bones, s'il vous plaît ! J'étais bouleversé moi-même Vous imaginez les réactions, à bord du vaisseau ? »
- « Je ne les imagine pas, Jim, je les savoure. Il faudra bien que. »McCoy se tut. Le concert venait de commencer.
Les archéologues avaient du talent, surtout Vargas, qui jouait du violon. Zar écoutait avec béatitude. Après la séance, il examina l'instrument de Vargas avec fascination, sans oser le toucher.
- « Comment ça marche ? » demanda-t-il enfin.
- « Il me faudrait longtemps pour tout vous expliquer, mon garçon », répondit Vargas. En parlant, elle caressait le bois verni du violon. «Sûrement plus que vous en avez. Monsieur Spock dit que vous partirez demain matin... Mais si vous étudiez un jour la musique, vous serez heureux d'avoir vu cet instrument. C'est un véritable Stradivarius. Un des derniers. Il m'a coûté une fortune ! »
Spock les rejoignit, et se saisit de l'instrument. « Il est dans un état remarquable, docteur Vargas. Et quelle sonorité ! »
- « Vous jouez aussi ? »
- « Cela m'est arrivé. Il y a longtemps. »
- « A propos, merci pour l'émetteur. On m'a dit qu'il n'avait jamais si bien marché ! »
- « Ce n'était rien. Juste une petite révision ! » L'officier en second se tourna vers Zar. « J'aimerais vous parler un moment ! »
Ils se rendirent dans la bibliothèque.

* * * * *

Spock fit signe à son interlocuteur de s'asseoir. « Il ne sera pas facile d'expliquer votre présence à l'équipage de l'Enterprise », dit-il sans préambule. « A cause de votre. apparence, les gens vous considèreront comme un vulcain, et s'attendront à un certain type de comportement. Je pense qu'il faut que vous commenciez dès à présent l'étude de la civilisation vulcaine. Vous comprendrez ainsi ce que l'on attend de vous ! » Il se tut, et sortit une douzaine de disques-mémoires de sa poche.
- « Ceci contient les informations les plus urgentes. Zar ne répondit rien. Il se sentait mal à l'aise, et n'aurait pas su quoi dire. Le front de Spock se plissa. « Vous savez lire, n'est-ce pas ? »
- « Oui. Avant d'être exilée, ma mère était professeur. Le saviez-vous ? »
- « Non », dit Spock d'une voix tranchante. « Je n'ai jamais su grand-chose à son sujet. »
- « Elle en savait pourtant beaucoup au vôtre. »
Spock se leva. « Parler du passé est une perte de temps parfaitement illogique. Quand vous aurez assimilé ces disques, je m'occuperai de planifier votre éducation. Bonne nuit. »
Zar ne bougea pas après son départ. Il ne savait que faire. Était-ce vraiment ce matin qu'il s'était réveillé à quelques centaines de mètres du camp des inconnus ? Était-ce à cinq mille ans de là ? Ou les deux à la fois ?
Et comment dormait-on, ici ? Il remarqua une table massive, et envisagea la possibilité de se rouler en boule dessous. Personne ne s'en apercevrait. Mais était-ce un comportement digne d'un Vulcain ? Il tournait et retournait ces questions dans son esprit, luttant contre le sommeil qui gagnait ses paupières, lorsque McCoy entra dans la pièce.
- « Ha, te voilà ! Je venais te donner ta deuxième leçon, intitulée " Comment dormir au vingt-troisième siècle. »
Le docteur guida son nouvel ami jusqu'à la salle de détente, où un lit de camp avait été préparé.

* * * * *

- « Je crains qu'il te faille te contenter du sol, comme nous tous. Les archéologues n'ont pas souvent de la visite. Alors, il n'y a pas de chambres d'amis. Ces sacs ne sont pas si mal que ça, de toute façon. Tu peux même les régler à la. température qui te convient... »
- « Docteur McCoy, j'ai passé la dernière nuit sur un rocher glacé, avec un manteau en peaux de bêtes en guise de couverture. Je serai très bien ici. »
- « Je vois ce que tu veux dire. Alors, bonne nuit ! » Le docteur fit mine de partir. Mais il s'arrêta brusquement, et se retourna.
- « Zar ! »
- « Oui ? »
- « Ne te laisse pas perturber par l'attitude de Spock. Tous les Vulcains sont comme ça ! »
- « Je ne m'attendais pas à autre chose, docteur. Ma mère m'a dit qu'il était silencieux et distant au début. Elle trouvait même que cela faisait partie de son charme. » Zar s'interrompit. Un sourire ému se dessina sur ses lèvres. « Mais elle m'a confié aussi combien il avait été aimant et tendre, un peu plus tard. Il ne me connaît pas, pour l'instant. Je dois attendre d'avoir fait mes preuves. Vous comprenez ? »
McCoy sourit gentiment, et souhaita une nouvelle fois bonne nuit à son pupille. Il était bouleversé, mais avait réussi à le cacher. Encore un effort, pensa-t-il, et je finirais par avoir l'air plus vulcain que T'Pau.

* * * * *

Les cheveux au vent, baigné par la lumière des étoiles, le docteur McCoy profitait de son insomnie pour réfléchir. Un peu plus tôt, alors qu'il parlait avec Zar, il était passé très près de lui révéler les raisons de la conduite de Spock sur Sarpeidon. Mais comment parler de régression à un gosse éperdu d'admiration pour son père ? Et de quel droit interférer dans la vie de l'officier en second ?
McCoy haussa les épaules. Que connaissait-il de Spock, en réalité, à part ce que le Vulcain consentait à montrer ? Jamais d'émotions, prétendait-il, Rien que de la logique. Toujours de la logique !
Le docteur se remémora l'expression désespérée de Spock, au moment où ils avaient été contraints d'abandonner Zarabeth dans son enfer de glace. Il n'y avait rien d'étonnant à ce que la pauvre femme ait gardé de lui l'image qu'elle-avait transmise à son fils.
- « Aimant et tendre ! » répéta McCoy à voix basse. « Aimant et tendre, LUI ? »

Chapitre VIII

Le voyage de retour vers la Base 11 se déroula sans incident. C'était de la pure routine, sauf pour Zar, qui resta de longues heures à contempler les étoiles sur l'écran de contrôle. Tout le temps qu'il n'utilisait pas à étudier les disques de Spock, il le passait dans la cabine, à s'émerveiller de tout et à poser d'incessantes questions. Le capitaine de la navette, une Tellarite nommée Gythyy, le prit sous son aile, et commença à lui enseigner les rudiments du métier de pilote. Bien qu'il manquât des bases mathématiques indispensables au maniement des ordinateurs de navigation, le jeune homme fit preuve d'un don inné pour les manœuvres hardies.
Lorsqu'ils quittèrent la navette, Gythyy donna l'accolade à son élève, selon les coutumes de son peuple, et dit à ses trois compagnons : « Ce petit gars est drôlement bien ! Si la Fédération n'en veut pas, n'hésitez pas à me le renvoyer. J'en ferai un des meilleurs pilotes de la Galaxie. »

* * * * *

Alors qu'ils marchaient dans les couloirs de la base, Zar se tourna vers Spock, et lui dit d'une voix enthousiaste : « Vous l'avez entendue ? Elle disait. »
- « Les Tellarites sont connus pour leur goût de l'exagération. » répondit le Vulcain d'une voix coupante.
- « J'ai terminé l'étude des disques, monsieur ! » dit Zar sur un ton presque semblable.
- « J'ai programmé un protocole d'étude qui vous permettra d'atteindre rapidement le niveau d'un diplômé universitaire. J'attendrai que vous ayez fini pour vous diriger vers une spécialité souhaitable. »
Le docteur McCoy était occupé à lui expliquer les mystères de la Base 11 quand Kirk et Spock revinrent du bureau administratif de Starfleet.
- « Voici notre autorisation de vol, et le bulletin de santé de l'Enterprise », dit Kirk en exhibant un tas de feuilles recouvertes de tampons officiels. « Nous avons de nouveaux ordres. Du travail de taxi ! Transporter un contingent expérimental d'abeilles vers Sirena. Vous êtes versé en apiculture, Bones ? »
- « Pas le moins du monde, cher capitaine. Je n'ai plus eu le moindre contact avec ces petits monstres depuis que je me suis assis sur l'un d'entre eux à l'âge de douze ans, lors d'un pique-nique de mon école. Je vous garantis que cela m'a servi de leçon ! »
Les deux hommes éclatèrent de rire, et Zar, intrigué, demanda : « Qu'est-ce qu'une abeille ? »
Une description minutieuse des mœurs de ces charmants insectes (naturellement délivrée par Spock) les occupa jusqu'à ce qu'on les téléporte sur l'Enterprise.

* * * * *

Le capitaine sourit de contentement en retrouvant son vaisseau. Il n'y avait pas encore grand monde à bord. Tout était tranquille. Jim Kirk bondit hors de l'aire de téléportation, s'approcha de la console de commande, et commença à examiner le rapport de maintenance. Puis il se brancha sur l'ordinateur de bord.
- « Ordinateur, prêt à répondre ! » dit une voix féminine artificielle. Zar sursauta.
- « Procédez à une vérification complète de tous les systèmes. Insistez sur ceux qui ont été révisés entièrement. J'attends un rapport verbal le plus vite possible ! »
- « Exécution immédiate ! » répondit la voix. Puis, après quelques secondes : « Tous les systèmes sont fonctionnels à un taux de 95 % au moins. Voulez-vous un compte rendu détaillé système par système ? »
- « Pas pour l'instant. Mais préparez un rapport sur micro-disques dans l'heure qui suit. Adressez-en copies à Monsieur Spock et à l'ingénieur Scott, ainsi qu'au service administratif de la base. Kirk, terminé ! »
Il s'adressa à Spock, qui se tenait à ses côtés. « Êtes-vous d'accord pour que Zar partage les quartiers des hommes de la sécurité ? »
- « Cela me convient parfaitement, capitaine », répondit le Vulcain.
Le docteur McCoy tira Jim par le coude, et attira son attention sur Zar, qui était en train de se livrer à de nouvelles expériences sur la porte automatique de la salle de téléportation.
- « Il est plus curieux qu'un chaton ! » dit-il en souriant. « A propos, j'ai l'intention de lui faire passer des tests dès aujourd'hui. État cardiaque, pression sanguine, et tout le fourbi ! Il a besoin de compléments alimentaires, et je ne peux rien faire sans connaître parfaitement son métabolisme. Je testerais volontiers son intelligence, à moins que Spock ne préfère s'en charger. »
- « J'aurai besoin de données plus raffinées pour déterminer ses aptitudes futures. Votre protocole de tests, docteur McCoy, souffre d'un manque certain de rigueur scientifique. Quoiqu'ils demeurent le meilleur instrument de mesure à votre disposition. »
- « Spock, par le diable, est-ce que vous êtes en train de me dire oui, ou non, ou quoi ? »
- « Je répondais par l'affirmative, docteur. Toutefois... »
- « Merci, mais épargnez-moi vos discours, pour une toute petite fois ! D'ailleurs, j'aurai sûrement besoin de votre aide, pour une expérience. »
- « MON AIDE, docteur ? Serait-ce un aveu d'incompétence ? »
- « Vous savez ce qu'elle vous dit, mon incompétence ? » McCoy était à deux doigts d'exploser, mais se retint. « J'aimerais simplement évaluer ses capacités para-psychologiques. Je pense qu'il est télépathe. Et quelque chose d'autre, dont je n'avais jamais entendu parler. J'ai besoin de l'avis d'un télépathe, voilà tout. »
- « Je me souviens, en effet, avoir subi une agression mentale sur Sarpeidon, juste au moment où nous l'avons trouvé. »
- « C'était lui, Spock. Il appelle cela envoyer de la peur. Je vous ferai signe quand j'aurai besoin de vous ! »
Kirk, qui avait assisté sans mot dire à la joute de ses subordonnées, jugea qu'il était temps de les calmer un peu. Il appela le jeune homme, qui jouait toujours avec la porte.
- « Zar, Monsieur Spock va vous montrer vos quartiers. Lorsque vous serez installé, vous pourrez manger et prendre un peu de repos. Non, attendez un instant, Bones désire peut-être vous avoir le ventre vide ! »
Le docteur fit signe que c'était le cas, et Kirk reprit : « Il va vous examiner. C'est un mal nécessaire, mon pauvre ami ! Mais ne le laissez pas s'attaquer à votre fabuleux appétit ! Promis ? Et si vous vous sentez en forme, je vous attends ce soir à 1800 dans la salle de gymnastique. »

* * * * *

Lorsque la batterie de tests classiques fut terminée, le docteur était épuisé d'avoir expliqué par le détail les raisons qui motivaient chaque épreuve, et Zar mourait quasiment de faim. Comme il ne restait plus que l'expérience de télépathie, McCoy appela Spock à l'infirmerie. Puis il se pencha sur son patient, qui reposait sur le divan avec une expression de martyr, et dit : « Courage, fiston, plus qu'un petit effort ! »
- « Est-ce que je peux manger, maintenant ? » dit le jeune homme d'une voix agonisante.
- « Pas encore. Spock va nous rejoindre dans un instant. Je veux que tu essayes tes petits tours sur lui... Tu vois ce que je veux dire ? »
- « Je vois. Mais j'ignore si j'en aurai encore la force. »
- « Hello, docteur l » dit une voix féminine bien connue. McCoy se retourna, et adressa un large sourire à l'infirmière-chef Chapel.
- « Je suis content de vous revoir, Christine ! Vous avez l'air en pleine forme. »
- « C'était une permission formidable ! Mais j'ai dû prendre cinq kilos ! Il faudra que... »
Elle s'arrêta soudain. Elle venait de remarquer le patient qui était allongé sur la table d'examen, et son visage exprimait une stupeur sans borne. Le docteur posa une main sur l'épaule de son patient, qui regardait Chapel avec des yeux ronds comme des billes.
- « Infirmière Chapel, j'ai le plaisir de vous présenter Zar, un garçon plein de qualités.
Chapel maîtrisa sa surprise, et sourit gentiment. Zar s'assit sur le divan, et la salua selon les règles qu'il venait d'apprendre. « Longue vie et prospérité, infirmière Chapel ! »
Elle leva la main, ses doigts dessinant le salut vulcain. « Longue vie et prospérité, Zar ! »
McCoy avait remarqué le regard de son infirmière, mais s'abstint de tout commentaire. Que pouvait-il dire ? Un mensonge eût été ridicule. Quant à la vérité, il ne lui appartenait pas de la dire !
- « Maintenant que vous êtes là, Christine », reprit-il, « vous allez pouvoir m'aider. Asseyez-vous là, et veuillez attendre un instant. »
Zar la suivit des yeux lorsqu'elle traversa la pièce pour prendre place sur une chaise proche de la table d'examen.
- « Zar », dit le docteur, « tu as faim, n'est-ce pas ? »
- « Vous le savez bien, docteur. Je MEURS de faim ! »
- « Parfait. Je veux que tu envoies ce que tu ressens à l'infirmière Chapel. »
Zar regarda intensément Christine. Pris d'une inspiration brutale, McCoy remit les senseurs médicaux en service. La tension artérielle du jeune homme avait brusquement augmenté, sa respiration s'accélérait, et ses pupilles se dilataient.
- « Je ne parlais pas de cette faim-là, fiston. Encore que je ne puisse pas humainement t'en blâmer. Mais pense plutôt à ton estomac, pour le moment ! »
Zar eut un instant de confusion, puis recommença à se concentrer. Quelques secondes plus tard, Chapel se leva d'un bond.
- « Docteur, je ne peux l'expliquer, mais j'ai une faim de loup. mortelle. Et je sors de table ! »
Son regard se reposa sur Zar. « C'est lui le responsable ? » La curiosité professionnelle reprit le dessus. « Projection mentale des émotions ? C'est cela. Mais je n'ai jamais entendu dire que les Vulcains pouvaient le faire ! »
Spock entra dans la pièce à cet instant précis. Les yeux de Chapel virevoltèrent d'un Vulcain à l'autre, mais son visage resta de marbre.
- « Vous a-t-on déjà présenté ce jeune homme, Miss Chapel ? » demanda Spock.
- « Oui, Monsieur Spock. Nous faisions connaissance au moment où vous êtes arrivé. C'est un garçon. plein de qualités, comme dirait le docteur McCoy ! »
Décidant qu'une demi-explication serait préférable à des spéculations sans fin, l'officier en second reprit d'une voix égale. « C'est un membre de ma famille, qui séjournera sur l'Enterprise pendant quelques temps. »
Chapel eut un geste d'assentiment. « Avez-vous encore besoin de moi, docteur ? J'ai une expérience en cours, dans un autre laboratoire. »
McCoy la remercia et la libéra. Au moment de sortir, elle sourit chaleureusement à Zar, qui se retint juste à temps de lui sourire en retour. « Elle est très sympathique », dit-il, « et tellement jolie ! »
McCoy et Spock s'occupèrent des projections mentales de Zar durant une longue demi-heure. Ils découvrirent qu'il était capable de leur envoyer sa faim à tous deux. Lorsque McCoy le pinça, ils s'aperçurent qu'ils ressentaient ensemble la douleur. Lorsque le docteur sortit de l'infirmerie, il se révéla que Zar pouvait continuer à l'influencer. .. Les talents du jeune homme semblaient être à longue portée, même s'il se plaignait des interférences du reste de l'équipage.
- « Depuis que je suis avec vous », expliqua Zar, « mes capacités ont augmenté de beaucoup. Il y a tellement de sentiments ! C'est la même chose avec les pensées, en un peu moins fort. J'ai parfois l'impression que tout se bouscule dans ma tête, et je suis obligé de bloquer mes perceptions ! »
- « Sur Vulcain, nous nous entraînons très tôt à renforcer nos barrières mentales. Cela évite les intrusions et la confusion. Vous semblez avoir développé un bouclier psychique naturel. La pratique de la discipline Vedra-Prah vous aidera à le rendre invulnérable. Avec un peu d'habitude, vous deviendrez capable de pratiquer la fusion mentale à votre convenance. Je vous aiderai de mon mieux, en dépit de mes lacunes en la matière. »
Les tests étaient finis. McCoy signifia à Zar qu'il pouvait enfin aller manger. Il lui donna un complément alimentaire à haute teneur calorique. Puis lui et Spock entreprirent d'examiner les tests en tête à tête.
- « Ma première impression était la bonne », dit McCoy. « Il est dans une forme remarquable. Et son endurance ! Il est plus résistant que n'importe lequel d'entre nous. Il est resté sur ce vélo d'entraînement pendant vingt minutes, sans transpirer ni haleter aussi peu que ce soit. J'ignore s'il doit sa force à son environnement, ou à son hérédité vulcaine, mais c'est un sacré numéro !
- « Et à part cela, docteur, que pouvez-vous m'apprendre ? » demanda Spock.
- « Les gènes vulcains sont incontestablement dominants ! Je n'ai noté aucune différence entre sa physiologie et la vôtre. Son ouïe est exceptionnelle. Il possède la paupière interne des Vulcains, et son acuité visuelle est immensément supérieure à la moyenne humaine. Son groupe sanguin. »
Le docteur grimaça.
- « Espérons qu'il n'ait jamais besoin d'une transfusion ! Son sang est un mélange incroyable. Je n'en ai jamais vu d'une telle couleur. Et quoique vos plasmas soient compatibles, je ne vous conseillerais pas d'essayer une transfusion. »
- « Je ferai en sorte de m'en souvenir, docteur », dit Spock. « Et sur le plan non physiologique ? »
- « Compte tenu de ses sept ans de solitude, son profil affectif est satisfaisant. Il manque de maturité et de sens social, mais que pouvait-on attendre ? Mais il a les pieds sur terre. En réalité, son équilibre psychique est supérieur au vôtre ! »
Les sourcils de Spock se plissèrent. Mais il ne dit rien.
- « Pour ce qui est de l'intelligence, je lui ai fait passer le test de Reismann, que vous connaissez sans doute. Voici les résultats. »
Le Vulcain s'absorba dans l'étude des tests pendant quelques minutes. Il rendit les feuilles à McCoy sans commentaires.
- « C'est tout l'effet que ça vous fait ? » cria McCoy. « Vous savez aussi bien que moi que ces résultats sont remarquables ! Il était impossible d'espérer mieux. »
Le docteur se pencha sur Spock, et baissa la voix. Il ne criait plus, mais sa colère n'en était que mieux perceptible.
- « Je vous observe depuis le débat, et je n'aime pas ce que je vois ! Je sais que ce n'est pas mon affaire. Mais si vous brisez l'esprit de ce gosse avec vos âneries vulcaines, je vous jure que... »
Spock se leva, et planta son regard dans celui du docteur. « Merci pour les tests, docteur McCoy », dit-il sans frémir.
Puis l'officier en second sortit calmement, et s'en alla retrouver Zar.
- « Je vais vous montrer vos quartiers. Suivez-moi ! »
- « Mes tests étaient-ils satisfaisants ? »
- « Ils prouvent que vous atteindrez un jour un niveau convenable. A condition, toutefois, de vous appliquer. Je vous montrerai la bibliothèque, afin que vous commenciez dès aujourd'hui. J'ai établi votre cursus durant le voyage. »
- « Je suis à vos ordres, monsieur ! » dit Zar.

* * * * *

Au temps de sa vie solitaire sur Sarpeidon, lorsque la tempête le forçait à l'inactivité, Zar avait souvent réfléchi au concept de paradis. Peu à peu, il s'en était forgé une vision personnelle, qui pouvait se résumer ainsi. Le paradis était un endroit où il y avait toujours à manger, autant de livres à lire qu'on le désirait, et, par-dessus tout, une multitude de gens à qui parler. Après sept semaines de paradis, le survivant des glaces commençait à se demander si les temps n'étaient pas venus de réviser son opinion.
Mais le plus souvent, il était trop occupé pour se poser des questions. Les jours passaient comme dans un tourbillon. Il étudiait, s'entraînait avec Kirk dans la salle de gymnastique, puis étudiait encore, puis suivait les cours de télépathie de Spock, puis étudiait encore. Son peu de temps libre, il le passait à explorer l'Enterprise, dont il était tombé amoureux. Le capitaine Kirk, qui partageait cette passion, n'y mettait aucun obstacle. Le jeune homme était rapidement devenu familier à l'équipage, qui l'avait adopté de bon cœur.
- « J'espère que nous en aurons bientôt terminé avec ces abeilles, des voyages aussi calmes me donnent le cafard ! » dit un jour Sulu à son nouvel ami.
- « Vous voulez dire le bourdon ? » intervint Uhura de derrière sa console de communications. Sulu ricana et se retourna vers Zar.
Il était en train de lui apprendre la tactique de base du combat spatial à l'aide du simulateur. Il programma une autre séquence sur l'ordinateur.
- « Nous avions presque vidé nos fuseurs, et le vaisseau ennemi avait endommagé sérieusement nos boucliers. Le capitaine était vraiment dans l'embarras, parce que le Hood, qui devait nous protéger, était en panne de moteur, réduit à utiliser sa puissance auxiliaire. Un seul coup dans le mille, et nos boucliers étaient cuits.
- « Et qu'a fait le capitaine ? » demanda Zar.
- « Il a envoyé un rayon tracteur sur le Hood. Les boucliers du vaisseau, qui étaient encore levés, se baissèrent instantanément. Les deux vaisseaux ennemis se sont alors approchés pour donner le coup de grâce. Ils s'imaginaient que nous allions tenter de fuir, et abandonner le Hood. Mais au contraire, quand ils ont été assez près, nous avons détruit le premier avec nos torpilles, tandis que le Hood attaquait l'autre avec ses fuseurs. Nous étions maintenant à deux contre un, et le vaisseau restant n'insista pas. Nous ne l'avons pas poursuivi, parce qu'il fallait téléporter l'équipage du Hood à bord de l'Enterprise. Nous avons vécu un peu à l'étroit pendant une semaine, mais le pire avait été évité. »
- « Lieutenant Sulu », dit la voix de Spock dans l'intercom.
- « Oui, monsieur ?
- « Mon parent est-il sur la passerelle ?
- « Affirmatif, monsieur !
- « Ordonnez-lui de me rejoindre à la bibliothèque immédiatement. Spock, terminé ! »
Zar s'engouffra dans l'ascenseur avant même que Sulu n'ait prononcé une parole.
Sulu haussa les épaules, et regarda Uhura. « Je n'envie vraiment pas ce garçon. Avoir Monsieur Spock pour instructeur sur un SEUL sujet suffit à vous rendre dingue ! Je sais de quoi je parle, j'ai suivi un de ses cours de physique, un jour où je n'avais pas toute ma lucidité. Vous imaginez ce que ce doit être de l'avoir sur le dos pour TOUT ! »
- « Il est dur avec Zar », concéda Uhura. « Mais peut-être est-ce ainsi que les Vulcains bâtissent leur stoïcisme ? »
- « Pas selon ce que j'ai lu. Les familles vulcaines sont très sévères, mais également très unies. Spock est plus froid avec Zar qu'avec n'importe qui. »
- « J'ai relevé quelque chose qui pourrait l'expliquer », dit Uhura en baissant la voix. « Avez-vous remarqué les yeux de Zar ? »
- « Non. J'ai peur d'être insensible aux yeux des hommes, lieutenant ! »
- « Ils sont gris. Je n'avais jamais entendu parler d'un Vulcain aux yeux gris auparavant. Et savez-vous que je lui ai demandé un jour quels étaient ses liens de parenté avec Spock ? »
- « Et alors ? »
- « Il a pris l'air impassible de son précepteur, et déclaré que les connexions familiales vulcaines étaient très complexes, et ne pouvaient se traduire en termes terriens. »
- « Il a probablement raison », dit pensivement Sulu. « Ils doivent pourtant être proches parents, pour se ressembler autant. Si je ne savais pas que Spock est fils unique. »
- « Il Y a quelque chose d'étrange dans tout cela. Je parierais que Zar est à moitié humain, et que Spock s'acharne sur lui pour cette raison.
- « Mais ce serait illogique de sa part, considérant que... »
Le lieutenant s'arrêta net. Le capitaine venait d'arriver sur la passerelle. « Au rapport, Monsieur Sulu !
- « Tout va bien à bord, capitaine ! Nous tenons le cap, vitesse de distorsion quatre.

* * * * *

Bien évidemment, Zar était conscient des spéculations dont Spock et lui étaient l'objet. Comment aurait-il pu ne pas savoir ? Depuis qu'elles s'enrichissaient des anciennes techniques vulcaines, ses capacités télépathiques avaient tellement évolué qu'il pouvait à présent fusionner mentalement avec l'officier en second, et communiquer librement avec lui. Mais librement, cela voulait dire jusqu'au point où Spock l'autorisait, qui ne dépassait jamais le plan de la logique et de la connaissance. Le jeune homme n'avait accès qu'au premier niveau, celui de la précision scientifique, de la clarté lumineuse et de la pureté mathématique. Le premier niveau, presque impersonnel, totalement dénué, en tout cas, de ce que Zar recherchait avec désespoir. Un peu d'humanité, d'amour, peut-être. Ou simplement de chaleur ? Hélas, ce qui se trouvait au-delà du premier niveau était jalousement défendu par une sentinelle implacable - le bouclier mental de Spock. Ce mur invisible qui s'affirmait jour après jour comme le pire ennemi de Zar, et lui rappelait qu'il ne savait rien du père auquel il avait rêvé toute sa vie.
Oui, le bouclier mental se dressait entre eux, interdisant toute véritable proximité, tout partage, toute intimité. Et Zar le haïssait un peu plus chaque fois, comme si, au lieu de l'émanation de la volonté de Spock, il avait été un ennemi de chair et de sang comparable au vitha femelle qui avait failli un jour lui ôter la vie.
Spock avait remarqué la tension grandissante qui envahissait peu à peu l'esprit de Zar. Mais il l'ignorait. Cependant, un jour où ils étaient en fusion mentale, les doigts sur les tempes, le Vulcain s'aperçut que le jeune homme venait d'abaisser son bouclier. Spock se retira immédiatement, toutes défenses relevées, refusant l'offre de contact intime qui lui était faite. Mais juste avant que le lien télépathique ne soit rompu, l'officier en second sentit une vague d'émotions désordonnées déferler contre ses barrières mentales. C'était un flot puissant et primitif, fait d'images et de couleurs d'une violence inouïe. L'espace d'une milli-seconde les deux hommes ne firent plus qu'un. Et leurs esprits confondus irradiaient une insupportable douleur.
Spock fit un terrible effort de volonté, et reprit le contrôle de la situation. Il repoussa la main de Zar d'un geste brusque, recula sa chaise, et planta son regard dans celui du jeune homme. Leur respiration haletante était le seul bruit audible dans la pièce.
- « Je suis désolé », dit enfin Zar, « je ne savais pas que. Je voulais seulement... »
- « Sur Vulcain ». dit Spock,« ce que vous avez tenté de faire est considéré comme un crime. Dépasser les limites convenues d'une fusion mentale est assimilable à un viol psychique. C'est extrêmement grave. »
Zar approuva d'un signe de la tête. Il avait recouvré son impassibilité, mais Spock perçut la culpabilité dans le son de sa voix. « Je le saurai à l'avenir, monsieur. J'ai agi sans réfléchir. C'était une erreur déplorable. »
La douleur s'évanouissait peu à peu. Bientôt, son souvenir ne serait plus qu'une ombre, comparable au résidu d'une migraine. Mais Spock ne voulait pas en rester là.
- « J'espère que vous vous souviendrez ! » dit-il d'une voix mortellement froide. « Dans le cas contraire, cela signifierait la fin de votre entraînement ! »
- « Vous parlez d'entraînement, comme si j'étais un soldat l » s'écria Zar. « Mais en réalité, vous me programmez, comme si j'étais l'un de vos ordinateurs, et rien de plus ! »
Son expression changea. Il tendit la main timidement vers Spock... .
- « Pourquoi ne puis-je pas vous atteindre ?
Le Vulcain éprouva soudainement une terrible lassitude. Combien de fois lui avait-on posé cette question, et sous combien de formes différentes ? Dix fois ? Cent fois ? Plus encore ? Il n'aurait su le dire. TOUS les êtres qu'il connaissait l'avaient posée. Amanda, Leila, McCoy... Et maintenant ce sosie quasi parfait qui le regardait avec des yeux éperdus ! « Pourquoi me demandent-ils tous ce que je ne peux pas donner ? » pensa Spock. « Je suis ce que je suis, et ils refusent de l'accepter. .. »
Le même jour, après une séance d'initiation au close-combat, Zar demanda un entretien privé au capitaine.

* * * * *

Il se sentit immédiatement à l'aise dans la cabine de Jim, qu'il visitait pourtant pour la première fois. Plus à l'aise qu'il ne s'était jamais senti dans les quartiers de Spock, se rendit-il compte. Et cela, décida-t-il, symbolisait très bien ses relations avec les deux officiers !
Kirk l'invita à s'asseoir. « Fais comme chez toi, je t'en prie. Veux-tu un peu de brandy de Sauria ? »
- « Est-ce que cela contient de l'alcool ? » demanda le jeune homme.
- « Pour sûr, que ça en contient ! » dit Jim en souriant.
- « Dans ce cas, je préfère décliner votre offre. Mes compagnons de chambre m'ont fait goûter du gin, et j'ai été malade comme jamais. »
Le capitaine prit une expression amusée, et reposa la bouteille qu'il tenait entre les mains. « Ce sont des choses qui arrivent parfois. Au début ! » Il redevint sérieux.
- « Pourquoi voulais-tu me voir ? »
Zar ne répondit pas. Son visage était impénétrable.
La tension des muscles de son cou trahissait cependant son trouble. Kirk ressentit une impression de déjà vu. « Tel père, tel fils ! » pensa-t-il en se calant sur sa chaise. Le capitaine commença à attendre avec une patience amicale.
- « Monsieur Spock et vous servez sur l'Enterprise depuis longtemps, n'est-ce pas ? » dit enfin le jeune homme.
- « C'est exact ! »
- « Je crois que vous le connaissez mieux que personne ! Vous lui faites confiance. Et IL vous fait confiance. Si vous craignez de le trahir en répondant à mes questions, je vous prie de m'arrêter tout de suite. »
- « Tu es un homme loyal, Zar ! Comme Spock. Continue ! »
- « Savez-vous pourquoi mon père ne m'aime pas, capitaine ? »
Kirk ne broncha pas. Il s'attendait à cette question depuis des jours. A la place de Zar, il l'aurait sans doute posée beaucoup plus tôt...
- « J'ai étudié », reprit le jeune homme. « Le docteur McCoy dit qu'il n'avait jamais vu personne apprendre aussi vite. J'ai fait tout mon possible pour devenir un Vulcain. Je suis leur régime... Je ne mange plus de viande, et cela me manque. Mais rien n'y fait ! Ma mère me racontait qu'il était tendre et aimant, capitaine ! Lorsque j'étais petit, je rêvais au jour où il reviendrait des étoiles, et m'emmènerait avec lui... Zarabeth disait souvent qu'il serait fier de moi, s'il me connaissait ! »
Le capitaine prit une grande inspiration. « Écoute-moi, Zar ! Je vais te dire la vérité, parce que je pense que tu as le droit de savoir. » Sa voix était pleine de douceur. « Lorsqu'il a reculé dans le temps avec l'Atavachron, une chose étrange est arrivée à Spock. Il a changé ! Je ne saurais te dire si cela était dû à la machine ou à autre chose. »
- « Capitaine », l'interrompit Zar, « puisque rien de semblable ne lui est arrivé lorsqu'il est revenu par le Gardien, ne pourrait-on penser que l'Atavachron était le seul responsable ? »
- « Voilà une déduction parfaitement logique, et digne de mon officier en second », dit Kirk. « Quoi qu'il en soit, Spock, lorsqu'il était avec ta mère, n'était pas le Spock que nous connaissons. Il était redevenu un Vulcain d'il y a cinq mille ans, doté d'émotions et de désir. Tu comprends le concept de régression, Zar ? Spock a fait des choses qu'il n'avait jamais faites auparavant. Comme manger de la viande. »
- « Où séduire ma mère l » compléta le jeune homme.
- « Ou séduire ta mère », répéta Kirk.
- « Alors, ce n'était pas de l'amour qu'il ressentait pour elle, mais seulement. »Sa voix s'étrangla. « Seulement. Pauvre Zarabeth, elle a chéri jusqu'à sa mort un être qui n'existait pas, ou pire, qui l'avait mystifiée ! Et elle n'a jamais compris qu'il l'avait utilisée. »
Kirk posa la main sur l'épaule de Zar.
- « Nous ne savons pas ce qu'il en est réellement. Seul Spock pourrait nous le dire. Mais je doute qu'il s'y risque un jour. Il se peut que ta mère et lui aient vécu quelque chose que nous ne comprenons pas, mais qui était pourtant sincère. Il se peut que non. Mais ce n'est pas à toi d'en décider ! Je t'ai dit ce que je savais. Zarabeth t'a confié sa vérité. SA VERITE, Zar ! Ce qui était vrai pour elle ne l'est pas nécessairement pour toi. »
- « Lorsqu'il disait qu'il était venu me chercher par devoir, il le pensait vraiment ! » dit Zar avec amertume. « Il ne me voulait pas, et ne m'avait jamais voulu ! J'étais idiot de penser autre chose. »
- « Il a risqué sa vie - et les nôtres - pour te secourir. Ne l'oublie pas ! »
- « Mais pas parce qu'il le désirait, capitaine ! Je comprends tant de choses, à présent. Je suis un fardeau pour lui. Un barbare qui mange de la viande et qui a l'audace d'être son portrait vivant ! Chaque fois qu'il me regarde, il se souvient d'un moment désagréable de sa vie, qu'il aurait préféré oublier. Ce n'est pas étonnant qu'il ne me parle jamais de sa famille. Les coutumes vulcaines sont rigides, capitaine ! Lors de mes études, j'ai appris qu'il existait un terme pour qualifier ce que je suis : Krenath. Cela signifie : souillé par la honte. Sur la Terre, vous dites bâtard ! »
Zar se leva et quitta la cabine sans laisser au capitaine le temps de dire un mot. ..

Chapitre IX

Le docteur McCoy s'arrêta devant la porte de la cabine que Zar partageait avec deux membres de la sécurité. Le panneau coulissant s'ouvrit silencieusement, et le docteur pénétra dans la pièce. Juan Cordova et David Steinberg étaient en train de jouer au poker dans la minuscule pièce commune, et ne levèrent pas immédiatement les yeux de leurs cartes. Puis Cordova laissa tomber son jeu d'un air dégoûté, et salua McCoy.
- « Zar est dans le dortoir » dit-il d'un air entendu.
- « Merci, Juan ! Vous le voyez souvent, ces derniers temps ? »
- « Pas depuis deux jours, doc ! » dit Steinberg. « Il semble préférer sa propre compagnie à la nôtre ... »
- « J'ai même essayer de le tenter avec une partie de poker », surenchérit Cordova, « mais il a refusé sans explications. Vous vous rendez compte, toubib, c'était la première fois qu'une telle chose arrivait ! »
McCoy eut un sourire. « Il joue sacrément bien au poker, non ? Je lui ai appris tout ce qu'il sait ... Enfin, jusqu'à ce que ça risque de me coûter trop cher ! »
- « Vous voulez dire que c'est vous le coupable ? » dit Steinberg. « C'est bien la dernière fois que je tape le carton avec un Vulcain ! »
- « Et comment ! » ajouta Cordova. « Mais je l'emmènerai avec moi à ma prochaine permission. Nous ferons sauter la banque de tous les casinos de la galaxie ! »
Le docteur émit un petit rire, puis redevint sérieux. Il désigna la porte fermée du dortoir.
- « Savez-vous pourquoi il s'isole ainsi ? Avez-vous fait quelque chose qui lui a déplu ? »
Steinberg secoua négativement la tête. « Non, docteur, il n'y a rien à signaler. Lorsque je suis allé le voir, je lui ai demandé si tout allait bien. Il m'a répondu que oui, en me regardant droit dans les yeux. Il avait l'air. .. Vous savez, vulcain ! »
McCoy s'approcha du dortoir, et frappa à la porte.
- « Qui est-ce ? » dit Zar, sans toutefois ouvrir la porte.
- « McCoy, fiston ! »

* * * * *

Le panneau s'ouvrit. « Je suis désolé, docteur. Je ne me doutais pas que c'était vous. Entrez, je vous en prie ! » Le jeune homme salua son visiteur, et retourna s'asseoir devant son chevalet.
- « Pas la moindre nouvelle de toi depuis deux jours, Zar ! Qu'est-ce qui ne tourne pas rond ? »
- « Pas rond, docteur ? Mais l'Entreprise se déplace d'un point à un autre, que je sache ... Elle ne tourne pas ! »
- « Seigneur, ne me dites pas que nous avons hérité d'un autre disciple de la logique à flot continu l » grogna McCoy. Puis devant l'absence de réaction de son protégé, il se radoucit, et dit : « Je voulais dire, que t'est-il arrivé de négatif depuis notre dernière rencontre ? »
Zar haussa les épaules et leva un sourcil interrogatif.
Déconcerté, McCoy vint se placer derrière lui, et jeta un regard intéressé à la toile qu'il était en train de peindre.
Elle représentait Sarpeidon. Il ne manquait aucun détail. Le ciel menaçant, le soleil écarlate. Un court instant, McCoy se crut de retour sur la planète glacée ...
- « Froid comme la mort, en dépit du soleil ! » dit le docteur. « Tu as un coup de pinceau redoutable, fils ! » Le compliment lézarda un peu la façade d'impassibilité qu'arborait le jeune homme. Il se reprit très vite, mais ne put empêcher sa voix de le trahir.
- « C'est tellement beau ... Si cruel, mais si magnifique. Ces paysages me manquent, parfois ... »
Il se leva et posa son pinceau.
- « Cette toile est la préférée de Jan. »
- « Tu en as fait d'autres ? »
- « Oui. J'aime peindre tout ce que je vois. J'ai peint trois autres toiles depuis que nous sommes à bord. Sans parler des croquis. »
- « Je peux les voir ? » demanda le docteur.
- « Naturellement, docteur. Mais je crains de n'avoir pas toujours été à la hauteur de mes ambitions. Le produit fini est souvent bien éloigné de son modèle. »
McCoy examina la première peinture. C'était un portrait de Jan Sajii, parfaitement ressemblant, en dépit de quelques erreurs de perspective. Mais le style de Zar était déjà bien supérieur à celui de ses peintures rupestres.
- « C'est le premier que j'ai fait. Un hommage à un grand maître ! »
La seconde était une nature morte. On voyait la harpe de Spock posée contre une chaise, à côté d'un livre de mathématiques ouvert sur deux pages pleines d'équations. La tunique d'un uniforme de Starfleet pendait sur le dossier de la chaise. Sur la manche droite, un insigne de Commander apparaissait clairement. McCoy étudia longuement le tableau, puis le reposa délicatement sur le sol.
La troisième était une œuvre abstraite. Des spirales de couleurs allant du rose au bleu s'embrassaient en d'étranges volutes. Une ligne noire tourmentée jaillissait du centre de la toile, et semblait vouloir la déchirer.
- « Qu'est-ce que ça représente ? » demanda McCoy.
- « Rien du tout, docteur. Je l'ai faite cette nuit, sans raisons particulières. »
- « Et bien, mon garçon, je t'assure qu'un psychanalyste se ferait volontiers les dents sur des symboles pareils. Remercie le ciel que je ne sois qu'un amateur ! »
Le docteur rendit le tableau à son créateur, et ouvrit le carnet de croquis que Zar venait de lui tendre. Il sourit en se reconnaissant sur le premier, penché sur le microscope de son laboratoire. En tournant les pages, il découvrit une impressionnante galerie de personnages et de choses. Membres de l'équipage, faune et flore de Sarpeidon, détails des circuits électroniques de l'Enterprise, tout ce que Zar avait vu était fidèlement reproduit. Il y avait même un portrait d'Uhura à sa console de communication. La jeune femme était en plein travail, concentrée sur ces voix qu'elle seule pouvait entendre ...
- « J'aime beaucoup celui-là ! » dit McCoy.
Zar regarda par-dessus son épaule, puis lui prit le carnet des mains. Il déchira une page et la tendit au docteur.
- « Merci ! Tu veux bien me le signer ? J'ai l'impression que ça vaudra bientôt une fortune. Jan dit que tu as beaucoup de talent ! »
- « Vous êtes un optimiste inguérissable, docteur ! » dit Zar en haussant les épaules. Mais il était flatté, et signa le dessin ...
McCoy fut ravi de constater que l'humeur du jeune homme avait tendance à s'améliorer. Profitant de l'ouverture, il suggéra un petit détour par la cantine. Une lueur d'amusement brilla dans les yeux gris de Zar.
- « M'avez-vous déjà vu refuser un repas, docteur 1 »

* * * * *

La salle à manger était pleine lorsqu'ils arrivèrent. Le docteur commanda une soupe, un sandwich, une part de tarte et un café. Puis il se dirigea vers l'une des rares tables vides. Son compagnon le rejoignit une minute plus tard. Il portait un plateau chargé à ras bord de plats de salade, de protéines synthétiques, et de bols de légumes variés. McCoy remarqua avec plaisir que le jeune homme s'était aussi servi deux grosses parts de dessert. Il sourit de plaisir en voyant son ami s'attaquer à sa nourriture avec enthousiasme.
- « Prends-tu toujours ton complément alimentaire ? »
- « Oui, docteur. Il a très bon goût ! »
- « Bien... Je pense que tu pourras bientôt t'en passer. Tu t'es remplumé, depuis que nous avons quitté Sarpeidon. »
- « Je sais. J'ai dû me procurer une tunique plus grande. L'ancienne me serrait aux épaules ! »
- « Si tu continues à manger comme ça, celle-ci te serrera vite autour de la taille, fiston ! »
Zar s'arrêta de mastiquer. «Vous êtes sûr ? Je m'entraîne tous les jours avec le capitaine. Jim dit qu'il se fatigue rien qu'à me regarder ! » Il posa sa fourchette, et prit l'air inquiet. « J'aurais horreur de devenir obèse ! »
- « Ne prends donc pas tout ce qu'on te dit au pied de la lettre ! Mange, prends du plaisir. Je plaisantais ... Mais passe me voir à l'infirmerie, un de ces jours. Je te mettrais bien sur la balance, pour voir. »
La conversation revint à la peinture. McCoy était en train de parler des trésors picturaux de la Terre, quand toute trace de vie se retira des traits de Zar. Le docteur suivit le regard de son protégé, et vit que Spock et Scotty venaient d'entrer dans la pièce. Il leur fit signe de venir les rejoindre. « On va bien voir ce qui se passe ! » pensa-t-il.
Les deux officiers s'installèrent. McCoy et Scott échangèrent quelques paroles. Spock et Zar étaient assis l'un en face de l'autre et ne disaient pas un mot. Le docteur compara l'impassibilité de leurs visages, et jura intérieurement. « C'est pire que jamais ! » pensa-t-il. « Et le pauvre garçon n'essaye même plus de lutter. »
- « Avez-vous terminé votre programme de physique ? » demanda enfin Spock d'une voix professorale.
- « Pratiquement, monsieur. »
- « Très bien. Veuillez me parler des lignes de Fraunhofer ! »
- « Ce sont les zones d'absorption du spectre solaire, monsieur. »
- « Globalement juste ! Mais j'aurais apprécié plus de détails ! Quelle est l'utilité de la spectroscopie ? »
- « La spectroscopie permet essentiellement de déterminer les variations du ... » Zar continua à réciter sa leçon sur le ton d'un ordinateur. Lorsqu'il s'arrêta, Spock ne lui laissa même pas le loisir de reprendre son souffle.
- « Qu'est-ce que le Principe d'Incertitude d'Heisenberg ? »
« Vulcain de malheur ! » pensa le docteur. « Pourquoi fait-il cela ? » Mais McCoy connaissait la réponse. L'officier en second était incapable de trouver un autre moyen de s'adresser à son fils ...
- « ... et la mesure de cette variable est approximativement égale à la constante h de Planck. » Zar acheva sa tirade avec soulagement.
« C'est assez, maintenant ! » pensa McCoy. Mais l'officier en second reprit aussitôt.
- « Quelles lois gouvernent les manifestations photo-électriques ? Expliquez le phénomène en vous servant de la théorie des quanta ! »
Le jeune homme hésita un long moment. Il se mit à répondre lentement, en fouillant désespérément sa mémoire ...
Après qu'il eut correctement récité les trois lois,
McCoy se tourna vers Spock, et tenta d'interrompre la séance. Mais le Vulcain l'ignora.
- « Il ne me semble pas avoir entendu les formules ? » Zar jeta un regard plein d'angoisse au docteur, puis baissa les yeux. Il énonça difficilement les formules, en hésitant pratiquement sur chaque nombre.
- « Bien ! » dit froidement Spock. « Vous me ferez le plaisir de revoir ce sujet à fond. Qu'appelle-t-on l'angle critique d'incidence ?
Zar se concentra, plissa les yeux, et serra les poings. Il y eut un moment de silence mortel, puis le jeune homme avoua :« Je ne sais pas, monsieur. »
- « L'angle critique d'incidence ... » commença Spock. Il parla près de cinq minutes, sous le regard ébahi du docteur.
Lorsqu'il s'arrêta enfin, Zar se tourna vers les deux humains et leva lentement un sourcil.
- « Fascinant ! » dit-il en détachant chacune des trois syllabes du mot.
L'imitation était parfaite. Spock se mordit les lèvres, et saisit sa fourchette d'un mouvement un peu trop leste.
« Il y a le mimétisme et la caricature », pensa McCoy, « et ce que nous venons de voir n'était pas du mimétisme ! »
Le docteur s'éclaircit la voix.
- « Avez-vous une idée sur notre prochaine mission, Scotty ? »
- « Pas la moindre, doc. Mais j'espère qu'elle sera un peu plus animée que celle-ci. Je commence à avoir des fourmis dans les jambes. »
Les deux officiers continuèrent à converser jusqu'au départ de Scott. Spock lança un nouvel assaut au moment où le docteur s'attaquait à sa tarte ...
- « J'ai fini de corriger vos exercices de chimie, Zar. Vos réponses étaient pour la plupart excellentes ! Mais je dois toutefois noter que ... »
Le jeune homme se leva sans un mot, et se dirigea vers le synthétiseur de nourriture.
- « Je n'ai jamais vu un appétit pareil, Spock l » dit McCoy. « Il aurait fait passer Attila et ses Huns pour des enfants de chœur ... »
Zar revint à la table. Un énorme sandwich à la viande trônait au beau milieu de son plateau. Il le saisit agressivement, et commença à l'engloutir avec un air de défi ...
Jim Kirk se montra inquiet lorsque le docteur lui relata l'incident quelques heures plus tard.

* * * * *

- « Oui, ce n'était pas drôle du tout, Jim ! Zar a mangé de la viande devant Spock. C'était la pire insulte qu'il pouvait lui faire. Vous auriez dû voir le regard du gosse ... et celui de votre officier en second ! »
- « Il l'a vraiment mal pris, Bones ? »
- « Oui. Il avait ce regard ... Vous savez, quand il est blessé et ne veut pas le montrer ! Et qu'il finit par tourner les talons ! Mais Zar est resté assis jusqu'à ce qu'il soit hors de vue, puis il a abandonné le sandwich, et m'a laissé sans dire un mot. Je suis très inquiet, Jim. Pour tous les deux ... Et je ne comprends pas ce qui se passe. »
- « Je peux vous expliquer, docteur. J'ai dit la vérité à Zar à propos de l'Atavachron et de Spock. Je sais que c'était un coup de poker, mais je crois qu'il fallait le tenter. Sinon, ces deux-là ne s'en sortiront jamais. »
- « J'ignore s'ils s'en sortiront comme ça, Jim. Mais je vous admire d'avoir eu le courage de trancher dans le vif. J'aurais voulu le faire dix fois, mais les mots restaient coincés dans ma gorge ! »
- « J'ai dégrippé la mienne avec un peu de brandy, Bones ! Mais si je me suis trompé, je crois que je le regretterai toute ma vie. »
La voix du lieutenant Uhura résonna dans l'intercom. « Le capitaine est demandé d'urgence sur la passerelle. »
Kirk pressa un bouton sur le communicateur de l'infirmerie. « Kirk, j'écoute ! »
- « Capitaine, je reçois un appel de détresse prioritaire en provenance du secteur 90.4 ... Il est codé, monsieur ! Vous seul avez le droit de le déchiffrer. »
- « J'arrive ! Kirk, terminé l » Il bondit hors de l'infirmerie avant que McCoy n'ait eu le temps de se lever de son siège.

Chapitre X

Lorsque Kirk arriva sur la passerelle, Uhura ne lui laissa pas le temps de souffler, et lui tendit une feuille couverte de signes mystérieux. Le capitaine prit place dans son fauteuil, et se brancha sur l'ordinateur de bord.
- « Ordinateur, prêt à répondre ! »
- « Ici le capitaine Kirk. Procédure d'identification vocale ! »
- « Identification positive ! James Tiberius Kirk, capitaine du vaisseau stellaire Entreprise. »
- « Décodez le message reçu par le Lieutenant Uhura. Effacez-le de votre banque de données dès que j'en aurai pris connaissance. »
- « Procédure en cours, capitaine. »
Le capitaine se cala dans son fauteuil. Un appel en provenance du Secteur 90.4 ne pouvait signifier qu'une chose : il y avait des ennuis avec le Gardien, qui était le seul élément d'un quelconque intérêt dans cette partie du quadrant.
L'ordinateur venait d'achever l'opération de décodage. Kirk prit la feuille et commença à lire ...
PRIORITE ABSOLUE date stellaire : 6381.7
Expéditeur : NCC 1704 Vaisseau Stellaire LEXINGTON
Commodore Robert Wesley
Destinataire : NCC 1701 Vaisseau Stellaire ENTERPRISE
Capitaine James T. Kirk
Mission actuelle du LEXINGTON : Patrouille dans le secteur 90.4
Objet de l'appel prioritaire : Détection de trois vaisseaux n'appartenant pas à la Fédération
Provenance : Secteur RN-30.2 Zone Neutre Identification : Vaisseaux de guerre romuliens. Heure de contact estimée : 10.5 Heure
Prévisions : Engagement militaire probable. Demandons assistance immédiate.
ALERTE ROUGE - ALERTE ROUGE -
Kirk réagit à la vitesse de l'éclair. « Quel est notre cap actuel, Monsieur Chekov ? »
- « Deux-neuf-zéro, capitaine. »
- « Modification : sept-quatre-six. »
- « A vos ordres, capitaine ! » Chekov se pencha sur sa console. « Modification programmée, Monsieur ! »
- « Navigateur, vitesse de distorsion 8 ! »
Sulu tressaillit de surprise et effectua la manœuvre.
Le vaisseau se mit à vibrer légèrement. Kirk commença à compter mentalement les secondes. Il en était à onze lorsque la sonnerie de l'intercom retentit.
- « Oui, Monsieur Scott ? »
Il y eut trente secondes de silence. Du fond de la salle des machines, l'ingénieur en chef devait se demander si son capitaine était devenu médium. »
- « Comment saviez-vous que c'était moi, capitaine ? J'espère en tout cas que vous avez une bonne raison pour martyriser ainsi mes moteurs ! »
- « Une excellente raison, Monsieur Scott ! »
- « Bien, capitaine. Combien de temps allons-nous voler à cette vitesse infernale ? »
- « Près de douze heures. Et nous pousserons même une pointe jusqu'au facteur 9, si vos engins en sont capables. »
Il y eut un nouveau silence, chargé de réprobation.
- « Mes engins sont capables de tout, capitaine ! Mais je ne vous garantis pas que nous ne finirons pas en morceaux ! »
Kirk esquissa un sourire. « Faites votre possible pour que cela n'arrive pas, Scotty ! Et rejoignez-moi dans la salle de réunion. Briefing dans cinq minutes ! »
Spock arriva sur la passerelle au moment où le capitaine terminait sa phrase. Il jeta un coup d'œil aux appareils de bord, et s'approcha du fauteuil de Jim.
- « Nous avons un problème, Spock. » Kirk donna le message à son officier en second. « Lisez ça ! » Puis il s'adressa à Uhura : « Contactez le docteur McCoy et convoquez-le dans la salle de réunion. Soyez-y vous-même dans cinq minutes. Spock, suivez-moi ! »

* * * * *

Les cinq officiers se retrouvèrent à l'heure dite. Kirk prit la parole. Il résuma la situation en quelques mots, puis passa aux questions essentielles.
- « Je vous ai réunis parce que vous êtes les seuls membres de l'équipage qui connaissent l'existence et les pouvoirs du Gardien. Je tenais à vous rappeler que nous nous trouvons face à un problème délicat. Officiellement, nous allons secourir le Lexington, et rien de plus ! Aucun membre de l'Entreprise, ou de l'autre vaisseau, ne doit entendre parler du Gardien. Ceci inclut le Commodore Wesley et ses officiers ! Compris ? »
Un murmure d'assentiment s'éleva.
- « Bien. Je pense que l'intrusion de trois vaisseaux n'annonce pas le début d'un conflit galactique. Mais nous devons être sur nos gardes ! »
- « Capitaine », dit Spock, « les Romuliens sont connus pour être de fins tacticiens ... Ces trois vaisseaux pourraient être une escouade de diversion, masquant l'arrivée de toute une flotte. »
- « C'est parfaitement possible, capitaine ! » approuva Scott. « Il serait judicieux de renforcer la surveillance le long de la Zone Neutre. Cela permettrait à la Fédération d'être au moins avertie, si le pire devait se produire. »
- « Lieutenant Uhura », dit Kirk, « Envoyez un rapport complet à Starfleet. Incluez la recommandation de Monsieur Scott. Envoyez le message à l'amiral Komack, code 11. »
- « A vos ordres, capitaine. »
- « Scotty , dites à Monsieur Sulu de passer en alerte jaune. Tout le monde à son poste ! Non, pas vous, Spock ! »
La salle de réunion se vida à la vitesse de l'éclair.
- « Alors, Spock, des commentaires ? »
- « Nous manquons de données, Jim ... Et vous le savez bien ! »
- « Je le sais ... Mais cette histoire me déplaît. En temps normal, je demanderais du renfort ... Mais là ... Après tout, deux de nos vaisseaux peuvent bien tenir tête à trois Romuliens ! En appelant la cavalerie, nous risquerions d'attirer l'attention sur la planète du Gardien ! »
- « L'amiral Komack prendra une décision dès qu'il aura reçu votre message. Il possède l'autorité qui vous manque. »
- « Espérons qu'il prendra la bonne. Je frémis en pensant aux dégâts que feraient les Romuliens, s'ils s'emparaient du Gardien. Le passé est si fragile, Spock ! Un souffle peut tout balayer. »
Les deux hommes se turent un moment. Kirk finit par briser le silence.
- « Je suis navré de vous parler de ça en un tel moment, Spock, mais vous comprendrez que c'est nécessaire. Que comptez-vous faire de Zar ? »
- « Que voulez-vous dire, capitaine ? Précisez votre pensée, s'il vous plaît ! »
- « Vous vous doutez que je n'ai rien contre sa présence à bord de l'Enterprise. J'apprécie ce garçon, et je fais de mon mieux pour l'aider à s'adapter à notre époque. Mais c'est un civil, Spock ! Starfleet ne tolérera pas longtemps une telle situation, j'en ai peur. Il faut que vous pensiez à une solution. »
- « Je ne sais quoi dire, capitaine. Mais vous avez raison, il serait contraire au règlement qu'il demeure encore longtemps parmi nous. »
- « Pourquoi ne l'emmèneriez-vous pas sur Vulcain ? Vous avez des siècles de vacances en retard ! Profitez-en ! »
- « Non. Zar ne serait pas à sa place sur Vulcain ! Ne serait-ce qu'à cause du climat. La chaleur, la gravité ... Il ne pourrait pas s'adapter. »
- « Allons, il est solide comme un roc, Spock ! Et puis, qui survit à Sarpeidon peut survivre à tout ! »
- « Il a besoin d'être constamment surveillé et guidé, capitaine. La société Vulcaine est exigeante. Il parle la langue, mais ne connaît rien des structures sociales. Ce serait ... très difficile pour lui. »
- « Je crois que vous le sous-estimez. Il a une grande souplesse d'esprit. Je crains que tout cela soit surtout difficile pour vous ! »
- « Difficile pour moi ? Je ne... »
- « Spock ! Il est une preuve vivante d'un moment de faiblesse qui vous fait horreur... Un krenath comme vous dites ! »
- « Comment connaissez-vous ce mot, capitaine ? » demanda Spock.
- « Zar me l'a appris. Il prétend que cela signifie souillé par la honte. Bâtard, en quelque sorte. »
- « Il n'a pas compris le sens de ce mot, Jim. Et vous non plus ! »
- « Je regrette que nous n'ayons pas le temps d'approfondir le sujet. J'espère que nous pourrons nous permettre de le garder à bord encore quelque temps. Pour le moment, il serait préférable de le consigner dans ses quartiers tant que l'alerte durera. Et puis non, dites-lui de rejoindre le docteur McCoy à l'infirmerie ! Bones aura besoin d'aide, si nous devons nous battre. »
- « Si ? Je crains qu'il ne faille dire quand, Jim », dit gravement Spock.

* * * * *

Zar se sentait énervé et confus. Un message de Spock l'avait tiré du sommeil. Il se précipitait à présent vers l'infirmerie. Les couloirs du vaisseau étaient étrangement vides, et une lumière jaune clignotait à toutes les intersections. A un moment, une escouade de la sécurité, conduite par son ami David, le dépassa à toute vitesse comme s'il eût été invisible.
L'infirmerie débordait d'activité. McCoy, Chapel et les autres membres de l'équipe médicale étaient en train de préparer leurs instruments. Des civières jonchaient le sol des laboratoires. McCoy s'aperçut de l'arrivée de Zar.
- « Fiston, heureux de te voir là ! Va à la réserve, et ramène-moi le stimulateur cardiaque électrogène. S'il y a de la casse, nous pourrions en avoir besoin ! »
Le médecin-chef orchestra la réorganisation de l'infirmerie pendant deux heures. Puis il s'adressa à son équipe : « Je crois que nous ne pouvons pas en faire plus pour le moment ! Prenez un peu de repos ... Tout le monde avec moi lorsque nous passerons en alerte rouge. Zar, tu restes ici ! »
Lorsqu'ils furent seuls, le jeune homme osa enfin poser la question qui lui brûlait les lèvres.
- « Que se passe-t-il, docteur McCoy ? »
- « Personne ne t'a expliqué ? »
- « Non. Monsieur Spock m'a juste dit de vous rejoindre et de vous aider ! »
- « Hum ... Il devait avoir trop de choses en tête. Nous avons reçu un appel de détresse d'un autre vaisseau. Des Romuliens dans le secteur. Et qui dit Romuliens dit boucherie ! »
- « Boucherie ? Vous voulez dire la guerre ? Nous allons nous battre ! »
- « C'est probable. Et ne t'imagine pas que tu pourrais aller traîner sur la passerelle ! Jim t'en expulserait en te tirant par les oreilles. Tu resteras avec moi tant qu'il y aura du danger ! »
- « Et quand nous battrons-nous ? »
- « Je n'en sais rien. Mais ça ne devrait plus tarder, à la vitesse où nous allons. »
- « Et je devrais rester ici, où il n'y a rien à voir ! »
- « Assoiffé de sang, semble-t-il ? Laisse tomber, jeune homme ! Aucune guerre n'a jamais été glorieuse, fiston, et les combats spatiaux ne font pas exception. Tu comprendras ce que je veux dire lorsque tu verras tes amis passer cette porte sur des civières. »
- « Je sais peu de choses sur les Romuliens ... On dit qu'ils sont violents et cruels ... Mais je ne sais même pas à quoi ils ressemblent ! »
- « Regarde-toi dans un miroir, fils, et tu sauras ! »
- « Ce sont des Vulcains ? »
- « Pas exactement. Une branche de la famille, qui s'est séparée du tronc longtemps avant que les Vulcains n'adoptent la philosophie de l'IDIC. Les Romuliens sont ce que les Vulcains étaient il y a longtemps. Des guerriers impitoyables ! Mais terriblement disciplinés, un peu comme les Spartiates du passé terrestre. »
- « Ou comme les Japonais du milieu du vingtième siècle ! » dit Zar sur un ton agressif.
Le docteur le regarda avec étonnement. « Quelque chose ne t'a pas plu dans mon discours, fiston ! » Il fit mine de réfléchir profondément. « Peut-être l'allusion à la nature passée des Vulcains ? Surtout il y a cinq mille ans, n'est-ce pas ? »
Les traits de Zar se durcirent l'espace d'une seconde.
Puis il reprit son masque impénétrable.
- « Je ne vois pas de quoi vous voulez parler, docteur ! » dit-il calmement.
- « Je ne te le fais pas dire, fils ! Tu mens encore plus mal que Spock ! Jim m'a parlé de votre entretien ... J'imagine ce que tu ressens à propos de ton père, mais... »
- « J'aimerais mieux que nous n'abordions pas ce sujet, docteur ! »
McCoy connaissait l'expression que venait de prendre le visage de Zar. Elle l'avait mis en fureur pendant des années sur le visage de Spock, et l'excédait encore plus à présent ...
- « Tu te comportes comme un gamin de dix ans ! Dieu sait que je n'ai pas l'habitude de défendre Spock, mais tu n'aurais pas dû l'insulter comme tu l'as fait ! En particulier en public ! Il faut grandir, maintenant ! Ce qui est arrivé sur Sarpeidon il y a cinq mille ans n'a plus rien à voir avec... »
- « J'ai dit que je ne voulais pas aborder ce sujet, docteur McCoy !
Les yeux de Zar étincelaient de colère. Ses mains puissantes se contractaient nerveusement. Un bref instant, le docteur se souvint de ce qui était arrivé deux ans auparavant, quand Spock et lui s'étaient affrontés dans la grotte de Zarabeth. La mémoire de l'étau qui avait serré son cou réveilla une terreur ancienne, presque oubliée ...
En dépit de cette terreur, ou à cause d'elle, McCoy dit ironiquement : « Je suis vraiment doué pour réveiller les tendances émotionnelles des adeptes de la logique universelle ! Ou serait-ce simplement qu'ils n'aiment pas s'entendre dire la vérité ? »
Zar se mordit les lèvres. Ses mains se rouvrirent, et il dit faiblement : « Vous avez raison ! Je suis navré de m'être laissé emporter. J'aimerais tant lui parler, mais c'est impossible. Je me sens idiot dès qu'il me regarde, docteur ! Et cela ne cessera jamais. » Il haussa les épaules. « Je partirai dès la prochaine escale de l'Enterprise ! »
- « Partir ? » s'exclama le docteur. « Mais où irais-tu ? »
- « J'ai réfléchi à cette question. J'ai besoin d'un endroit où me sentir autonome. Et libre. Un lieu où ce que je suis, ce que je sais, pourra être utile ... Peut-être une planète frontière, aux confins de la galaxie. Vous ne pensez pas que je ferais un bon pionnier, docteur ? »
Un pli amer se dessina au coin de ses lèvres.
- « Mais je vous ferai savoir où je suis. Ne vous inquiétez pas. Je sais que vous êtes le seul qui s'en soucie vraiment. Quant à lui. »
- « Tu te trompes. Spock t'as... »
- « Trouvé, docteur ! Comme un caillou dans sa chaussure ! Mon existence le préoccupait, c'est vrai ! Mais pas ma personne ! Il n'y a qu'un être au monde qui compte pour lui et ... » Il s'interrompit en réalisant qu'il criait presque. « Ce n'est pas moi ! » acheva-t-il dans un murmure.
McCoy lui mit doucement la main sur l'épaule.
- « Donne-lui du temps, mon petit. Il souffre plus encore que toi. La paternité n'est jamais une sinécure, même dans les cas les plus simples. Ce n'est pas facile, fiston ! Je sais de quoi je parle. J'ai fait un beau gâchis moi-même. »
- « Vous ? Que voulez-vous dire ? »
- « J'ai été marié... quelques temps. J'ai une fille qui a presque ton âge. Elle s'appelle Joanna. »
- « Mais où est-elle ? »
- « A l'école de médecine. Elle avait un diplôme d'infirmière, mais elle a décidé d'aller plus loin. Elle sera bientôt le deuxième docteur McCoy de la galaxie. J'ai une photo d'elle, je te la montrerai un de ces jours. Elle est jolie. Un coup de chance qu'elle ait tout pris de sa mère ! »
- « Est-ce qu'elle vous ressemble, je veux dire... pour la gentillesse ? »
- « Elle est meilleure que moi, fiston. Plus douce, bien sûr. Presque enjôleuse. Je ne l'ai pas vue depuis trois ans, mais j'essayerai d'être là pour son diplôme, dans six mois, je crois. Si tu es dans les parages, je te la présenterai. »
Le docteur se gratta le menton d'un air dubitatif.
- « Encore que je me demande si ce serait honnête vis-à-vis d'elle ! »
- « Que voulez-vous dire ? »
- « J'ai vu les effets que ces damnées oreilles ont sur les femmes. Aussi illogique que ce soit, tous les pères ont tendance à surprotéger leurs enfants. »
Zar eut un mouvement de recul. Puis il se détendit soudain.
- « Docteur McCoy, vous êtes encore en train de vous moquer de moi ! »
Le hululement de l'alarme interrompit les deux hommes. La voix d'Uhura résonna dans tout le vaisseau.
- « Alerte rouge. Tout le monde aux postes de combat ! Je répète, alerte rouge dans toutes les sections ! »
McCoy se leva et serra les poings. « Nous y sommes. J'aimerais tenir l'imbécile qui prétendait que le pire était d'attendre ! »

Chapitre XI

- « Toutes les sections en alerte rouge, capitaine », dit le Lieutenant Uhura.
- « Nous entrons dans le secteur 9O.4 ! » annonça Sulu.
- « Décélération immédiate, Monsieur Sulu. Uhura, recevez-vous quelque chose ? »
- « Oui, capitaine. Le Lexington nous appelle. »
- « Message sur audio, lieutenant ! »
- « A vos ordres ! »
Une voix nasillarde émergea d'un flot de grésillements. Uhura pianota sur sa console, et la voix devint claire. « ... perte de puissance de nos déflecteurs ... Les vaisseaux ennemis approchent. J'appelle l'Enterprise. Êtes-vous là ? »
- « Ouvrez un canal, lieutenant ! »
- « Canal ouvert. Vous pouvez parler, capitaine ! »
- « Ici le capitaine de l'Enterprise. Je vous reçois cinq sur cinq. Lexington, quelle est votre situation ? »
- « Jim ? Ici Bob Wesley ! Nous les avons contenus jusqu'ici, mais nos déflecteurs sont en rade, et nos boucliers ne supporteront pas un nouvel assaut. Terminé ! »
- « Tiens le coup, Bob. Je vous ai repérés sur mon écran de contrôle. Nous arrivons. »
L'image du vaisseau blessé apparut sur l'écran. Il était encerclé par les Romuliens... Conscients de la puissance de feu supérieure du Lexington, les petits vaisseaux ennemis lui tournaient autour à une distance respectable. Dès que l'occasion se présenterait, l'un d'entre eux mettrait à profit sa meilleure maniabilité pour fondre sur sa proie, et porter un coup mortel.
- « Fuseurs prêts à tirer, Monsieur Sulu ! »
- « Fuseurs prêts à tirer, capitaine ! »
- « A mon commandement, tirez une salve de dix secondes. Puis changez de cap sur quatre-cinq-deux-zéro. »
- « Compris, capitaine. Changement de cap programmé. »
Le regard toujours rivé sur son écran, Kirk compta mentalement les secondes ... « Feu ! » dit-il enfin.
- « Coup au but, monsieur ! » cria Sulu.
Le vaisseau romulien avait été touché de plein fouet.
Il y eut une lueur aveuglante, suivie d'une explosion. L'ennemi était sérieusement endommagé.
L'Enterprise subit une violente secousse. Kirk agrippa sauvagement les accoudoirs de son fauteuil. .
- « Déflecteurs avant touchés, capitaine. Mais pas de dégâts importants ! »
- « Cap sur cinq-trois-huit, Sulu ! Occupons-nous des autres. »
- « A vos ordres ! Le Lexington vient de toucher à son tour un ennemi ! »
Kirk interrogea les senseurs, tout en gardant un œil sur l'écran de contrôle. Le vaisseau romulien en avait pris un bon coup, mais il n'était pas encore mort. Il semblait cependant avoir perdu une bonne part de sa maniabilité.
- « Nous lui avons rasé les moustaches, Jim ! » Le commodore Wesley venait de rétablir la communication entre les deux vaisseaux de la Fédération.
- « Bob, je ne vois pas le troisième ? Pouvez-vous le détecter ? »
- « Négatif, Jim ! Ils se servent de leur fichu système de camouflage ! »
- « Monsieur Sulu, préparons-nous à poursuivre le vaisseau endommagé par le Lexington ! Cap trois-six-deux. »
- « Cap trois-six-deux, capitaine ! Mais celui-là aussi vient de disparaître de l'écran. »
- « Spock, commutez vos senseurs sur infrarouge. Nous avons une chance de les avoir de cette manière. »
Le Vulcain se pencha sur les senseurs, et les observa un long moment.
- « Négatif, capitaine. Je perçois bien des perturbations thermiques, mais nos adversaires changent trop souvent de cap pour que nous puissions les localiser. »
- « Bien ... Retournons vers le Lexington ! »
Après s'être assuré que tout allait bien à bord du vaisseau frère, que l'on commençait déjà à remettre en état, le capitaine ordonna le retour à l'alerte jaune à bord de l'Enterprise. Tandis que l'atmosphère se détendait sur la passerelle, il invita son officier en second à le rejoindre.
- « Votre avis, Spock ? »
- « Une ruse, capitaine. Une tactique de diversion typique. Les Romuliens ont autre chose en tête que l'attaque d'un de nos vaisseaux. Sinon, le Lexington aurait souffert beaucoup plus ! Les Romuliens sont ce qu'ils sont, mais personne ne les a jamais taxés de lâcheté ! Leur fuite n'est pas normale. Leur philosophie guerrière exige le sang contre le sang ! »
- « Je pense comme vous ... Il ne nous reste plus qu'à découvrir pourquoi ils étaient prêts à se sacrifier à seule fin de nous occuper ! La première chose que je vais faire, en tout cas, c'est téléporter l'équipe d'archéologues à bord de l'Enterprise ! »
- « Une décision judicieuse, capitaine. Les Romuliens peuvent avoir envoyé une navette sur la planète sans que le Lexington ne le remarque. Après tout, le commodore Wesley était attaqué de toute part. Voulez-vous que je vérifie cette hypothèse à l'aide de mes senseurs ? »
- « Bonne idée, Spock ! Lieutenant Uhura, contactez le docteur Vargas. »
- « Oui, monsieur ! »
Le visage de Vargas apparut sur l'écran. L'image était très mauvaise et sautait sans arrêt.
- « Capitaine Kirk ? »
- « Oui, docteur. Nous avons demandé du renfort à Starfleet. Je veux que vous et vos hommes quittiez la planète. Combien de temps vous faudra-t-il pour être prêts ? »
- « Je vous envoie mes collègues dans moins de deux heures... Mais je reste là ! »
- « Il n'en est pas question, docteur ! »
- « Kirk, nous avons de véritables trésors ici ! Ils doivent être protégés à tout prix. Je ne prendrai pas le risque de les voir tomber entre les mains des Romuliens. »
- « Je vous envoie une escouade de la sécurité. Ils vous aideront à emporter tout ce que vous désirez. Puis la planète restera sous leur surveillance jusqu'à ce que . vous puissiez y retourner. »
- « Je refuse. Il est trop dangereux de permettre l'accès du ... des ruines à des personnes non averties. Ils pourraient le ... les endommager ! »
L'image disparut un court moment, puis le contact se rétablit.
- « Docteur Vargas, je prendrai toutes les dispositions pour que vos ... ruines soient traitées avec précaution. J'en assume l'entière responsabilité ! Mes hommes vont arriver d'un instant à l'autre. Ils auront l'ordre de veiller à ce que vous abandonniez tous la planète. J'ai dit TOUS ! »
- « Je vous reçois mal, capitaine ! J'attends vos hommes. » L'image s'affaiblit à nouveau. « Je vous recontacterai lorsque nous serons prêts. Vous ramènerez mon équipe et la vôtre ! »
- « Et VOUS, docteur ! C'est un ordre. »
- « Je suis désolée, capitaine. Je ne vous entends plus ! L'émetteur marche mal. »
L'écran devint noir. Uhura tenta de récupérer la communication.
- « Je ne peux rien faire, capitaine. Elle a fermé son émetteur. »
- « Elle m'entendait mal, mon ... » Le capitaine se retint au dernier moment. « Uhura, est-ce que son émetteur avait vraiment des problèmes ? »
- « Oui. Mais elle n'a pas perdu la communication. Je répète que c'était volontaire. »
- « Je m'en doutais ... J'aurais sans doute fait la même chose à sa place ! Mais je ne peux l'autoriser à prendre un tel risque ! »
Spock s'approcha du fauteuil de commande et se pencha légèrement vers Kirk. « Capitaine, il faut que je vous parle ! » dit-il à voix basse.

* * * * *

Ils se retrouvèrent dans la salle de réunion déserte.
Le Vulcain s'assit lentement et regarda un instant ses mains jointes ...
- « Jim, quand j'ai travaillé sur l'émetteur des archéologues, je me suis aperçu qu'il était en piteux état. Tout leur système de communication n'est pas fiable. Et il est risqué de dépendre uniquement de nos communicateurs. Le flux temporel du Gardien et les émanations des étoiles noires de ce secteur perturbent toutes les communications, ainsi que les senseurs. En l'absence de données objectives, je propose que l'escouade de la sécurité soit placée sous mon commandement ! Je pourrai ainsi m'occuper de la protection du Gardien. J'ai pensé à un champ de force, qui... »
- « Je suis d'accord avec vous sur tous les points, Spock, à l'exception du dernier. Je ne vous enverrai pas sur la planète ! J'ai besoin de vous ici. Votre connaissance du Gardien est trop précieuse pour que je m'expose à la perdre ! »
- « Bien, monsieur ! »
- « Mais continuez à vous occuper de cette idée de champ de force. Même si j'espère que nous n'en aurons pas besoin. »

* * * * *

Zar était retourné à ses quartiers dès la fin de l'alerte rouge. Steinberg et Cordova étaient en train de vérifier leurs armes et leurs communicateurs. Ils portaient leurs tenues de combat.
- « Content de te voir, vieux frère ! » dit Steinberg, « Juan et moi voulions te dire au revoir avant de partir »,
Un peu interloqué, Zar leur serra la main à chacun.
- « Où allez-vous, David ? »
- « Sur la planète. Le pire caillou que j'aie jamais vu ! Et pas la moindre jolie fille en prévision. Seulement un tas de vieilleries archéologiques qui ont besoin qu'on leur tienne la main ! Enfin, les ordres sont les ordres ! »
- « Des vieilleries archéologiques ? »
- « Comme je te dis ! Nous allons monter la garde devant un tas de ruines ! Comme si les Romuliens allaient s'intéresser à l'art ancien ! Ou à une planète qui ressemble à une poubelle pleine ! »
- « N'oublie pas de faire le ménage en nous attendant ! » plaisanta Juan. « Quand nous reviendrons, je te donnerai ton prochain cours de débauche Cordovienne. Tu m'as bien eu avec les cartes, mais attends le chapitre suivant... Les femmes, mon vieux Zar ! Je ne te dis que ça. »
Juan donna un coup de coude à Steinberg.
- « Regarde-moi ça, David. Il rougit jusqu'à la pointe des oreilles. »
Zar lui lança un regard flamboyant. Il avait compris que son camarade le taquinait, et cela, étrangement, lui procurait plus d'amusement que d'habitude.
- « Juan, voilà des semaines que je cherche un volontaire pour expérimenter la fameuse prise vulcaine ... Il me semble que je viens d'en trouver un ! »
Cordova fit mine de se cacher derrière Steinberg.
- « Viens, David ! On ferait mieux de partir avant qu'il ne se fâche. »
Les deux hommes ramassèrent leurs affaires et sortirent. Avant de s'engouffrer dans le couloir, Cordova fit un petit signe à Zar.
- « A plus tard, mon vieux ! Sois sage et évite de caresser les chiens enragés !
- « Les chiens ?» dit Zar. «Mais il n'y a pas de chiens sur l'Enterprise. »
- « Il voulait dire : fais attention à toi », lui expliqua Steinberg. « Nous t'enverrons une carte postale de là-bas. »
- « David, Juan ! » cria Zar. Il se sentait mal à l'aise. Une étrange impulsion le poussait à les retenir près de lui. Il se lança à leur poursuite.
- « Qu'est-ce que c'est, une carte postale ? » hurla-t-il dans le couloir.
- « On te le dira en revenant. » La porte de l'ascenseur se referma sur eux.
Tout d'un coup, la cabine sembla immense. Le silence était oppressant. Zar se rendit dans le dortoir et saisit son carnet de croquis. Mais il ne pouvait se concentrer. Ses doigts couraient sur le papier, hors du contrôle de sa volonté. Au bout d'un moment, il s'aperçut qu'il venait de dessiner un portrait ... C'était extraordinaire, insensé... Mais vrai ! Le visage du docteur Vargas avait jailli de son subconscient comme par magie.
Il laissa tomber le carnet, et se mit à arpenter nerveusement la petite pièce. Puis il se saisit du disque contenant l'histoire de Sarpeidon, celui qui montrait ses peintures rupestres, et l'enclencha dans le moniteur. Il fit défiler les pages à toute vitesse. Sa conversation avec David lui revenait à l'esprit. Brusquement, ses doigts se contractèrent sur le bouton qui commandait la vitesse de défilement du moniteur. Zar fixa longuement l'image arrêtée sur l'écran. « Ce n'est pas possible ... » Son regard se porta machinalement sur son chevalet. Un frisson le parcourut quand il vit le paysage désolé de sa planète natale.
« Nous t'enverrons une carte postale de là-bas. » Les mots de David résonnaient dans son esprit. En réalité, il savait très bien ce qu'était une carte postale. Une image qui transportait un message ! Contre sa volonté, la logique que Spock lui enseignait depuis des semaines prit les commandes de son esprit. Tout cela pouvait se réduire à une équation. Une équation très simple ! Si ce qu'il venait de voir sur le moniteur était vraiment une sorte de carte postale, il ne fallait pas beaucoup d'efforts pour imaginer le message qui se trouvait symboliquement sur son dos ...
UN MESSAGE QUI LUI ÉTAIT ADRESSE !
Zar se leva. Il n'aimait pas du tout ce message ! Et il détestait la solution de l'équation ...
Incapable de se calmer, le jeune homme sortit de la cabine, et partit se promener dans les couloirs de l'Enterprise.

* * * * *

A plusieurs reprises, il se retourna brutalement, comme si quelqu'un l'avait suivi, et qu'il eût désiré le surprendre. Mais il constata à chaque fois qu'il n'y avait personne. Il sentait pourtant cette pesanteur à la base de sa nuque, qu'il connaissait bien. Il l'avait ressentie souvent, lorsqu'il se croyait en train de chasser, et découvrait soudainement qu'il était devenu la proie ...
Zar résista à l'envie d'aller retrouver le docteur McCoy. Il savait que son ami était très occupé. Il envisagea un instant de se rendre au réfectoire. Mais le sentiment qui lui nouait l'estomac n'avait rien à voir avec la faim. Un instant, il pensa que la solitude était la cause du malaise qu'il sentait croître en lui. Mais il se rendit vite compte qu'il se trompait. La solitude était sa plus vieille compagne, il avait appris à vivre avec elle. Elle avait toujours été là, comme le soleil, la glace et la faim. Contrairement à ce qu'il avait cru pendant des années, la présence des autres ne suffisait pas à la faire disparaître. En un certain sens, elle la rendait parfois plus terrible encore ...
Ses pensées revinrent à Spock. Qu'était-il en train de faire en ce moment ? Des équations ? De la logique ? Ou se sentait-il seul et triste, comme tout le monde sur l'Enterprise, depuis la fin de la... boucherie ?
Zar se remémora la scène du réfectoire. Sa colère était éteinte depuis longtemps. Comme il avait été futile ! Et méchant ! Pourtant, Spock lui-même ne disait-il pas que les regrets ne représentaient qu'une perte de temps ?
Zar sentit une douleur diffuse dans sa poitrine. Il se rendit compte que sa tête tournait un peu.

* * * * *

Ses pas l'avaient amené devant la salle de gymnastique. Elle était vide. A cause de l'alerte, presque tous les membres de l'équipage étaient à leurs postes. Ils enleva sa chemise, se pencha pour enlever ses bottes. Une bonne séance le calmerait !
Il commença par un échauffement au sol. Puis, il s'offrit une bonne demi-heure de course sur le tapis-simulateur, suivie d'une session complète de poids et haltères. L'activité physique, même poussée jusqu'aux limites de la souffrance, était depuis toujours son seul réconfort. Sur Sarpeidon, sa survie avait dépendu de sa force, de ses réflexes, de son courage. Son corps était un instrument. Il considérait ses capacités avec une fierté presque objective ...
Il travaillait aux anneaux, suspendu à près de trois mètres du sol, quand il s'aperçut qu'il n'était plus seul. Une jeune femme vêtue d'une combinaison de gymnastique était en train de le regarder. Le regard franc de ses yeux verts, même vu d'en haut, acheva de le déconcerter. Ses mouvements devinrent abrupts et maladroits. Il lâcha les anneaux et manqua de peu d'atterrir sur les fesses.
- « Ça va ? » demanda l'inconnue.
Incapable de dire quoi que ce soit, Zar se contenta de hocher la tête. Depuis son arrivée sur le vaisseau, il avait eu très peu de contacts avec les femmes, à l'exception du Lieutenant Uhura et de Christine Chapel. Uhura était devenue son amie, au même titre que Sulu ou que Scotty . Sa relation avec Christine était différente, plus mystérieuse. Certaines fois, elle lui rappelait Zarabeth, et sa tendresse soucieuse. D'autres fois...
La jeune femme qui venait d'entrer dans la salle de gymnastique hésita un peu. Puis elle sourit.
- « Je n'avais pas l'intention de vous déranger. J'attendais depuis longtemps une occasion de vous parler. » Sa voix était légère et plaisante. « Je suis Teresa McNair ! »
- « Enchanté de faire votre connaissance ... » dit Zar.
La formule de politesse sonnait creux, mais il n'avait rien trouvé d'autre à dire. Il était troublé par la beauté et la jeunesse de son interlocutrice. Presque involontairement, il sonda l'esprit de la jeune femme durant quelques secondes. « Elle s'attend à ce que je sois impressionné par son nom ! » Pensa le jeune homme. « Mais pourquoi ? »
- « Pour quelles raisons souhaitiez-vous me parler ? » demanda-t -il.
- « J'éprouve l'intérêt de l'inventeur pour sa découverte, si j'ose dire ... » Elle remarqua son air d'incompréhension, et ajouta : « Ma seconde spécialité est l'anthropologie extra-terrestre ! »
- « Et quelle est la première ? »
Elle passa une main dans ses cheveux. « Au travail, ou dans le privé ? »
- « Je vous demande pardon ? »
Son amusement déferla comme une vague chaleureuse, qu'il reçut avec un grand plaisir.
- « Vous lui ressemblez tellement ! Mais n'insistons pas ... Je suis la benjamine de l'équipe d'ingénieurs de Monsieur Scott. Cela revient à dire que je fais tout le sale travail, et laisse la gloire aux autres. »
Elle le regarda droit dans les yeux. Zar prit soudain conscience de l'aspect négligé de sa tenue, et rougit un peu.
- « C'est difficile à croire », murmura-t-elle comme pour elle-même. « Vous êtes un véritable artiste, savez-vous ? »
- « Vous avez vu mes peintures ? »
- « Pour ça, oui ! » Elle cessa de sourire. Ses yeux verts perdirent un peu de leur éclat. « Vous n'avez pas la moindre idée de ce à quoi je faisais allusion tout à l'heure, n'est-ce pas ? »
- « Non, pas la moindre. »
- « Je ne me sens pas très fière. Je n'aurais pas dû vous taquiner. Ne vous faites pas de souci, je ne le dirai à personne ! »
Elle le regarda de nouveau, et sourit d'une façon nouvelle.
- « Oublions ça ... Pourrions-nous ... Qu'est-ce qui se passe ? »
Il s'était pris la tête à deux mains, et se retenait de crier.
- « Je ne sais pas ... Il y a une grande douleur dans ma tête ! » Il s'ébroua un peu, et le flot de souffrance décrut ... « Ça va mieux, maintenant ! »
- « Vous aviez un air effrayant, l'espace d'une seconde ! Vous feriez bien d'aller voir le docteur McCoy ! »
- « Peut-être plus tard. Pour l'instant, je vais filer à la douche. »
- « C'est vrai que je vous ai interrompu. Si vous voulez reprendre. »
- « Non. J'avais fini. » Il essaya de trouver un moyen de prolonger la conversation, mais son imagination lui fit défaut. Il s'aperçut qu'il commençait à devenir ridicule, et tourna brusquement les talons.
Teresa ne bougea pas. Elle le regardait s'éloigner.
Il était tellement différent de ce qu'elle imaginait !
Un nouveau flot de douleur jaillit dans la tête de Zar.
Cela était si fort, que le jeune homme sentit ses genoux se dérober sous lui. A demi inconscient, il tenta de se rattraper à quelque chose, mais sa main balaya seulement le vide. Le contact du métal froid contre sa poitrine nue sembla un instant pouvoir le ramener à la conscience. Mais l'obscurité l'enveloppa, brouilla sa vision. Ses mains se crispèrent douloureusement, et il n'y eut plus que le néant.
Lorsqu'elle arriva près de lui, Teresa éprouva la certitude qu'il était en train de mourir. Son corps était tordu par les convulsions, ses yeux déjà révulsés. Il ne respirait plus, mais tentait cependant d'aspirer encore un peu d'air. Le râle qu'il produisait était insupportable à entendre. Tout le désespoir d'un être jeune que l'on arrache à la vie s'y exprimait.
Teresa se pencha sur lui. Elle savait que cela ne servirait à rien, mais il fallait essayer quelque chose. La respiration artificielle ? Un massage cardiaque ? Des bribes de cours de secourisme se bousculaient dans sa tête ...
Mais soudainement, comme si rien n'était arrivé, le jeune homme se remit à respirer. Teresa n'en croyait pas ses yeux. Elle s'assit à côté de lui, et chercha son pouls. Le cœur de Zar battait très rapidement, sa température paraissait extrêmement élevée. Mais ces phénomènes, pour un Vulcain, n'avaient peut-être rien d'étonnant. « Pourtant », pensa Teresa, « il était à l'agonie, je pourrais le jurer ! »
Zar rouvrit les yeux, et le regarda. Puis, réalisant sa situation, il essaya de se lever. La jeune femme le retint.
- « Ne bougez pas ! Il vaut mieux rester tranquille. »
- « Que m'est-il arrivé ? »
- « Vous étiez en train de ... de mourir ! Je n'ai jamais vu une chose pareille. » Voyant son regard éberlué, elle ajouta : « Quand les gens, ou les animaux meurent, ils convulsent et halètent comme vous le faisiez. »
- « En êtes-vous certaine ? »
- « J'ai survécu à une attaque des Romuliens, quand j'avais douze ans. La plupart des autres colons n'ont pas eu cette chance. Je sais de quoi je parle !
Il remua avec précaution, mais n'essaya plus de se lever. La douleur avait disparu comme elle était venue, sans prévenir. Il se sentait épuisé ... Il avait faim ...
- « Comment vous sentez-vous ? »
- « Parfaitement bien ! »
En réalité, Zar se sentait mieux qu'il ne s'était jamais senti. La présence de la jeune femme était un véritable ravissement. Elle se tenait si près de lui ... Elle le touchait. Il sonda son esprit une nouvelle fois, et découvrit qu'elle était émue aussi. Pas seulement soucieuse de son état de santé, mais ...
Le jeune homme bondit sur ses pieds. Pour lui, le temps de s'impliquer avec une femme de cette façon était déjà révolu !
- « Tout va bien, maintenant.
- « J'ai bien du mal à le croire. Mais puisque vous le dites ! »
Elle tenta de se relever, mais ses jambes s'étaient engourdies sous elle. Zar l'attrapa par le poignet et la souleva sans effort.
- « Merci ! »
- « Ce serait à moi de vous remercier. »
- « Est-ce que vous avez déjà eu ce genre de malaise ? » demanda-t-elle.
- « Non ... » répondit-il d'une voix mal assurée. « Jamais ! Je ne sais pas ce qui m'est arrivé ... Je ne me souviens plus de rien ! »
Il tenta de capter son regard, mais elle détourna la tête.
- « A quoi pensez-vous, Teresa ? »
- « A rien ... Vous feriez tout de même mieux de voir le docteur McCoy ! Il vous expliquera. »
- « Vous soupçonnez des troubles cérébraux, n'est-ce pas ? De l'épilepsie, ou quelque chose d'approchant ? »
- « Je suppose que c'est possible, mais je ne suis pas médecin. »
Zar réprima un tremblement. « Il y a quelque chose ... » Il haussa les épaules. « Non, je ne me souviens pas ! »

* * * * *

Il s'était douché et avait repris son allure coutumière.
Teresa l'avait accompagné au réfectoire, et, tandis qu'il mangeait, elle lui parlait de son apprentissage à l'Académie de Starfleet. Il l'écoutait attentivement. McNair termina son récit par la description du test de survie que chaque cadet devait subir à la fin de ses études.
- « C'est très dur. Ils vous envoient sur une planète déserte, sans armes et sans nourriture, et attendent de voir si vous survivez ! »
- « Et alors ? »
- « J'ai survécu ! J'ai fait une chute sans gravité. Juste une entorse. Mais j'aurais pu me briser le cou ! A part ça, aucun problème. »
Elle s'interrompit. Le regard de son compagnon reflétait une horreur sans borne.
- « Sept ans. J'avais oublié la mort ! Je veux dire, les sensations de la mort. Il faut que j'aille parler au capitaine ! »
Il disparut avant que Teresa ait pu lui poser la moindre question ...

* * * * *

Spock s'activait sur les senseurs. Il les programma en fonction de possibles - mais peu probables - perturbations atmosphériques. Cela n'eut aucun effet sur les résultats. Le Vulcain se brancha sur l'intercom. Quelques instants plus tard la voix un peu pâteuse du capitaine se fit entendre.
- « Kirk, j'écoute ! »
- « Je suis désolé de vous avoir réveillé, Jim. Il faut que je vous montre quelque chose. »
- « J'arrive immédiatement. Kirk, terminé ! »

* * * * *

En arrivant sur la passerelle, le capitaine découvrit Spock assis dans son fauteuil, le menton entre les mains.
- « Quoi de neuf, Spock ? »
- « J'ai scruté la surface de la planète, capitaine, ainsi que les abords du Gardien. »
- « Il y a eu un changement ? »
En guise de réponse, le Vulcain se leva et alla jusqu'aux senseurs. Puis il pressa un bouton. « Quand j'ai commencé mon balayage, les résultats étaient les suivants ! » Un diagramme s'afficha sur l'écran. Spock pressa un autre bouton. « Puis, exactement six minutes et quarante secondes plus tard, ils ressemblaient à cela ! » Un autre diagramme s'afficha sur l'écran. Sa configuration était la même que celle du premier, mais l'indice d'intensité avait sensiblement diminué.
- « Ils sont restés constants depuis, capitaine ! »
Kirk examina le diagramme.
- « C'est le Gardien. On dirait que ces signaux sont comme étouffés ! »
- « Tout à fait exact, Jim ! Ils ne nous parviennent plus qu'à travers une sorte de filtre. »
- « Quel filtre, Spock ? »
- « Il y a deux hypothèses. Une variation naturelle du flux temporel du Gardien, ou un obstacle artificiel. »
- « Un champ de force ? »
- « Je le crains. Mais il y a quelque chose d'anormal. Les senseurs devraient nous indiquer sa présence. Mais ils restent muets. »
- « Et l'escouade de la sécurité, Spock ? Et les archéologues ? Les senseurs les localisent-ils ? »
- « J'ai commuté les réglages de toutes les manières imaginables, capitaine ! Impossible d'avoir la plus petite preuve de leur présence. »
Le capitaine se retourna d'un mouvement brusque.
- « Uhura, de quand date votre dernier contact avec la surface ? »
- « Ils m'ont confirmé dès leur arrivée que l'émetteur des archéologues était hors service. Nous avons convenu qu'ils utiliseraient leurs communicateurs. J'ai eu leur dernier appel il y a une heure. Ils nous prévenaient de la téléportation du matériel des archéologues, qui a eu lieu quelques minutes après. Le prochain contact était prévu pour... »
Elle s'interrompit brusquement. « Je reçois quelque chose à l'instant même ! »
Kirk et Spock s'approchèrent de la console des communications. Uhura écoutait en silence »
- « Capitaine, c'était un message de l'amiral Komack. La Base 1 signale que dix vaisseaux romuliens viennent de violer la Zone Neutre. Ils se dirigent vers ce secteur. Ils arriveront dans quatorze heures. L'amiral nous envoie des renforts. A la vitesse maximale, ils devraient arriver dans quatorze heures et trente minutes. Peut-être un peu moins. »
- « Merci, lieutenant. Contactez nos hommes coûte que coûte. Dites-leur de revenir à bord. Si le docteur Vargas pose des problèmes, confirmez au Lieutenant Harris qu'il peut la ramener en la tirant par la ceinture. Je le couvrirai quoi qu'il arrive. »
- « A vos ordres, monsieur !
- « Spock, continuez d'enregistrer les signaux en provenance de la planète. Prévenez-moi s'il se passe quelque chose ! » Le capitaine baissa la voix. « S'il existe la plus petite chance que les Romuliens s'approprient le Gardien, nous devrons être impitoyables. Même si cela devait signifier sa destruction. »
- « Capitaine, ce serait une perte irréparable pour le monde des sciences ! »
- « Je sais, Spock. Mais il n'y aura peut-être pas moyen de faire autrement. »
Il se tourna à nouveau vers Uhura.
- « Lieutenant, avez-vous établi la communication avec Harris ? »
Uhura secoua négativement la tête. Elle se pencha sur la console, et recommença ses tentatives. Les appareils crépitaient, des voyants clignotaient un peu partout...
- « Je suis désolée, Monsieur. Le Lieutenant Harris ne répond pas. Les autres non plus. »

Chapitre XII

En dépit des protestations de Spock, le capitaine Kirk prit le commandement de l'équipe de secours qui se téléporta sur la planète. Lorsqu'ils arrivèrent à l'endroit où devaient se trouver leurs compagnons, ils ne trouvèrent personne. Ils se séparèrent afin de fouiller le site, pendant que le docteur McCoy sondait les environs à l'aide de son tricordeur.
- « Je ne détecte aucun signe de vie ... Attendez ! Je reçois un signal, très faible. Allons par là ! »
Ce qu'il restait de l'équipe de la sécurité ainsi que des archéologues jonchait les alentours du campement. Des corps en lambeaux reposaient dans des mares de sang. Kirk serra les poings, et s'abandonna à la colère qui le submergeait. Un instant plus tard, de nouveau maître de lui, il s'approcha du docteur McCoy, qui était agenouillé près d'une des victimes.
Le docteur Vargas était difficile à reconnaître. Ce qu'elle avait subi dépassait l'imagination. Kirk s'agenouilla à son tour, et lança un regard interrogatif à McCoy. Celui-ci eut un geste d'impuissance.
- « Est-ce qu'elle peut parler, Bones » demanda doucement Jim.
- « J'ai peur que non. »
Au son de leurs voix, les yeux torturés du docteur Vargas s'ouvrirent. « Kirk... » Sa voix était si faible, que Jim écarta McCoy et colla son oreille contre la bouche de la pauvre femme. Il s'aperçut qu'elle ne le reconnaissait pas, et prit gentiment sa main ...
- « Je suis là, docteur Vargas. Qui a fait ça ? »
- « Les Rom... »
- « Pouvez-vous lui donner quelque chose pour l'aider à parler, Bones ? »
- « Non, capitaine. Un stimulant accélérerait sa fin. »
- « Bones, vous ne répondez pas à ma question. Peut-on faire quelque chose pour qu'elle s'exprime mieux ? »
- « De la Cordrazine, ou du Trimethyphenidate, mais... »
- « Pour l'amour du ciel, Léonard, donnez-lui-en ! Je dois savoir si les Romuliens ont découvert le Gardien. »
McCoy marmonna peu amènement, mais sortit une seringue et s'exécuta. Le docteur rouvrit les yeux et gémit.
- « Ont-ils découvert le Gardien, docteur ? » Il lui pressa légèrement la main. « Ont-ils localisé sa position ? »
- « Non Nous n'avons pas parlé Ils n'avaient pas de drogues La torture, capitaine Torquémada ! Nous avons essayé de lutter, mais... ils étaient trop nombreux. Personne n'a rien dit ... personne ... »
Ses yeux se fermèrent, puis se rouvrirent, exorbités.
Son corps s'affaissa entre les bras de Kirk. Elle eut encore un sursaut, et revint à la vie ... « Vous devez les arrêter, capitaine. Mon Gardien ne doit pas servir à ces monstres ! » Ses paupières battirent une dernière fois. Ses réserves de volonté et de courage étaient épuisées. Le capitaine la reposa sur le sol avec tendresse, tandis que McCoy lui fermait les yeux.
Lorsque Kirk se releva, tous ses hommes se trouvaient autour de lui. Masters, le chef de la sécurité, prit gravement la parole.
- « Nous les avons tous retrouvés, capitaine. Pas de survivants. Un massacre. Sept de mes meilleurs hommes ! » Sa voix s'étrangla. «Vos consignes pour l'inhumation, capitaine ? »
- « Pour seize personnes ? Ici ? Il n'en est pas question, Masters ! Faites téléporter les corps sur l'Enterprise. Nous leur offrirons un service funéraire décent lorsque tout cela sera fini. Sont-ils tous morts de la même manière ? »
- « Vous voulez dire sous la torture ? Oui, capitaine ! Mais pourquoi mes hommes ? »
- « Pour des renseignements qu'ils ne possédaient pas, Masters ! Les archéologues ont préféré mourir plutôt que trahir. Vos hommes n'ont même pas eu à choisir. Avez-vous inspecté le bâtiment ? »
- « Oui, monsieur. Les Romuliens l'avaient mis à sac. Une chance que plus rien d'important ne se soit trouvé là ! »
- « Vous êtes-vous occupé de l'identification des corps ? Le docteur McCoy peut s'en charger, s'il y a des... impossibilités... »
- « Je m'en suis occupé, monsieur. »
- « Bien ... Prenez les dispositions qui s'imposent, et contactez l'Enterprise. »
- « A vos ordres, capitaine. »
Kirk appela McCoy. « Allons inspecter le Gardien, Bones. Réglez votre fuseur sur la puissance mortelle ! » Ils s'éloignèrent du campement. Le capitaine s'arrêta, sonda les environs, et tenta de retrouver des repères. Il eut un geste d'énervement. »
- « Bones, vérifiez notre position sur le tricordeur. Le docteur manipula son engin. »
- « Je ne comprends pas ». reprit le capitaine, « nous devrions voir le Gardien de là où nous sommes. Pourtant le paysage est désert. Bones, il n'est plus là ! Le Gardien a disparu. Croyez-vous qu'ils aient pu le déplacer ? »
- « Pour sûr que non, Jim. Tout le fourbi pèse des tonnes. Et je crois qu'il perdrait ses pouvoirs hors d'ici. Il fonctionne en symbiose avec la planète ! Je serais prêt à parier mon diplôme sur ça ! »
Le capitaine prit son communicateur, et se brancha sur le canal codé.
- « Kirk à l'Enterprise ! »
- « Enterprise. Spock à l'écoute. »
- « Êtes-vous informé de ce qui est arrivé ici ? »
- « Affirmatif, capitaine ! »
- « Enregistrez-vous toujours les signaux en provenance du ... site ? »
- « Oui ! Ils n'ont pas varié. Toujours au niveau où vous les avez vus. »
- « Merci, Spock. Kirk, terminé ! »
Le capitaine jeta un regard circulaire au paysage. Les ruines étaient là, les rochers, le sable gris. Mais c'était tout !
- « Il ne peut pas s'être envolé en fumée, docteur ! Il DOIT être quelque part... » Il s'interrompit et saisit le bras du docteur. « J'ai compris, Bones ! Le Gardien est là, droit devant nous, à sa place habituelle. Mais nous ne le voyons pas ! »
Le docteur le regarda sans comprendre.
- « Mais oui ! Un nouveau système de camouflage. Nous regardons un mirage, Bones ! Une image projetée pour nous tromper. Le Gardien est devant nous, mais quelque chose nous le cache ! »
- « Vous devez avoir raison, Jim. Je ne vois pas d'autre explication. Mais comment allons-nous empêcher les Romuliens d'utiliser une chose que nous sommes incapables d'approcher ? »
- « Essayez avec le tricordeur. Si nous repérons les Romuliens, nous saurons où est le Gardien. »
McCoy s'affaira quelques instants, puis hocha la tête d'un air dégoûté ...
- « Je n'enregistre que le flux temporel, Jim. Il nous enveloppe, comme toujours sur cette fichue planète ! Mais pas moyen d'avoir autre chose. Nos appareils sont aussi impuissants que nous. »
Kirk réfléchit un court moment. « Retournons sur l'Enterprise, Bones. Il me vient une idée. »

* * * * *

Zar fut la première personne qu'ils virent en se matérialisant sur le vaisseau. Son visage était si pâle que ses yeux en paraissaient noirs.
- « L'escouade de sécurité... Ils sont tous morts, n'est-ce pas ? Si j'avais compris plus tôt, ils seraient encore en vie ! Juan et Dave... Le docteur Vargas ... »
McCoy comprit en un clin d'œil que le jeune homme était au plus mal. Kirk s'approcha de Zar, remarqua la contraction des muscles de son cou, et se retourna vers le docteur.
- « Bones ! Aidez-moi à le conduire à l'infirmerie ! Vite ! »
Zar fit le chemin comme un automate.

* * * * *

A l'infirmerie, les deux officiers durent l'aider à s'asseoir sur une chaise. McCoy l'examina à la hâte.
- « Secoue-toi, fiston ! Et raconte-nous un peu ... Comment savais-tu qu'ils étaient morts ? »
- « Je savais ! Comme j'avais su... la première fois ! Ma tête m'a fait mal, et j'ai eu un malaise à l'instant même où les Romuliens attaquaient. Plus tard j'ai compris POURQUOI ils attaquaient ! Alors la douleur a empiré... pour disparaître d'un seul coup. Lorsque je me suis souvenu de la seule fois où pareille chose m'était arrivée, j'ai su qu'ils étaient morts... Tous morts ! Et j'aurais pu les sauver ! »
Kirk lui tendit une tasse de café noir. Le jeune homme la saisit en tremblant.
- « Calme-toi, Zar ! » dit le capitaine. « Que voulais-tu dire par : « Plus tard j'ai compris POURQUOI ils attaquaient ? »
- « C'était évident. Ils veulent le Gardien. C'est l'arme la plus destructrice dont ils puissent rêver. Mais comment ont-ils découvert son existence ?
- « Je n'en sais rien. » Kirk lui tapota gentiment l'épaule, et fit signe à McCoy de venir le rejoindre à l'autre bout de l'infirmerie. De nouveau seul, Zar se recroquevilla sur sa chaise.
- « Qu'en pensez-vous, Bones ? »
- « Je ne peux rien dire, Jim. Pré-cognition ? Divination ? Perception télépathique de la terreur de ses amis ? Je manque de données, capitaine ! Et je n'aime pas spéculer sur du vent. »
- « Vous commencez à parler comme son père, docteur ! Je dois retourner sur la passerelle. Essayez de tirer cette histoire au clair. Cela pourrait nous servir ! »
Après le départ du capitaine, McCoy servit une autre tasse de café à son protégé.
- « Ça va mieux ? »
- « Oui, un peu ... Mais je ne peux toujours pas y croire ... Je leur avais parlé quelques heures avant ... Et puis les voir dans cet état ! »
- « Mais tu n'étais pas là, fiston ! Tu n'as pas pu ... » McCoy s'arrêta net.
- « Je les vois dans votre esprit, docteur. Vous y pensez sans cesse. »
- « Je suis désolé, Zar. »
McCoy dévisagea le jeune homme. En quelques semaines, son visage avait changé d'une manière stupéfiante. Et sa nouvelle maturité lui ôtait beaucoup d'humanité... « Il ressemble de plus en plus à un Vulcain ! » songea tristement le docteur.
- « Zar, est-ce que tu peux me dire quand tu as commencé à ressentir ces malaises ?
- « Presque au moment où j'ai dit au revoir à Juan et à David. Puis je me suis mis à dessiner, et j'ai fait le portrait du docteur Vargas. J'ai essayé de penser à autre chose, mais cela persistait, et j'ai fini par m'évanouir. Lorsque je me suis réveillé, je me sentais vraiment bien. C'est seulement plus tard, en parlant avec quelqu'un, que j'ai compris ce que cela signifiait .
- « Tu as dit que ça t'était déjà arrivé une fois. Quand ? »
- « Quand elle est morte. J'avais presque oublié. En réalité, je crois que je m'étais forcé à oublier ! C'est pour cela que je n'ai pas réagi tout de suite. »
- « Tu avais prévu sa mort ? »
- « Je chassais à quelques kilomètres de là. Et puis ma tête m'a fait mal... C'était comme un signal d'alarme. J'ai couru comme un fou. Mais la douleur est arrivé alors que j'étais à mi-chemin. Je me suis évanoui, comme aujourd'hui. Lorsque j'ai repris conscience, je suis reparti à toute vitesse. Mais il était trop tard. Elle était morte quand je suis arrivée. »
McCoy respecta le silence de son ami. Quelques minutes s'écoulèrent.
- « Voilà, docteur ! La même chose s'est produite aujourd'hui, et je ne pouvais rien faire pour mes amis. C'est cela qui me hante. Cette impuissance ! Et combien de fois vais-je devoir endurer cette horreur, maintenant que je ne serai plus jamais seul ! »
- « Tout ira mieux quand tu maîtriseras les techniques vulcaines de contrôle mental, fils ! Je sais que ce n'est qu'une maigre consolation, mais je n'ai rien de mieux à ta disposition. Si ces manifestations recommencent, viens en parler tout de suite au capitaine, ou à moi. Promis ? »
- « Promis, docteur ! »
- « Pour le moment, tu ferais bien d'aller te reposer. Tu a l'air d'en avoir besoin, et j'ai des choses désagréables à faire. »
Zar approuva de la tête et quitta la pièce. Le docteur prit un masque et une paire de gants dans une armoire, et se dirigea vers le dépositaire en frissonnant.

* * * * *

- « Voici donc les données du problème », dit le Capitaine Kirk en s'asseyant à la table de la salle de réunion. « Nous savons que les Romuliens ont dissimulé le Gardien derrière un système de camouflage impénétrable par nos senseurs. Aussi longtemps que ce système sera en fonction, il nous sera impossible de savoir où se trouve l'ennemi, ni de quels effectifs il dispose. Si nous tentons un coup de force, les risques de tomber dans un piège sont terriblement élevés. Spock a calculé que le périmètre camouflé était assez vaste pour qu'une armée entière s'y cache ... D'un autre point de vue, chaque moment qui passe donne aux Romuliens une chance supplémentaire d'utiliser le Gardien. Puisque nous sommes encore là, il est raisonnable de supposer qu'ils ne l'ont pas encore fait. Mais cela ne saurait tarder ! » Il se tourna vers Uhura, qui venait de demander la parole.
- « Oui, lieutenant ? »
- « Capitaine, tout votre raisonnement est basé sur l'hypothèse que les Romuliens savent ce qu'est le Gardien ! Peut-être devrions-nous reconsidérer cela ... Il y a peut-être vingt personnes dans la Fédération qui connaissent la vérité au sujet du Gardien. Qu'est-ce qui vous permet de supposer que les Romuliens soient au courant ? »
Il y eut un murmure dans la salle. Spock leva un sourcil, McCoy lâcha un juron, et Scotty ouvrit de grands yeux. Kirk était le seul à n'avoir pas bronché ...
- « Vous savez bien », reprit la jeune femme, « qu'il n'y a jamais eu de fuite dans la sécurité de Starfleet ! S'il en était autrement, il y aurait bien longtemps que la Galaxie souffrirait sous le joug des Romuliens et des Klingons. Non, capitaine, je pense que nos adversaires ne savent pas ce qu'ils tiennent entre leurs mains. Je suppose simplement qu'ils se sont rendu compte que nous surveillions particulièrement cette planète, et qu'ils ont imaginé qu'elle recélait quelque équipement militaire de la plus haute importance. Un nouveau radar, ou une arme secrète. Pour quelle autre raison un caillou comme celui-là ferait-il l'objet de tant de soins de notre part ? »
Uhura se tut un instant, puis elle reprit.
- « Souvenez-vous de notre premier contact avec le Gardien, il y a quatre ans de cela ! M. Spock l'a repéré grâce aux ordinateurs de bord. Les Romuliens ont beaucoup de retard sur nous en matière de technologie civile. Ils ne s'intéressent qu'à trouver de nouveaux moyens de tuer. Je parie qu'ils sont en train de remuer ciel et terre à la recherche d'une machine infernale, et se soucient du site archéologique comme d'une guigne ! »
Tout le monde se tut durant quelques instants.
- « Un raisonnement aussi brillant que logique, lieutenant ! » dit Spock. « J'avoue pencher en faveur de votre théorie, puisqu'elle est la seule qui tienne compte de tous les éléments. Cependant, nous ne pouvons compter longtemps sur l'ignorance des Romuliens. Ils découvriront tôt ou tard le Gardien, et ne seront pas longs à en tirer avantage ! »
- « Spock », intervint l'ingénieur Scott, « de quel genre d'avantage voulez-vous parler ? Est-ce qu'ils peuvent... »
- « Ils peuvent changer l'histoire », le coupa Spock, « détruire la Fédération avant même qu'elle n'ait existé. Et ce en éliminant certaines personnes, ou en modifiant quelques événements. Que serait devenu ma planète natale, si Surak n'était pas né ? Et ceci n'est qu'un exemple, ingénieur. »
- « Nous ferons tout pour éviter ça », dit le capitaine.
Il nous reste treize heures avant l'arrivée de la flotte romulienne. Si nous n'avons pas trouvé de solution, nous ferons sauter la planète.
Les regards qui se posèrent sur lui étaient éloquents.
- « Je sais, le monde scientifique ne nous le pardonnera jamais ! Mais il n'y a pas d'alternative. »
- « Il existe un autre danger, capitaine », dit calmement l'officier en second. « Nous ignorons les conséquences qu'aura la destruction du Gardien. »
- « J'en suis conscient, Spock. La planète peut avoir un système de défense indétectable. Toute tentative de destruction risque de se solder par une fantastique explosion, qui nous enverra tous, Humains et Romuliens, valser dans l'espace. Nous devons jouer à pile ou face, et les risques sont énormes. Mais j'en assumerai l'entière responsabilité devant Starfleet. S'il reste une responsabilité à assumer lorsque nous en aurons terminé. »
Le capitaine James Tiberius Kirk se leva et regarda les quatre officiers qui se trouvaient autour de la table. Aucun d'eux n'avait ouvert la bouche, pourtant il savait que leur soutien lui était acquis. Ils iraient jusqu'au bout, comme ils l'avaient toujours fait. « Merci de votre attention ! » dit-il simplement pour conclure.

Chapitre XIII

Journal de bord du capitaine. Date stellaire 7340.37 : « Nous sommes toujours en alerte jaune. La flotte ennemie et les renforts de Starfleet arriveront dans une douzaine d'heures. Je dispose de ce laps de temps pour trouver un moyen de protéger le Gardien d'une intrusion des Romuliens. Passé ce délai, il me faudra détruire la planète ... La seule solution que j'envisage implique la violation de la directive 9. Au point où nous en sommes, une telle décision ne m'effraye pas ! Capitaine Kirk, terminé. »
Le capitaine ordonna à l'ordinateur d'archiver ses propos à l'attention de l'amiral Komack. Lorsque ce fut fait, il commanda une tasse de café bien fort et appela Spock sur l'intercom.
- « Spock, j'écoute ! »
- « Le docteur McCoy vous a-t-il raconté ce qui est arrivé lorsque nous sommes revenus à bord ? »
- « Non, capitaine ! »
- « Zar nous attendait. Il savait qu'un massacre avait eu lieu ... L'avez-vous vu depuis ? »
- « Non, je n'en ai pas eu le temps ! »
- « Il était drôlement secoué par tout ça, Spock. Le docteur pense qu'il était en contact télépathique avec ses amis Cordova et Steinberg, et qu'il a partagé le moment de leur mort. McCoy pense à une sorte de pouvoir pré-cognitif ! Votre hypothèse ? »
- « Je n'en ai aucune, Jim. Le pouvoir dont vous parlez existe chez certains télépathes, mais je n'en ai aucune expérience. A part ... »
- « Je vois. La destruction du vaisseau vulcain l'Intrépide. Vous aviez perçu leur terreur, n'est-ce pas ? »
- « Oui. A des années lumières de là. Mais ils étaient plus de quatre cents, et nombre d'entre eux appartenaient à ma famille. »
- « Les liens mentaux des Vulcains ? »
- « C'est encore plus compliqué que cela, Jim, Mais le temps nous manque d'en discuter. Est-ce que mon parent est toujours à l'infirmerie ? »
- « Non. C'était aussi la raison de mon appel. Je n'arrive pas à le joindre, alors que j'aimerais lui poser quelques questions à propos de ses pouvoirs. Croyez-vous qu'il puisse vraiment repérer une forme de vie sans être physiquement en sa présence ? Je veux dire simplement en captant ses émotions ? »
- « Affirmatif, capitaine. Mais à condition d'avoir affaire à un être évolué. Les insectes, par exemple, ont trop peu d'activité cérébrale pour entrer dans cette catégorie. »
- « C'est exactement ce que je supposais. Bien ... Demandez à Scotty de vous relever, et venez me rejoindre dans ma cabine. Emmenez Zar avec vous. Terminé ! »

* * * * *

Le Vulcain tenta de joindre Zar dans ses quartiers. Il essaya la salle de gymnastique, la bibliothèque, la salle de détente... Pas de réponse ! Après avoir passé les commandes à Scott, l'officier en second décida de se rendre dans sa propre cabine. Il était guidé par ce que Kirk eût appelé une intuition et qu'il nommait pour sa part une déduction logique.
La porte s'ouvrit, et Spock jeta un regard circulaire sur sa cabine. Une forme endormie reposait sur le sol, non loin de sa couchette.
L'officier en second resta figé un court instant. Puis il s'avança lentement, se pencha vers Zar, et le secoua sans brutalité. Zar ouvrit les yeux et bâilla.
- « Auriez-vous l'obligeance de m'expliquer ce que vous faites là ? » dit Spock d'une voix sévère.
- « Je ne pouvais pas rester dans ma cabine, monsieur. Elle était si vide, si triste. Je voulais compulser certains documents sur Vulcain que je savais en votre possession, mais je me suis endormi. Je vous croyais sur la passerelle pour un long moment. Je regrette de m'être mal comporté une nouvelle fois ! »
- « Les regrets sont inutiles ... Il faut réfléchir avant d'agir ! De plus, pourquoi n'avez-vous pas utilisé la couchette ? »
- « C'est la vôtre, monsieur. Pas la mienne. Et puis je peux dormir n'importe où. »
- « Je l'ai constaté de visu. Mais il est temps de vous lever. Le capitaine désire vous voir. Dépêchez-vous. »
- « Le capitaine désire ME voir ? »
- « En réalité, il nous a convoqués tous les deux. J'ignore pourquoi. »

* * * * *

Kirk en était à sa deuxième tasse de café lorsque les deux hommes arrivèrent.
- « Asseyez-vous, je vous prie ! » dit-il d'une voix qui trahissait sa fatigue. « J'ai quelques questions à vous poser, et une proposition à vous faire. »
Il s'assit sur sa couchette, et remua son café. Deux paires d'yeux impassibles étaient rivés sur lui.
- « Zar, peux-tu détecter une forme de vie intelligente sans la voir ? »
- « J'ai pu le faire avec tous les êtres que j'ai rencontrés jusqu'à présent ! »
- « Et peux-tu protéger ton esprit comme Spock peut le faire ? Par exemple, interdire à un autre télépathe de lire tes pensées, même sous l'effet d'une drogue ou de la douleur ? »
- « Il possède un bouclier mental naturel très puissant », dit Spock. « Mais la résistance aux drogues ou à la douleur demande de longues années d'entraînement, et un contrôle de soi dont il n'est pas encore capable. Un instructeur mieux qualifié que moi l'aidera plus tard à atteindre le zénith de ses capacités. »
- « Mais peut-on entrer en fusion mentale avec lui contre sa volonté ? » insista Jim.
- « Non... Pas plus qu'on ne le peut avec moi ! » répondit Spock en jetant un regard lourd de signification au jeune homme.
- « Parfait ! Que savez-vous au sujet des Romuliens, sur le plan des pouvoirs extra-sensoriels ? »
- « Peu de choses, capitaine ! Ils en sont dotés, mais je ne saurais vous dire à quel point ! » Spock se leva brutalement de sa chaise. « Capitaine, votre question ne peut avoir de sens qu'en rapport avec un ... projet que je devine ! Ma réponse est un non définitif ! »
- « Vous ai-je demandé quelque chose, Spock ? Cela concerne Zar, et pas vous ! »
- « Capitaine Kirk », dit Zar, « je suis prêt à écouter votre proposition ! »
- « Est-ce que Spock t'a parlé du système de camouflage des Romuliens ? »
- « Non, capitaine. Mais je crois avoir compris qu'ils n'avaient pas encore utilisé le Gardien, au moins d'une manière qui nous soit perceptible ! Cela soulève d'ailleurs un problème passionnant. Si l'histoire avait DEJA changé, en serions-nous conscients, ou non ? Il est possible de concevoir un processus d'adaptation spontanée, qui nous interdirait de réagir ! Je me demande à quoi ressemblerait la mise en équation d'un tel paradoxe ! »
- « Un concept fascinant ! Si nous partons de l'hypothèse d'une... »
- « Je suis désolé de vous interrompre ! » dit Kirk en levant la main, « mais je me permets de vous rappeler que l'histoire risque de changer à tout instant, y compris pendant que vous restez assis à en discuter. Zar, la situation est simple. Nous devons localiser le Gardien afin de le protéger. Pour cela, nous devons pénétrer dans les lignes ennemies, et... »
- « Nous retrouver dans le brouillard ! Je vois ce que vous attendez de moi, capitaine. Je suis le seul que le système de camouflage n'influencera pas ... Je devrai détecter l'ennemi, et localiser le Gardien ! »
- « C'est tout à fait ça. Si tu t'en sens capable. »
- « J'essayerai, capitaine ! Mais si je réussis, que pourrai-je faire pour la protection du Gardien ? »
- « C'est là que Spock interviendra. Il a mis au point un champ de force qui interdira aux Romuliens de remonter dans le temps, même s'ils finissent par découvrir les pouvoirs du Gardien. Les renforts seront là avant qu'ils n'aient résolu le problème. »
- « Affirmatif, monsieur ! » dit Zar. « Quand partons-nous ? »
- « Nous ne partons pas ! » dit Spock. « JE pars. Je suis capable d'installer le champ de force tout seul ! Quant aux Romuliens, je ne m'en soucie pas ... Capitaine, vous êtes sûrement conscient de violer la directive 9 en demandant la participation d'un civil à une opération militaire ? »
- « Je saisis la seule chance qu'il me reste de sauver le Gardien. En regard de l'enjeu, la directive 9 n'a aucune importance !
- « Vous outrepassez vos prérogatives, capitaine ! Seul un amiral peut prendre une telle responsabilité ... » Spock ressemblait à un coq de combat dressé sur ses ergots ! « Retournez immédiatement dans vos quartiers ! » ordonna-t-il au jeune homme.
- « Négatif, monsieur ! » Quelque chose dans l'expression de Zar força le respect des deux officiers. « Vous avez raison, monsieur ! Il n'est pas du ressort du capitaine de prendre une décision de ce genre, mais du mien. J'ai décidé d'y aller, et j'irai. Toute polémique serait une perte de temps illogique. »
- « Non ! » répéta Spock. « C'est beaucoup trop risqué. J'irai seul ! »
- « Votre impulsivité vous aveugle, Commander Spock ! » laissa froidement tomber Zar. « C'est moi qui partirai sans vous, si cela est nécessaire. Le capitaine peut trouver quelqu'un d'autre pour s'occuper du champ de force. Mais il vous serait impossible de me trouver un remplaçant. En réalité, je préférerais cette solution. Je ne voudrais pas passer mon temps à m'inquiéter à votre sujet. »
- « Arrêtez votre numéro ! » dit fermement Kirk. « Vous partirez ensemble ! Ou personne ne partira, et je fais mettre les fuseurs en batterie. A vous de choisir ! »
Spock le regarda, l'air perdu ...
- « Spock, je sais ce que vous pensez. Mais je fais ce que je dois faire ! Je sacrifierais n'importe qui, à commencer par moi-même, pour empêcher les Romuliens de remonter le temps. C'est mon devoir, et personne n'y fera obstacle. Pas même vous ! »
Il se tourna vers Zar, et reprit.
- « J'ai choisi Zar à cause de ses ... spécialités ! Il est d'accord, et possède les meilleures chances de réussite ! Je vous demande de l'accompagner parce que vous le seconderez mieux que personne. Si vous préférez, c'est moi qui l'accompagnerai ... Décidez-vous, Spock. Le temps nous manque ! »
Spock alla se planter devant Zar, qui ne broncha pas.
Le jeune homme se tenait droit comme un chêne, les mains derrière le dos, une lueur de défi dans les yeux. L'officier en second dit une phrase en vulcain, sur un ton inhabituellement dur. Zar répliqua sur le même registre, en un vulcain irréprochable ... Puis il claqua des talons et quitta la pièce. Kirk se tourna vers son officier en second.
- « Qui a gagné ? » demanda-t-il.
- « Il est parti se préparer ! » dit Spock sans desserrer les dents. Jim n'avait jamais vu le Vulcain dans un tel état. Pour la première fois depuis qu'ils se connaissaient, le capitaine eut le sentiment qu'un véritable conflit venait de les opposer.
- « J'aimerais qu'il y ait une autre voie, Spock ! Mais je suis sûr que vous serez de retour dans une heure, et me direz : Mission accomplie, Jim ! » Il se tut un instant. « Il faut avoir du cran pour vous tenir tête comme il l'a fait ! »
- « C'était de la pure rébellion ! »
- « Je ne crois pas qu'il l'entendait ainsi, Spock. »
Le capitaine se remémora l'expression de Spock quand Zar avait déclaré ne pas vouloir passer son temps à s'inquiéter pour lui.
- « Il est un peu insolent, peut-être. Mais j'étais comme lui, il fut un temps. Mon père a tout essayé pour me discipliner. Mais rien ne marchait. » Jim esquissa un sourire chargé d'émotion contenue. « Le vôtre a-t-il eu les mêmes difficultés ? »
- « La pédagogie vulcaine était habituellement plus efficace. »

* * * * *

Le capitaine attendit les deux ... volontaires, dans la salle de téléportation. Ils arrivèrent bientôt, vêtus de tenues de combat. En les regardant vérifier leurs armes et leurs communicateurs, il fut une nouvelle fois frappé par leur ressemblance - et leur différence. Tous deux se mouvaient avec grâce, mais celle de Spock était à l'image des mathématiques : lumineusement économique. Zar, quant à lui, ressemblait à un félin. Un magnifique tigre prêt à bondir.
Les deux hommes se placèrent sur les plots du téléporteur.
- « Souvenez-vous », cria Kirk, « vous avez douze heures pour agir avant que Wesley et moi ne tirions ! Si vous êtes encore en bas... »
- « Affirmatif, capitaine ! » dit Spock. Une seconde plus tard, les deux silhouettes disparurent dans un éclair aveuglant.
La planète était calme, à l'exception du vent, qui soufflait toutefois moins fort qu'à l'accoutumée. Spock saisit son tricordeur, et se mit en marche. Quelques instants plus tard, il leva la main et s'arrêta.
- « Le champ de leur système de camouflage se trouve droit devant nous ! » dit-il à voix basse.
Zar scruta l'horizon. L'on ne voyait que des rochers et du sable, mais son sens de l'orientation lui indiqua que le Gardien devait se trouver à moins de quarante mètres d'eux. Il cligna des yeux, se concentra, et dit enfin : « Je vois les limites du champ de force romulien. Ou plutôt, je le sens. »
- « Bien. Distingues-tu quelque chose au-delà du camouflage ? »
- « Ils sont deux - peut-être trois - juste à côté du Gardien. Nous devrons l'aborder par la gauche. Mais la route est parfaitement libre par là ! »
En dépit de cette assurance, les deux hommes se mirent à ramper jusqu'à la lisière du camouflage. Lorsqu'ils eurent passé le champ de force, Spock fit mine de se relever. Mais Zar l'attrapa par le bras.
- « Ne vous relevez pas. Le secteur est infesté de Romuliens. »
Ils progressèrent lentement. Ils étaient bien camouflés eux-mêmes, et passèrent inaperçus. Le chemin recommandé par Zar s'avéra fiable. Les deux Vulcains aperçurent enfin le Gardien ...
Une petite navette romulienne avait atterri à quelques mètres des ruines. Des soldats s'affairaient autour d'elle, sans prêter la moindre attention au Gardien. Mais il était impossible de l'approcher sans être vus.
Spock fit un signe de la tête, et les deux hommes battirent en retraite. Zar repéra une petite grotte dans laquelle ils se réfugièrent.
- « Il ne nous reste plus qu'à espérer que les Romuliens sont aussi efficaces pour décharger une navette que pour le reste ! » dit Spock. «Il nous reste onze heures vingt-deux minutes et trente secondes avant la mise à feu ! »
Les deux hommes s'assirent et se mirent à écouter le vent. Zar continua à surveiller télépathiquement les Romuliens. Ils étaient encore là. Le jeune homme sentit qu'ils étaient nerveux, et pressés d'en avoir fini.
Après un long moment, il décida de relâcher un peu sa surveillance, et s'adressa à Spock.
- « Je révisais mes cours de biologie, l'autre jour... » commença-t-il.
- « Oui ? » dit Spock.
- « Il y avait un chapitre sur les hybrides. C'est ce que je suis, n'est-ce pas ? »
- « Comme moi ! » laissa tomber Spock.
- « Vous ? »
- « Je suis à moitié humain. Vous ne le saviez pas ? Je pensais que McCoy vous l'aurait dit ! Pourquoi êtes-vous étonné ? »
- « Mais la majorité des hybrides sont stériles. » dit Zar en le regrettant aussitôt.
- « Et bien pas moi, semble-t-il ! » répliqua Spock.
- « Cela signifie que je n'ai qu'un quart de sang vulcain. Mais vous paraissez exempt de toute séquelle de votre hérédité humaine ! »
- « Merci du compliment ! » dit Spock. Pour la première fois, Zar crut remarquer une lueur d'amusement dans l'œil de l'officier en second.
- « Lequel de vos parents est vulcain, si vous me permettez une telle question ? »
- « Mon père, Sarek, ancien ambassadeur de Vulcain sur la Terre, et sur une multitude d'autres planètes. y compris le conseil de la Fédération ! »
- « Sarek de Vulcain ? J'ai lu bien des choses sur lui ! Votre famille est une des plus anciennes de Vulcain, et des plus respectées. »
- « Oui. Et ce n'est pas toujours facile à assumer. »
- « Pourtant, il doit être agréable de connaître ses racines. Peu importe où vous êtes, vous appartenez à un groupe, et il vous protège au-delà des distances. Un foyer. Cela m'a toujours manqué. »
Zar s'arrêta abruptement. La gorge nouée, il s'abandonna à la vision qui s'imposait devant ses yeux. Des paysages désolés, un soleil malade, d'immenses étendues de glace ! Sarpeidon, si cruelle, mais qui l'appelait de toutes ses forces. « Oui », pensa Zar, « Elle m'appelle. Mais suis-je vraiment obligé de lui répondre ? »
Il se tourna vers Spock, et s'aperçut que l'officier en second était en train de le dévisager. L'intensité de son regard était si forte, que le jeune homme en fut gêné.
- « Ils s'occupent toujours de décharger le vaisseau, monsieur ! » dit-il pour échapper à la pesanteur de cet instant.
- « Le jour de notre retour de Sarpeidon, j'ai demandé au chef de notre famille de faire en sorte que vous obteniez la citoyenneté vulcaine. T'Pau sait qui vous êtes. Si quelque chose m'arrive, vous pourrez faire valoir vos droits auprès d'elle.
Zar n'aimait pas ce qu'impliquait la dernière phrase de Spock. D'une voix plus dure qu'il l'eût souhaité, le jeune homme s'entendit répondre : « Si quelque chose vous arrive, je risque fort de n'être plus là pour faire valoir quoi que ce soit ! Combien de temps nous reste-t-il ? »
- « Onze heures douze minutes et vingt-deux secondes !
- « Bien. Vous savez, je ne suis pas certain de vouloir vivre sur Vulcain. J'aimerais avoir un foyer, mais les traditions vulcaines, d'après ce que j'ai lu, me font un peu peur. Elles semblent tellement rigides ! »
- « Je sais. Les souhaits de la famille sont parfois difficiles à conjuguer avec les ambitions personnelles. Ou les besoins ! La famille détermine tout - ou du moins elle essaye. Votre carrière. Votre mariage. On s'attendra à ce que vous assuriez la succession. Que vous mainteniez le rituel. »
- « Vous voulez dire se marier sans choisir soi-même sa compagne ? » demanda Zar. Cette idée lui paraissait aberrante. « Quelle joie y aurait-il à cela ? » pensa-t-il amèrement.
Le visage de sa mère remonta du plus profond de sa mémoire. Il se souvint de ce qu'elle lui disait de Spock, et il se rendit compte que deux images opposées de son père coexistaient dans son esprit depuis sa conversation avec le capitaine. « Deux images pour un seul homme », pensa-t-il encore, « cela fait. une de trop, comme dirait le docteur McCoy ! Mais laquelle est la bonne ? » Le fil de ses pensées se brouilla. « Ne te torture pas avec ça. Concentre-toi sur autre chose ! » se dit-il rageusement.
- « Le mariage est un sujet auquel je n'ai pas encore songé ! » reprit-il avec hésitation. « Quant à la suceession !. Je me demande s'il serait seulement possible de mêler mon sang à celui d'une Vulcaine... Ou d'une humaine, d'ailleurs ! »
- « Je ne sais pas. Vous feriez mieux cependant de ne pas envisager le mariage avec une Vulcaine. »
- « Pourquoi, monsieur ? »
- « A cause du Pon Farr ! »
- « Pon Farr ? Le temps du mariage ? Qu'est-ce que c'est ? »
Spock prit une grande inspiration. Il était embarrassé, presque ému.
- « Une sorte de folie qui saisit les Vulcains environ tous les sept ans. Comme un besoin impérieux. A ce moment-là, nous n'avons plus qu'à choisir entre l'union ou la mort. »
- « Vous ne voulez pas dire que cette chose va m'arriver, n'est-ce pas ? »
- « Vous courez peu de risques ... Les mélanges raciaux atténuent le phénomène. Vous pouvez ressentir quelques symptômes, mais cela n'ira pas jusqu'à l'insanité usuelle ! »
- « L'insanité ? Avez-vous ? Êtes-vous ? »
- « Une fois. »
Zar eût préféré s'être coupé la langue plutôt que d'avoir posé la question suivante.
- « Sur Sarpeidon ? »
- « Non ! » dit Spock, sans trahir le moindre ressentiment à l'encontre de son interlocuteur. Zar en fut étonné, mais cacha sa réaction.
- « Cela m'est arrivé il y a quelques années, sur Vulcain ! »
- « Alors vous êtes marié ? Je ne m'en doutais pas. » Zar se demanda s'il avait des frères et des sœurs. « Les enfants légitimes ! » se dit-il.
- « Non, je ne suis pas marié. La femme qui m'était promise a fait un autre choix ... Il n'y a pas eu de mariage ! »
Zar détourna la tête et se concentra de nouveau sur les Romuliens.
- « Ont-ils terminé ? » demanda Spock.
- « Non, monsieur. Combien de temps ?
- « Onze heures cinq minutes et ... Oui ! Trente-cinq secondes. »
L'officier en second changea imperceptiblement de position. Il s'éclaircit la voix.
- « Avez-vous d'autres questions sur le sujet ? C'est un problème qui vous concerne. Je ferai de mon mieux pour vous aider, même s'il m'est difficile de me transformer en ce que McCoy appellerait un médecin de l'âme ! »
Zar ne comprit pas ce que voulait dire Spock. Il ne saisit pas non plus l'auto-dérision qui sous-tendait les propos de son père. Quelque chose d'autre le tracassait.
- « Vous dites que cela n'arrive que tous les sept ans ?
- « Vous semblez déçu ! » lança Spock. Un bref instant, Zar cru reconnaître le ton ironique d'un certain docteur. Mais cela ne pouvait être ! Un Vulcain ne plaisantait jamais.
- « Bien des éléments peuvent influer sur ce processus ! Il peut être accéléré ou retardé selon les circonstances. Vous vous en apercevrez bien assez tôt, si cela devait vous arriver un jour ! Mais souvenez-vous que peu de non-Vulcains savent que le Pon Farr existe ! Ce n'est pas un sujet de discussion convenable. Nos compatriotes préfèrent l'oublier autant que possible. »
- « Je comprends ... » dit distraitement Zar. Son attention venait d'être captée par un événement invisible.
- « Les Romuliens ne sont plus que deux autour du Gardien. Tentons-nous notre chance ? »
- « Nous avons encore le temps. Attendons un peu. Moins ils seront, et plus nos chances de réussite augmenteront ! »
Zar fit signe qu'il approuvait. Il se rassit entre deux rochers.
- « J'ai lu beaucoup de choses sur Sarek, mais rien sur sa femme ! Se sont-ils rencontrés sur la Terre ? »
- « Oui. Mon père épousa Amanda Grayson à l'époque où il était en poste sur la Terre. Elle était professeur. »
- « Professeur. C'est amusant ! »
- « Amusant ? »
- « Nos deux mères étaient des professeurs ! Je me demande si elles se ressemblaient ? »
- « Comme professeurs, ou comme mères ? » demanda l'officier en second.
- « Les deux, je suppose ! Zarabeth était une enseignante exigeante ! Peut-être plus que vous. Nous n'étions que deux, et nous supposions que cela ne changerait jamais. Mais je ne pouvais pas faire une faute de grammaire sans qu'elle me corrige ! »
- « Amanda était comme ça ! Je pense que vous la connaîtrez un jour. »
- « Et pourquoi cette idée vous amuse-t-elle autant ? » demanda Zar.
- « Comment savez-vous qu'elle m'amuse ? » admit implicitement Spock.
- « Je capte vos émotions. Lorsque nous sommes proches l'un de l'autre, et qu'il n'y pas d'Humains dans les environs pour les brouiller. Les émotions des Humains résonnent comme des cris. Les vôtres ressemblent à un soupir. Mais je peux entendre un soupir, si rien ne m'empêche de me concentrer. Vos sentiments ne sont pas désordonnés comme ceux des Humains. Vous éprouvez une chose à la fois, sans parasites ni contradictions. Exactement comme vous pensez. »
- « Les Vulcains ne sont pas supposés ressentir d'émotions. » dit Spock d'une voix distante.
- « J'avais oublié ! Mais n'ayez aucune inquiétude, je ne vous trahirai pas ! A condition que vous me disiez ce qui vous amusait tout à l'heure ! »
- « Je pensais à ma mère. J'ai imaginé sa réaction, si on lui disait qu'elle se trouve en possession d'un petit-fils de votre âge ! Amanda trouverait certainement que ... »
Zar sentit que l'amusement de Spock grandissait
- « Que trouverait-elle, monsieur ? » insista-t-il.
- « Et bien, certainement la même chose que moi ! Elle n'a pas l'âge d'avoir un petit-fils aussi... grand ! »
- « C'est ce que vous avez pensé en me découvrant ? Je veux dire que c'était une sorte de plaisanterie de l'histoire ? »
- « Oui. Une plaisanterie de l'histoire ... Ou du temps ! »
Spock remarqua la surprise de son interlocuteur.
- « Et c'est vrai, après tout ! Quel âge croyez-vous que j'ai ? »
- « Je ne sais pas ... Je n'y ai jamais réfléchi ! »
- « Notre situation serait physiologiquement impossible, si nous venions de la même époque ! »
Les deux hommes se turent quelques minutes. Puis Spock reprit brusquement la parole.
- « Il y a quelque chose que je dois vous dire ! »
- « Quoi, monsieur ? »
- « La signification du mot krenath ! »
Zar se souvint de son entretien avec le capitaine. Il se sentit rougir, et se félicita qu'il fasse noir.
- « Dans les anciens temps, les Terriens avaient l'illogique coutume de laisser la honte rejaillir sur les enfants des unions illégitimes, et non sur les véritables responsables. Par bonheur, le terme bâtard a disparu du vocabulaire depuis longtemps. Sur Vulcain, où la famille reste primordiale, les choses sont différentes. Les krenath sont considérés comme des victimes. Ils peuvent réclamer toutes sortes de réparations, y compris l'appartenance à chacun des deux clans. Ce sont les parents qui subissent l'anathème du corps social. »
Zar réfléchit un long moment.
- « En venant me chercher, vous vous êtes exposé à l'opprobre de tous ! » s'exclama-t-il enfin. « Pourtant, rien ne vous y obligeait ! »
- « Surak disait : Celui qui ne répond pas à l'appel de ses frères est pire qu'un criminel. C'est un fou qui se fait plus de mal qu'il ne leur en fait ! J'ai vécu ma vie selon ce principe. Mais à ma manière, qui ne ressemble à aucune autre, parce que je suis à la fois le frère de tous les êtres vivants et d'aucun. Alors, je donne ce que je peux donner, et je m'accepte tel que je suis. »
« Celui qui ne répond pas à l'appel de ses frères se fait plus mal qu'il ne leur en fait ! » répéta intérieurement Zar. « Peut-être était-ce cela, le message qui figurait au verso de la carte postale symbolique qu'il avait vue sur l'Enterprise ? »
Un éclair traversa son esprit.
- « Les Romuliens sont partis, monsieur !» dit-il fiévreusement. « Il ne reste plus qu'un seul garde. C'est maintenant ou jamais ! »

Chapitre XIV

Un silence pesant régnait sur la passerelle de l'Enterprise. Le capitaine posa sa tasse de café et se leva : Puis il s'approcha de Sulu et l'interrogea du regard.
- « Sondage terminé, monsieur ! Rien à signaler pour le moment. »
- « Bien, navigateur. Recommencez chaque quart d'heure, et signalez-moi tout changement. Lieutenant Uhura, avez-vous des nouvelles des renforts ? Une estimation d'arrivée plus précise ? »
- « Non, capitaine. Si c'était le cas, je vous en aurais déjà informé. »
Jim nota qu'elle semblait agacée. En règle générale, il évitait de froisser ses subordonnés en interférant inutilement dans leur travail. Il se rendit compte que la fatigue et l'énervement étaient en train de lui jouer un mauvais tour !
La porte de l'ascenseur s'ouvrit pour laisser le passage au docteur McCoy. Kirk lui trouva un air étrange.
- « Qu'est-ce qui ne va pas, Bones ? »
- « Jim, je cherche Zar, mais personne n'a pu me dire où il était Idem pour Spock ! Savez-vous quelque chose ? »
Le capitaine lui fit signe de se rapprocher.
- « Je les ai envoyés sur la planète, docteur. Une mission de confiance ! »
- « Vous avez fait quoi ! » hurla le docteur. Uhura et Sulu se retournèrent.
- « M. Sulu, prenez les commandes ! Je serai dans la salle de réunion. Contactez-moi si nécessaire ! Docteur McCoy, avec moi ! »

* * * * *

Lorsqu'ils furent seuls, le docteur répéta sa question sur un ton agressif.
- « Votre attitude est dangereusement proche de l'insubordination, docteur ! Je ne saurais trop vous conseiller une certaine réserve. »
- « Je suis navré, Jim. Mais essayez de vous mettre à ma place ! »
- « N'en parlons plus ! Nous sommes tous à bout de nerfs. »
- « Ouais... Vous pouvez le dire ! Je viens juste de finir ces autopsies. La pire chose au monde, Jim ! »
- « J'ai envoyé nos deux Vulcains sur la planète à cause de leur complémentarité. Ce n'était pas une décision facile. »
- « Capitaine, vous rendez-vous compte que s'ils ne se font pas étriper par les Romuliens, ces deux-là sont capables de s'entre-tuer pour un oui ou un non ! »
- « Ou de se comprendre pour la première fois ! De toute manière, je n'avais pas le choix. Comme je ne l'aurai pas dans dix heures, s'ils ne sont pas revenus. »
- « Vous détruiriez la planète alors qu'ils s'y trouvent encore ? Je ne vous crois pas, Jim ! »
- « J'ai du mal à le croire moi-même. Mais je le ferai, docteur ! J'ai formé la meilleure équipe possible. S'ils échouent, n'importe qui aurait échoué à leur place. Mais je suis sûr qu'ils reviendront victorieux ! »
- « Mais Zar n'est pas préparé à ce genre d'opération, il n'a aucune expérience militaire. Si les Romuliens les capturent, ils le tailleront en pièces. »
- « Il a plus d'expérience de la lutte pour la vie que n'importe lequel d'entre nous. Et si les Romuliens sont sauvages, je doute qu'ils surpassent les vithas et les sithars. »
McCoy ne parut pas convaincu.
- « Ne me regardez pas comme ça, Léonard. On croirait parfois que c'est vous le père, et pas Spock ! J'ai fait ce qu'il fallait faire. »
- « Ce serait une fameuse chance pour le petit, à mon avis ! Mais vous avez raison. Je me mêle de ce qui ne me regarde pas. » Il pointa l'index en direction de Kirk. « Par contre, votre santé me regarde, Jim. Vous êtes dans un état pitoyable. Si vous n'allez pas vous reposer sur-le-champ, je, me verrai dans l'obligation de vous déclarer inapte au service ! Et je ne plaisante pas ! »
- « Encore du chantage, docteur ? »
- « Désolé, mais je fais moi aussi ce qu'il faut faire ! »
- « Vous avez gagné ! » Il se brancha sur l'intercom. « M. Sulu ? »
- « Capitaine ? »
- « Je me rends dans mes quartiers. Réveillez-moi en cas d'urgence. Spock est en mission à la surface. Préparez-vous à le téléporter dès qu'il le demandera. Terminé ! »
Il se leva avec lassitude.
- « J'y vais, docteur. Et il est inutile de me proposer une de vos potions. Je veux être réveillé dans cinq heures. Cinq heures, Bones, pas une minute de plus. Je suis capable de vous expédier devant la cour martiale si vous désobéissez ! »
- « A vos ordres, capitaine ! » McCoy se figea dans un garde-à-vous pathétique de maladresse.
- « Vous êtes un sacré veinard, docteur ! A l'Académie, vous n'auriez même pas obtenu un brevet d'aspirant balayeur ! » dit le capitaine en quittant la pièce.

Chapitre XV

Spock et Zar s'étaient approchés à une quinzaine de mètres du garde Romulien. Celui-ci leur tournait le dos et se tenait près de la navette. C'était un centurion. Ses muscles puissants tendaient les harnais de cuir de son uniforme.
- « Faites le tour de la navette, et créez une diversion. Mais que lui seul vous remarque ! Je me chargerai de le neutraliser », chuchota Spock.
- « Votre proposition est illogique, monsieur ! Je suis mieux qualifié que vous pour cette tâche. C'est le travail d'un chasseur. »
Avant que Spock n'ait pu le retenir, le jeune homme se mit à ramper silencieusement en direction d'un rocher proche du Romulien. Une fois arrivé, il se dissimula un instant, comme s'il reprenait son souffle, puis bondit sur le garde à la vitesse de l'éclair. L'officier en second vit qu'il tenait à la main une chose brillante. »
Zar attrapa le Romulien aux épaules, le força à plier, et l'égorgea d'un geste précis. Puis il recula afin d'éviter le flot de sang.
Spock rampa à son tour vers le lieu du combat.
Lorsqu'il arriva, le jeune homme était en train d'essuyer la lame de son couteau contre la tunique de sa victime, dont les membres s'agitaient encore convulsivement.
- « Qu'allez-vous faire, maintenant ? Le scalper, ou lui couper les oreilles ? » laissa-t-il tomber.
- « Je vous demande pardon ? » répliqua Zar.
- « Vous avez supprimé une vie ! Il n'y avait aucune raison. Vous n'avez pas d'excuses ! »
- « C'était un ennemi ! Sa vie ne comptait pas. »
- « Vous n'avez pas le droit de vous prétendre Vulcain et de commettre pareille abomination ! » dit Spock en serrant les poings.
Le jeune homme remarqua son geste. Son visage se durcit.
- « J'ai agi logiquement ! Pourquoi le laisser vivre et lui donner une chance d'alerter les autres ? Lui et les siens ont torturé mes amis à mort. Je lui ai fait la grâce d'une fin rapide ! »
- « La violence n'excuse pas la violence. Tuer n'était pas la seule solution. Sur Vulcain, chaque vie est précieuse, parce qu'unique. Si j'avais su ce que vous projetiez, je vous en aurais empêché ! »
Il regarda le corps du centurion avec effroi.
- « Vous feriez mieux de cacher le corps ! Je me mets au travail. Prévenez-moi si quelqu'un approche. »
Zar serra si fort les mâchoires que les muscles de son cou devinrent douloureux. Il ramassa le garde et commença à le traîner derrière un rocher.
Spock s'affairait depuis près d'une heure, quand Zar vint précipitamment le rejoindre.
- « Combien de temps vous faut-il encore ? » demanda le jeune homme.
- « Quatre minutes pour finir le montage. Puis une ou deux pour mettre le champ en service. »
- « C'est trop ! Nous devons partir d'ici et nous cacher. Quelqu'un arrive ! »
Zar se concentra.
- « Ils sont plusieurs, monsieur ! »
- « Je finis mon travail. Allez vous mettre à l'abri. »
- « Non, je ne vous laisserai pas ! Je ne suis peut-être pas un Vulcain. Mais pas un lâche non plus ! » Il se concentra de nouveau. « Nous n'avons pas une chance ! Ils sont six ! »
L'officier en second commença à recouvrir son matériel avec du sable et des pierres.
- « Voilà ! Allons nous cacher par là. Nous attendrons qu'ils soient passés ! »
Ils se mirent à courir. Les ruines d'un bâtiment indéfinissable leur offrirent un abri. Ils se dissimulèrent sur son toit, à l'abri d'une sorte de casemate. Leur champ de vision était très réduit, mais la position paraissait sûre.
Les six soldats s'agitaient d'une manière presque désordonnée. De toute évidence, ils cherchaient le garde. Puis ils commencèrent à quadriller le secteur d'une manière plus organisée. Le sort des deux Vulcains dépendait à présent de l'habileté de Zar à deviner les pensées de l'adversaire.
- « Ils sont surpris ... » souffla-t-il à l'oreille de Spock.
Puis, deux minutes plus tard.
- « Ils ont des soupçons. Ils appellent du renfort ! »
Dix minutes après.
- « Le renfort est arrivé. Ils cherchent tous. »
Une heure et demie.
- « Colère ! Violence ! Ils ont trouvé le cadavre. »
Les ennemis croisaient et recroisaient sans cesse leur maigre champ de vision. Ils se déplaçaient par paire. Deux centurions passèrent à quelques mètres de leur cachette et balayèrent la casemate avec le faisceau d'une lampe. Les deux Vulcains se recroquevillèrent dans le noir, et ne furent pas repérés.
Six heures et demie.
Les deux hommes ne se parlaient pas. Les Romuliens fouillaient les ruines avec la méticulosité des chasseurs émérites. Zar connaissait assez cette forme de patience pour savoir qu'ils n'abandonneraient pas les lieux avant d'être sûrs de la fuite des intrus. Avec un pareil paysage, cela pouvait durer longtemps !
Mais le nombre de Romuliens décrut plus vite que prévu. Finalement, après que la zone eut été déserte durant plus d'un quart d'heure, et comme Zar ne détectait aucune présence dans les environs, les deux hommes décidèrent de sortir de leur cachette.
- « Combien de temps nous reste-t-il ? » demanda Zar.
- « Le capitaine donnera l'ordre de tirer dans trente-quatre minutes et vingt secondes ... Selon la cible qu'il choisira, nous disposerons d'un peu de temps supplémentaire avant l'explosion de la planète. Mais je n'y compterais pas trop à notre place ! »
- « Nous n'avons pourtant pas la possibilité de nous précipiter ! Les Romuliens ne sont pas si loin ! Continuons à ramper, et suivez-moi ! Je resterai à couvert autant que possible ! »
Ils partirent vers la gauche, en direction de la frontière du système de camouflage. Sans avoir eu besoin d'en discuter, ils savaient que toute tentative de retourner vers le Gardien ressemblerait à un suicide. Ils avaient échoué dans leur mission, mais il leur restait une petite chance d'en revenir vivants.
Sur un sol aussi tourmenté, ramper était une véritable torture. Les deux Vulcains étaient forts et résistants, mais pas invulnérables. Les doigts et la paume des mains de Spock étaient en sang. Ses genoux lui faisaient horriblement mal. Comme il n'avait ni le temps ni la concentration nécessaire pour inhiber mentalement la douleur, l'officier en second dut se résigner à la supporter courageusement.
Zar résistait un peu mieux. Ses mains et ses genoux étaient endurcis par des années d'entraînement. Mais il avait horriblement faim. Et cette faim, en l'affaiblissant, lui rendait de plus en plus difficile la détection mentale de l'ennemi !
Ils avaient rampé durant près d'un kilomètre, lorsqu'ils arrivèrent enfin à la lisière du système de camouflage.
Ils s'étaient imposé tout cela pour rien ! Celui qui commandait le détachement romulien avait pris la décision qui s'imposait. Il y avait des gardes postés tout le long du périmètre ! Ils composaient une barrière infranchissable. « Deux hommes tous les cinquante mètres », pensa Spock, « la meilleure disposition possible ! »
Le Vulcain sortit son fuseur. Puis il le remit à sa ceinture. « Trop bruyant ! » pensa-t-il, « même au minimum de la puissance, celle qui assomme seulement. Et ce terrain découvert est un vrai champ de tir pour les Romuliens. »
- « Zar, pensez-vous être assez rapide pour leur échapper ? Si je vous couvre avec mon fuseur, vous avez peut-être une chance ! »
- « Même si je me croyais assez rapide, je refuserais votre proposition. Attaquons tous les deux, et sauvons-nous ensemble ! »
- « Les fuseurs attireraient toute la troupe ! De plus, nous avons affaire à des Romuliens, non à des humains. Nous n'avons aucun avantage physique sur eux. »
- « Combien de temps ? »
- « Quatorze minutes et quarante secondes ! »
Ils s'assirent sur le sol, les mains le long de la ceinture. Spock commença à compter mentalement les secondes. L'équation qui se posait d'elle-même dans son cerveau ne comportait qu'une solution. La variable n'était pas la mort elle-même, mais uniquement la manière dont elle surviendrait. L'officier en second se demanda s'il était préférable de mourir de la main des Romuliens, ou à cause du cataclysme qui éventrerait la planète. Furieux de sa propre passivité, il chassa ces pensées de son esprit ! »
Il devait y avoir une alternative ! Il y avait toujours des possibilités ...
Zar regardait les gardes. A quelques mètres derrière eux, les distorsions de la barrière du système de camouflage faisaient jaillir de minuscules étincelles. Le regard du jeune homme sauta par-dessus les Romuliens. Le salut était à portée de la main, et il allait mourir en le contemplant. Dans quelques minutes, son corps agoniserait dans la poussière !
Le jeune homme rampa lentement à reculons, comme s'il avait voulu trouver un endroit où échapper à l'ennemi ...
Les secondes s'égrenaient dans sa tête. L'horrible pensée grandissait dans son esprit. IL ALLAIT MOURIR ! LES ROMULIENS ETAIENT RESPONSABLES DE SA MORT... MOURIR ... COMME DAVID ET JUAN. COMME LE GARDE QU'IL AVAIT EGORGE. OUI ... IL SENTAIT LA MORT ! !
Lorsqu'il s'aperçut que son compagnon n'était plus à ses côtés, Spock scruta les alentours afin de le repérer. Il le trouva sans difficulté.
Zar était recroquevillé sur le sol. Ses mains s'écorchaient contre les cailloux. Sa respiration était haletante, tous ses muscles tétanisés ...
- « JE VAIS MOURIR ! » dit-il dans un râle ! « J'AI PEUR... JE HAIS LES ROMULIENS... JE VAIS MOURIR ! »
Spock éprouva une répulsion instinctive devant un tel déferlement d'émotions. Mais en même temps, une impulsion irrationnelle lui ordonna d'aller réconforter son fils. Il se précipita, et saisit le bras du jeune homme.
- « Reprends-toi, Zar, je t'en conjure ! »
- « LAISSEZ-MOI ! »
Le jeune homme le repoussa brutalement, et reprit sa litanie.
- « J'AI PEUR. JE LES HAIS ... JE VAIS MOURIR. LA MORT ... LA MORT ... » Il regardait les gardes avec une lueur de folie. « JE VOUS HAIS ... CREVEZ TOUS ! » hurla-t-il une dernière fois avant de sombrer dans l'inconscience.
Un réflexe força l'officier en second à tourner la tête vers les Romuliens. Ils étaient étendus sur le sol et ne bougeaient plus !
Comme dans un cauchemar, Spock avança lentement vers le corps inanimé de son fils. Il chercha le pouls. Rien ! Il n'y avait plus rien. Mais non ! Il se trompait ! N'était-ce pas un léger battement qu'il venait de sentir sous ses doigts ?
Le Vulcain prit la tête de son fils entre ses mains. Ses doigts se posèrent sur les tempes ruisselantes de sueur. Il concentra toute son énergie mentale en un effort désespéré.
Loin, très loin des limites du monde matériel, à l'endroit précis où se trouve la frontière entre la mort et la vie, l'esprit de Spock s'en vint rejoindre celui de Zar, qui n'était déjà plus qu'un murmure presque inaudible. Le Vulcain comprit qu'il ne lui restait plus qu'une chance infime de rattraper l'âme qui était en train de s'enfoncer dans le néant.
- « ZAR ! » appela-t-il. « ZAR, REVIENS ! ZAR. REVIENS ! »
Oui, Spock répétait le nom de son fils comme une invocation magique. Le nom d'un être vivant, dépositaire de son identité, pouvait seul l'aider à revenir de l'obscurité.
Une souffrance innommable traversa l'esprit de Spock. Ses mains s'embrasèrent comme si elles avaient serré du métal en fusion !
- « ZAR », cri a-t-il encore, « REVIENS ! »
Il y eut une dernière flambée de douleur incandescente, et l'esprit de Zar se fondit dans celui de son père, puis s'en sépara de nouveau afin de revenir à la vie.
Le jeune homme ouvrit les yeux et gémit.
- « N'aie pas peur. » dit Spock. « Tu as réussi ! Ils sont morts ! Repose-toi quelques instants. »
Spock prit une longue inspiration et ferma les yeux.
Lorsqu'il les rouvrit, le regard encore voilé de Zar était rivé sur lui.
- « Est-ce que tu peux marcher ? La voie est ouverte, si nous ne perdons pas de temps. »
Zar tenta de parler sans y parvenir. Il fit un signe de la main affirmatif.
- « Bien. Lève-toi doucement. Viens. » Spock glissa un bras sous l'épaule du jeune homme. Les deux hommes se mirent en marche en titubant. Ils passèrent à côté des Romuliens morts sans même les regarder.
Ils traversèrent la barrière du système de camouflage. Quelques mètres plus loin, Zar se libéra de l'étreinte de Spock, et recommença à marcher seul.
Il leur restait cinq minutes pour rejoindre l'Enterprise !

Chapitre XVI

La surface de la planète était calme. Le vent était tombé, comme s'il eût anticipé sa prochaine disparition. Jim Kirk balaya le passage avec ses jumelles pour la quatrième fois. Le docteur McCoy comptait mentalement les secondes. Depuis leur arrivée, il n'avait plus osé regardé son chronomètre... Le capitaine prit son communicateur et tenta de contacter Spock. Il n'obtint rien de plus que les grésillements de mauvais augure qui émanaient du canal depuis qu'il s'était réveillé. Après une dernière tentative infructueuse, il posa ses jumelles, et appela l'Enterprise.
- « Kirk à Uhura ! »
- « Enterprise, Uhura à l'écoute ! »
- « Lieutenant, dites à Monsieur Scott de nous ramener. » Quelque chose attira brusquement son attention. « Rectification ! Qu'il téléporte à bord le docteur McCoy et l'équipe de la sécurité. Je suivrai dans quelques instants ! Ordonnez à Sulu de programmer la procédure 10 ! Destruction totale ! Kirk, terminé ! »
McCoy se tourna vers lui.
- « Jim, je veux rester avec vous ! »
Le rayon du téléporteur ne lui laissa pas le temps d'argumenter. Lui et les gardes de la sécurité disparurent en un clin d'œil.
Le capitaine fit quelques pas en direction de l'objet qui avait attiré son attention. Le bois vernis brillait comme à l'accoutumée. En dépit de quelques cordes cassées, le Stradivarius de Vargas avait miraculeusement survécu à sa propriétaire. Kirk le ramassa, évoqua tristement la soirée musicale des archéologues, et cala sa relique sous son bras avec délicatesse. Puis il sortit son communicateur, et regarda son chrono. « Donne-toi encore deux minutes ! » se dit-il. C'était friser le danger plus qu'il n'était raisonnable. Mais il savait qu'il devrait se forcer à partir, même une fois ce délai écoulé ...
Jim passa ces deux minutes à penser à Spock. Que pouvait-il lui être arrivé ? Des images passées remontèrent à la surface de son esprit. Il revoyait Spock, penché sur les senseurs. La concentration du Vulcain lorsqu'ils jouaient aux échecs. Il entendait les mots qui revenaient si souvent. Fascinant... Logique... Spock ! Spock était-il perdu à tout jamais ?
Une main se posa sur son épaule. Le capitaine ouvrit les yeux et sursauta. Spock se tenait devant lui, dans un état de saleté épouvantable ! Mais c'était bien lui !
- « Que s'est-il passé ? Pourquoi ne reveniez-vous pas ? Vous n'imaginez pas à quel point je suis heureux de... »
Kirk s'interrompit. Il venait de remarquer l'allure piteuse de Zar. Le jeune Vulcain était pâle comme la mort, et semblait tenir debout par miracle. Jim lui tendit le bras. Zar accepta son aide avec reconnaissance.
- « Nous avons échoué, Jim ! Le champ de force n'est pas activé. Trop de Romuliens ! Je peux cependant vous affirmer qu'ils n'ont accordé aucun intérêt au Gardien jusqu'à présent ! »
Le capitaine aida Zar à s'appuyer contre un rocher.
Puis il tira son communicateur de sa ceinture.
- « Kirk à l'Enterprise ! »
- « Enterprise. Scott, j'écoute ! »
- « Scotty , je les ai retrouvés vivants. Trois à remonter ! »
Le chef ingénieur ne répondit pas immédiatement.
- « Nous avons de gros ennuis, monsieur ! Nous venons de repérer la flotte ennemie sur les senseurs ! Ils arrivent à toute vitesse. J'ai fait lever les boucliers ... Devons-nous les baisser pour vous ramener ? »
- « Ne touchez aux boucliers à aucun prix, Scott ! C'est un ordre ! Essayez de contenir l'ennemi. Nos renforts ne vont plus tarder. Suspendez la procédure de destruction ! Mais reprenez-la si les choses tournent mal ! Où en est le Lexington ? »
- « Ils ont pu relever leurs boucliers, monsieur. Le Commodore Wesley dit que tout va bien. Et ne vous inquiétez pas ! Le Romulien qui battra l'Enterprise n'est pas encore sorti du ventre de sa mère ! »
- « Je l'espère, Scotty ! Bonne chance. Contactez-moi dès que... Dès que vous le pourrez ! »
- « Compris, monsieur ! Scott, terminé ! »
Jim referma rageusement son communicateur.
- « Et bien voilà, messieurs ! Nous sommes piégés sur ce caillou ! Mon vaisseau affronte les Romuliens, et je ne peux rien faire ! A deux contre dix, ils n'ont pas la moindre chance ! »
- « Le Commander Scott est un fin stratège, capitaine ! » dit Spock avec douceur. « Personne ne connaît l'Enterprise mieux que lui ! A part vous-même, bien entendu. »
- « Je sais. Et vous avez raison au sujet de ses aptitudes stratégiques. Je suppose que la situation pourrait être pire. Mais franchement, j'ai du mal à imaginer comment ! »
Les trois hommes se turent un moment. Le capitaine finit par se tourner vers Zar.
- « J'ai apporté des provisions. Avez-vous faim ? »
- « Avez-vous aussi de l'eau ? » répliqua le jeune homme. C'était ses premiers mots depuis que le capitaine les avait retrouvés.
Ils partagèrent l'eau et les rations de survie en silence. Kirk leva les yeux au ciel, et tenta d'imaginer le combat qui faisait rage à des milliers de kilomètres de là.
- « Capitaine ! » dit brusquement Spock. « Puisque nous sommes là, il serait logique de retourner nous occuper du champ de force. Trois hommes armés ont peut-être une chance. »
- « Vous voulez me faire croire que trois fois zéro ne font pas zéro, monsieur l'officier scientifique ? Lorsque j'étais à l'école, on m'a pourtant appris le contraire ! Les Romuliens nous attendent, Spock. Ce serait un suicide ! »
- « Votre analyse est correcte, monsieur. Mais veuillez noter que je la trouve un peu trop imagée pour mon goût ! Et puis, sauf votre respect, permettez-moi de vous rappeler vos propres paroles : A dix contre deux, ils n'ont aucune chance ! Cela signifie. »
- « Que nous allons mourir dans tous les cas. Bien raisonné, monsieur Spock ! Alors pourquoi ne pas nous occuper utilement en attendant ? »
Jim se leva et s'adressa à Zar.
- « En route pour le terrain de jeu ! Êtes-vous assez bien pour venir avec nous ? »
- « Oui, capitaine» répondit le jeune homme. La nourriture et l'eau lui avaient redonné quelques couleurs. Mais il ne semblait pas vraiment d'aplomb.
Kirk regarda les deux Vulcains.
- « Lequel d'entre vous va estimer nos chances de réussite ? »
Spock leva un sourcil.
- « Cette fois, Jim, nous jouons à trois mille cinq cent soixante-dix-neuf chances contre une ! Quoi de plus raisonnable ? »
- « Parfait ! Aussi facile que de danser le menuet ! »
- « De danser quoi, capitaine ? » s'exclama Zar.
- « McCoy m'avait prévenu que cela arriverait ! » dit Kirk en riant. « J'aurais dû l'écouter ! Deux logiciens comme vous sont trop pour un seul univers ! Allez, mettons-nous en route ! »
- « J'ai lu un poème qui se rapporte parfaitement à notre situation », dit Zar. « Cela s'appelait : « Horace et... »
Ses yeux se révulsèrent et sa tête s'affaissa. Spock relâcha sa prise vulcaine et recueillit sa victime entre ses bras.
- « Et que faites-vous de nos chances, Spock ? Vous semblent-elles meilleures ainsi ? » dit Kirk en continuant à sourire.
- « Je les avais calculées en tenant compte de ce que je viens de faire, Jim ! » répondit l'officier en second. Puis il tourna les talons et se dirigea vers le bâtiment des archéologues. Le capitaine ramassa les provisions restantes et le Stradivarius et le suivit.
Il rattrapa son ami à l'entrée du bâtiment.
- « J'espère que vous avez songé à la réaction qu'il aura en se réveillant ! »
- « C'est pour cela que je me hâte, Jim ! Je n'ai pas l'intention d'être là quand il reprendra conscience. Ce... galopin, comme dirait notre ami McCoy, me rend facilement vingt-six livres ! »
Le sourire du capitaine s'élargit.
Spock installa son fils dans la pièce la mieux protégée du bâtiment. Il le recouvrit avec une couverture déchirée qui traînait là. Jim posa le violon à côté de la forme endormie.
- « J'espère qu'il pensera à l'emporter lorsqu'il se téléportera ! »
Le Vulcain regarda un instant le Stradivarius.
- « Je n'en doute pas, capitaine ! »
- « Zar a-t-il toujours son communicateur ? »
Spock inspecta la ceinture du jeune homme.
- « Affirmatif, Jim ! »
- « Alors nous pouvons partir tranquilles. »
Les deux hommes traversèrent le système de camouflage à l'endroit où Zar et Spock s'étaient enfuis. Le capitaine jeta un regard aux Romuliens qui gisaient sur le sol.
- « Assommés ? » demanda-t-il à voix basse.
- « Morts, capitaine ! »
- « Vous ? »
- « Non. Zar ! »
- « Vous êtes sûr que nous n'aurions pas dû l'emmener ? » ironisa le capitaine.
Il fallut moins de cinq minutes à Spock pour activer le champ de force. Puis les deux hommes prirent le chemin du retour. Ils avaient presque atteint la lisière du système de camouflage lorsque retentit un cri. Le capitaine s'immobilisa.
- « Ils ont certainement trouvé les corps ! Il faudrait peut-être que vous reconsidériez vos calculs en ce qui concerne nos chances ! »
- « Je sais où nous pouvons nous cacher. Suivez-moi, Jim. »
Mais ils n'eurent pas le temps de bouger. Une dizaine de Romuliens leur tomba dessus, armes aux poings. Les deux officiers levèrent lentement les bras. Leurs adversaires ne perdirent pas de temps en palabres. Ils les attachèrent et les conduisirent sans ménagement jusqu'à leur camp.

* * * * *

Le capitaine s'efforça de mémoriser la configuration du campement des Romuliens. Neuf tentes étaient disposées en cercle, autour de ce qu'il supposa être une réserve de munitions et de vivres. Il y avait deux vaisseaux à proximité. Deux gardes solidement armés les surveillaient.
Kirk et Spock furent poussés violemment à l'intérieur de la plus grande des tentes. Le capitaine se trouva étendu, le nez dans la poussière. On lui lia les chevilles à l'aide d'une corde que l'on rattacha à celle qui lui sciait les poignets. Un Romulien le tira par les cheveux, et le bâillonna. D'après les sons étouffés qu'il entendait sur sa gauche, le capitaine déduisit que Spock était en train de subir le même traitement. Pour finir, un bandeau glissa sur les yeux de Jim. Quelques secondes après, il entendit le bruit de pas qui s'éloignaient. Mais quelque chose lui dit qu'un garde était resté dans la pièce. Les Romuliens ne prenaient jamais de risque !
Il tenta de tirer sur ses liens, mais renonça très vite.
C'était le travail d'un expert, qui avait poussé le raffinement jusqu'à nouer une troisième corde à son cou, reliée aux deux autres. Au moindre mouvement, le capitaine sentait ce licol lui écraser la glotte. Privé de sensations corporelles, Jim se consola en pensant à l'Enterprise. Le vaisseau devait tenir bon. Il fallait le croire; et ne pas céder au désespoir !
Un laps de temps indéfinissable s'écoula. Puis Kirk entendit de nouveau des pas. Des pas qui s'approchaient. On le tira encore par les cheveux, et on lui enleva son bandeau. La clarté l'aveugla un bref instant. Puis une voix qui ne lui était pas inconnue rompit le silence.
- « Détachez-le, et enlevez-lui son bâillon. Tournez le Vulcain du bon côté. Je ne veux pas qu'il manque le spectacle. »
Kirk se massa les poignets en silence.
- « Vous ne me reconnaissez pas, capitaine Kirk ? Moi, je vous reconnais. L'Empire Romulien n'a aucune tendresse pour vous, et moi encore moins. Nous avons un compte personnel à régler. Vous avez foulé aux pieds l'honneur de mon Commandant ! Je suis le Commander Tal, pour vous servir ! »
Le Romulien fit quelques pas de côté et se planta devant Spock.
- « Spock de Vulcain ! L'Empire vous a autrefois condamné à mort. Vous étiez accusé de trahison et de sabotage ! Vous en souvient-il ? Vous vous étiez également moqué d'une femme d'honneur et de devoir ! Cette femme était jadis un de nos chefs de guerre les plus réputés. Aujourd'hui elle vit recluse dans la honte. Mais vous allez payer ! La-sentence de notre tribunal est toujours applicable. »
Il souligna sa dernière phrase d'un moment de silence menaçant.
- « Votre capture sera le seul point positif de cette opération », reprit-il à l'attention de Kirk. « Nous n'avons rien trouvé sur cette maudite planète. Il doit pourtant y avoir une raison aux soins que la Fédération lui prodigue. »
Tal fit un geste de la main, et un Centurion vint se poster à côté de Kirk. Il ressemblait à un bourreau antique ...
- « Capitaine », continua Tal, « j'ai du respect pour votre intelligence. Vous savez que nous sommes les plus forts ! Nous dominerons un jour la galaxie ! Et savez-vous pourquoi ? Parce que nous agissons au nom de l'efficacité, à l'inverse des Klingons, qui ne sont que des barbares sans cervelle. Donc je vous prie à présent d'être raisonnable ! Vous savez que je vous tuerai si vous refusez de me dire ce que la Fédération cache ici. Et votre mort, est-il besoin de le dire, sera particulièrement pénible ! Alors parlez, et je vous assure que je vous laisserai la vie. Peut-être même serez-vous un jour rendu aux vôtres, bien qu'il me soit impossible de vous le garantir. Mais vous vivrez, capitaine, et cela n'est-il pas le plus important ? Vous avez deux minutes pour réfléchir. »
Tal attendit en silence. Les deux minutes s'écoulèrent.
- « Votre décision, capitaine ? »
Jim lui lança un regard plein de défi et n'ouvrit pas la bouche. Tal fit signe au centurion de commencer.
- « Mais gardez-le en état de parler ! » dit-il sur un ton sans réplique.
Le centurion approuva de la tête et ferma les poings.
Kirk serra les dents et tendit tous ses muscles. Une grêle de coups l'atteignit sur tous les points sensibles de son corps. Puis son tortionnaire le jeta à nouveau sur le sol.
- « Bien », dit Tal. « Ceci n'était qu'une entrée en matière. Centurion, enlevez son bâillon au Vulcain ! » Le soldat s'exécuta. Tal s'approcha de Spock.
- « Commander Spock, je ressentirais une satisfaction personnelle à vous voir subir le même traitement. Mais je sais que ce serait inutile. Les Vulcains ne craignent pas la douleur. Nous n'avons aucun moyen direct de vous forcer à parier. Mais peut-être n'y en a-t-il pas besoin ? »
Il montra Kirk du doigt.
- « Décidez-vous, et vous épargnerez à votre capitaine de connaître la suite du traitement. Sinon, il mourra devant vos yeux, par votre seule faute ! »
Spock fit semblant de n'avoir rien entendu, et ne releva même pas la tête.
- « Je suis stupide ! Vous ne serez pas plus loyal envers votre capitaine qu'envers mon commandant ! Vous êtes un lâche et un traître, comme tous les Vulcains . »
Il leva le poing, en proie à une sourde colère. Mais il se retint au dernier moment.
- « Je me délecterai de votre mort, Commander Spock. Croyez-moi, je ferai tout pour être à la première loge ! »
Il s'interrompit, puis reprit d'une voix redevenue glaciale.
- « Lequel de vous deux a égorgé la sentinelle ? Je doute que le capitaine soit de taille à vaincre un soldat romulien. Il faut donc que ce soit vous, Commander Spock ! Quant aux autres, si vous me dites quelle arme est capable de tuer sans bruit ni blessure apparente, je vous promets d'essayer d'intercéder en votre faveur. »
Le silence persista.
- « Bien, rattachez-les ! » dit Tal. Les gardes romuliens s'affairèrent autour des deux officiers.
- « Je crois vous avoir convaincu de notre détermination ! Mais avant de partir, j'aimerais vous laisser un sujet de méditation. Je reviendrai tout à l'heure avec un appareil tout nouveau, issu du génie créatif de nos savants. En réalité, il est si nouveau, que vous serez, capitaine, le premier humain qui aura l'honneur de l'expérimenter. »
Tal approcha sa bouche de l'oreille de Jim, tout en prenant soin d'être entendu également de Spock.
- « C'est un générateur de douleur, capitaine, connecté directement à votre système nerveux. La victime ne souffre d'aucun dommage physique. Tout se passe par induction neurale. Il n'y a pas de limite à l'utilisation d'un tel moyen de persuasion. Des heures, des jours, pourquoi pas des semaines ? Vous finirez par tout me dire, ou vous perdrez la raison. Ou les deux ! »
Il se releva et sembla s'adresser à lui-même plus qu'à ses prisonniers.
- « Je regrette que la navette ne soit pas arrivée hier. Si nous avions eu cet appareil, les archéologues auraient déjà parlé, et nous en aurions fini avec ces histoires ! »
Puis il se dressa de toute sa taille devant Jim.
- « Vous connaissez vos limites, Kirk ! Même le plus courageux des hommes a un point de rupture. La seule question est de savoir où il se trouve. Pensez à ce que je vous dis ! »

Chapitre XVII

L'Enterprise était sur le point de succomber. Les Romuliens l'encerclaient en prenant garde de rester à distance de ses griffes, comme ils l'eussent fait avec un lion blessé. Pourtant, le vaisseau commandé par Scotty était parvenu à détruire deux ennemis, tandis que le Lexington en avait endommagé un. Mais les déflecteurs de proue étaient hors circuit. Le prochain coup pouvait être le dernier.
Le Commodore Wesley s'était positionné afin de protéger le point faible de l'Enterprise. Mais ses propres déflecteurs ne tiendraient plus longtemps.
L'ingénieur Scott s'était battu avec la plus fine intelligence. Comptant sur la vitesse et la puissance de feu supérieure de son vaisseau, il avait adopté une stratégie de guérilla. Les combattants avaient dessiné de larges ellipses autour de la planète. Les engagements avaient été brefs et meurtriers. Mais les Romuliens adoptaient à présent une autre tactique. Conscients que les navires de Starfleet ne s'enfuiraient pas, ils attendaient le moment d'achever leurs proies.
Scott s'installa maladroitement dans le fauteuil du capitaine. Il n'avait jamais aimé s'asseoir à cette place. Aujourd'hui, il avait dû faire son devoir, et estimait l'avoir fait de son mieux. Mais son véritable amour était l'Enterprise, et son cœur se brisait chaque fois qu'on lui rapportait de nouveaux dégâts.
- « Une explosion signalée sur le pont B, Monsieur Scott ! Équipe de secours demandée d'urgence ! »
Scotty fit signe à Uhura qu'il avait entendu, puis se tourna vers Chekov.
- « Où est le Romulien que le Lexington a mouché, enseigne ? »
- « Il est mal en point, monsieur ! Énorme perte de puissance. Gyromètres hors service ! C'est peut-être leurs cristaux ! »
- « Bien. En voilà au moins un qui nous laissera tranquille. »
- « Monsieur, ils préparent une autre tentative ! » intervint Sulu.
Scott focalisa son attention sur l'écran de contrôle.
Les vaisseaux ennemis étaient en train de se mettre en formation. L'ingénieur en chef nota qu'ils choisissaient la stratégie du fer de lance ! Une fois que la pointe du fer aurait forcé le passage entre les deux vaisseaux, l'Enterprise et le Lexington deviendraient incapables de protéger plus longtemps leurs faiblesses respectives.
- « Navigateur, cap zéro-quatre-cinq ! »
- « Exécution, monsieur ! »
Le Lexington effectua la même manœuvre. L'Enterprise et lui se trouvaient à présent aussi près l'un de l'autre que possible.
- « Bien joué, Monsieur Sulu. Ils peuvent essayer de nous séparer, maintenant !
Les Romuliens changèrent de formation après quelques minutes d'expectative. Ils reformèrent un cercle, puis se séparèrent brusquement et foncèrent vers les deux vaisseaux de la Fédération, en tirant de tous leurs fuseurs. L'Enterprise reçut trois coups directs, le Lexington deux. Les deux bâtiments tinrent miraculeusement le choc.
« Que ferait le capitaine Kirk ? » se demanda Scott. « Ne te précipite pas, mon vieux Scotty. N'entre pas dans leur jeu. Laisse-les venir encore une fois. »
Les Romuliens s'étaient rassemblés une nouvelle fois. Mais, trop sûrs de leur coup, ils n'avaient pas pris la peine de s'éloigner suffisamment.
- « Distance, Monsieur Sulu ?'
- « Quarante mille kilomètres, monsieur ! »
- « Armez les torpilles à photons. Diminuez de moitié la puissance des fuseurs. Même chose pour les boucliers ! Je veux qu'ils nous croient à la dérive ! »
- « Torpilles à photons prêtes. » dit Sulu un instant plus tard.
- « Bien. Nous allons les attendre. Ils doivent être en train de se demander si nous sommes vraiment fichus. Nous leur répondrons bientôt. Uhura, rapport du Lexington ? »
- « Oui, monsieur. Leurs torpilles à photons sont également armées. »
Ils attendirent en silence. les Romuliens repartirent à l'assaut moins de dix minutes plus tard.
- « Distance ? »
- « Trente-cinq mille kilomètres. Ils approchent à toute vitesse. »
- « Vous les avez en point de mire ? »
- « Affirmatif. »
Scott compta lentement jusqu'à trois.
- « Feu. »
Sulu tira avec un éclair rageur dans les yeux. L'Enterprise tremblait sur ses bases à chaque départ de torpille.
Une lumière blanche illumina l'écran de contrôle.
- « Rapport immédiat, Monsieur Chekov ! » dit Scott.
- « Nous en avons eu un. Le Lexington aussi. Peut-être même deux. Mais je n'en suis pas encore certain. »
Scott regarda pensivement l'écran. « Ce ne sera pas suffisant ! » pensa-t-il tristement. « On leur en a fichu un bon coup, mais ils sont encore quatre. Et nous sommes à court d'arguments ! Je suis navré pour vous, mes chers petits moteurs, mais je crois que nous n'irons pas plus loin ! »
- « M. Scott », cria Uhura, « je reçois un appel ! »
- « Nos vaisseaux, monsieur ! » dit triomphalement Chekov. « Les renforts arrivent ! »

Chapitre XVIII

La corde m'écorche les mains. Arriverai-je enfin au fond de cette crevasse ? Je sais que cela ne sert à rien ! Mais je refuse de l'admettre.
Elle est là ! Ses cheveux défaits masquent presque la position impossible de son cou ! Elle est morte.
Qu'est-ce qui m'arrive ? Je dormais. Non ! C'est un vitha... je vais mourir !
Juan et David, je vous vois morts à travers les yeux du docteur McCoy ! Mes amis, pourquoi ne vous ai-je pas sauvés ?
Je m'enfonçais dans l'obscurité. Il me semblait pourtant apercevoir une lueur, tout au bout du tunnel de la mort. Et puis tu m'as appelé, tu m'as ramené une nouvelle fois de l'enfer ! Contre ma volonté ? Je n'en sais rien. Si tu savais combien je redoute ce qu'il me reste à faire en ce monde, peut-être m'aurais-tu laissé partir ?
Zar ouvrit les yeux. Un court instant, son cauchemar de mort et de souffrance menaça de ne pas disparaître. Puis il s'effaça pour céder la place à un malaise étrange.
Le jeune homme reprit contact avec la réalité. Il se souvint d'avoir été en compagnie du capitaine et de Spock avant de s'évanouir. La douleur diffuse qui s'éveillait dans son épaule lui permit de comprendre ce qui était arrivé. Lorsqu'il bougea enfin, la souffrance sembla jaillir comme une flèche, et vint éclater dans sa tête. Il dut se tenir le crâne à deux mains. Il serrait les dents comme si l'on était en train de le frapper à toute volée ...
- « Non ! » gémit-il. « Je ne veux pas que ça recommence ! » Plutôt que de partager à nouveau la fin d'un être aimé, le jeune homme eût préféré mourir !
La colère le sauva. En se concentrant sur la honte d'avoir été laissé en arrière comme un bambin, il réussit à chasser la douleur. Oui, la haine était plus forte que la mort ! Plus forte que tout.
Zar focalisa son esprit sur l'image d'un bûcher funéraire sur lequel reposaient tous les regards froids, toutes les dérobades, toutes les sentences méprisantes qu'il avait endurés ces dernières semaines. Puis, Comme on craque une allumette, il lui mit le feu avec la prise vulcaine qui était le dernier affront qu'il subirait jamais de la part de son père !
Mais à l'instant où il atteignait le zénith de sa rage, une pensée curieuse traversa son esprit. Il avisa la couverture dans laquelle on l'avait enveloppé, et se souvint de la phrase de McCoy : « Aussi illogique que ce soit, tous les pères ont tendance à surprotéger leurs enfants. » C'était une autre façon de considérer les choses. La bonne façon ?
La colère de Zar s'évanouit. Maintenant qu'il comprenait les raisons de la prise vulcaine, une fierté un peu triste l'envahissait. Spock le lui avait dit, il donnait à sa manière, et n'en connaissait pas d'autres. Mais ce qu'il donnait n'avait pas de prix. En dépit de son amitié pour Kirk, que le jeune homme avait devinée et qui le rendait parfois jaloux, l'officier en second avait choisi de lui offrir une chance à lui, et pas au capitaine ! Une chance infime, peut-être. Mais une chance quand même !
Le jeune homme sortit du bâtiment. Il s'assit sur un rocher et commença à réfléchir. Les deux officiers avaient dû être capturés, ou se trouvaient en grand danger. Mais ils étaient encore vivants ! Il en était sûr ! Le malaise qu'il venait de ressentir n'aurait pas été vaincu, même par la haine, si son père était mort ou en train de mourir. Ou même s'il avait seulement dû affronter la mort de son unique ami !
Cela étant établi, le seul endroit où ils pouvaient se trouver était le camp des Romuliens.
Zar prit le communicateur qui pendait à sa ceinture et appela l'Enterprise.
- « Enterprise ! Uhura, j'écoute ! »
- « Lieutenant, pourrais-je parler à Monsieur Scott ? »
- « Zar ? Je te le passe ! Mais attends que je te bascule sur le canal codé. »
Il y eut un court silence.
- « Gamin, c'est bien toi ? Où sont le capitaine et Spock ? »
- « Je crois qu'ils ont été fait prisonniers ! Nous devons aller à leur secours ! C'est urgent ! Ils courent un grand danger ! »
- « Mais le système de camouflage ? Je ne peux pas envoyer une escouade à l'aveugle ! Et puis comment sais-tu qu'ils sont en danger ? T'es-tu évadé ? »
- « Je n'étais pas avec eux. Mais demandez au docteur McCoy ! Il vous confirmera que je sais ce que je dis ! Je peux aussi guider les hommes de la sécurité à travers le système de camouflage ! Demandez à McCoy, je vous en prie ! »
Après quelques minutes, la voix de Scotty retentit à nouveau dans le communicateur.
- « D'accord, mon gars ! McCoy dit que je peux te faire confiance. J'envoie une équipe tout de suite ! »
- « Est-ce que le docteur m'entend ? »
- « Oui, fiston ! Qu'est-ce que tu me veux ? »
- « Il y a un paquet dans l'armoire de ma cabine. Je vais en avoir besoin ... Pourriez-vous me le faire parvenir ? »
- « Te le faire parvenir ? Sacrebleu, je te l'apporte ! Tu ne crois pas que je vais rester ici à me ronger les ongles ! J'arrive ! McCoy, terminé ! »
Zar referma son communicateur. L'idée de revoir le docteur le remplit de satisfaction ...
Le détachement était commandé par le Lieutenant Uhura. Il se composait de six gardes de la sécurité et du docteur McCoy.
- « Quelle est la situation à bord ? » demanda le jeune homme dès l'arrivée de ses amis.
- « Les renforts sont arrivés juste au moment où nous sentions les flammes de l'enfer ! » dit Uhura. « Nous avons des blessés, mais pas de morts. Les Romuliens ont préféré l'auto-destruction à la capitulation. »
- « Je me demande si ceux qui sont ici connaissent le résultat de la bataille ? » dit un des gardes de la sécurité en vérifiant son fuseur. « Si oui, ils nous attendent sûrement ! »
- « Je ne crois pas qu'ils aient pu communiquer avec leurs vaisseaux. Le système de camouflage rend toute transmission impossible. Même pour eux ! » lui répondit Uhura.
- « Parfait ! » Zar avala une gorgée d'eau pour arroser la ration de survie qu'il venait de dévorer. « Nous allons retourner à l'intérieur du périmètre. Là, j'essayerai de localiser Spock et le capitaine. Si j'y parviens, il faudra encore les tirer des griffes des Romuliens ! »
- « Nous ne sommes pas assez nombreux pour un assaut direct. » dit Uhura. « Il faudrait une diversion. Par exemple détruire le système de camouflage, ou du moins l'endommager. »
- « Savez-vous à quoi ressemble cet engin ! » demanda Zar.
- « J'ai vu celui que nous leur avons volé il y a quelques années. Mais je ne garantis pas que celui-ci lui ressemble. Mais... » Elle réfléchit un instant. « Ce doit être une machine encombrante. Trop encombrante pour être déplacée facilement. Elle doit être à bord d'un vaisseau. »
- « Alors, nous savons quoi faire ! Il faudrait nous mettre en route, je crois ! »
Zar les guida jusqu'à la lisière du système de camouflage.
- « Personne en vue ! » dit-il après s'être longuement concentré.
- « Ils doivent penser que leur flotte est victorieuse ! Ils se sentent en sécurité ... » dit McCoy. « Ou ils supposent que nous ne ferons rien tant qu'ils tiennent Jim et Spock. Mais je n'aime pas ça quand même. Ils pourraient jouer au chat et à la souris avec nous ! »
- « Au chat et à la souris ? Un jeu semblable au poker ? » dit Zar.
- « En quelque sorte ! » répondit Uhura en souriant.
Puis elle baissa la voix. « Où se trouve le Gardien par rapport à nous ? »
- « A une soixantaine de mètres sur la gauche. Je nous ai fait traverser la barrière un peu plus loin de lui. Le capitaine disait que personne d'autre ne devait le voir. »
- « Bien raisonné ! Zar, vous venez avec moi ! Nous allons voir si le champ de force est activé ! »
Ils revinrent quelques minutes plus tard.
- « Ils étaient parvenus jusque-là ! Il ne nous reste plus qu'à trouver le camp.
Ils le trouvèrent sans trop de difficultés. Après une brève inspection, Chu Wong, le gradé de l'équipe de la sécurité, fit une communication inquiétante.
- « J'estime leur force à près d'une centaine de soldats ! »
- « Je dirais moins, lieutenant. Ce sont de petits vaisseaux. »
McCoy jeta un coup d'œil sur Zar, qui était en train de se concentrer sur le campement.
- « Dans quelle tente sont-ils, fiston ? »
- « Celle-ci, docteur. La troisième à partir de la gauche. »
- « Tous les deux ? »
- « Oui ! »
Les ondes émotionnelles du capitaine avaient été faciles à capter, parce qu'il souffrait beaucoup. Pour Spock, cela avait été plus difficile, mais il avait finalement discerné sa compassion pour Kirk, ainsi qu'une angoisse totalement subconsciente.
- « Ils sont entravés », dit Zar. « Le capitaine est à peine conscient. Il est blessé... mais ils sont seuls !
- « Bien ! » dit Uhura. « Si vous vous occupez de cette diversion, nous nous chargerons de nos amis. Pensez-vous pouvoir approcher sans être vu ? »
- « Un jeu d'enfant ! Laissez-moi dix minutes, et préparez-vous à entrer en action très vite ! Vous saurez quand ! »

* * * * *

Spock gisait sur le sol de pierre. Grâce à la discipline du Vedra Prah, son corps demeurait insensible à l'inconfort de sa situation et à la fatigue qu'il accumulait depuis des jours. Mais l'épuisement était proche. Bientôt, ses barrières mentales commenceraient à faiblir.
Le Vulcain se demanda combien de temps s'était écoulé depuis le départ de Tal. Il se concentra et constata avec plaisir que ses facultés intellectuelles ne lui faisaient pas encore défaut. Le Romulien était parti depuis vingt minutes et trente secondes ! Ils étaient prisonniers depuis une heure et quarante minutes exactement !
Et dans combien de temps allaient-ils mourir ?
Le Vulcain tendit l'oreille. Le souffle de Jim était faible, mais régulier. Sommeil ? Ou coma ? Il regrettait de n'avoir pas fait subir au capitaine le même traitement qu'à son fils. Il n'avait pas peur de sa propre mort. Ce n'était qu'un état de non existence biologique, qui ouvrait peut-être sur une autre forme d'existence, ou peut-être pas. Mais l'idée de celle de Jim était intolérable. Elle provoquait une angoisse qu'il ne parvenait pas à bloquer.
Il pensa de nouveau au temps qu'il leur restait. Puis il songea à Zar. « Il devrait être réveillé. Si l'Enterprise a remporté la bataille, il doit l'avoir déjà contacté. Et si Scott envoie une équipe de la sécurité...
Spock chassa ces pensées de son esprit. Elles contenaient trop de si pour avoir le moindre intérêt ! Personne ne pouvait deviner leur situation. Personne ne se rendrait compte qu'ils allaient mourir.
Non ! Il se trompait ! Quelqu'un pouvait savoir ! Zar sentirait leur mort, sa mort, à travers leur lien télépathique. Voulu ou pas, ce lien existait, et rien, sinon la mort, n'était assez fort pour le briser. Le sang de mon sang, la chair de ma chair ! La vieille expression terrienne lui revint à l'esprit. Il éprouva un intense chagrin en réalisant que Zar allait peut-être souffrir autant que lui au moment de sa mort. Mais il n'y avait aucun moyen de l'empêcher. Si son fils devait partager ses ultimes instants comme il avait partagé ceux de sa mère, il les partagerait quoi qu'il arrive. Par bonheur, la peine capitale romulienne accordait une fin rapide. Et c'était une chance pour eux deux !
Le capitaine Kirk s'éveilla à son tour. Tout son corps n'était plus qu'une masse engourdie et douloureuse.
Pourtant, dès qu'il eut récupéré ses esprits, il commença à frotter son menton contre le sol rocailleux. Un bruit de frottement proche l'informa que Spock était en train de se livrer au même travail.
Au bout d'un moment, le bâillon finit par glisser de sa bouche. Jim se décontracta les muscles des mâchoires et aspira autant d'air qu'il le pouvait.
- « Spock ? »
- « Jim. Êtes-vous gravement blessé ? Vous êtes inconscient depuis le départ de Tal. »
- « Ne vous souciez pas de moi ! S'il vous détache à un moment ou à un autre, essayez de m'épargner le calvaire qui m'attend ! Vous comprenez ce que je veux dire ? »
Le Vulcain ne répondit pas.
- « Bon sang, Spock ! C'est un ordre ! Je le ferais moi-même si j'en avais la possibilité. »
Il tourna la tête en direction de son officier en second. La corde qui lui serrait le cou s'enfonça un peu plus dans ses chairs. « Idiot ! » pensa-t-il, « Tu as la possibilité d'en finir ! »
Jim Kirk banda tous ses muscles et se mit à tirer sur ses liens. La corde se fit plus pressante contre sa glotte. Il ne lui restait plus qu'à faire un petit effort, et le cauchemar s'achèverait.
- « Jim, non ! »
Ignorant le lacet mortel qui s'enroulait autour de sa propre gorge, Spock tenta en vain de se traîner à côté du capitaine. « Il faut que j'y arrive ! » se dit-il. « Il faut que je le tire de l'obscurité ! Jim ... Jim ! »
La voix de Tal brisa le silence.
- « Kirk, arrêtez ! »
Le Romulien sauta par-dessus Spock et se pencha sur le corps inanimé de Kirk. Le son caractéristique d'une lame en train de sectionner du chanvre avertit Spock que le commandant ennemi était en train de libérer Jim du piège qui le tuait. Le Vulcain tendit l'oreille. Le bruit que firent les poumons de Jim en s'emplissant à nouveau d'air le rassura. Son ami vivait toujours !
Le sol se mit soudain à trembler. Une formidable explosion venait de se produire. Son souffle projeta le Romulien à terre. Des débris de métal et de pierres fendirent le tissu de la tente. Des cris et des gémissements s'élevaient des quatre coins du camp romulien.
Tal se releva d'un bond, et sortit de la tente en aboyant des ordres. Les deux officiers de la Fédération se retrouvèrent seuls.
Spock tenta de discerner la respiration de Kirk au milieu du vacarme qui provenait de l'extérieur de la tente. Mais il n'entendit rien. « Pas comme ça ! » pensa-t-il avec fureur. « Un homme comme lui ne peut pas quitter l'univers de cette manière ! »
Une voix familière retentit dans la tente. « Uhura ? » se dit Spock. « C'est impossible ! »
- « Le ciel soit loué, docteur ! Ils sont là tous les deux ! »
Des mains délicates mais puissantes libérèrent le Vulcain de ses liens. Il se releva en titubant, et arracha son bandeau.
- « Le capitaine ! Occupez-vous du capitaine ! » dit-il sans prendre le temps de congratuler ses sauveteurs.
- « Ne vous inquiétez pas, il va bien. » lui répondit McCoy. « Enfin, si j'ose dire. Il a trois côtes cassées et un vilain hématome sur la poitrine. Il devrait être à l'infirmerie. Mais comme je le connais. »
Le docteur fit plusieurs injections à son patient. Puis il commença à lui bander la poitrine.
- « Ça évitera au moins qu'il se perfore les poumons. Parce que je parie qu'il voudra faire l'andouille dès qu'il aura ouvert l'œil. »
Le docteur continua à s'affairer tout en marmonnant.
Kirk s'éveilla juste au moment où il finissait ...

* * * * *

- « Bones ... Uhura ... Quelle joie de vous voir ! Et Spock, comment va-t-il ? »
- « Je suis là, Jim. Rien de cassé, comme vous dites si poétiquement sur Terre ! »
- « Il me semble qu'il y a eu une explosion. Mais c'était peut-être dans ma tête ?
- « Non, Jim ! » dit McCoy. « C'était Zar. Il devait créer une diversion en faisant sauter les vaisseaux romuliens. Il a dû y aller de bon cœur ! »
- « Et où est-il maintenant ? » demanda Spock sur un ton que ses camarades ne lui connaissaient pas.
- « Nous ne l'avons pas vu, monsieur ! Mais je suppose qu'il est sain et sauf ! » dit Uhura.
- « Sortons d'ici ! » intervint Jim. « Nous avons certainement mieux à faire dehors ! »
McCoy et Spock échangèrent un regard interrogateur.
- « Je vais très bien, messieurs ! » s'exclama le capitaine. Il se leva difficilement, mais refusa les mains tendues de ses deux amis. Son visage avait la pâleur de la craie, mais son regard avait retrouvé sa vivacité coutumière.
Uhura appela l'Enterprise dès qu'ils furent hors de la tente.
- « Monsieur Scott, je vous passe le capitaine ! » dit-elle joyeusement.
- « Scott, j'écoute ! »
- « Scotty , ici Kirk ! Quelle est la situation à bord ?
- « Les réparations sont en cours. Nous avons eu de la chance ! Pas de morts, peu de blessés, un seul gravement. Mais le docteur McCoy vous expliquera cela mieux que moi ! L'amiral Komack nous a appelés. Le système de camouflage n'est plus en service ! Il demande si c'est votre travail. »
- « Passez-le moi, Monsieur Scott !
Spock, McCoy et Uhura observèrent ce qui restait du camp romulien tandis que Kirk s'entretenait avec l'amiral. L'explosion avait éventré plusieurs tentes, et un désordre indescriptible régnait dans les rangs ennemis. Pendant qu'ils regardaient, un détachement de soldats de la Fédération investit le périmètre. Leurs fuseurs étaient réglés sur la puissance minimum. Il y aurait beaucoup de Romuliens prisonniers à la fin de la journée !
- « Ce ne sont pas des hommes de l'Enterprise. » remarqua McCoy.
- « Exact, docteur ! L'amiral Komack les a certainement envoyés dès la disparition du système de camouflage. »
Spock avait parlé à voix basse, sans cesser de scruter le théâtre des opérations. McCoy comprit soudain que le Vulcain redoutait de reconnaître le corps de Zar parmi les silhouettes inanimées qui gisaient sur le sol. Il fit un signe de la tête à l'officier en second. Les deux hommes se dirigèrent vers le camp sans dire un mot ...
Ils se frayèrent un passage entre les débris, et évitèrent précautionneusement les blessés, qui portaient tous l'uniforme romulien. De temps en temps, le docteur s'arrêtait près de l'un deux, et lui donnait les premiers soins. Pour autant que l'on pouvait en juger, il n'y avait pas de victimes dans les rangs de l'ennemi.
- « Ils ont eu une sacrée chance, Spock ! Ça aurait pu être bien pire. On dirait que l'explosion a été volontairement conçue pour provoquer le moins de dégâts possible. »
- « Bones, Spock ! »
Jim venait de les rejoindre.
- « L'amiral confirme que nous contrôlons la situation ! J'ai chargé Uhura de surveiller les prisonniers. Chu Wong et ses hommes assistent le commando d'intervention. »
- « Bien ! » dit le docteur. « Cela signifie que Spock peut partir à la recherche de Zar pendant que je vous emmène à l'infirmerie ! Il serait temps, avant que vous ne tourniez de l'œil ! »
- « Ne vous emballez pas, docteur ! Vous oubliez un détail ! Le Gardien aura besoin de surveillance tant que la planète n'aura pas été évacuée. L'amiral nous charge de tenir les curieux à l'écart. Nous trois, Bones ! Alors pas question d'infirmerie ! »
Les trois officiers se mirent en marche. En dépit de ses affirmations, le capitaine n'allait pas si bien que cela. Il marchait lentement, et dut se reposer à plusieurs reprises. Mais il resta sourd aux suppliques de McCoy !
Ils arrivèrent enfin en vue du Gardien. L'énigmatique construction n'avait pas subi de dommages. Mais il y avait pourtant quelque chose d'étrange ...
Spock et McCoy prirent un départ de sprinter à la même seconde. Jim se hâta du mieux qu'il le pouvait. Lui aussi avait remarqué le nuage de poussière qui s'élevait à proximité d'une colonne à moitié écroulée ...
Sur le sable gris, deux silhouettes puissantes menaient un combat sans merci. Le docteur McCoy remarqua avec surprise qu'elles portaient chacune un uniforme romulien. Il chercha un instant les raisons de cet affrontement fratricide, puis reconnut les traits de Zar sous le masque de sang et de poussière d'un des deux gladiateurs.
La voix de Spock s'éleva, recouvrant les rugissements du combat.
- « Tal ! Posez votre arme ! Tout de suite ! »

Chapitre XIX

L'intervention du Vulcain n'avait eu aucun effet. Le combat continuait plus furieusement que jamais. La poussière empêchait à présent les officiers de distinguer quoi que ce fût.
- « Spock, votre fuseur ! Paralysez Tal l » cria McCoy.
Il venait d'apercevoir une main armée d'un couteau.
Et c'était celle de Tal, puisqu'un insigne de Commander brillait sur l'avant-bras qu'elle prolongeait. Le Romulien était sur le point de prendre le dessus ! Zar avait évité le premier coup, mais combien de temps tiendrait-il ?
- « Paralysez-les tous les deux, je vous en supplie ! I3 va nous le tuer ! » hurla le docteur. Comme Spock ne bougeait pas, il lui arracha le fuseur des mains, tenta de viser de son mieux, et tira.
Spock lui saisit le bras, et détourna l'arme. Le coup se perdit dans la poussière. Juste à ce moment, la main armée de Zar s'éleva au-dessus de la mêlée. Une seconde plus tard, les deux officiers entendirent un craquement sec. Puis Tal cessa de bouger.
Le jeune homme se débarrassa de son adversaire, et s'agenouilla. Il s'appuya à un rocher. Sa respiration était saccadée. Un lourd silence succédait à la furie du combat.
McCoy s'approcha de Tal. Il se pencha sur lui et le retourna. A sa grande surprise, la tunique du Romulien n'était pas maculée de sang !
Kirk arriva à l'instant précis où Zar prononçait ses premières paroles.
- « Lorsque je prends une vie, le voile de la mort m'enveloppe en même temps qu'elle. C'est ainsi que parlait Surak, n'est-ce pas ? »
Spock fit un signe d'assentiment.
- « J'ai frappé avec le manche, pas avec la lame ! Tal commença à se réveiller. » McCoy lui fit une injection, et le Romulien s'évanouit de nouveau.
- « Ça devrait le calmer pour un moment, Bones ! » dit Kirk. « Nous le téléporterons sur l'Enterprise avec nous quand nous aurons fini. »
Le docteur acquiesça. Puis il s'adressa à Zar.
- « Où as-tu eu cet uniforme, fiston ? »
- « Je l'ai... emprunté à une sentinelle, docteur ! Cela m'a aidé à ne pas me faire repérer durant mon sabotage ! »
- « Et comment es-tu tombé sur ce malabar ? »
- « Après l'explosion, je suis venu m'assurer que rien ne menaçait le Gardien. C'est à ce moment que j'ai vu le Romulien. Il venait de découvrir le champ de force ! J'ai pu m'approcher grâce à l'uniforme. Vous connaissez la suite. »
- « Et dire que Spock t'a empêché de nous accompagner parce qu'il craignait qu'il t'arrive malheur ! » dit Kirk en s'asseyant péniblement sur une colonne écroulée. « Dis-moi, tu n'as jamais songé à t'engager dans Starfleet ? On pourrait apprécier quelqu'un comme toi sur un vaisseau ! »
Zar faillit dire quelque chose. Mais il se mordit les lèvres. Une ombre passa sur son visage.
- « Je crains que cela soit impossible, capitaine ! » dit-il enfin. Puis il se tourna vers McCoy.
- « M'avez-vous apporté ce que je vous ai demandé ? »
- « Oui. Mais qu'est-ce que c'est ? » dit le docteur en sortant un paquet de son sac à dos.
- « Des vêtements, docteur ! »
Zar prit le paquet et alla se dissimuler derrière un rocher.
Le docteur leva un sourcil interloqué. Puis il jeta un regard ironique vers le Gardien.
- « Que d'histoires à propos d'un tas de pierres, pas vrai, Jim ? »
- « Mais ça valait pourtant le coup, Bones ! Comme toujours ! »
Ce fut Spock qui aperçut Zar le premier lorsqu'il sortit de derrière son rocher. Puis Kirk et McCoy le virent à leur tour ...
La tunique de cuir était devenue trop étroite, et les jambes musclées du jeune homme distendaient ses bottes en fourrure. Seul le manteau en peaux de bêtes lui donnait la même allure que lorsqu'ils l'avaient vu pour la première fois. Le jeune homme s'immobilisa, et regarda calmement les trois officiers.
- « Tu rentres chez toi ? » demanda Spock.
- « Oui. » Le jeune homme avança jusqu'à son père et le regarda dans les yeux.
- « Je dois le faire ! Nous avons tous risqué nos vies pour empêcher que l'histoire soit modifiée ! J'ai de bonnes raisons de croire qu'elle le sera si je reste ici. Sarpeidon a besoin de moi ! »
Il sourit tristement.
- « Plus besoin de moi que l'on en aura jamais ici ! En dépit de ce que Jim disait tout à l'heure. »
Il se tourna vers le docteur.
- « Vous aviez raison, Léonard ! Deux comme nous, cela fait vraiment trop. Je ne veux pas passer ma vie dans l'ombre de mon père. Ou à essayer d'en sortir ! »
Puis il revint vers Spock.
- « Alors je m'en vais ! Quel meilleur endroit pourrais-je choisir que celui où mes frères m'appellent ? Là où tout ce que je suis, tout ce que je sais, sera utile ! Chez moi ! »
- « Qu'est-ce qui te fait croire que tu changerais l'histoire en restant ici ? Et à qui espères-tu être utile, dans ce désert de glace ? »
- « Je ne serai pas seul. Je ne retourne pas dans l'hémisphère nord de Sarpeidon, mais dans l'hémisphère sud. La vallée de Lakreo, pour être précis. »
Les sourcils de Spock se plissèrent. Il semblait comprendre.
- « La vallée de Lakreo ? Il y a cinq mille ans ? »
- « Qu'est-ce que ça signifie ? » demanda Kirk.
- « Demandez à Monsieur Sp... » Zar hésita.
- « Demandez à mon père ! Je suis sûr qu'il sait de quoi je parle. »
- « La vallée de Lakreo. Le berceau de la civilisation sur Sarpeidon ! L'équivalent de Khal-R'sef sur Vulcain. Un éveil culturel remarquable ! En très peu de temps, des chasseurs primitifs découvrirent les fondements de la civilisation. Un langage écrit, le zéro, l'agriculture. »
Spock s'arrêta. Zar reprit l'énumération.
- « La domestication des animaux, le travail du métal, l'architecture. Et plus encore. Tout cela en un temps record ! Du jamais vu dans l'histoire ! »
- « Un développement si rapide ne peut s'expliquer logiquement que d'une façon », l'interrompit Spock. « Par une aide extérieure ! »
- « Et tout indique que JE leur ai apporté cette aide ! » conclut Zar.
- « Mais Beta Niobe ... » commença McCoy.
- « Oui, docteur ! Il explosera quand même ! Mais mes frères auront connu cinq mille ans de civilisation qu'ils n'auraient pas eus sinon ! Cinq mille ans, ce n'est pas rien, surtout si l'on considère que les cultures ne meurent jamais. Tous les trésors de ma planète ont été préservés dans les banques de données de la Fédération. Ils appartiennent à la mémoire de l'univers tout entier. »
Il respira à pleins poumons.
- « Je fais ce qui doit être fait ! Sans moi, l'évolution de Sarpeidon sera différente, ou ne sera pas. L'histoire sera modifiée dans les deux cas. Et personne ne peut dire ce qu'il risquerait d'arriver dans la galaxie ! »
Le jeune homme sourit à nouveau. Cette fois, il sembla véritablement amusé.
- « Tout mon discours me paraît incroyablement orgueilleux, je vous l'avoue ! Être celui par qui l'histoire arrive est une position très... flatteuse ! Peut-être trop ! »
McCoy s'éclaircit la voix.
- « Je ne m'en fais pas pour ça ! Tu es un garçon honnête et solide ! Et qui raisonne logiquement ! »
Un sourire semblable à celui de Zar adoucit un instant l'expression de Spock. McCoy n'en crut pas ses yeux ! Pour la première fois depuis qu'ils se connaissaient, le Vulcain n'avait pas sursauté en l'entendant parler de logique !
- « J'ai compris la vérité le jour du massacre », reprit Zar. « J'étudiais des disques-mémoires qui traitaient de Sarpeidon. La vérité m'est apparue par recoupement... Une histoire de carte postale ! »
Le jeune homme commença à avancer vers le Gardien. La voix de Spock l'arrêta.
- « Un instant. J'avais un projet. Je l'avais conçu avant que tu ne nous annonces ton départ. J'aimerais que tu m'accompagnes sur Vulcain, pour connaître... la famille ! Ne peux-tu pas attendre un peu ? »
Zar secoua négativement la tête.
- « Bien. Tu dois faire ce que tu juges juste. Mais avant... »
Il vint se placer en face de Zar et tendit la main en direction de son visage. Le jeune homme esquissa un mouvement de recul, puis se ravisa. Les doigts de Spock se posèrent sur son front. Le père et le fils restèrent un long moment face à face, les yeux fermés. Leur contact télépathique était doux, dénué de drame, presque tendre. Finalement, Spock laissa retomber sa main. Il semblait épuisé, comme s'il venait de vieillir d'un seul coup.
Zar ouvrit les yeux.
- « La fusion mentale. La vérité. C'est un très grand cadeau ! »
- « Personne ne mérite plus que toi de savoir ! » dit Spock. « C'était ton droit ! »
Le jeune homme reprit son air impassible et s'approcha de Kirk.
- « Jim, il serait préférable que l'on me croit mort dans l'explosion, ou tué par Tal. Personne ne doit savoir que je suis parti par le Gardien. »
Il marqua une pause.
- « J'ai le sentiment que je serai le dernier. Nous sommes passés trop près du désastre ! »
- « L'amiral semble partager ton point de vue. Es-tu sûr de vouloir partir pour un voyage sans retour ? »
- « Oui. »
- « Je te souhaite bonne chance ! Et n'oublie pas de continuer à t'entraîner. »
- « Je leur apprendrai tous vos trucs. Mais une chose me tourmente. Serez-vous punis pour avoir transgressé la directive 9 ? »
- « Tu étais volontaire, et tu es un adulte ! Je pense qu'ils fermeront les yeux ! Après tout, c'est toi qui a sauvé la baraque ! »
- « La baraque ? » dit Zar d'un ton dubitatif. Puis il reprit sur le même ton que Kirk « On m'a un peu aidé, Jim ! »
Son sourire disparut.
- « Veillez sur mon père, s'il vous plaît ! Kirk fit oui de la tête. »
McCoy lui serra la main avec chaleur.
- « Prends garde à toi, fiston ! Et souviens-toi de ne jamais tirer une quinte par le ventre ! »
- « Je m'en souviendrai. Je devrai enseigner le poker à mon peuple, avant de pouvoir mettre en application tout ce que vous m'avez appris ! Mais imaginez l'avantage que j'aurai sur eux ! »
Il lâcha la main de McCoy.
- « Vous me manquerez ! Vous savez, c'est vous qui portez une partie de la responsabilité de ma décision ! »
- « Moi ? »
- « Oui. Vous m'avez dit un jour que le temps de grandir était venu. Quand j'ai regardé ces disques-mémoires, j'ai su que ce ne serait pas facile. Mais j'essaye. »
- « Tu t'en tires drôlement bien, fils ! » dit McCoy en essayant de sourire.
Zar marcha vers le Gardien. Il finit de désactiver le champ de force, se tourna vers Spock, et prononça une phrase en Vulcain. L'officier en second répondit quelques mots dans la même langue. Puis Zar fit volte-face et se planta face au Gardien. Il posa la main sur la pierre froide et se concentra pendant un long moment.
L'entité temporelle ne dit pas un mot. Son centre s'activa pourtant, et une image parfaitement claire apparut. Il y avait une rivière qui serpentait au milieu d'une vallée verdoyante. Beta Niobe était à son zénith, et ne semblait plus si menaçant.
C'était l'été dans l'hémisphère sud de Sarpeidon. Zar regarda une dernière fois Spock.
- « Je vous laisse toutes mes peintures, passées et futures. Je vous les laisse comme un symbole ! »
Puis, gracieux comme un chat, il sauta dans le flux temporel.
Les trois officiers virent le jeune homme arriver dans la vallée. Comme l'image persistait, ils purent le regarder enlever son manteau, humer l'air avec plaisir, courir dans l'herbe verte.
Jim était en train de se demander si le jeune homme pouvait également les voir quand il sentit quelqu'un frôler ses épaules. I3 tourna la tête, et vit que Spock était en train de marcher vers le Gardien ... Son regard était d'une fixité absolue. Il marchait, les poings serrés.
Un pas. Deux pas. Trois ...
Kirk bondit si brusquement qu'une douleur lancinante traversa sa poitrine. Il saisit le bras du Vulcain et le serra de toutes ses forces.
- « Spock ! Il n'a pas besoin de vous. »
Jim Kirk se demanda si Spock avait entendu les mots qu'il avait ajoutés intérieurement à cette phrase. « Et j'ai ... Et nous avons ... besoin de vous ! »
Le Vulcain s'arrêta de marcher. Quelques secondes plus tard, l'image de la vallée de Lakreo disparut à tout jamais du centre du Gardien.

Épilogue

La nuit à bord de l'Enterprise. Les lumières étaient réglées au minimum. De temps en temps, des membres de l'équipage retournant à leurs quartiers après leur service, ou se rendant à leurs postes de nuit, marchaient à pas de loup dans les couloirs tranquilles.
Jim Kirk hésita un long moment devant la porte de la cabine de Spock. Puis il se décida à signaler sa présence.
- « Entrez ! »
Le Vulcain était assis à son bureau et consultait son moniteur. Le capitaine s'était douté qu'il ne dormirait pas cette nuit.
- « Bienvenue, capitaine ! »
- « Merci, Spock. Je m'étais dit que ce serait une bonne idée de passer vous voir. Rude journée ! »
- « Oui. La cérémonie funèbre que vous avez célébrée ce soir était très ... digne, Jim. Je suis sûr que les amis des défunts pensent comme moi. »
- « La seule chose qui m'a soutenu, c'était de savoir qu'un des noms qui figuraient sur la liste des disparus était un intrus. Mais l'était-il vraiment ? Je ne suis pas certain de savoir comment penser à lui ! Est-il mort il y a cinq mille ans, ou continue-t-il à vivre dans une autre époque ? »
Spock ne répondit pas. Son regard restait rivé sur l'écran de l'ordinateur.
- « Avez-vous remarqué combien il s'était fait d'amis en peu de temps, Spock ? Christine Chapel, Uhura, Scotty, Sulu, et même cette jeune enseigne dont j'ai oublié le nom. »
- « McNair. Teresa McNair. »
- « J'aurais aimé pouvoir soulager leur peine en disant la vérité ! Ce sont ses peintures et ses dessins ? »
Jim se dirigea vers les toiles et le carnet qui étaient rangés près du bureau de Spock. Après que le Vulcain lui eut silencieusement signifié son accord, il commença à les regarder.
- « Je pense que je confierai certaines de ses œuvres à ses amis », dit enfin Spock. « Je crois qu'ils en seront contents. C'est une sorte de cadeau, qui remplace la vérité qu'ils ne connaîtront jamais. »
- « C'est un acte généreux. Je sais qu'ils l'apprécieront à sa juste valeur ! »
Le capitaine contempla un instant l'ultime peinture du jeune homme. Sarpeidon. Sarpeidon, telle qu'en elle-même ! Puis il serra les poings, et boxa doucement la cloison.
- « Si nous étions sûrs qu'il ne s'est pas trompé ! Est-ce que ça ne vous tourmente pas, Spock ? Cette incertitude ? »
Le Vulcain leva un regard flamboyant vers son capitaine.
- « Il ne s'est pas trompé, Jim. J'en ai la preuve. Le capitaine s'approcha de l'ordinateur. »
- « Souvenez-vous ! Il m'a laissé ses peintures. Ses peintures passées et FUTURES ! Voilà le symbole qu'il a trouvé, Jim, celui qui lui a fait comprendre qu'il devait rentrer chez lui.
- « Sa... carte postale ? »
- « Oui. Regardez ! »
Kirk vit l'image qui s'affichait sur l'écran. Une partie de son cerveau déchiffra la légende qui accompagnait le dessin. Cela parlait d'une fresque murale d'un palais de la ville de New Araen, que l'on supposait avoir une signification religieuse ou ésotérique. Mais son regard était si fasciné par la peinture, que les mots n'avaient plus de sens. Ils étaient inutiles. »
Sur un fond noir, la forme blanche familière se détachait admirablement. Il ne manquait pas un détail. Les propulseurs, les lumières, la coupole.
C'était l'Enterprise, représentée en plein vol, dans un style inimitable.
L'Enterprise ! Et un peu en-dessous, abolissant les distances et le temps, une main ouverte dont les doigts dessinaient un salut Vulcain.

F I N

Cette ligne de programmation ne sert qu'a formaté proprement les lignes de textes lors d'un utilisation sous Mozilla Firefox. J'aimerais pouvoir m'en passer mais je ne sait pas comment, alors pour l'instant. Longue vie et prospèrité