.

La faille
.

La faille.
Premier contact

CHAPITRE PREMIER

Le capitaine de l'Entreprise fixait l'écran principal.
- Votre opinion, numéro un ?
- Je ne suis sûre de rien, capitaine, répondit l'officier en second après un instant de réflexion. Monsieur Spock ... , qu'en pensez-vous?
Le Vulcain ne leva même pas le nez de la console scientifique pour répondre :
- Il est difficile d'être précis sans analyse informatique complète, lieutenant ... Attendez. J'ai les premiers résultats.
Doucement, une feuille imprimée sortit de la console scientifique. Spock l'étudia quelques instants.
Il plissa le front, mais s'en rendit compte avant que les autres le remarquent. Intérieurement, il se fustigea : il devait faire plus attention à la discipline mentale s'il voulait vraiment se comporter en Vulcain ...
- L'analyse informatique indique la présence d'une agglomération de différents types d'énergies connues.
Numéro un se tourna vers lui :
- Soyez plus précis.
- Le phénomène ressemble à une faille spatiale, répondit Spock. Cependant, il en émane un flux subspatial similaire à celui des générateurs de distorsion de nos moteurs.
- Les moteurs ? répéta le capitaine.
Numéro un se pencha sur la console de navigation.
- Fascinant, dit-elle.
- Un terme des plus appropriés, approuva le Vulcain. C'est en effet... fascinant.
Il répéta plusieurs fois le mot dans sa tête. Il était simple, élégant, descriptif, soulignant l'intérêt d'un mystère en termes humains, sans trahir la moindre émotion. Fascinant. Il faudrait qu'il s'en souvienne.
L'objet qui les « fascinait» se trouvait à plusieurs milliers de kilomètres devant le navire.
L'équipage de l'Entreprise avait déjà rencontré de nombreux types de phénomènes : des quarks, des quasars, des trous noirs et des déchirures spatio-temporelles... Mais celui-ci était unique.
Vertical, il ressemblait à une fissure instable d'une longueur variant entre deux et cinq kilomètres.
Son centre était sombre ... Si noir qu'aucune lumière ne semblait pouvoir en émaner.
Ils ignoraient encore si la faille était artificielle ou le résultat d'une anomalie physique.
- Une déchirure, dit Spock après quelques instants de réflexion. Une déchirure de la structure de l'espace. Les distorsions qui l'entourent empêchent nos senseurs de la sonder plus profondément. Oui, une déchirure ou...
- Ou quoi? s'impatienta le capitaine.
Pour un explorateur, songea le Vulcain, son commandant devenait trop vite nerveux quand il n'obtenait pas les réponses à ses questions.
- Un portail, finit-il.
Sa déclaration fit le silence sur la passerelle. Seul le vacarme de l'alerte rouge ne cessa pas.
- Navigateur, coupez cette fichue alarme! dit le capitaine.
José Tyler obéit aussitôt.
Christopher Pike s'adossa à son fauteuil, l'air pensif.
- Un portail. Pour où ? ( Son regard bleu perçant se posa sur l'officier scientifique. ) Alors, Spock ?
- Les données sont insuffisantes, capitaine.
- Extrapolez !
Spock se retint de hausser les épaules - une réaction parasite dont il tentait de se débarrasser.
- Il mène de l'autre côté, répondit-il.
Le capitaine soupira, se tournant vers son second :
- Numéro un, vous êtes mon officier le plus expérimenté. Qu'en pensez-vous ?
La jeune femme échangea un regard avec le Vulcain, puis dit :
- M. Spock a raison. Il mène de l'autre côté. Toute autre extrapolation serait sans fondement.
- A moins de traverser.
- En effet, capitaine.
- Est-ce possible ?
Spock se redressa.
- Oui, monsieur. Mais cette manœuvre pourrait s'avérer dangereuse. La structure de la faille spatiale est en fluctuation constante. A la moindre erreur de navigation, l'Entreprise pourrait être coupé en deux.
Le capitaine se leva.
- Ouvrez une fréquence d'appel.
- Fréquence d'appel ouverte, capitaine, répondit Vincent, l'officier des communications.
- Ici le capitaine Christopher Pike, de l'USS-Entreprise. Si quelqu'un reçoit ce message, nous nous trouvons devant une faille spatio-temporelle. Son instabilité rend la traversée difficile. Nous souhaitons savoir s'il existe une forme de vie intelligente de l'autre côté de la fissure. Si vous nous entendez, répondez, je vous prie. ( Il marqua une pause avant d'ajouter : ) Envoyez le message sur toutes les fréquences, lieutenant.
- Bien, monsieur.
Le capitaine s'installa dans son fauteuil, se frottant pensivement le menton :
- D'autres navires ont déjà visité cette zone, n'est-ce pas? questionna-t-il sans s'adresser à quelqu'un en particulier.
Spock consulta les archives, mais numéro un répondit avant qu'il ait fini :
- Deux vaisseaux scientifiques, plus le Potemkine, ont patrouillé dans ce secteur durant les trois dernières années. Je ne trouve aucune mention de cette faille dans leurs rapports, capitaine.
Pike la dévisagea d'un air vaguement amusé.
- Vous avez mémorisé les découvertes de tous les navires, dans tous les secteurs connus, sur les trois dernières années ?
- Non, capitaine, répondit froidement la jeune femme. Sur les cinq dernières.
- Je vois ... Donc, ce phénomène n'existait pas auparavant ?
- A moins qu'il n'ait été en désynchronisation temporelle par rapport à notre univers, fit Spock.
- Comment ça ?
- Il existait peut-être quelques secondes avant ou après le flux temporel de l'Univers. Ainsi, nos instruments n'auraient jamais pu le découvrir. Mais un événement, naturel ou non, peut avoir provoqué un ralentissement ou une accélération du phénomène qui l'a rendu détectable.
Ils attendirent quelques minutes, mais ils ne reçurent aucune réponse.
Pike soupira :
- Très bien, récapitulons : nous avons découvert une faille temporelle qui n'a jamais été détectée auparavant. Il est possible qu'il y ait une forme de vie de l'autre côté, mais nous n'en n'avons pas la preuve. En tout état de cause, il est probable que l'Entreprise ne résiste pas à la traversée. Je me trompe ?
Spock et numéro un secouèrent la tête à l'unisson.
- Tout cela est très intéressant, mais nous devons nous rendre sur Véga IX pour débarquer nos blessés. Nous avons déjà pris beaucoup de retard. Pilote, mettez le cap sur Véga. Passez en vitesse de distorsion cinq.
- Trajectoire calculée, monsieur, répondit l'officier en second.
- En avant, toute.
L'Entreprise s'écarta de la faille spatiale, puis vira de bord pour mettre le cap sur Véga IX.
Pike se leva, se dirigeant vers l'ascenseur. A l'instant où les portes s'ouvrirent, la yeoman Colt manqua le percuter.
- Yeoman ! s'exclama le capitaine, exaspéré. Combien de fois ...
- Rapport de consommation d'énergie, coupa-t-elle, brandissant son bloc-notes informatique comme un bouclier. Vous aviez dit que vous le vouliez ...
- Oui, oui, l'interrompit-il.
Il signa le rapport et le rendit à Colt.
Elle lui sourit, puis baissa les yeux, embarrassée.
Pike soupira intérieurement :
Les femmes ...
Il entra dans l'ascenseur, prenant garde à ne pas regarder la petite yeoman rousse.
Tandis que l'Entreprise s'éloignait, la faille se mit à émettre des pulsations plus régulières.

CHAPITRE II

Les poings de Pike frappaient sans répit le punching-ball. L'officier grognait à chaque impact, se souvenant d'une époque où il aurait pu maintenir ce rythme pendant une demi-heure. A présent, au bout de dix minutes, il perdait son souffle.
Plusieurs hommes s'entraînaient dans la salle de gymnastique; ils ne cessaient de jeter des regards furtifs et admiratifs à leur capitaine.
Chris ne parlait jamais à personne quand il venait faire du sport. Il saluait ses hommes d'un signe de tête, c'était tout.
Au bout de trois minutes, Pike recula, le visage couvert de sueur, sa tunique d'entraînement collée sur la poitrine. Il reprit sa respiration, mais son cœur battait toujours à se rompre.
Chargé d'adrénaline, il parcourut le gymnase du regard, mais personne ne portait de gants de boxe. Déçu, il allait partit quand il vit arriver José Tyler, équipé pour le combat.
- Monsieur Tyler, fit-il, agitant le bras, j'attendais justement un adversaire.
- Eh bien, monsieur ... Je ne pensais pas faire de la boxe.
- Pourquoi portez-vous des gants, dans ce cas ?
- J'ai froid aux mains, ironisa le navigateur.
Pike ne put s'empêcher de sourire.
- Allons, Tyler. Cela nous fera du bien à tous les deux.
Il désigna le tapis d'entraînement.
Tyler soupira, essayant d'ignorer les sourires narquois de ses collègues :
- Si vous le dites, capitaine.
Tandis qu'ils s'apprêtaient à combattre, les autres membres de l'équipage cessèrent leurs activités.
L'officier responsable de la salle tendit aux deux hommes des casques de protection.
Enfin, les deux adversaires furent convenablement harnachés.
- Très bien, Tyler, articula le capitaine malgré le protège-dents qu'il avait dans la bouche. Détendez-vous. C'est un simple exercice. Ne vous en faites pas ... du moins tant que vous vous rappelez qui est le capitaine.
Il était difficile de déterminer si Pike plaisantait, car il le faisait rarement. Même dans ce cas, il gardait un faciès impassible. Tyler soupira encore, puis il se mit en garde.
L'ordinateur tactique qu'était l'esprit de Pike analysa aussitôt l'adversaire. Le navigateur était plus grand et plus jeune que lui, mais Chris disposait de son expérience de boxeur et d'un crochet du droit dévastateur.
Tyler passa à l'attaque, le capitaine esquivant sans difficulté sa série de jabs, lui délivrant un uppercut au menton qui manqua faire chanceler son adversaire.
- Allons, monsieur Tyler, dit-il, vous pouvez faire mieux que ça.
Le navigateur ne répéta pas son attaque; il sautilla autour du capitaine, comme s'il évaluait ses forces.
Agacé, Chris se précipita sur lui.
- Bon sang, monsieur Tyler, c'est un match, pas une square danse.
Il n'eut pas le loisir de terminer sa phrase.
Ni conscience de tomber.
Autour de lui, le monde bascula de quarante-cinq degrés; il se retrouva allongé sur le dos.
José Tyler se pencha sur lui, terrifié.
Puis plus rien.
Quand il rouvrit les yeux, le docteur Phil Boyce était près de lui, secouant la tête. L'homme mûr aux cheveux blonds regardait le capitaine d'un air peu compatissant. Tyler se tenait derrière lui.
- Comment avez-vous réussi ça ? demanda le médecin.
- Un crochet du gauche, dit le navigateur. Docteur, que puis-je faire ?
- Améliorez votre crochet du droit. Le gauche est parfait. ( Boyce secoua la tête, puis montra une main à Pike. ) Chris ... , combien de doigts voyez-vous ?
- Je n'en suis pas sûr, marmonna le capitaine. Le pouce compte-t-il comme un doigt ?
- Vous allez bien.
Avec Tyler et un autre membre de l'équipage, il aida le capitaine à se redresser.
- Capitaine, je suis navré ... , commença le navigateur.
Pike secoua la tête, constatant aussitôt que c'était une mauvaise idée. Il fut pris de vertiges.
- Ne vous en faites pas, monsieur Tyler. Il est réconfortant de vous savoir de notre bord. ( Il se massa la mâchoire. ) Je ne voudrais pas vous avoir comme ennemi.
- Oui, monsieur, fit José, visiblement soulagé.
S'appuyant un peu plus sur Boyce qu'il ne l'aurait souhaité, Pike se laissa raccompagner jusqu'à sa cabine. Le médecin eut le tact de ne rien ajouter avant que la porte se soit refermée derrière eux.

* * * * *

- Vous voulez me dire de quoi il s'agit ?
Christopher contemplait son image dans un miroir; il vit apparaître une ecchymose sur son menton.
- Un match amical, docteur. Un bon moyen de rester en forme.
Le docteur croisa les bras, l'air sceptique.
- Rester en forme n'implique pas de perdre conscience.
- J'ai oublié d'accompagner le coup.
- A ce qu'on m'a dit, il vous a étalé ! Estimez-vous heureux de ne pas avoir la mâchoire disloquée.
- Vous vous inquiétez trop, Phil. Tyler a dix ans de moins que moi. Il ne m'aurait pas fait de mal.
- Si vous réfléchissiez un instant, Chris, vous sauriez que cette différence d'âge aurait pu vous coûter cher.
Secouant toujours la tête, Boyce ouvrit sa trousse. Pike regarda le mini bar du médecin sans rien dire.
- Comme d'habitude ? demanda Phil.
- Un jour, vous sortirez une seringue hypodermique de votre sac pour me ficher une attaque cardiaque !
- Grâce à Dieu, vous aurez un médecin dans les parages. ( Il prépara un martini pour son ami. ) Ça ne vous ressemble pas, Chris. Vous battre contre vos officiers ... Vous mêler aux autres ... Vous avez toujours été ...
- Solitaire ? finit Pike.
- J'allais dire « réservé ».
Il lui tendit son verre.
- Les chambres et les livres de bibliothèque sont réservés. Je suis solitaire. En marge des autres, de leurs sentiments. Peut-être même des miens.
- Ridicule ! rétorqua Boyce. Il y a seulement quelques jours, vous étiez allongé sur ce lit et vous parliez de donner votre démission. Vous disiez être las de prendre des décisions. Maintenant, vous voulez me faire croire que vous ne ressentez rien ! Vous vous inquiétez trop de vos rapports avec l'équipage, Chris. Chaque capitaine a sa méthode. Dans votre cas, il faut maintenir la distance. Avez-vous remarqué que vous appelez plus souvent vos officiers par leur grade que par leur nom ?
Pike plissa le front.
- Non, admit-il.
- Les autres sont tous des « lieutenant Untel », à l'exception de votre humble serviteur. ( Il inclina la tête. ) Numéro un est votre officier en second, aussi avez-vous le droit de l'appeler ainsi. Mais pourquoi ne jamais VOUS adresser à elle par son nom ?
- Je n'arrive pas à le prononcer.
- Plaît-il ? C'est pourtant simple ...
Le médecin fronça les sourcils. Il avait lu le nom de la jeune femme à maintes reprises, mais jamais il ne l'avait dit à haute voix.
- Bon sang ...
- Vous voyez ! railla Chris. Vous voulez savoir ce que mon équipage pense de moi ?
- Pour sûr.
- Nous parlions de numéro un, justement. ( Il but une gorgée de martini. ) Elle nourrit des fantasmes sexuels à mon sujet.
Boyce resta un instant coincé, la bouche ouverte.
- Puis-je vous demander comment vous le savez ?
- Les Talosiens me l'ont dit.
- Je vois. Et comment avez-vous réagi?
- Par rapport à elle ? Je n'ai pas réagi. A ce moment-là, je menaçais les Talosiens.
- Et depuis votre retour, en avez-vous parlé avec elle ?
Pike fit une grimace.
- Non.
- Et ... qu'en pensez-vous ? Y a-t-il..., réciprocité ?
- Je l'ignore, admit le capitaine. On en revient à ce que je disais précédemment. Je me sens en marge des sentiments de mon équipage, et des miens. Je pensais que numéro un était froide, méthodique, sans passion. La femme idéale.
- Vraiment? fit Boyce, amusé.
- Bien sûr. Le problème avec les femmes, c'est que leurs passions dominent leur vie. La prise de décision est un processus intellectuel. Les femmes sont...
- Des parasites ? proposa le médecin.
- Oui ! Exactement. Elles vous distraient avec leurs réactions émotionnelles et...
- Leur apparence ? Leur parfum ?
- Ça aussi.
Boyce s'installa dans un fauteuil.
- La courbe de la nuque d'une femme quand elle relève ses cheveux ? Ou les ondulations de ses boucles quand elle les laisse cascader sur ses épaules ? ( Il sourit. ) La manière dont l'air semble vibrer à chaque fois qu'elle entre dans une pièce ? Ou le souffle de sa respiration qui peut nous brouiller les idées ?
Pike scrutait l'espace depuis un hublot.
- Le scintillement de ses yeux quand elle me regardait, quand son monde se limitait à désirer, dit-il.
Il s'interrompit, conscient que son ami l'observait.
Puis il baissa les yeux sur l'olive qui flottait dans son martini.
- Vina était une femme extraordinaire, n'est-ce pas ? fit Boyce.
Chris haussa les épaules.
- Vous avez lu mon rapport.
- Tout y figure ? Tout ce que vous avez expérimenté ? Tout ce que vous avez ressenti ?
- Ce qui était important.
- Voilà qui ouvre un nouveau débat, dit Phil. Qu'est-ce qui est important ? Et qu'allez-vous faire en ce qui concerne numéro un ?
- Rien. Si elle désirait me faire connaître ses sentiments, elle m'en aurait parlé. Les Talosiens ont violé son intimité. Je refuse de profiter de cette occasion.
L'intercom retentit. Pike se rendit à son bureau, allumant l'écran du terminal.
L'image de son officier en second apparut.
- Capitaine, nous recevons une transmission.
- De Starfleet ?
- Non, monsieur. En provenance de la faille.
Chris se dressa d'un bond.
- La faille ?
- Oui, monsieur.
- J'arrive. Terminé.
Il leva les yeux sur son ami, qui refermait son bar portable.
- L'appel du devoir ? demanda Boyce.
- Oui.
- Ne vous laissez pas trop distraire par numéro un.
- J'essaierai.

* * * * *

Il sortit de sa cabine et prit la direction de l'ascenseur. Il y entra, mais une voix retentit derrière lui avant que les portes se referment :
- Attendez, je vous prie !
Pike se retourna; l'officier scientifique vulcain courait dans la coursive, certainement appelé lui aussi par numéro un. Il boitait toujours, un souvenir de la rencontre d'extraterrestres hostiles sur Rigel.
Bon sang, parviendrons-nous à temps sur Véga pour faire soigner les blessés ?
- Passerelle, dit le capitaine aussitôt que le Vulcain l'eut rejoint. Dites-moi, off... monsieur Spock. Ces derniers temps, vous restez souvent seul.
- Monsieur ?
- Vous ne fraternisez plus autant avec l'équipage qu'auparavant.
Le regard de Spock parut le traverser.
- Aucun règlement ne s'y oppose, monsieur.
- Bien sûr que non. Mais j'aimerais savoir si vous éprouvez des difficultés. Je suis soucieux du moral de mon équipage.
- Vraiment, capitaine ?
- Bien sûr, rétorqua Pike, visiblement vexé par la remarque incrédule du Vulcain. « Inquiétude » est mon deuxième prénom.
- Non, monsieur, votre deuxième prénom est...
- C'est une expression, monsieur Spock. J'étais... curieux, voilà tout.
- Curieux ? Ah, oui! fit Spock comme s'il venait de rencontrer un spécimen intéressant dans un zoo. Une émotion humaine. Capitaine, peut-être suis-je simplement un peu... submergé par les émotions. Parfois, l'air en devient étouffant.
A cet instant, les portes de l'ascenseur s'ouvrirent sur la passerelle.
Pike se raidit.

* * * * *

- Très bien, dit-il, s'installant dans son fauteuil. Qu'avons-nous ?
- Une transmission en provenance de la faille, répondit numéro un. « Soixante-douze heures d'ouverture pour contact. Que voulez-vous ? »
- C'est tout ?
L'officier en second hocha la tête.
Pike s'appuya sur un coude.
- Il y a donc quelqu'un de l'autre côté, dit-il.
- Il semble que ce soit le cas, acquiesça Spock.
- Mais qu'y a-t-il là-bas ? Un autre secteur de la Galaxie ? Une autre galaxie ? Un autre univers ?
- Nous ne le saurons pas sans prolonger le contact, fit remarquer numéro un.
- Et si nous nous rendons sur Véga, nous ne serons jamais de retour avant la fin du délai de soixante-douze heures. ( Chris réfléchit un instant, mais il avait déjà pris sa décision. ) Intercom général.
- Branché, capitaine, répondit Vincent.
- Le capitaine à l'inter, annonça-t-il. 'J'ai le regret de vous annoncer que nous allons prendre du retard. Un phénomène surprenant demande à être étudié; cette occasion ne se représentera peut-être pas. Nous sommes tous las, mais cette mission nous permettra peut-être d'entrer en contact avec une nouvelle civilisation. Après tout, c'est pour ça que nous explorons l'espace. Vous serez tenus au courant des progrès de notre enquête. Capitaine, terminé.
Il se tourna vers José Tyler, chargé de la console de navigation. S'il pensait encore à la manière dont il avait assommé son supérieur un peu plus tôt, le jeune homme était trop professionnel pour le montrer.
- Monsieur Tyler, dirigez-vous sur la faille. Distorsion temporelle facteur sept.
- Trajectoire calculée, monsieur.
- En avant, toute.
Pike s'adossa à son fauteuil, remarquant pour la première fois les ondulations de la chevelure lustrée de numéro un. Avec une sensibilité qui tenait de la télépathie, la jeune femme se tourna vers lui.
- Monsieur?
Il plissa le front.
- Oui, numéro un ?
Elle haussa les épaules.
- Rien, monsieur.
Puis elle se concentra sur son travail.
Pike mesura le fossé qui le séparait de son équipage, mais il refusa d'y penser. Il fixa l'écran principal et les étoiles qui défilaient dans l'hyperespace. Chaque corps stellaire lui rappelait une larme de femme ...

CHAPITRE III

- Elle est ouverte, monsieur.
Spock leva la tête de la console scientifique, essayant de cacher sa surprise.
- L'ordinateur est formel. La faille est stable. Les fluctuations qui auraient pu mettre le navire en danger ont cessé. Le passage est possible.
Pike scruta l'anomalie.
Il était impossible de déterminer ce qui les attendait de l'autre côté. Ils ne voyaient qu'une noirceur insondable.
- Voulez-vous dire que nous devrions entrer dans cette chose ?
- Non, monsieur. Simplement qu'il est possible de le faire.
Chris hocha la tête.
- Des recommandations, numéro un ?
- La prudence, monsieur.
- Vous dites toujours la même chose.
- C'est une bonne idée, quelle que soit la situation, fit-elle froidement.
- Envoyez une communication, ordonna le capitaine. Dites à quiconque se trouvant de l'autre côté que nous attendons des instructions.
La réponse ne tarda pas.
Spock la lut, surpris :
- « Venez nous rejoindre, l'eau est bonne. »
Les officiers de la passerelle échangèrent des regards étonnés.
- Qu'est-ce que ça veut dire ? demanda Pike.
- Nous pouvons supposer que cette race a des pouvoirs télépathiques étendus, répondit numéro un, ou qu'elle est capable de sonder nos mémoires informatiques sans déclencher d'alarme, donc qu'elle est technologiquement avancée.
- Une autre race de télépathes, gémit le capitaine.
- Ils semblent plus ouverts que les Talosiens, fit observer le Vulcain. Ils nous invitent, utilisant une vieille expression humaine pour nous expliquer que les conditions de vie sont adéquates.
- Dites-leur de venir à notre rencontre, ordonna Pike.
Le message fut aussitôt envoyé; la réponse leur parvint encore plus vite que précédemment.
- Ils disent : « Nous n'en ferons rien. »
- Parfait, soupira Chris. Officier scientifique, armez une sonde et préparez-vous à la lancer.
Spock hocha la tête, s'affairant sur sa console. Quand Pike lui donna le signal, il vérifia une dernière fois la télémétrie, puis il lança la sonde dans la faille.
Ils attendirent.
- Des données, officier scientifique ?
Le Vulcain consulta sa console.
- Rien, monsieur. il... attendez ! Les senseurs détectent quelque chose.
- Précisez .
- Sortie de la faille, à 331 point 20 ...
Pike fit pivoter son fauteuil vers l'écran principal.
- Écran, grossissement maximal, sur les coordonnées fournies par M. Spock !
Sur l'écran, l'image se troubla, puis elle se focalisa sur l'extrémité la plus basse de l'anomalie.
Des débris métalliques dérivaient lentement dans l'espace.
- C'est notre sonde, annonça Spock. Elle a été détruite.
- Un message en provenance de la faille ! s'exclama numéro un.
- Que dit-il ?
Il fallut un instant pour que l'ordinateur crache sa réponse. Spock leva un sourcil quand il le lut à haute voix :
- « Petit curieux. »

* * * * *

Dans la salle de conférences, Pike et ses officiers étaient assis autour de la table quand Spock y posa les fragments de la sonde. Numéro un prit un des morceaux les plus petits, l'étudiant avec curiosité.
- Est-ce ce que je crois ?
- Oui, numéro un, lui répondit le Vulcain. J'ai effectué une analyse complète, qui confirme mon hypothèse et la vôtre. Ce morceau de métal est âgé approximativement de 33,4 années.
Le regard du capitaine hésita entre ses deux officiers.
- Comment ? Je croyais que c'était notre sonde !
- En effet, expliqua Spock. Les fragments ont tous cet âge.
- Bon sang, nous n'avons pas lancé cette sonde il y a une trentaine d'années !
- Bien sûr que non, monsieur. Néanmoins, j'ai une théorie qui pourrait expliquer ce phénomène.
- Ne la gardez pas pour vous ! aboya Boyce. Vous ne gagnerez aucun point en nous faisant attendre.
Spock ne broncha pas. Boyce et lui ne s'étaient jamais vraiment bien entendus. Les analyses psychologiques du médecin l'avaient toujours agacé. Cependant, il ne s'en inquiétait pas trop. Dans quelques années, le docteur serait à la retraite; qui que soit le nouveau médecin de bord, il ne se montrerait certainement pas aussi acerbe et ennuyeux que Boyce.
- Les fluctuations de la faille ont créé un champ de distorsion autour de la sonde. Ce n'est pas un simple trou dans l'espace, mais un champ temporel effondré. Peut-être la sonde a-t-elle été envoyée dans l'avenir, ou dans le passé. C'est impossible à dire.
- J'ai la migraine, gémit Boyce.
- Pour résumer, reprit le Vulcain, la sonde a subi les pressions et l'usure d'un voyage de trente ans.
- Et il nous arriverait la même chose si nous tentions de traverser ? demanda Pike.
- Pas nécessairement, intervint numéro un.
Elle fixa Spock, qui savait de quoi elle allait parler.
Il hocha la tête, l'encourageant à continuer.
- Si nous passons en vitesse de distorsion, le champ statique créé par nos moteurs devrait nous protéger des fluctuations temporelles.
- Devrait, répéta Chris.
- La probabilité est de quatre-vingt-dix-huit pour cent, lui dit la jeune femme.
Pike se leva, puis fit le tour de la table d'un air songeur.
- Ce qui signifie qu'il subsiste deux pour cent de possibilités d'échec. Correct ?
- Correct.
Le capitaine continua d'arpenter la salle.
- Si nous passons en vitesse de distorsion, nous n'aurons pas le temps de réagir face à un danger potentiel. Vous me demandez de risquer la vie de l'équipage sur un coup de dés.
- Il semble que les statistiques soient en notre faveur, fit remarquer Spock.
Pike foudroya le Vulcain du regard.
- Ce n'est pas vous qui porterez le fardeau de cette décision. N'est-ce pas, officier scient... monsieur Spock ?
Si Spock remarqua l'hésitation de son capitaine, il n'en laissa rien paraître.
- En effet. Mais vous devriez prendre conscience d'autre chose, capitaine.
Il ouvrit la main droite. Dans sa paume se trouvait un petit appareil triangulaire couvert de circuits imprimés. I! n'était pas plus grand que l'ongle de son pouce.
- Qu'est-ce que c'est?
- Un objet découvert parmi les débris, expliqua le Vulcain.
- Il vient de l'autre côté ? demanda numéro un.
- Ce serait logique. Il semble, d'après mes études préliminaires, qu'il s'agisse d'une puce de conversion d'énergie. Bien plus efficace que celles qui alimentent nos moteurs.
Le chef ingénieur, Caitlin Barry, tendit la main pour recevoir la puce.
Elle la regarda, sidérée.
- Vous en êtes sûr ? questionna-t-elle.
- Ce n'est qu'un des composants d'un système de propulsion infiniment plus compliqué, dit Spock. Nous ne pourrions pas reproduire l'intégralité du dispositif à partir de cet élément. Mais il souligne le niveau technologique avancé de ceux qui se trouvent de l'autre côté de la faille.
- Donc, vous me dites que c'est un appât, fit Pike, prenant la puce des mains de Barry.
- Ou un moyen de nous faire savoir que les risques valent la peine, dit numéro un.
Il n'y avait rien à ajouter. L'équipe de commandement sut instinctivement, à l'expression du capitaine, qu'il avait toutes les données requises pour prendre sa décision.
Un lourd silence plana sur la salle de conférences tandis qu'il considérait les options.
Chris perçut un bruit régulier. La respiration de numéro un. I! se tourna vers Barry :
- Préparez les moteurs de distorsion, ingénieur. Nous allons traverser.

* * * * *

Un peu plus tard, l'équipe de commandement était rassemblée sur la passerelle.
Pike s'adressa à l'ensemble de l'équipage.
- Nous nous apprêtons à entrer dans un secteur inconnu de l'espace, dit-il. Je veux que tout le monde soit à son poste, prêt à intervenir. Le navire est actuellement en alerte jaune. Je ne pense pas qu'il y aura combat, mais nous devons être parés à toute éventualité. Terminé. ( Il se tourna vers numéro un. ) Très bien. Approchons en vitesse d'impulsion jusqu'à deux mille kilomètres de l'anomalie.
- Salle des machines à l'inter, dit la voix de Caitlin Barry dans l'intercom. Nous serons prêts dès que vous en donnerez l'ordre.
Doucement, l'Entreprise approcha du gouffre.
- Lecture des senseurs ? demanda le capitaine.
- Toujours rien, répondit Spock.
- Deux mille kilomètres, annonça l'officier en second.
- Arrêt des machines.
- Arrêt des machines, confirma numéro un.
Devant eux se découpait la faille; sa surface immatérielle bouillonnait.
Pike soupira; il allait plonger avec son équipage dans l'inconnu, dans l'espoir de trouver...
Ils ignoraient quoi.
- Quand vous fixez longtemps l'abysse, il vous contemple lui aussi, dit-il. En avant, toute. Vitesse de distorsion temporelle facteur deux.
Tyler saisit le cap sur l'ordinateur de navigation; numéro un prit une légère inspiration (que seul le capitaine entendit), puis se concentra sur le pilotage.
L'Entreprise bondit, propulsé par ses moteurs. Puis il fut avalé par la faille.

* * * * *

L'univers hurlait dans la tête de Christopher Pike.
Autour d'eux, les étoiles se télescopaient, ne laissant après leur explosion qu'un grand vide pourtant constitué de tout.
Le capitaine poussa un cri silencieux alors que le passé, le présent et l'avenir entraient en collision. Il vit des images qui n'avaient aucun sens. Des flashes provenant d'une réalité devenue démente, des gravures hors du temps.
Il tourna la tête à gauche; il rajeunissait à vue d'œil.
Il regarda à droite; un vieil homme, dans un fauteuil de métal, le foudroyait du regard.
Son âme se glaça.
Sur l'écran, il n'y avait que les ondulations de l'espace, comme si le cosmos était devenu un lac gigantesque.
- Maintenez la puissance ! s'écria Pike.
Il n'était pas sûr que quelqu'un l'ait entendu.
Il doutait même d'avoir dit quelque chose, que ce fût dans le passé, le présent ou l'avenir.
Le navire vibrait comme s'il était sur le point d'exploser.
Soudain, un cri retentit dans l'intercom, en provenance de la salle des machines. Ce n'était pas Barry, mais le lieutenant Scott, le jeune assistant écossais de l'ingénieur.
- Capitaine ! Les moteurs ne supporteront pas longtemps ce genre de traitement !
Ce n'était pas seulement de l'inquiétude. A l'entendre, on aurait pu croire qu'il assistait à l'exécution de ses enfants.
Alors les étoiles réapparurent.
Et les contours du navire autour d'eux.
Devant grossissait à vue d'œil une boule de lumière.
L'Entreprise la dépassa en un clin d'œil.
- Réduisez la vitesse ! s'écria Pike, recouvrant ses esprits. Quittez la vitesse de distorsion ! Coupez le champ statique !
A sa console, numéro un était paralysée, les yeux écarquillés. A sa droite, Tyler avait le visage blême. Il murmurait quelque chose comme « Ma, ma »..
Génial ! J'ai besoin d'arrêter Le navire, et Tyler appelle sa mère !
Chris bondit, écartant le navigateur et la jeune femme pour accéder à la console de pilotage.
Le mouvement du capitaine parut tirer numéro un de sa torpeur. Elle réalisa qu'il lui avait donné un ordre mais le temps qu'elle recouvre le contrôle de ses membres, Pike avait déjà agi.
- Désolée, monsieur, dit-elle.
Soulagé de retrouver un peu de calme sur la passerelle, il répondit :
- Ce n'est rien. Navigateur ?
Tyler fixait toujours un point dans l'espace. Sa lèvre inférieure tremblait.
- Monsieur Tyler, dit Pike plus fermement.
Toujours aucune réponse.
Un instant, il se demanda s'il ne fallait pas appeler Boyce. Puis, sans vraiment mesurer la familiarité de son geste, il posa une main sur l'épaule du navigateur.
- José, vous êtes avec nous ?
Tyler cligna plusieurs fois des yeux.
- Capitaine ?
- Du calme, monsieur Tyler. Dites-nous où nous sommes, je vous prie.
Le navigateur s'empressa d'obéir, comparant les constellations qui entouraient l'Entreprise aux cartes spatiales de l'ordinateur de bord. Pike n'avait pas besoin d'un rapport pour savoir qu'il n'avait jamais vu ce groupe d'étoiles.
Néanmoins, il patienta.
- Autant que je puisse le déterminer, monsieur, dit finalement Tyler, nous sommes quelque part dans les régions les plus reculées du quadrant Gamma.
- C'est à des années-lumière de l'espace exploré, répondit Pike. Vous en êtes certain ?
- Je confirme les analyses de M. Tyler, intervint Spock. Nous sommes à une distance significative de l'espace exploré.
- C'est-à-dire ?
- En vitesse de distorsion sept - que nous ne pourrions pas maintenir longtemps -, il nous faudrait 21.3 années pour rejoindre l'avant-poste de la Fédération le plus proche. Même en avançant à vitesse réduite, nos cristaux de dilithium seraient usés avant notre retour.
- Ce qui veut dire que la faille est notre unique chance de revenir chez nous... A moins de vouloir raconter à nos enfants et à nos petits-enfants comment ils sont devenus les premiers bébés nés à bord d'un vaisseau spatial.
- C'est essentiellement correct, confirma le Vulcain.
- Très bien, soupira le capitaine. Demi-tour. l'ai aperçu quelque chose quand nous sommes sortis de la faille, et je veux aller voir.
L'Entreprise vira de bord et revint en arrière en vitesse d'impulsion. Pendant ce temps, Pike s'assura auprès de la salle des machines qu'il n'y avait aucune avarie.
Enfin satisfait, il se tourna vers Spock.
- Avons-nous des données supplémentaires sur la faille ? demanda-t-il.
Il avait presque peur de poser la question, tant il craignait que l'anomalie ait disparu.
Avec soulagement, il entendit le Vulcain dire :
- Oui, monsieur. Nous la détectons à mark 213 point 8. Les données demeurent inchangées. Mais il y a autre chose ...
- Je vois. Pilote, écran vidéo, grossissement trois.
Sur l'écran, l'image se troubla.
Quand elle se focalisa à nouveau, Pike réalisa qu'il avait gardé la bouche ouverte.
Il la referma aussitôt, espérant que personne n'avait remarqué.
Devant eux se trouvait une planète en feu.

CHAPITRE IV

Spock et numéro un ouvrirent la bouche en même temps :
- Fascinant.
Même ce mot ne rendait pas justice au spectacle qui les attendait.
C'était une énorme planète, à peu près de la taille de Jupiter, qui semblait être la proie des flammes bleuâtres qui couvraient sa surface. Mais ce n'était pas le seul phénomène bizarre.
Autour de ce monde, une série de satellites, reliés les uns aux autres par un système complexe de connecteurs, composaient une immense toile d'araignée. Les satellites n'avaient pas tous la même circonférence, mais leur apparence générale était identique : une cité étincelante protégée par un dôme transparent.
Les seules exceptions se situaient aux deux pôles. Le satellite le plus au sud comptait parmi les plus grands; une gigantesque tour s'y dressait, solitaire.
Celui du pôle Nord était de loin le plus important.
Les bâtiments qu'il abritait étaient bas et larges. Un connecteur plongeait droit sur la planète.
- Analyse ? demanda Pike au bout de quelques instants d'émerveillement.
- Le « feu » de la planète, répondit Spock, ressemble à un plasma auto-régénérant qui alimente le réseau de satellites en énergie sur une base perpétuelle.
- Auto-régénérant ?
- Oui, monsieur.
Le concept était remarquable. Les besoins en énergie de l'Entreprise étaient assurés par les cristaux de dilithium, mais chacun avait une vie prédéfinie. L'idée de l'auto-régénération d'une source d'énergie appartenait encore au rêve.
- Les satellites ?
- Les atmosphères internes semblent être composées d'un mélange respirable d'oxygène et d'azote, mais cet air est plus léger que celui que nous respirons, dit le Vulcain. Pour compenser, je suggère d'injecter du tri-ox aux membres de l'équipe d'exploration.
- Noté. Prévenez l'infirmerie.
Un visage apparut sur l'écran principal.
C'était visiblement un mâle, mais il se révéla difficile de déterminer son âge. Sa face était écarlate, et ses yeux semblaient iridescents. Il n'avait pas de cheveux, mais sur son crâne se remarquait un dessin similaire au réseau de satellites qui entourait la planète. Son nez se limitait à deux fentes, protégées par de fines couches de peau qui vibraient au rythme de sa respiration.
- Message, dit Tyler.
Pike fit un pas en direction de l'écran.
- Je suis le capitaine Christopher Pike, du vaisseau Entreprise.
L'extraterrestre inclina la tête.
- Je suis Zyo, Maître des Constructions des Calligars, se présenta-t-il à son tour.
- Maître des Constructions ?
Zyo haussa les épaules, un geste étonnamment humain.
- Un titre héréditaire. Un honneur rare chez un peuple qui n'en a plus.
Un silence embarrassant suivit.
- Nous ne connaissons pas votre peuple, dit enfin le capitaine.
- Nous non plus, répondit l'extraterrestre. Je suggère donc que nous fassions plus ample connaissance.
- Si vous voulez bien nous dire où nous téléporter ...
Zyo se contenta de sourire.
- Je ne crois pas que cela soit possible, capitaine Christopher Pike. Pour être honnête, vous n'avez aucune idée des remous causés par votre présence chez les Calligars.
- Pourquoi ? Nous ne vous voulons aucun mal.
Le Maitre des Constructions grimaça.
- Nous ne nous inquiétons pas de ça ! Votre simple présence - le fait que nous vous ayons laissé apprendre notre existence -, est la source de cette agitation. Je serais ravi de vous expliquer tout, capitaine, mais je crains que notre entrevue doive se dérouler selon nos termes.
Pike échangea un regard avec numéro un, qui haussa discrètement les épaules: c'était sa manière de montrer qu'elle n'avait pas de conseil à lui donner.
- Très bien, fit Chris. Vos termes ... Tant que cela ne met pas en danger mon navire ou mon équipage.
- Vous êtes le chef de votre peuple. Je respecte cette position. Déciderons-nous d'une heure ?
- Vous connaissez notre système de mesure du temps ?
- Bien sûr, répondit Zyo avec un sourire. Nous avons sondé vos archives informatiques.
- Je ne peux pas dire que j'apprécie. Si nous devons établir des relations diplomatiques, elles doivent se baser sur la confiance. La prochaine fois que vous souhaiterez obtenir des informations, demandez-les nous !
L'extraterrestre hocha la tête.
- Comme vous voudrez, capitaine Christopher Pike.
- Dans une heure ?
Le visage de Zyo fut aussitôt remplacé par la vue des satellites.
Pike se tourna aussitôt vers Spock :
- Officier scientifique, pouvez-vous me dire comment ils ont fouillé nos archives sans déclencher l'alarme ?
Le Vulcain plissa le front.
- Cet exploit trahit une sophistication informatique au-delà des limites de notre science, répondit-il.
- En d'autres mots, vous n'en savez rien.
- C'est exact, monsieur.
- Eh bien, soupira le capitaine, dans une heure, ils seront à bord. Nous pourrons leur poser des questions.

* * * * *

Pike se regarda dans son miroir en lissant sa tunique d'apparat. Il hocha la tête, satisfait de son allure. Il demandait rarement à son équipage de mettre l'uniforme de sortie, mais c'était un premier contact d'un genre tout particulier. Il fallait obéir à l'étiquette.
On sonna à la porte de sa cabine.
- Entrez.
La porte coulissa.
C'était José Tyler; il semblait gêné.
- Capitaine ...
- Oui, monsieur Tyler ?
Le navigateur prit une grande inspiration.
- Je voulais m'excuser de ma conduite sur la passerelle, monsieur. Elle n'était pas... appropriée à la situation.
- En effet. ( Pike resta silencieux un instant, puis il fit signe à Tyler d'entrer. ) Pourriez-vous m'expliquer la cause de cette réaction ?
José baissa les yeux, hésitant.
- Si vous avez fait l'expérience d'un événement troublant, j'aimerais le savoir, continua le capitaine.
Le navigateur soupira:
- J'ai vu ... des choses. Il y avait... cette femme. Elle était... je ne sais plus. C'était un flash, cette femme m'appelait. J'avais l'impression de la connaître, et pourtant je ne l'avais jamais vue. Vous voyez ce que je veux dire ? Capitaine, savez-vous ce qui est arrivé quand nous avons traversé la faille ?
Pike se remémora l'étrange apparition de l'homme dans un fauteuil de métal.
- Je n'en suis pas sûr, dit-il. Je crois avoir vu quelque chose, mais c'était si rapide. A présent que je sais que vous avez eu des visions ... Il faut en parler à Spock. A mon avis, nous avons subi les assauts d'une vague temporelle. Le temps était courbe; nous avons vu des gens qui croiseront ou qui ont croisé notre vie. Vous avez vu votre avenir, Tyler. Une expérience des plus déconcertantes.
José fixa son capitaine; son visage s'éclaira.
- Vous avez vécu la même chose, capitaine ?
Chris hésita, puis il haussa les épaules.
- J'ai vu quelque chose. Je n'ai pas compris quoi sur le moment. J'ai cru un instant que je voyais mon avenir... Si c'est le cas, je ne pense pas vouloir le vivre. Mais vous n'avez pas à vous inquiéter, monsieur Tyler. Il m'étonnerait que vous vous transformiez en femme.
- Moi aussi, monsieur.
D'un coup de tête rapide, Pike se regarda une dernière fois dans le miroir.
- Venez. Allons accueillir nos invités, dit-il.

* * * * *

En arrivant en salle de téléportation, Pike et Tyler retrouvèrent numéro un, Spock, Boyce, Barry et le chef Garrison. L'officier responsable des téléportations, le chef Pitcairn, conférait avec son assistant, Yamata.
Il approcha.
- Capitaine, j'ai cru comprendre que nous allions téléporter quelqu'un à bord.
- C'est exact, chef, répondit Pike.
Il jeta un regard à ses officiers.
Boyce ne cessait de sautiller d'un pied sur l'autre; Chris se souvint que le médecin s'était plaint de la taille de ses bottes d'apparat.
L'uniforme de sortie de numéro un, en revanche, était extrêmement flatteur. C'était une longue robe jaune au col relevé, fendue sur le côté gauche jusqu'au dessous du genou. Habillée ainsi, elle avait l'air parfaitement féminine.
Elle regarda Pike, un sourcil levé, comme pour le défier d'oser une remarque.
Une question du chef des téléportations le tira de sa rêverie.
- Je suis navré, chef, dit-il. Que disiez-vous ?
- Je demandais, répéta Pitcairn, comment nous allions téléporter quelqu'un sans avoir ses coordonnées ?
- Ne vous inquiétez pas de ce détail, chef. Je suis sûr que nos invités ont résolu le problème à leur manière.
Derrière la console, Yamata leva soudain la tête.
- Les circuits du téléporteur viennent d'être activés ! dit-elle. Mais je n'ai touché à aucune commande!
- Ne doutez jamais de votre capitaine, fit Pike, avec un clin d'œil.
A cet instant, les plots de téléportation s'éclairèrent.
Le capitaine prit place devant ses officiers.
Quatre silhouettes se matérialisèrent sur la plate-forme. L'une d'elles était Zyo. Il était accompagné par deux mâles de son espèce, dont un semblait plus jeune. Costaud, il dépassait d'une tête l'homme le plus grand de la salle ( autrement dit Pike ). A sa droite se tenait ce qui devait être une femelle de l'espèce. Selon les standards humains, elle était superbe. ( Mais personne ne savait quels étaient les standards de beauté des Calligars. )
Le vieux Calligar, près de Zyo, affichait une expression désapprobatrice.
- C'est ridicule, dit-il.
Zyo ne lui accorda pas un regard.
- Silence, Alt. Cette discussion est terminée.
- Non, Zyo, répondit l'autre. Ce n'est pas fini.
Pourtant il se tut, se contentant de foudroyer du regard les officiers de l'Entreprise.
Pike fit un pas en avant, puis s'inclina respectueusement.
- Maître des Constructions Zyo, je suis le capitaine Christopher Pike.
A sa grande surprise, l'extraterrestre lui tendit la main droite. Le capitaine remarqua que les doigts des Calligars étaient plus longs et plus effilés que ceux des humains.
- Vous semblez étonné, fit le Maître des Constructions. C'est ainsi que les Terriens se saluent, non ?
- C'est le salut le plus répandu sur ma planète, répondit Chris, lui serrant la main. A l'Académie, on nous apprend à ne pas nous montrer présomptueux. Il existe cinq mondes où une poignée de main est considérée comme un geste obscène, et une planète où c'est une déclaration de guerre.
- Oh ! Voilà qui semble particulièrement désagréable.
Zyo se tourna vers Spock, lui faisant un salut vulcain:
- Paix et longue vie.
L'officier scientifique, surpris, leva un sourcil avant de répondre le traditionnel :
- Longue vie et prospérité.
- Vous connaissez bien votre sujet, fit remarquer Pike.
- Vos archives informatiques sont très complètes, répondit Zyo. D'ailleurs, capitaine, je voulais m'excuser de nos méthodes. Sonder votre ordinateur était le moyen le plus efficace de connaître vos traditions, afin de vous accueillir de la manière la plus agréable.
- Vous auriez pu nous demander notre permission.
- Peut-être auriez-vous dit non.
Pike ne put s'empêcher de sourire.
- Eh bien ... , ce qui est fait est fait. Cela ne portera en aucun cas ombrage à nos relations futures. Puis-je vous présenter mon équipe de commandement ? ( Il les désigna tour à tour, tandis qu'ils s'inclinaient. ) Mon second, numéro un. Spock, l'officier scientifique. L'ingénieur en chef Barry. Le chef Garrison. Tyler, mon navigateur ...
Il s'arrêta quand il réalisa que José Tyler dévisageait les Calligars comme s'il avait vu un fantôme.
- Tyler ?
- Oh ... désolé, monsieur, répondit le navigateur, faisant un effort visible pour s'intéresser au présent.
Qu'est-ce qui ne va pas chez lui ?
- Permettez-moi de vous présenter Alt, dit à son tour Zyo. Si je suis le Maître des Constructions, lui est le Maître du Statut.
- Je dois avouer que la signification de vos titres m'est quelque peu obscure, admit Chris.
- Je vous expliquerai. Quant aux jeunes qui m'accompagnent, voici mon fils, Mocra, et ma fille Ecma.
Le visage de Mocra demeurait impassible ; Ecma leur sourit aussitôt.
- C'est un honneur, dit-elle d'une voix musicale.
Malgré son attitude généralement distante, Pike la trouva charmante.
Il entendit Tyler étouffer une exclamation. Se retournant, il vit que son navigateur ne parvenait pas à détacher le regard de la jeune Calligare.
Pourquoi était-il soudain obsédé par Ecma ?
- Ec ... ma ...
Ma !
Bon Dieu ! Tyler n'appelait pas sa mère ... Il murmurait le nom de la femme qu'il n'avait pas encore rencontrée !
Tyler surpris son regard. A voix basse, il confirma ce que le capitaine pensait :
- C'est elle.
Parfait ! Comme si la situation n'était pas déjà assez compliquée !

CHAPITRE V

Une grande variété de plats provenant des différents mondes de la Fédération, avaient été disposés sur les tables. Zyo se délectait de goûter à tout ce qu'on lui proposait. Celui qui se nommait Alt sembla insister pour rester dans un coin, l'air mécontent, mais Boyce se donna la mission de le sortir de son mutisme forcené. Durant le buffet, Pike surprit le médecin en train de servir au Maitre du Statut une boisson dont il n'aurait pas voulu connaître l'origine.
Chris remarqua aussi que Tyler passait le plus clair de son temps à discuter avec la femme appelée Ecma. Elle paraissait ravie de s'entretenir avec lui, mais le capitaine ne pouvait s'empêcher de s'inquiéter.
Alors que Zyo conférait à bâtons rompus avec Spock et numéro un, il approcha du couple et, après s'être éclairci la gorge, il demanda à Ecma si elle pouvait excuser Tyler le temps qu'il lui parle.
- Y a-t-il un problème, capitaine ? demanda le navigateur, perplexe.
Pike but une gorgée d'alcool.
- C'est à vous de me le dire, répondit-il.
- Si vous voulez parler de ma discussion avec Ecma ...
- N'oubliez pas, lieutenant, où vont vos priorités.
- Monsieur, je la trouve particulièrement fascinante. Elle est intelligente, espiègle, et très intéressée par m ... par nous. Mais je n'ai pas l'intention d'oublier mon devoir d'officier de Starfleet !
- Bien, répondit le capitaine. Assurez-vous-en.
Tyler acquiesça, puis il retourna voir Ecma. Pike éprouvait toujours la même incertitude. José Tyler était un excellent navigateur et un bon officier, mais il tendait à être un grand romantique : une combinaison explosive.
Zyo choisit cet instant pour poser son verre et faire une annonce :
- Capitaine Pike ... , officiers ... , vous vous êtes montrés très patients, et extrêmement civilisés. Je crois que l'instant est venu de vous expliquer qui nous sommes et ce qui se passe ici.
Pike abandonna sa coupe et croisa les bras.
- Je suis tout à fait d'accord, acquiesça-t-il.
Le Maître des Constructions hocha la tête.
- Les Calligars, comme vous l'avez sans doute deviné, sont un peuple particulièrement avancé.
- Bien plus avancé que vous, ajouta Alt, légèrement éméché. N'en prenez pas offense.
- Ne vous en faites pas, le rassura Chris, amusé.
Ils sont peut-être avancés, mais ils ne tiennent pas mieux l'alcool !
Zyo paraissait conscient de l'ébriété de son compagnon, mais il semblait s'en amuser autant que le capitaine.
- Oui, nous sommes avancés, reprit-il, mais nous restons un peuple solitaire. Nous n'avons pas de voisins, ce qui nous a sans doute aidés à nous développer. Notre philosophie est celle de l'isolement.
- La nôtre est différente, intervint Pike. Mais nous n'interférons pas dans les affaires des autres planètes.
- Une philosophie solide.
- Mais elle n'a pas fait de nous des isolationnistes, ajouta Chris. Seulement des explorateurs prudents.
- Sous cet aspect, vous êtes peut-être plus en avance que nous.
Cette remarque eut pour effet un toussotement de Alt. Mais, avant de prendre la parole, il chancela. L'intervention rapide de Mocra l'empêcha de tomber complètement.
Ecma ne put se retenir de pouffer. Elle posa la tête sur l'épaule de Tyler - un geste qui fit aussitôt se redresser le navigateur.
Il la repoussa gentiment.
- Cependant, reprit Zyo, bien que nous n'ayons jamais recherché le contact, il a été décidé, à titre purement hypothétique, que nous ne pourrions pas ne pas répondre si d'autres races nous contactaient.
Ecma prit la parole :
- Mon père est un des défenseurs les plus acharnés de cette philosophie. Et Alt son adversaire le plus coriace.
- C'est exact, rétorqua Ait avant de roter.
- Étant le Maître des Constructions, continua Zyo, je supervise les progrès des Calligars. Alt, pour sa part, est responsable de notre croissance sociale et philosophique. Comme notre société n'est pas vouée à la croissance ...
Cette dernière affirmation parut tirer Alt de sa torpeur. Il pointa le doigt sur Zyo.
- C'est une interprétation grossière des choses, déclara-t-il. Vous le savez, Zyo. Mais vous simplifiez parce que vous pensez que ces... personnes... ne peuvent comprendre les subtilités de la philosophie calligare : l'Harmonie, et l'Esprit...
-Alt !
Le Maître des Constructions interrompit son compagnon avec une fureur à peine contenue. Les yeux d'Alt parurent s'embrumer un instant, puis il prit conscience de ce qu'il venait de dire. Il baissa la tête comme un pénitent.
Zyo se tourna vers Pike.
- Il est curieux que je fasse plus attention à notre philosophie que Alt. Mais il semble surtout que j'ai les idées plus claires ... ( Il reprit son exposé. l A cause de notre refus de l'expansionnisme, nous n'avons pas de programme d'exploration spatiale. En fait, nous n'avons pas d'autres véhicules que ceux qui nous servent à parcourir le RéseauMonde.
- C'est ainsi que vous appelez les cités qui encerclent cette planète ? demanda numéro un.
- En effet. C'était autrefois notre monde. Nous avons failli le détruire par la pollution. Il y a plusieurs de vos siècles, il est devenu inhabitable. Au départ, nous avions l'intention de coloniser d'autres planètes. Mais nous nous sommes aperçus que c'était inacceptable. L'expansionnisme spatial était une mauvaise solution à nos problèmes de pollution. Nous aurions recommencé les mêmes erreurs sur d'autres mondes. Pour finir, il a été décidé...
- Qui a décidé ? demanda Pike. Vous avez un gouvernement ?
- Il a été décidé, reprit le Maître des Constructions, sur un ton qui ne laissait pas de place aux questions, que nous devrions résoudre nos problèmes sans les infliger à d'autres planètes. Si nous ne pouvions pas réparer le mal que nous avions fait, nous ne méritions pas de survivre.
- Décision intéressante, coupa le capitaine.
- C'était celle qui nous paraissait la plus ... ( Ecma sembla chercher le mot adéquat ) ... humaine.
- Cela a conduit à la découverte scientifique que vos senseurs ont détectée, continua Zyo. Le plasma auto-régénérant qui alimente notre RéseauMonde.
- En surface, c'est en contradiction avec les lois de la thermodynamique, dit Spock.
- Nous avons fait appel aux articles d'une cour supérieure, répondit le Calligar. A partir de cette découverte, nous avons construit le RéseauMonde. Ainsi, nous avons pu renforcer notre philosophie d'isolement, une tâche facilitée par ce secteur retiré de la Galaxie. Nos voisins les plus immédiats sont les membres du Dominion; ils se trouvent à plusieurs dizaines d'années-lumière. Hélas, la structure même de la Galaxie s'est rebellée contre nous.
- La faille ? demanda Pike.
Zyo acquiesça.
- Donc ce n'est pas un phénomène artificiel ? interrogea Spock, visiblement surpris.
- Pas le moins du monde. Il est naturel. En règle générale, il reste indétectable. Cependant. .. ( il effectua un rapide calcul mental ), la faille s'ouvre approximativement tous les 33,4 ans terrestres.
- Brigadoon, fit Tyler.
Tout les regards convergèrent sur lui. Le navigateur, embarrassé, haussa les épaules.
- C'est une vieille histoire, dit-il. Un endroit où tout le monde dort, à l'exception d'une journée tous les cent ans.
- Intéressant, apprécia le Maître des Constructions. Donc, Brigadoon, si vous voulez. L'anomalie s'ouvre et se stabilise pendant environ soixante-douze heures.
- Environ ? répéta Chris.
- Oui, aussi je vous suggère de surveiller de près l'activité de la faille. A moins que vous désiriez devenir nos invités permanents. Nous avons appris que la vie se développait dans d'autres quadrants de la Galaxie. J'admets avoir ressenti une certaine curiosité quant à sa nature et à la direction qu'elle prenait. Certains, comme moi, désiraient entrer en contact avec ces civilisations. D'autres ( il jeta un regard à Ait) pas. Aucune importance. Quand vous êtes entrés en contact avec nous, votre transmission a causé plus d'un remous. Heureusement que vos communications subspatiales voyagent plus vite que la lumière, sinon, nous n'aurions jamais pu vous répondre.
- En effet, fit Pike. Donc ... où cela nous mène-t-il ?
Zyo écarta les bras et déclara:
- Nous désirons discuter philosophie avec vous, ainsi qu'éclaircir des subtilités que nous n'avons pas comprises lors de notre étude de vos archives informatiques. Nous voulons vous connaître en tant que... voisins potentiels.
- Ridicule! s'exclama Alt. Nous entendons nous assurer que vous n'êtes pas des barbares guerriers. Un jour, vous serez capables d'explorer notre secteur spatial. Nous devons savoir ce qui nous attend.
- Je puis vous assurer que nous serons tous morts avant cette époque, répondit Chris. La Fédération, en tout cas, respectera votre désir d'isolement.
- C'est ce que vous dites pour l'instant, objecta le vieux Calligar. Cependant, comme vous venez de le faire remarquer, le contact peut se prolonger après la fin de votre vie. Qui sait ce que nous réserve l'avenir de votre Fédération ? Il est donc prudent de vous connaître.
- Nous n'avons aucun secret. Je suis certain que nous pourrons apaiser vos inquiétudes.
- C'est tout ce que nous désirions savoir, reprit Zyo. Demain, je vous ferai visiter une de nos plus grandes cités. Ainsi, vous aurez un autre point de vue sur les Calligars. En attendant, pour vous assurer de notre sincérité ... ( Il se tourna vers Spock et numéro un. ) En fouillant vos archives, j'ai appris que votre ordinateur avait été conçu par un homme appelé Richard Daystrom. Est-ce exact ?
- Le docteur Daystrom est en effet l'inventeur des ordinateurs duotroniques, expliqua le Vulcain. Depuis, il a procédé à de nouvelles recherches.
- Amélioration de l'accessibilité des données, dit numéro un. Le mois prochain, nous devrions ...
Elle s'arrêta, se demandant si elle avait le droit d'en parler. Un signe de tête de Pike la rassura.
Elle reprit:
- Il est prévu, lors de notre escale à la prochaine base stellaire, d'installer de nouveaux composants plus performants : questions et réponses vocales en remplacement des impressions papier et de certains écrans. Daystrom a conçu le nouveau modèle. Il est en construction.
- Les composants sont dans votre cabine, lui dit le Maître des Constructions.
Ils le fixèrent sans comprendre.
- Je vous demande pardon ? demanda la jeune femme.
- Les composants ont été déposés dans votre cabine.
- Mais ils sont encore en phase de construction !
Zyo sourit.
- Je le sais, mais tous les travaux de recherche sont terminés. Nous avons puisé les plans dans votre ordinateur et nous avons fabriqué les composants. Cela n'enlève rien au génie de votre docteur Daystrom. Si vous le désirez, vous pourrez comparer nos composants et les siens. Ils sont identiques en tous points, je vous l'assure.
- Vous êtes en train de nous dire, intervint Pike, que vous avez étudié les plans du docteur Daystrom, et que vous avez fabriqué les composants... en une journée ?
- Certainement pas en un jour, capitaine Pike !
- En combien de temps, alors ?
- Cinq minutes, répondit Zyo en souriant.

* * * * *

Personne ne se souvenait avoir vu numéro un courir dans les couloirs de l'Entreprise, surtout en robe de soirée. Néanmoins, les membres de l'équipage, ahuris, s'écartaient pour lui laisser le passage.
Derrière elle sprintait Spock.
Quelques instants plus tard, ils atteignirent la cabine de la jeune femme. Une caisse était posée sur sa table.
Numéro un l'ouvrit, écarquillant les yeux devant son contenu.
Elle renfermait tous les composants dont elle avait entendu parler dans les rapports scientifiques, délicatement nichés dans une matière souple.
Elle pointa le doigt sur le plus grand et annonça:
- C'est le module d'interface A3.
Spock en désigna un autre :
- L'intégrateur de logique modèle 83.
Les deux officiers échangèrent un regard.
- C'est incroyable, dit numéro un. Tout est là !
C'était la première fois que le Vulcain entendait l'officier en second parler avec une telle excitation dans la voix. Elle parvint cependant à museler son enthousiasme.
La passion de la jeune femme, en dehors de son travail, était l'informatique. Elle discutait souvent de longues heures avec Spock des limites de leur système et des possibilités que réservait l'avenir.
Le Vulcain avait souvent l'impression que numéro un était plus compétente qu'elle ne le laissait paraître. Il comprit qu'il avait une chance de vérifier son hypothèse.
Elle l'interrogea:
- Pouvons-nous le faire ? Pouvons-nous l'installer ?
Spock réfléchit un instant avant de répondre :
- Nous devrons au préalable étudier les composants pour nous assurer qu'ils sont bien ce qu'ils paraissent. La prudence prescrit que ...
Elle fit un geste de la main.
- Cela ne nous prendra qu'une heure. Après ça... sommes-nous capables de le faire, Spock ?
Il hocha lentement la tête.
- Je le crois.
- Fantastique ! Mettons-nous au travail.
- Maintenant ?
Elle le fixa.
- Avez-vous mieux à faire, monsieur Spock ?
- Non.
- Dans ce cas, allons-y !

CHAPITRE VI

- C'est incroyable !
José Tyler se tenait au milieu d'un désert. Il sentait la chaleur intense du soleil lui frapper le crâne.
- C'est... c'est incroyable, répéta-t-il.
Ecma souriait.
- Voulez-vous voir autre chose ?
- Comme quoi ?
- Comme... ce que vous désirez.
Elle haussa les épaules. Autour d'eux, le monde se troubla pour devenir une montagne d'une blancheur immaculée. Baissant les yeux, José s'avisa que ses pieds disparaissaient dans la neige. Sa respiration se condensait devant sa bouche.
- Incroyable ! s'exc1ama-t-il encore.
L'air était glacial; il était heureux de porter la veste grise standard de Starfleet.
- Il y a eu des discussions, des théories sur la technologie holographique, expliqua Tyler. Mais cela va au-delà de nos idées les plus folles. De l'holographie, mais...
- Substantielle, affirma Ecma. La création et l'évaporation instantanées de la matière.
- Évaporation ?
- Nous pouvons modifier cet environnement à volonté. ( Elle tendit la main. ) Venez.
Il lui prit la main et marcha à son côté, toujours sidéré par ce qui l'entourait. Il lui était difficile de croire qu'il se trouvait à bord d'une des cités-satellites du RéseauMonde calligar.
- Je n'imagine pas que la Fédération dispose un jour d'une technologie aussi avancée, dit José, ramassant une boule de neige.
- Pourtant, ce sera le cas, répondit la jeune Calligare. Nous avons étudié la courbe de votre croissance scientifique. Nous estimons que vous aurez atteint un niveau technologique similaire dans six de vos décennies.
- Vous voulez dire que je verrai ça avant ma mort ? ( Le navigateur secoua la tête. ) Remarquable.
Il soupesa sa boule de neige, apparemment satisfait.
- La neige est excellente.
- Pour quel usage ?
Il la dévisagea, surpris.
- Faire des boules ! Vous n'avez jamais fait de boules de neige ?
Elle secoua la tête.
- Je connais la neige. Je me suis familiarisée avec tous les environnements qui existaient autrefois sur notre planète. Mais pourquoi fabriquer une boule de neige ? Dans quel but ?
Il la fixa pendant un instant, courut pour s'éloigner assez d'elle, puis lança sa boule.
Il avait bien visé. La neige la toucha à l'épaule.
L'impact la surprit tant qu'elle en tomba sur le postérieur.
Tyler l'aida à se relever, riant.
- Pourquoi avez-vous fait ça ? demanda Ecma.
- C'était... Eh bien, c'était supposé être drôle.
Elle le foudroya du regard.
- Drôle ?
- Oui, très amusant.
José commençait à se sentir coupable.
- Je ne comprends pas. Je n'ai rien fait pour vous blesser. Je suis amicale envers vous; j'obéis à mon père en vous faisant une démonstration de notre technologie holographique. Et que faites-vous ? Vous utilisez nos merveilles scientifiques pour créer une arme...
- Grand Dieu non !
- Une arme primitive, c'est certain. Mais une arme, que vous employez sur la personne qui vous guide. Je le demande, lieutenant, sont-ce là les actes d'une race intelligente ? D'une civilisation évoluée ?
Tyler se détourna, embarrassé et honteux.
- Écoutez. Ce n'était pas un acte hostile. C'était... de l'humour déplacé. C'est tout. ( Il pivota la tête pour regarder son hôtesse. ) Vous savez, parfois notre sens de l'humour peut être...
Une boule de neige le frappa entre les deux yeux. Ecma le montra du doigt en riant.
- Vous aviez raison, lieutenant. C'est très drôle !
- Oh ! Vous...
Il se précipita sur elle, mais elle esquiva son attaque en dévalant une pente neigeuse. Tyler se laissa glisser sur le ventre pour la poursuivre.

* * * * *

L'architecture calligare comptait parmi les plus impressionnantes jamais vues par Pike et Boyce. Une promenade dans une des artères les plus importantes de la cité leur permit d'admirer les colonnes qui les entouraient. Au-dessus d'eux, les étoiles brillaient au travers du dôme transparent qui protégeait la ville. Pike distinguait quelques connecteurs menant aux autres satellites.
- Quelle est la fonction de ces immenses câbles ? demanda-t-il.
- Elle est double, expliqua Zyo. Ils relient les systèmes de base du RéseauMonde, et ils servent de moyen de transport entre les cités. Celui qui désire se rendre sur un autre satellite est mué en flux de particules et envoyé par connecteur.
- Vous dites qu'ils relient aussi les systèmes de base. Puis-je vous demander comment ?
Le Maître des Constructions sourit.
- Vous le pouvez.
Boyce remarqua qu'ils étaient la cible des regards de tous les Calligars, mais personne ne venait leur parler. Ils étaient des objets de curiosité et d'intérêt, au même titre que des monstres de cirque. Mais rien de plus.
- Nous arrivons chez moi, annonça Zyo, traversant une porte.
Le métal parut se séparer pour le laisser passer, puis reprendre sa place originelle.
Pike et Boyce échangèrent un regard. Le capitaine fit un geste grandiloquent.
- Après vous, docteur.
- Vous êtes trop aimable, railla Phil.
Il fixa la porte, prit une grande inspiration, puis avança.
Le métal l'engloutit, comme il l'avait fait pour Zyo. Pike se demanda ce qu'il était advenu du docteur.
Finalement, il s'avança...
Et il éprouva une sensation bizarre. Il ne respirait plus parce qu'il n'en ressentait pas le besoin. C'était comme si le métal lui fournissait ce qu'il lui fallait pour vivre. Pike avait l'impression de pouvoir survivre indéfiniment à l'intérieur de la porte.
Mais la perspective d'une telle existence ne l'enchantait guère.
Il fit un autre pas.
De l'autre côté, il n'y avait pas de pièce.
Du moins, rien que Chris puisse reconnaître comme tel. Il était entouré par un vide blanc. Il n'y avait rien au-dessus de lui, et rien...
Rien au-dessous !
Aussitôt pris de vertige, Pike retint une exclamation.
Son esprit lui disait qu'il allait plonger dans un abîme sans fond. Il resta un instant immobile, enveloppé par cette blancheur moqueuse.
Il n'y avait toujours aucun signe de Zyo ou de Boyce.

* * * * *

Les collines couvertes de neige avaient cédé la place à une paisible forêt. Ecma marchait d'un pas sûr dans le sentier, suivie par Tyler.
Elle avançait avec une grâce que le navigateur trouvait intrigante.
Elle était captivante.
Toutes ses alarmes internes sonnaient en même temps. José avait la fâcheuse habitude de tomber amoureux des femmes au premier regard, et d'imaginer aussitôt les possibilités qui s'offraient à lui. Mais ses fantasmes étaient invariablement réduits à néant. Garrison l'avait un jour surnommé « Latin Lover ». Alors Tyler s'était senti obligé d'être fidèle à sa réputation. Avoir subtilisé la petite amie de Garrison n'avait rien fait pour améliorer ses relations avec l'autre officier.
Le problème du navigateur était simple : quand il se sentait attiré par une femme, il ignorait si c'était par esprit de compétition ou parce qu'il éprouvait quelque chose pour elle.
- Parlez-moi un peu de vous, demanda-t-il. Je sais seulement que vous êtes la fille de Zyo. Avez-vous une mère ? Pourrais-je la rencontrer ?
- Non. répondit Ecma. Elle n'est plus là.
- Oh. je suis navré. Elle est morte. c'est ça ?
- Son temps était venu.
Elle dit ces mots sur un ton de détachement forcé. Il était clair qu'elle n'en révélerait pas plus; Tyler changea de sujet :
- Avez-vous un travail ou une occupation ?
- Oui. je suis la fille de Zyo.
- Et qu'est-ce que cela signifie ?
Elle lui sourit.
- Essayeriez-vous de me soutirer des informations. lieutenant ?
- Eh bien. je...
Ecma éclata de rire. un son cristallin qui accentuait son exotisme ( comme si une peau rouge et des fentes nasales n'étaient pas assez exotiques ! ).
- Ne vous en faites pas. dit-elle. Il est compréhensible que vous soyez curieux. Après tout. il en est de même pour nous. ( Elle marqua une pause. ) Comme vous le savez. mon père est le Maître des Constructions. Je suis son apprentie... ce qui ne sied pas à mon frère.
- Pourquoi ?
- Parce qu'il est l’aîné. Mais mon père pense que l'ai un penchant plus prononcé pour la technologie.
- Ce genre de hiérarchie est toujours déterminé par l'âge ?
- Cela dépend. soupira Ecma. D'après mon frère. oui. D'après mon père. non.
Tyler entendit un bruit de cascade. Au détour du sentier. ils aperçurent la source du son. C'était un magnifique lac à l'eau cristalline dans lequel se jetait un torrent. L'odeur des pins flottait dans l'air pur.
Ecma prétendait que cette extraordinaire technologie serait à la disposition des humains avant la fin de sa vie. Il imagina un environnement similaire dans une salle. à bord d'un navire...
Il se retourna vers la jeune Calligare, ouvrant la bouche pour parler, mais il s'arrêta aussitôt. Ecma ôtait sa tunique.
- Heu... excusez-moi... mais que faites... ?
Trop tard.
Sa poitrine nue démontra au navigateur qu'elle était similaire aux humaines.
- Écoutez, Ecma...
- Quelque chose ne va pas ? demanda-t-elle. Venez nager.
- Je ne crois pas que ce soit une bonne idée.
Elle finit de se déshabiller; Tyler constata que le reste de son corps était identique à celui des Terriennes.
Bon Dieu ! Des comparaisons biologiques ! Je suis dans l'espace depuis trop longtemps !
- L'eau est bonne, dit-elle. C'est un de mes endroits favoris.
Elle plongea.
L'observant en train de nager, José sentit son sang cogner à ses tempes, éveillant chaque pouce de son corps.
Ecma se retourna vers lui et lui fit signe de la rejoindre.
- Oh, bravo ! soupira-t-il.

* * * * *

- Docteur ! appela Pike. Phil !
- Inutile de crier, capitaine, répondit la voix de Boyce.
Une porte parut se découper dans la blancheur. Le médecin, suivi de Zyo, apparut dans l'encadrement, 1'air inquiet.
- Je suis ici, continua le docteur.
- Zyo, qu'est-ce que tout ceci ? demanda Chris.
- Eh bien, comme je l'expliquais à votre ami, répondit patiemment le Maître des Constructions, nos maisons sont subjectives.
- Subjectives ?
- C'est le top en matière de « foyer » ! s'exclama Boyce. Vous ne le voyez pas encore parce que vous êtes trop énervé.
- Voir quoi ? fit le capitaine, essayant de cacher son exaspération.
- Nos environnements privés dépendent des goûts et des caprices des individus, continua Zyo. C'est une sensation subliminale.
- Subliminale ? s'étonna Pike, s'asseyant dans un fauteuil moelleux. Comment un décor peut-il être subliminal ?
- L'ensemble provient de votre subconscient, reprit le Calligar. Ainsi, vous n'êtes jamais la victime du goût du propriétaire. Vous créez votre propre environnement.
- Vous voulez dire que chacun voit une pièce différente ? demanda le capitaine, en tambourinant sur une table en teck.
- C'est exact, fit Boyce, excité. Par exemple, pour moi, nous nous trouvons dans un salon Louis XIV. l'ignore ce que vous voyez.
- Je ne vois...
Alors, Chris réalisa qu'il était assis dans un fauteuil, près d'une table. Il jeta un coup d'œil autour de lui. La pièce lui rappelait l'intérieur d'un galion espagnol de la Renaissance, tout en bois sombre et en tapisseries chamarrées.
- Très impressionnant, dit-il enfin.
- Pas pour nous, répondit le Calligar. Mais je suis heureux que vous trouviez notre « gadget » intéressant. Vous adonnez-vous à la peinture, capitaine ?
Chris haussa les épaules.
- Un peu, dans ma jeunesse. Mais je crains d'être très mauvais.
- Venez avec moi, dans ce cas.
Pike se leva pour le suivre, ralentissant le pas quand il arriva au niveau du médecin.
- Louis XIV ? questionna-t-il.
- Je suis sentimental. Que voyez-vous, Chris ?
- L'intérieur de ma cabine, c'est tout. Vous me connaissez, docteur... Aucune imagination !

* * * * *

L'imagination de Tyler galopait tandis qu'il ouvrait sa veste.
Il se voyait déjà plongeant dans l'eau pour rejoindre la belle, nageant vers elle d'une brasse régulière. il l'attirait vers lui, les jambes de la jeune femme s'enroulant autour de ses reins...
Le capitaine !
Il le vit arriver sans prévenir, les mains sur les hanches, l'air furieux. La colère, le sermon, les moqueries sur le navire quand...
José s'éclaircit la gorge; ses cordes vocales étaient paralysées.
Enfin, il trouva la force de parler :
- Heu... je crois qu'il vaut mieux que je reste ici.
- Oh, mais l'eau est si merveilleuse !
- Pas autant que... ( Il s'interrompit, puis s'assit sur un rocher. ) Je crois qu'il vaut décidément mieux que je reste ici. Parlez-moi... parlez-moi encore de votre peuple. En quoi croyez-vous ?
- Croire ?
Elle nageait sur le dos.
Bon Dieu, pourquoi faut-il qu'elle nage comme ça ?
- Heu... Oui. Croyez-vous en Dieu ? Ou en un Créateur ?
Elle se retourna, laissant - grâce à Dieu -, son corps disparaître sous l'eau.
- Bien sûr. répondit Ecma.
- Très bien. Heu... Donc ?
- J'ai foi en mon père. Il est le créateur de toutes choses. Il est le Maître des Constructions. comme son père avant lui. sa mère avant lui. et d' autres auparavant. ( Elle sourit. ) Et un jour. ce sera mon tour... Mon frère sera furieux !
Elle plongea. La cambrure de ses reins le nargua un instant avant d'être engloutie par les flots.
- Oui. vous pouvez le dire.
Il lui avait répondu. mais elle ne l'entendait certainement pas. En réalité. elle ne le voyait pas. ce qui ne l'empêcha pas de croiser les jambes et de tousser bruyamment.
Elle jaillit de l'eau à quelques mètres de lui. continuant de nager.
Essayant de s'en tenir aux questions professionnelles.
José reprit :
- Et que pensez-vous qu'il arrive après votre mort ?
Une ombre obscurcit momentanément le visage d'Ecma, mais il disparut aussitôt.
- Est-ce important ?
- Eh bien... Pour moi. oui.
- Pour moi non. Je m'intéresse à bon nombre de choses : la bio-ingénierie. l'holographie... toutes sortes de choses. Mais pas à ce qui arrive après la mort. J'aime trop la vie.
Elle avança vers lui telle Vénus sortant des eaux.
Bizarrement. sa peau semblait imperméable : sur elle, les gouttes d' eau glissaient comme sur une toile cirée.
Souriante. elle approcha de Tyler.
Il recula.
- Vous savez. je suis un bon officier de Starfleet et...
- Vous vouliez en savoir plus sur notre philosophie ? coupa Ecma. Nous ne croyons pas aux idées mais en nos sentiments.
Elle caressa doucement sa tunique; son contact avait quelque chose d'électrisant.
- Il y a ( Il s'éclaircit la gorge) des règles...
Elle le mordilla à la base du cou, puis sa langue suivit le contour de sa mâchoire. Enfin, elle enfouit son visage dans son cou.
- Enfin..., balbutia Tyler, ce sont plus des guides que des règles.
Berna lui massa les tempes d'une manière qu'il n'avait jamais expérimentée. Cela ajouté au jeu de sa bouche sur son cou, l'humain se sentit pris de vertiges.
Eh bien... le capitaine a dit qu'il fallait en découvrir le plus possible sur ces gens...
Il suivait les ordres, après tout.

* * * * *

Le communicateur de Pike sonna; il le déclipa de sa ceinture et l'ouvrit.
- Ici le capitaine.
- Ici Barry, monsieur, répondit le voix de l'ingénieur. Leur système d'énergie est, remarquable.
- Vous y avez accès librement ? s'étonna Chris, jetant un coup d'œil à Zyo.
Le Calligar secoua la tête.
Barry confirma aussitôt la réponse négative du Maître des Constructions :
- Non, monsieur, il y a des secteurs que je ne peux pas visiter. On me dit que c'est trop sophistiqué pour que je comprenne.
Le ton offensé de la jeune femme était évident. Barry n'avait jamais été douée pour cacher son indignation.
- Comme vous le savez, capitaine, expliqua Zyo, nous sommes prudents quand il s'agit d'expliquer notre technologie. Nous ne voulons pas porter votre évolution au-delà du niveau que vous êtes capables d'atteindre pour l'instant.
Quelle délicatesse ! pensa Pike, mais il se retint de le dire.
Zyo avait raison, bien sûr, La Fédération eût agi de même si la situation aurait été inversée. Sur une planète où l'évolution technologique permettait la construction d'un revolver, l'Entreprise n'aurait jamais expliqué le fonctionnement d'un fuseur.
- Contentez-vous de ce qu'on vous montre, lieutenant Barry, dit Chris. Ce que vous pourrez apprendre suffira.
- Bien, monsieur. Terminé.
Pike se concentra sur la toile qui se trouvait devant lui. Le tableau était à moitié terminé. Zyo et Boyce l'étudiaient avec intérêt.
- Impressionnant, pour quelqu'un qui ne se dit pas artiste, fit le Maître des Constructions.
- Je ne vous savais pas capable de peindre ainsi, capitaine, ajouta le médecin.
La « toile » était le nom que Pike lui donnait, mais ce n'en était pas une, juste un rectangle de matière transparente. Suivant les instructions du Calligar, il avait invoqué l'image la plus claire possible dans son esprit. Alors, un dessin était apparu sur la « toile », comme par magie. Selon l'œil expert de Boyce, il s'agissait d'une danseuse d'Orion, mais il n'en était pas sûr,
A présent, Chris intégrait les détails.
Oui, c'était bien une esclave d'Orion. Sa peau verte était reconnaissable. Elle était nue, un détail érotique qui étonna le médecin.
Il se pencha et murmura à Pike :
- Une de vos connaissances ?
- Non.
- Ne serait-ce pas Vina ?
- Non, répondit le capitaine, sur un ton plus ferme.
Boyce jugea préférable de ne pas insister.
- A présent, dit Zyo tandis que Pike modifiait la teinte verte de la peau de l'esclave, parlez-moi... de vos ennemis.

* * * * *

Tyler avait l'impression de se noyer.
Une rude poigne le tira alors par le col de sa tunique.
Il entendit Ecma pousser une exclamation, puis il se retrouva nez à nez avec Mocra, le visage tordu par la rage.
- Salut ! fit José.
Mocra le jeta dans la boue, près du bord du lac.
L'humain se redressa aussitôt; le Calligar chargea.
Derrière lui, Ecma, toujours nue, criait, mais son frère n'y prêtait aucune attention.
Tyler savait déjà que Mocra était particulièrement fort.
- Arrête ! hurla la jeune femme, saisissant son frère par le bras.
Peut-être sa nudité sapait-elle son autorité ? En tout cas, elle n'eut aucune influence sur Mocra, qui la repoussa sans ménagement.
Le grand Calligar attaqua. Aucun de ses coups ne parvint à percer la garde du navigateur. José, lui, eut la satisfaction de toucher plusieurs fois son adversaire au visage.
Son triomphe ne dura guère.
Un coup de poing de Mocra manqua lui faire sauter deux dents. Surpris par la force de l'impact, Tyler se retrouva assis par terre, sonné.
- Écartez-vous de ma sœur, grogna le Calligar.
- Il n'a rien fait, protesta Ecma. Il essayait de me résister. Je ne lui laissais pas le choix.,
- Couvre-toi ! ordonna son frère.
- Non, je n'ai aucune raison d'avoir honte. Lieutenant, pensez-vous que je doive cacher mon corps ?
Elle se tenait droite, les mains sur les hanches.
- Négatif, répondit Tyler.
Il essayait surtout de s'éclaircir les idées.
Mocra le souleva sans peine. Les pieds du navigateur ne touchaient plus terre; il en profita pour flanquer un coup de genou dans l'estomac de son adversaire.
Le Calligar parut ne rien sentir.
- Tu es... étouffant, Mocra, gronda Ecma. Tu as toujours été jaloux.
- Et toi, tu as toujours fait en sorte de m’enrager ! rétorqua le frère.
- Le RéseauMonde ne tourne pas autour de toi, Mocra ! Souviens-t'en !
Tyler sentit la prise du Calligar se raffermir sur son cou.
- Pour une race aussi avancée, parvint-il à dire, il vous reste quelques problèmes primaires à résoudre.
Mocra sembla le remarquer pour la première fois.
- Oh, c'est ce que vous pensez ? cracha-t-il.
- Cette idée... m'a traversé l'esprit.
Le Calligar prit aussitôt la direction du lac et - avant qu'Ecma ou Tyler réagisse -, il plongea le navigateur dans l'eau. José n'eut pas le temps de prendre sa respiration. Quand il trouva assez de force pour inspirer, ce fut du liquide qui pénétra dans ses poumons.
Il entendit Ecma hurler, mais c'était dans le lointain... Et ses cris semblaient s'éloigner davantage avec chaque seconde.

CHAPITRE VII

Numéro un essuya la sueur qui perlait sur son front, puis elle se faufila dans le tube de Jeffries du central informatique du navire. Elle se retrouva près de Spock, qui vérifiait le système de transfert de données. L'officier scientifique lui lança un regard curieux. La jeune femme était totalement concentrée sur son travail; elle ne lui avait rien dit depuis cinq heures qui ne fût strictement professionnel.
Elle n'avait pas l'habitude de parler pour rien. Numéro un étudia une dernière fois les étalonnages, puis elle s'essuya les mains.
- Très bien, dit-elle, l'air nerveux. Nous avons terminé.
Spock acquiesça.
- Voyons les résultats. Avez-vous branché le circuit d'intégration vocale sur la passerelle ?
- Comme vous me l'aviez demandé.
Le Vulcain modula subtilement sa réponse pour cacher son irritation; c'était la cinquième fois qu'elle lui posait la question.
- Bien. ( Elle vérifia une dernière fois les systèmes. ) J'ai fait les réglages primaires, et j'ai ajouté un programme d'interface. Tout est prêt.
Inclinant la tête. elle indiqua que Spock devait descendre du tube le premier. Il s'exécuta aussitôt. puis l'aida. Ils échangèrent un regard, soulignant à quel point ils paraissaient exténués et sales.
- Allons prendre une douche. dit numéro un. Ensuite. nous irons procéder à un essai sur la passerelle. Seize heures vous conviendrait ?
- Ce plan me semble logique.
Elle acquiesça. puis ils prirent la direction de leurs cabines respectives. Spock marqua une pause devant sa porte et demanda :
- Numéro un, le capitaine ne devrait-il pas être présent lors des essais ?
Elle réfléchit un instant.
- Je préfère pas, dit-elle enfin.
Le Vulcain leva un sourcil.
- Puis-je vous demander... commença-t-il.
- Si ça ne fonctionne pas, coupa-t-elle. je ne veux pas qu'il me voie échouer.
Ce disant. elle tourna des talons et s'éloigna vers sa cabine.
Spock la regarda partir. les bras croisés.
Il secoua la tête et souffla :
- Fascinant.

* * * * *

- Ainsi. l'ennemi principal de la Fédération est l'Empire Klingon, fit Zyo d'un air songeur. C'est ce que nous avions déterminé.
- Je n'ai pas eu beaucoup de contacts avec eux, expliqua Pike. Mais ils sont extrêmement dangereux. Ils font un ennemi redoutable.
- Mais pourquoi ? Vos philosophies sont pourtant similaires !
Chris dévisagea le Calligar, incrédule.
- Êtes-vous certain d'avoir lu les bonnes archives ?
- Tout à fait.
- Ils croient avoir le droit de conquérir tout ce qu'ils veulent ! Ils pensent être plus puissants que la Fédération, et pouvoir en faire à leur guise. Ils s'estiment destinés à devenir la race dominante de la Galaxie !
- Ils le pensent, parce qu'ils ont l'impression d'être les plus forts.
- Oui.
- Vos propres théories de l'évolution et de la sélection naturelle, continua Zyo, semblent indiquer que - quelle est votre expression, déjà ? -, que la survie du plus fort représente l'ordre naturel des choses. Le croyez-vous ?
- Je crois que l'évolution est la manière dont l'humanité a pris le contrôle de la Terre, oui. Mais...
- Les Klingons pensent que, par sélection naturelle, ils sont l'espèce dominante, comme les humains sur Terre. ( Le Maître des Constructions parut amusé. ) Dans ce cas, qu'est-ce qui vous différencie d'eux ?
Pike tourna la tête vers Boyce, cherchant de l'aide.
Le médecin haussa les épaules.
Chris regarda de nouveau Zyo.
- La différence, c'est que les Klingons estiment que la force physique détermine la supériorité, précisa-t-il. Leur définition est basée sur la domination des autres. Mais l'annexion de la Terre par les humains n'a rien à voir : c'est une question de survie, pas de conquête.
- Pourtant, en cherchant à survivre, l'humanité a fini par conquérir son environnement. Elle a même failli le détruire, comme nous l'avons fait, ( Le Calligar secoua la tête. ) Ce n'est pas le concept de conquête qui vous trouble, capitaine. C'est l'idée que l'humanité pourrait être conquise.
- Les Klingons sont différents, insista Pike.
- Oh, je suis d'accord.
- Bien.
- Ils sont plus forts; leurs prétentions sont fondées selon vos propres idéaux. C'est la légitimité de leurs prétentions qui vous trouble. Vous craignez qu'ils aient raison.
Le capitaine le fixa un instant sans rien dire.
- Que voulez-vous dire ? Que vous êtes de leur côté ? finit-il par demander.
- Pas du tout.
- S'ils vous rencontraient, ils essaieraient de vous conquérir, reprit Chris. Comme bon nombre d'autres civilisations extérieures à la Fédération. Dans ce cas, vous feriez l'expérience directe des différences existant entre les Klingons et nous.
Le Maître des Constructions hocha la tête.
- Ce que vous dites est sans doute exact.
- Ils tenteraient de vous envahir, insista Boyce, comme pour appuyer son ami.
Avec un agréable sourire, Zyo ajouta :
- Ils essaieraient, certes... Mais ils se heurteraient à des difficultés.

* * * * *

- Nous avons des problèmes.
Numéro un venait d'arriver sur la passerelle, suivie de Spock.
Viola, qui surveillait la console scientifique en l'absence du Vulcain, s'écarta pour lui laisser la place.
- Précisez, dit Spock.
L'officier en second prit place dans le fauteuil de commandement, mais son regard ne quitta pas Viola.
- L'anomalie s'effondre, dit celle-ci.
- Mais ça ne fait pas soixante-douze heures, protesta numéro un. Seulement...
- Quarante-huit heures point neuf, répondit Spock.
Il semble que notre passage, et l'interaction des énergies de la faille avec notre champ de distorsion, aient accéléré l'instabilité de la faille.
- Estimation du temps qui nous reste avant qu'elle se referme ?
Le Vulcain calcula de tête, mais il profita aussi de l'occasion pour essayer le nouveau système.
- Ordinateur...
- Question ? répondit une voix électronique.
Numéro un et Spock échangèrent un regard; la jeune femme ne put retenir un sourire furtif.
La voix de l'ordinateur surprit tout le monde sur la passerelle - à l'exception des deux officiers qui l'avaient installée. Tous se demandèrent un instant d'où provenait cette voix désincarnée. L'équipage savait que Spock et numéro un avaient travaillé sur l'ordinateur, mais il ignorait quelles modifications lui avaient été apportées.
- Estimation du temps nous séparant de la fermeture de la faille ? demanda le Vulcain.
- Trente-deux minutes, annonça l'ordinateur.
Ce qui corroborait les calculs de l'officier scientifique.
- Appelez l'équipe de premier contact, ordonna numéro un. Nous devons partir au plus vite.

* * * * *

- Parlez-moi de votre gouvernement, demanda Pike.
- Il n'y a pas grand-chose à dire répondit Zyo. C'est assez simple. Nous avons un comité de conseillers auquel nous obéissons.
- Mais vous devez avoir de l'influence sur ce conseil.
- En effet.
- Pourrions-nous rencontrer ces gens ?
- Je crains que ce soit...
Il fut interrompu par le bruit du communicateur du capitaine.
- Ici Pike.
- Capitaine, dit la voix de numéro un, la faille se referme.
Chris lança un regard accusateur à Zyo. A l'expression du Calligar, il vit qu'il était aussi surpris que lui.
- Vous devez partir immédiatement, fit le Maître des Constructions. Autrement...
- De combien de temps disposons-nous ? demanda Pike.
- Trente et une minutes, onze secondes, dit la voix de Spock.
- Contactez le reste de l'équipe. Remontez tout le monde à bord.
- Nous avons déjà téléporté le chef Barry, expliqua l'officier en second. Mais nous ne parvenons pas à localiser M. Tyler.
Pike fixa Zyo, inquiet, questionnant :
- Où est mon navigateur ?
Le Calligar réfléchit, puis son visage s'éclaira.
- Oui..., bien sûr, Il est parti avec ma fille, je m'en souviens. Mais il n'y aucune raison de s'inquiéter. Il est entre de bonnes mains.

* * * * *

Les mains de Mocra serraient fermement le cou de Tyler, maintenant son corps sous l'eau. L'humain frappait en vain les bras du Calligar, se demandant ce qu'il devait faire pour l'obliger à le lâcher.
Il crut entendre un appel sur son communicateur; lorsqu'il tenta de le prendre, Mocra le lui arracha des mains.
L'instrument coula à pic.
Frénétique, ses poumons réclamant de l'air, Tyler sentit soudain le tranchant de la main du Calligar frôler sa bouche.
Il mordit de toutes ses forces.
A sa grande satisfaction, Mocra poussa un cri de douleur.
Le navigateur parvint à se libérer.
Il jaillit à la surface du lac, crachant de l'eau et tentant de reprendre son souffle.
Hélas, il avait toujours de l'eau jusqu'aux genoux, et le Calligar fonçait sur lui.
Alors, le décor changea autour d'eux. Le lac devint une plaine désertique.
Ecma s'habillait; elle cria à son frère, furieuse :
- Essaie de le noyer, maintenant, espèce d'imbécile !
Tyler crachait toujours de l'eau. Près de lui, il entendait son communicateur biper.
Il voulut s'en saisir, mais Mocra écrasa l'appareil sous son pied.

* * * * *

- Toujours aucune réponse de Tyler, soupira numéro un quand Pike arriva sur la passerelle de l'Entreprise. Autrement, tout le monde est à bord. Obturation de la faille dans dix-neuf minutes.
Elle quitta le fauteuil de commandement pour laisser la place au capitaine.
Chris s'installa aussitôt et appela la salle des machines :
- Préparez-vous à passer en distorsion deux à mon signal. ( Il se tourna vers son officier en second. ) Calculez une trajectoire d'interception.
Viola, qui se trouvait au poste de navigation, dit à haute voix ce que pensait tout le monde sur la passerelle :
- Mais... M. Tyler...
- Ouvrez une fréquence d'appel avec les Calligars, ordonna le capitaine. Zyo, ici le capitaine Pike. Nous n'avons toujours pas localisé le lieutenant José Tyler. Il est impératif que nous le trouvions dans moins de quinze minutes. Autrement, cela pourrait avoir des conséquences regrettables pour tous.

* * * * *

Tyler se releva à temps pour esquiver l'attaque de Mocra. Le Calligar manqua en perdre l'équilibre. Le navigateur utilisa aussitôt son avantage, faisant déferler une pluie de coups sur son adversaire.
Il sentit Mocra chanceler sous son assaut, ce qui lui donna plus de courage. Avant que le Calligar, surpris, ait le temps de lui rendre ses coups, Tyler lui flanqua un crochet du gauche à la mâchoire.
Mocra, sonné, resta un instant hébété sur le sol sablonneux. Ecma se dressa au-dessus de lui, rayonnante.
- J'espère que tu te sens complètement idiot, Mocra. Tu as bien mérité ta leçon.
- Certes, fit José, ramassant son communicateur cassé. Mais pour l'instant, je crois qu'il est important d'apprendre pourquoi mon équipage m'a contacté.

* * * * *

- Neuf minutes, monsieur, annonça Spock.
Pike était aussi impassible que le Vulcain; il scrutait le monde des Calligars.
- Phaseurs en batterie, dit-il d'une voix faussement calme.
Numéro un virevolta, surprise.
- Monsieur ?
- Faites ce que je vous dis.
Elle s'affaira sur sa console.
- Phaseurs en batterie.
- Ouvrez une fréquence d'appel, ordonna-t-il à nouveau. Attention, Calligars. Vous détenez un de mes hommes. Libérez-le immédiatement, ou je serai forcé d'interpréter sa disparition comme un acte hostile. Dans ce cas, je n'aurais pas d'autre choix qu'ouvrir le feu sur un de vos satellites.
Quelques secondes plus tard, l'image de Zyo, inquiet, apparut sur l'écran.
- Capitaine, dit-il, l'air déçu, croyez-vous vraiment que des menaces soient utiles ?
- Pourquoi pas ? Un de mes hommes a disparu. Cela risque de nous empêcher de regagner notre secteur de la Galaxie.
Le Calligar secoua la tête.
- Il semble clair, capitaine, que nos deux peuples ne sont pas encore préparés à un contact prolongé. Vous supposez automatiquement que nous avons des intentions hostiles. Votre attitude révèle, malgré vos protestations et votre intelligence, que vous demeurez assez guerriers pour voir une attaque là où il n'y en a pas.
- Ce que je vois, dit Pike, c'est le temps qui défile. Et si vous êtes la cause de la perte d'un de mes hommes, vous aurez droit à une traduction physique de mon désagrément.
- Je comprends, capitaine. Peut-être... plus que vous ne le pensez. Ne vous inquiétez pas. Je m'occupe personnellement de ce problème.

* * * * *

Ecma et Tyler sortaient du centre holographique lorsque Zyo les retrouva.
- Puis-je vous demander où vous étiez passés ?
- Je faisais visiter le centre au lieutenant, expliqua la jeune fille.
Tyler sourit, et Zyo eut l'air de comprendre.
- J'imagine. Ecma, nous en parlerons plus tard. Lieutenant, vous devez partir sur-le-champ.
- Comment ? s'exclama la Calligare, horrifiée. Mais pourquoi ?
- Je n'ai pas le temps d'en discuter, dit le Maître des Constructions. Le centre de transport n'est pas loin. Nous devons partir de suite. Votre capitaine est impatient.
- Mais...
- Plus tard, Ecma. Lieutenant, dépêchez-vous !
Mocra, furieux et vexé, sortit du centre à cet instant.
Il foudroya le navigateur du regard, mais il ne dit rien.
Ecma prit le bras de Tyler.
- Lieutenant, restez avec moi. Il y a tant de choses que nous pourrions...
Zyo entraîna l'humain vers le centre de transport. Ses deux enfants les suivirent.
Ils entrèrent dans un petit bâtiment qui n'avait rien d'extraordinaire. La salle était vide; il n'y avait pas la moindre console.
Rien.
Le Maître des Constructions laissa José au centre de la pièce, puis il recula.
- Saluez votre capitaine de ma part.
Tyler croisa le regard triste d'Ecma. Tout cela était dingue. Il venait juste de la rencontrer. Il ne pouvait pas éprouver des sentiments aussi forts pour elle... Qui essayait-il de convaincre ? Il était le « Latin Lover », après tout. Mais cette fois, c'était différent...
- Venez avec moi, l'appela-t-il.
Elle écarquilla les yeux; avant qu'elle ouvre la bouche, Zyo répondit :
- C'est impossible.
- Mais...
- Au revoir, lieutenant.
Le monde commença à se dissoudre autour de José.
Alors il vit Mocra prendre Ecma dans ses bras.
José Tyler poussa un cri de fureur, se précipitant sur eux.
Il percuta la console de la salle de téléportation de l'Entreprise.
Le chef Pitcairn laissa échapper un petit cri de surprise.
- Téléportez-moi ! ordonna le navigateur.
- Certainement pas ! rétorqua le technicien, enclenchant l'intercom. Passerelle, Pitcairn à l'inter. Le rayon a été activé depuis l'extérieur. Le lieutenant Tyler vient de se matérialiser.

* * * * *

Le navigateur arriva sur la passerelle à l'instant où l'Entreprise mettait le cap sur la faille.
- Capitaine, il faut me téléporter chez les Calligars ! s'exclama Tyler.
Pike le dévisagea comme s'il avait un troisième œil.
- A votre poste, navigateur.
- Une minute, quinze secondes, dit Spock.
- Capitaine, c'est une urgence. Ecma est...
- A votre poste !
Tyler était furieux, mais il ne pouvait pas désobéir.
Prenant une grande inspiration pour se calmer, il s'assit devant la console de navigation.
- Une minute, annonça le Vulcain. Cinquante-neuf secondes, cinquante-huit...
- Paré à passer en vitesse de distorsion, dit numéro un.
- Capitaine, la faille se referme plus rapidement que prévu ! intervint l'officier scientifique. Compte à rebours corrigé... Vingt-neuf, vingt-huit...
Sur l'écran, la singularité diminuait de taille à vue d'œil.
- En avant, toute ! hurla Pike.
L'Entreprise bondit dans la faille.
Une fois de plus, le temps fit comme une spirale autour d'eux. Le capitaine eut l'impression qu'on lui arrachait l'âme. Il maintenait le regard rivé sur l'écran principal.
L'Univers n'était plus qu'une gerbe scintillante de couleurs.
Un instant, elles se rassemblèrent pour former un objet qui parut familier à Pike...
Il vit quelque chose d'impossible.
Un vaisseau spatial, qui se précipitait à leur rencontre, enveloppé dans un arc-en-ciel de lumière.
Un vaisseau spatial qui menaçait d'entrer en collision avec eux.
Chris essaya de lancer un ordre, mais il n'entendait rien d'autre que le grondement du temps, du sang qui circulait dans sa tête. Il ignorait si quelqu'un d'autre voyait la même chose que lui, mais il fut vite trop tard.
Le navire disparut.
Alors il comprit, dans un instant de clarté d'esprit, que c'était eux... Une image temporelle de l'Entreprise...
Puis ils réapparurent dans l'Univers.
Autour d'eux, le monde redevint tangible; les étoiles reprirent leur place dans le firmament.
- Arrêt des machines. Numéro un, en visuel arrière !
La jeune femme enclencha le système de caméra à temps pour voir la faille se refermer complètement.
Les mains de Tyler agrippaient sa console. li n'y avait plus aucun signe de la distorsion temporelle.
Derrière lui. il entendit le capitaine dire :
- Monsieur Tyler.
Se préparant à un nouveau sermon. José fit pivoter son siège.
- Oui. monsieur ?
Pike parut l'observer pendant une éternité.
Puis il dit :
- Calculez une nouvelle trajectoire pour Véga.
Tyler resta un instant soufflé. la bouche ouverte. Mais il se reprit aussitôt :
- Bien. monsieur.
- Et. monsieur Tyler...
- Oui. capitaine ?
- J'attends un rapport complet sur mon bureau dans trois heures. Un rapport complet. monsieur Tyler.
- Bien. monsieur.
- C'est valable pour vous tous. annonça le capitaine. Starfleet voudra connaître le point de vue de chacun. C'était un premier contact. et il va falloir suivre le règlement à la lettre. Monsieur Spock, numéro un... qu'en est-il des composants informatiques ?
L'officier en second fit signe au Vulcain.
- Ordinateur ? dit Spock.
- Question ? répondit la voix féminine.
- Rapport sur les systèmes informatiques de la passerelle.
- Tous les systèmes sont opérationnels. Cap actuel : Véga IX. Attente de nouveaux ordres du capitaine.
Le Vulcain fit pivoter son siège. fixant son chef.
Trop expérimenté pour laisser paraître son étonnement. Pike se contenta de hocher la tête.
Cependant. il parut se renfrogner quand il donna son nouvel ordre :
- Distorsion un. En avant.
Tandis que l'Entreprise bondissait dans l'espace, Spock ne put s'empêcher de poser une question :
- Capitaine, tout est-il en ordre ? Vous me semblez...
- C'est la voix de l'ordinateur, dit Chris. Elle m'est familière... ( Son visage s'éclaira; il se tourna vers son officier en second : ) Numéro un..., l'ordinateur. C'est votre voix !
- Oui, monsieur.
- Vous avez programmé le système avec votre voix ?
- Vous pourrez la modifier quand nous arriverons sur la base stellaire, si vous le désirez, dit-elle sans un soupçon d'émotion.
- Non, pas du tout. Je n'en ai pas l'intention. Je me demandais simplement pourquoi vous aviez choisi votre voix pour servir de modèle à l'ordinateur de l'Entreprise. Vous connaissant, ce n'est pas une décision arbitraire, et je n'imagine pas que vous soyez vaniteuse au point de...
- Cela n'a rien à voir avec la vanité, monsieur. Je souhaitais utiliser une voix qui suscite le respect.
- Je vois, fit Pike.
- De plus, continua numéro un, des études prouvent que les voix féminines sont plus audibles et plus efficaces que celles des hommes.
- Vous voulez dire qu'elles attirent plus l'attention.
- Exact, monsieur.
- Ceci étant, souffla Chris, on se demande pourquoi il n'y a pas plus de femmes capitaines ?
L'officier en second fit pivoter son siège vers lui.
- En effet, capitaine.
- Dois-je m'inquiéter de mon avenir, numéro un, eu égard à vos ambitions ?
- Non, monsieur.
- Bien.
- Je préfère commander un plus grand navire, capitaine.
Il l'observa un long moment, espérant surprendre un sourire.
Qui ne vint jamais.

Deuxième contact

CHAPITRE VIII

- Tous les systèmes sont opérationnels, dit la voix électronique de numéro un, qui habitait toujours l'ordinateur de l'Entreprise après plus de trente ans.
M. Spock leva la tête de la console scientifique.
- Capitaine, les vérifications informatiques sont terminées. Tous les systèmes fonctionnent normalement.
Le capitaine fit pivoter son fauteuil de commandement. Il sourit, les yeux pétillant.
- C'est un soulagement, dit-il avec un soupir. Avec tous les problèmes que nous avons connus dernièrement, il est agréable de savoir que quelque chose se passe bien.
Spock se contenta d'incliner légèrement la tête.
- Il aurait été ironique que l'ordinateur tombe en panne pour l'arrivée du docteur Daystrom, dit-il.
Le capitaine James T. Kirk se leva et s'étira, regrettant une fois de plus son ancien fauteuil. Il était plus mœlleux, avec des accoudoirs plus confortables. Pourquoi les ingénieurs éprouvaient-ils le besoin d'améliorer les choses qui étaient déjà parfaites ?
- Considérant la dernière visite du docteur Daystrom à bord, fit observer Jim, je ne pense pas qu'il aurait apprécié de devoir affronter une autre panne d'ordinateur. ( Il se tourna vers le poste de pilotage. ) Monsieur Sulu, dans combien de temps avons-nous rendez-vous avec le transport ?
- Dans dix-neuf heures, monsieur, répondit l'Asiatique.
- Bien. Dans ce cas, je vais m'occuper de nos autres invités...
Les portes de l'ascenseur s'ouvrirent, ce qui attira l'attention de Kirk, puisque tout le personnel autorisé était déjà présent sur la passerelle.
Le commodore se tenait sur le seuil, la mine réjouie.
Il souriait. A chaque fois qu'il s'évertuait à prendre un air sérieux, Kirk aurait juré qu'il faisait semblant ou qu'il imitait quelqu'un d'autre.
Près de lui se trouvait McCoy.
- Le commodore a terminé les tests médicaux, annonça-t-il. Il m'a demandé s'il pouvait visiter la passerelle, et j'ai pensé...
- Je vous en prie, dit le capitaine, attendant que l'officier le plus gradé sorte de l'ascenseur.
Le commodore se contenta de promener le regard sur la passerelle, comme s'il était en transe.
- Commodore Tyler ?
Tyler posa enfin les yeux sur le capitaine. Il avait pris du poids, mais il arborait encore le physique d'un homme qui s'entraînait régulièrement. Sa chevelure grise se clairsemait sur le dessus de son crâne. Cependant une aura de jeunesse l'enveloppait, accentuée par le fait qu'il ne manquait pas une occasion de flirter avec les femmes qu'il croisait.
- Oui, capitaine.
Jim lui fit signe d'entrer sur la passerelle.
- Ne restez pas là, monsieur. Faites comme chez vous.
Tyler fit un premier pas avec lenteur, puis avança comme en terrain conquis. Les portes de l'ascenseur se refermèrent derrière lui et McCoy.
Le commodore jeta un coup d'œil sur sa gauche. - A l'époque, nous avions toujours un garde de la sécurité sur la passerelle à cet endroit. Je crois qu'il s'appelait Valdini. Je me rappelle qu'il arborait en permanence un large sourire. Je pense qu'il se trouvait ridicule. à force de se tenir là. sans aucune autre raison que le protocole. ( Il se tourna vers Spock : ) Vous vous en souvenez. monsieur Spock ?
- Oui. monsieur.
- Savez-vous ce qui lui est arrivé ?
- Il a été tué sur Argus X. à la date stellaire 3619.2. répondit le Vulcain.
- Oh !...
Cela parut décontenancer un instant Tyler. Puis il fit le tour de la passerelle. émerveillé. commentant :
- Vous savez... il est étonnant de voir comment cet endroit a changé tout en restant similaire. Les deux niveaux. le positionnement des consoles... Tout cela est identique à ma passerelle. Et dire que tout ce que nous considérions sophistiqué à l'époque paraît maintenant désuet. Qui sait ? Dans l'avenir. ce navire sera peut-être considéré comme une antiquité !
- Certains (Jim lança un regard à Spock) le considèrent déjà comme une antiquité. Ainsi que son équipage !
- Oh. railla le commodore. je l'ignorais. Vous le saviez. Spock ?
- Oui. monsieur.
Tyler étudia un moment l'officier scientifique. remarquant sa froideur.
- Vous savez. Spock, dit-il. vous souriez davantage. à l'époque.
McCoy sembla abasourdi :
- Vous plaisantez ! Spock ? Qu'est-ce qui a bien pu le faire sourire un jour ?
- Sans aucun doute. dit le Vulcain, que vous n'ayez pas encore été transféré sur l'Entreprise.
Le commodore parut surpris.
- Capitaine, je suis troublé, dit-il, feignant l'indignation. Vos hommes luttent l'un contre l'autre devant votre équipage ! Ce n'est pas un comportement digne d'officiers de Starfleet !
Kirk sourit.
- Selon mon opinion, souffla-t-il, je crois que le docteur et M. Spock « luttent » par habitude. Ils continuent parce que... ma foi... leurs chamailleries nous manqueraient. Plutôt que se convaincre de la supériorité de leur position philosophique, ils tentent d'aiguiser leur intelligence émoussée par l'âge. En vain !
McCoy et Spock le foudroyèrent du regard; Jim sourit innocemment.
Uhura, Chekov et Sulu fixaient leurs consoles, essayant de ne pas éclater de rire.
- Vous avez fini ? demanda le médecin.
- Je crois.
- Dans ce cas, je vous remercierais de jouer au psychiatre amateur à un moment plus opportun.
- Psychiatre amateur ? Bones, vous me blessez. Après tout... Bon sang, Bones, je suis capitaine, pas médecin !
- Alors, souvenez-vous-en, dit sèchement McCoy.
Sur ce, il tourna les talons et sortit de la passerelle.
Avant que les portes de l'ascenseur se referment, Kirk l'entendit très clairement pouffer.

* * * * *

Passant devant l'entrée du mess, Jim capta le son reconnaissable d'une lyrette vulcaine. Il n'avait pas entendu cette mélodie depuis des lustres. Entrant dans la salle, il avisa Spock. Ses longs doigts caressaient les cordes de l'instrument. Autour de lui s'était rassemblé un groupe composé essentiellement de sous-officiers.
Kirk sourit. La plupart de ces jeunes gens apprenaient à marcher - ou n'étaient pas encore nés -, quand Spock avait pour la première fois joué de la lyre à bord de l'Entreprise.
Ses hommes étaient absorbés par la musique. Le capitaine se joignit à leurs applaudissements quand la mélodie se termina. Jetant un coup d'œil au public, il remarqua le commodore José Tyler dans un coin, assis le dos appuyé contre un mur. Son visage ruisselait de larmes, et il n'applaudissait pas avec les autres. Enfin, il s'essuya les yeux et se joignit à l'enthousiasme général.
Spock hocha légèrement la tête pour remercier son public; il entama une autre mélodie, cette fois plus enjouée.
A sa grande surprise, le capitaine vit Uhura se lever et se mettre à chanter. A en juger par son aisance, elle avait déjà dû entonner cet air avec le Vulcain.
Les paroles n'appartenaient pas à une chanson traditionnelle de la planète de Spock. Uhura tourna autour de l'officier scientifique, tout sourire :
- Oh girls in space be wary, be wary, be wary Girls in space be wary, You know not what he'lI do.
Elle éclata de rire à la fin du refrain; une nouvelle salve d'applaudissements retentit dans le mess.
Tyler, de meilleure humeur, se leva et sortit. Hésitant un instant, Kirk décida de le suivre.

* * * * *

Il retrouva le commodore dans la coursive. Il semblait perdu dans ses pensées.
- Une musique émouvante, n'est-ce pas, commodore ? dit le capitaine.
- Oh, fit Tyler, levant brusquement la tête. Sans aucun doute. C'est pour ça que j'ai préféré quitter la salle.
Jim changea de sujet :
- Commodore, que pensez-vous de mon Entreprise ?
- Il est fascinant de constater à quel point deux capitaines peuvent diriger un navire de manière différente. Pike était bien plus rigide que vous. Kirk. J'espère que vous n'avez rien contre une comparaison ?
- J'ai beaucoup d'admiration pour Christopher Pike.
- Vous êtes plus accessible que lui. Visiblement. l'équipage vous respecte. mais vous n'éprouvez pas le besoin de le mener à la baguette. L'atmosphère est plus détendue. sans que cela diminue l'efficacité de vos hommes. Je trouve ça plus sain. Pike avait un comportement militaire. peut-être même trop pour Starfleet. Parfois. il essayait de se mêler à nous. sans succès. Il se sentait plus à l'aise loin des autres. Son officier en second était de la même trempe. D'ailleurs, il y a eu des rumeurs à leur sujet.
- Des rumeurs ? demanda Kirk avec un sourire amusé.
- On a dit qu'ils étaient... Enfin... Aucune importance. En parler serait irrespectueux.
- En effet..., J'admire Chris Pike, mais j'ai du mal à l'imaginer en train de se détendre. Que faisait-il ?
- Eh bien... une fois. nous avons boxé.
- Vraiment ? Comment cela s'est-il passé ?
- Ce n'était qu'un match amical. Je crois me souvenir qu'aucun de nous n'a gagné. Il était trop doué pour que je réussisse à le frapper.
- Je l'imagine.
Ils arrivèrent devant la cabine de Tyler.
Kirk s'arrêta. demandant :
- Commodore... tout va bien ?
- Que voulez-vous dire. capitaine ?
- Plus tôt. vous sembliez... triste.
- Oh... ( Il s'éclaircit la gorge. ) Je me suis seulement souvenu d'une jeune femme que j'ai laissée derrière moi. N'avez-vous jamais versé de larmes sur les femmes qui n'ont pas pu faire partie de votre vie ?
- Bien sûr que si.
- Dans ce cas, vous me comprenez.
Jim hésita, puis se lança :
- Puis-je vous demander... Vous souvenez-vous de la dernière fois où vous l'avez vue ?
- Certainement. C'était il y a 33,4 années.
- 33... ( Le capitaine plissa le front. ) Commodore, c'est la date de la dernière ouverture de la faille. Notre destination...
- J'en suis parfaitement conscient, capitaine. Jim commençait à comprendre.
- Et vous avez demandé à participer à cette mission, prétextant votre connaissance du phénomène.
- Continuez, capitaine. Vous brûlez.
- La femme que vous avez laissée derrière vous... Commodore, c'est une...
- Une Calligare, en effet.
Il entra dans sa cabine, puis se retourna une dernière fois, un sourire épanoui sur les lèvres et dit :
- Stimulant, non ?

CHAPITRE IX

Le transport Secord retrouva l'Entreprise à l'heure prévue. Kirk et ses officiers se rendirent en salle de téléportation pour accueillir les autres membres de l'expédition.
Entrant dans l'ascenseur avec Spock et McCoy, Jim annonça :
- Salle de téléportation... ( Il sourit à ses amis. ) Vous savez, je trouve la situation plutôt ironique.
- D'abord psychiatre, ensuite philosophe, grommela Bones. Les compétences que vous vous découvrez, sur votre grand âge, sont hallucinantes.
- Vous ne voulez pas savoir ce que je trouve ironique ?
- Pas spécialement.
Le capitaine prit l'air blessé. Il se tourna vers le Vulcain, qui hocha la tête d'un air résigné.
- Très bien, je vais vous le dire !
McCoy soupira.
- Il est ironique que nous allions explorer une fissure dans l'espace, et que nous retrouvions cette même faille dans chacune des personnes qui nous accompagnent. L'ambassadeur Robert Fox, dont le désaccord avec nos méthodes a failli être responsable de notre mort à tous; le docteur Richard Daystrom, coupé de la réalité par son ambition personnelle; et le commodore José Tyler, officier à bord d'un Entreprise d'une autre époque, séparé d'une femme qu'il a laissée de l'autre côté. Monsieur Spock, ne trouvez-vous pas cela ironique ?
- Non, monsieur.
- Dans ce cas, comment caractériseriez-vous ces coïncidences ?
Les portes de l'ascenseur s'ouvrirent; Spock se tourna vers le capitaine.
- Je dirais qu'elles sont artificielles, répondit le Vulcain.
McCoy et lui partirent devant.
Jim les suivit, secouant la tête, dégoûté.
- Aucun sens du drame, murmura-t-il.

* * * * *

Scotty se trouvait devant la console de téléportation, une position qui lui revenait chaque fois que des visiteurs importants embarquaient sur l'Entreprise.
Il se tourna vers la technicienne habituellement responsable, lui disant :
- A présent, vous allez voir un expert à l'œuvre, Tuchinsky.
- Bien, monsieur.
La longue chevelure châtaine de la jeune femme tombait sur ses épaules. Le cœur de jeune ingénieur qui battait encore dans la poitrine de Montgomery Scott s'affola un instant.
L'Écossais soupira.
- Un problème, monsieur Scott ? demanda Kirk.
Tuchinsky vérifiait les circuits. Scott y en profita pour murmurer au capitaine :
- De toutes les distances à traverser, celle de l'âge reste la plus grande. N'est-ce pas ironique ?
Jim lança un regard triomphant à Spock et à McCoy, mais ils n'avaient rien entendu. il se jura de leur en parler plus tard.
- Le Secord signale que tout le monde est paré à la téléportation, annonça la technicienne.
- Énergie, monsieur Scott.
Sur la plate-forme, six colonnes scintillantes apparurent.
Deux des hommes qui se matérialisèrent leur étaient familiers; les quatre autres étaient de parfaits inconnus.
Kirk avança, tendant la main :
- Ambassadeur Fox.
Fox descendit du plot de téléportation pour serrer la main du capitaine. Quand il était plus jeune, le gris de ses cheveux faisait distingué. A présent, il lui donnait l'air vieux. Mais ]'ambassadeur affichait toujours la même arrogance.
- Capitaine Kirk, dit -il. Il y avait longtemps.
- C'est le moins qu'on puisse dire.
Fox promena son regard dans la salle.
- Toujours le même groupe de commandement, à ce que je vois, commenta-t-il.
- Pourquoi changer une équipe qui gagne ?
- En effet. Les cheveux gris n'ont épargné personne... Je suis ravi de vous revoir, capitaine, et impatient de travailler avec vous et vos officiers.
- Merci.
Considérant le dédain que Fox avait manifesté à son équipage lors de leur mission sur Eminiar VII, c'était plutôt surprenant.
Fox indiqua du bras un grand Andorien.
- Je vous présente Thak, un des meilleurs scientifiques de sa planète.
Thak inclina respectueusement la tête.
- Je suis honoré de faire votre connaissance, capitaine Kirk. Ainsi que celle de vos officiers.
- Et voici. continua l'ambassadeur. le shondar Dorkin, expert tellarite du développement social.
Le Tellarite ne dit rien. se contentant de grogner.
Dorkin et Thak étaient accompagnés de leurs assistants. dont ils semblaient ignorer la présence.
Il ne restait plus qu'une personne sur la plate-forme.
Impassible. l'homme regardait droit devant lui. Il était habillé comme la dernière fois que Kirk l'avait vu. mais il paraissait... plus petit. Oui. c'était ça. Ses épaules étaient voûtées par l'âge. et peut-être par autre chose. Quand Jim l'avait rencontré, quelques années plus tôt. il émanait de lui une grande dignité.
Aujourd'hui, il semblait vidé de son énergie.
- Et. fit l'ambassadeur Fox. je suis certain que vous vous souvenez du docteur Richard Daystrom.
- Bien sûr. Docteur Daystrom.
Le capitaine tendit la main.
Le scientifique la regarda comme si Kirk venait de faire un geste obscène. Puis, doucement. il la serra. Sa poigne manquait de fermeté. et sa paume était moite.
- Capitaine... commença Daystrom, de sa voix de ténor.
Puis il s'interrompit, comme s'il avait oublié ce qu'il voulait dire.
- Vous vous souvenez certainement de M. Spock et du docteur McCoy. dit Kirk.
Il insista sur les deux derniers mots pour signaler subtilement au médecin qu'il désirait attirer son attention. McCoy saisit tout de suite.
- Docteur Daystrom, c'est un plaisir de vous revoir. dit-il.
Daystrom sourit. mais son visage exprimait tant de souffrances que Jim grimaça intérieurement. Cependant. le scientifique réagit aux manières-courtoises du médecin et se détendit.
- Vous me semblez fatigué. continua McCoy.
- Oui. répondit l'informaticien, se massant le front. Le voyage a été exténuant.
- Du personnel vous attend dans le couloir pour vous conduire à vos cabines, annonça le capitaine. Dès que le Secord sera parti, nous reprendrons notre route. Nous pensons arriver dans...
- Vingt-six point trois heures, termina Spock.
- Nous aurons une réunion à 14.00 heures, reprit Kirk, pour nous assurer que tout le monde connaît son rôle dans la mission.
- Impliqueriez-vous que je ne sais pas faire mon travail ? gronda le shondar Dorian.
Jim garda un visage impassible; il avait une longue expérience de la mauvaise foi des Tellarites.
- Je m'inquiète de savoir si tout le monde est informé des paramètres des travaux des autres, afin d'assurer que personne n'interfère avec vos importantes tâches.
Sa voix était neutre; le Tellarite passa à côté du sarcasme.
- Bien, fit-il, c'est la meilleure manière de procéder.
- Je suis heureux que vous approuviez.
Quelques instants plus tard, l'équipe d'exploration partit pour ses quartiers.
Spock, McCoy, Kirk et Scott y restèrent en arrière.
- Bones, dit Jim, je veux que vous surveilliez de près Daystrom. Sa dépression nerveuse remonte à plusieurs années. Starfleet m'assure qu'il a la pleine possession de ses facultés, mais...
- J'ai étudié son dossier médical, répondit McCoy. Il reste un informaticien brillant. Et il est guéri de sa dépression grâce à plusieurs années de thérapie. Hélas, le cerveau humain est un instrument délicat. Une fois brisé, il peut être réparé, mais les plaies ne se referment jamais tout à fait. Surtout chez un homme ayant un esprit aussi rigide que celui de Daystrom.
- Discutez-en avec lui, lui proposa le capitaine.
- Je le ferai.
Kirk hocha la tête.
Au bout d'un moment, il ajouta :
- Considérant les difficultés que nous avons eues avec l'ambassadeur Fox dans le passé, ses sentiments semblaient particulièrement sincères.
- Il existe un vieux dicton dans le Corps Diplomatique, dit Spock.
- Lequel ?
- La clé de la diplomatie réside dans la sincérité. Une fois qu'elle peut être feinte, le reste est simple.
Jim fixa son ami vulcain, puis il se tourna vers McCoy.
- Vous avez une mauvaise influence sur lui, docteur, dit-il. Monsieur Spock, je pense que vous devenez cynique, avec l'âge.
- D'abord maître de la logique, puis virtuose du cynisme, railla le médecin.
Spock acquiesça :
- J'ai eu d'excellents modèles, docteur. Une chance rare.

CHAPITRE X

Richard Daystrom était assis dans sa cabine, les yeux rivés sur l'écran informatique.
Il le caressa doucement, comme un père cajole son enfant.
- Ordinateur.
- Question ?
- Identification.
- Docteur Richard Daystrom, répondit la voix électronique. Inventeur des systèmes duotroniques servant de base aux réseaux informatiques utilisés par Starfleet. Récompensé par les prix Nobel et Z-Magnee.
Il hocha la tête : un résumé efficace.
- Et qu'ai-je fait dernièrement ? demanda Daystrom.
- Une dépression nerveuse.
- Et ensuite ?
- Vous êtes entré en phase de guérison.
- Et depuis ?
- Précisez.
- Ai-je accompli... ( Il chercha ses mots. ) Ai-je accompli quelque chose de remarquable ?
L'ordinateur n'hésita pas :
- Négatif.
L'informaticien resta immobile un moment, puis il appuya son front contre le cadre de l'écran.
Il s'aperçut vaguement que la porte de sa cabine s'était ouverte.
- Bonjour, docteur.
- Bonjour, docteur, répondit Daystrom à McCoy. Vous venez me faire passer des tests médicaux ?
- Pas vraiment, répondit le médecin, s'asseyant en face de lui.
- Vous faites un piètre menteur.
Plutôt que continuer une discussion inutile, McCoy préféra changer de sujet :
- Que faites-vous ?
- J'effectue un diagnostic.
- Sur l'ordinateur ?
Daystrom sourit d'un air moqueur.
- Non, docteur McCoy. Sur moi-même.
Bones hocha la tête.
- Et que diagnostiquez-vous ?
- Rien de flatteur.
C'était étrange, songea McCoy. Daystrom s'exprimait d'une voix monocorde. De plus, il avait pris l'habitude de ne presque pas cligner des paupières. C'était déconcertant.
- Docteur, je ne vais pas mâcher mes mots avec vous, dit enfin Len. J'ai lu votre dossier. Vous devez vous en douter.
- Vous êtes l'officier médical en chef, souffla Daystrom. J'aurais été choqué du contraire.
McCoy ne pensait pas que l'informaticien puisse encore être choqué. En fait, il semblait incapable de ressentir la moindre émotion.
- Docteur...,
- Je vous en prie. Avec tous ces titres, nous n'allons plus nous y retrouver. Appelez-moi Richard; je vous appellerai...
- Docteur McCoy.
Daystrom ne broncha pas; Leonard lui posa une main amicale sur le bras.
- Je plaisantais. Appelez-moi Leonard. Ou Bones.
- Banes ?
McCoy hocha les épaules.
- Un vieux surnom. Selon les gens à qui vous posez la question, ça vient de « sac d'os » ou de « sawbones », un vieux terme anglais qui signifie chirurgien, ou charcutier.
- Quand j'étais jeune, j'avais aussi un surnom.
- Vraiment ?
Daystrom le fixa de son regard mort.
- « Freak. »
- Je vois. Richard, que diable faites-vous dans cette galère ?
- Starfleet s'intéresse à la technologie informatique des Calligars. Lors du premier contact avec l'Entreprise, ils ont refusé de discuter de leur avance dans le domaine. Certains cercles espèrent que leur attitude aura changé en trente ans. Malgré mes problèmes de santé, je reste un expert. On a publié ma biographie dans un journal médical renommé, vous savez ?
- Je sais. Je l'ai lue.
L'informaticien leva un sourcil sardonique.
- Qu'en avez-vous pensé ?
- Que l'auteur s'est fait mousser sur votre dos.
- Je suis un génie, soupira Daystrom. Je ne dis pas ça pour me vanter; c'est un fait quantifié et documenté. D'ordinaire, on pense qu'un novateur est assez équilibré pour ne pas s'inquiéter de détails comme l'instabilité mentale.
- Historiquement, ce concept n'a pas fait l'unanimité, insista McCoy.
- Non, Leonard... Malheureusement.
Daystrom se leva, arpentant la cabine de long en large. Puis il revint se placer derrière son siège, et s'appuya sur le dossier.
- Vous n'avez pas idée, dit-il, du nombre de gens qui se sont réjouis de ma maladie. Quand on est un génie, on se moque des autres. Ils ne sont que des obstacles à franchir pour atteindre un but. Les plus forts survivent en piétinant les plus faibles. Vous comprenez ça, Leonard ? Le génie est une énorme mâchoire qui consomme un homme, recrachant les graisses et les déchets, pour garder les protéines les plus pures. La qualité. L'équarrissage de l'humanité.
- Richard...
- Je vous assure, Leonard, que tout va bien. Je joue simplement au philosophe. Je ne représente pas de danger pour ce navire, cet équipage, ou cette mission. Mon Q.I. demeure intact... Heureusement, puisque ma famille, ma fortune et ma fierté ne le sont plus. Leonard, vous inquiétez-vous de mon attitude ?
McCoy réfléchit un instant.
- Je m'inquiète pour vous. Je sais que vous pouvez accomplir votre travail. Mais la confiance vous a abandonné : là où il y a un verre à moitié plein, vous le voyez à demi vide... Mais je crois que vous vous en sortirez.
- C'est bon à savoir. A présent, si cela ne vous dérange pas, j'aimerais rester seul.
- Très bien. ( Le médecin se leva. ) Sachez que ma porte est toujours ouverte.
- Vous risquez des courants d'air, dit l'informaticien d'une vois monocorde.
- Venez quand vous le désirez.
Il sortit de la cabine.
Daystrom attendit un moment, puis il se concentra à nouveau sur le terminal.
- Ordinateur.
- Question ? répondit la voix féminine, Daystrom croisa les doigts et dit :
- Identification.
- Docteur Richard Daystrom...
Tandis qu'il écoutait, ses phalanges se resserrèrent jusqu'à blanchir. Et sa poitrine se mit à trembler...

* * * * *

- Il ira bien, dit McCoy à Kirk.
Jim leva la tête de son bureau.
- C'est bon à savoir. La dernière chose dont nous ayons besoin dans une mission aussi délicate, c'est d'une dépression nerveuse. J'aimerais que vous soyez présent à la réunion.
- Je ne la manquerai pour rien au monde.

CHAPITRE XI

- Voici la singularité T -128-, dit Kirk, la faille, telle qu'elle apparaissait voici plus de trente ans...
Sur l'écran de la salle de réunion, la brèche spatiale ondulait dans toute sa gloire immatérielle.
Le capitaine promena le regard sur l'assemblée d'officiers et de spécialistes.
Tous étudiaient les images avec une certaine fascination. Le shondar Dorkin murmura quelque chose en tellarite à son assistant, qui éclata d'un rire gras et porcin. C'était probablement une remarque déplacée sur l'aspect de la faille.
Jim fut ravi de ne pas avoir compris.
Il remarqua que le commodore José Tyler scrutait l'écran avec une grande attention. Il semblait ensorcelé.
Kirk savait ce qui lui traversait l'esprit; il pria pour que le vieil officier ne se fasse pas trop d'illusions.
- Vous détenez déjà toutes les données scientifiques concernant la faille spatiale, continua le capitaine. Dans moins de neuf heures, nous serons sur place pour assister à son ouverture, et entrer en contact avec les Calligars.
- Comment savons-nous qu'ils nous attendent ? demanda Sulu.
- Le rendez-vous a été pré-arrangé, expliqua Spock. L'ouverture de la faille n'est pas instantanée. Elle est précédée par ce qu'on pourrait appeler des « douleurs prénatales » : une série de petites fissures, assez grandes pour laisser passer un message subspatial.
- Starfleet est entré en contact avec les Calligars ! s'exclama le shondar Dorkin, furieux. Mon gouvernement n'en a pas été informé ! Il ne peut y avoir de communication exclusive sans menacer le traité et la structure qui régit...
- Le gouvernement tellarite a été informé, shondar, dit Spock, armé d'une infinie patience.
- Ridicule ! Vous mentez !
- Les Vulcains ne mentent jamais. Peut-être votre gouvernement a-t-il négligé de vous tenir au courant ?
- Négligé ! rugit le Tellarite. C'est le plus...
- Shondar ! s'exclama Jim. Qui que soit le responsable, il est clair qu'il y a eu une « bourde ». Ne pourrions-nous pas passer à autre chose ?
- Une buhrd ! gronda le shondar. Vous osez me traiter de buhrd ! J'espère que vous réalisez, Kirk, que vous venez de déclarer la guerre à mon peuple ?
- Comment ? (Jim était perdu.) Quelqu'un pourrait-il... ?
L'ambassadeur Fox leva une main en signe de paix.
- Capitaine, c'est le mot.
- Quel mot ?
Jim prit conscience de ce qu'il venait de dire. Il fit un véritable effort pour ne pas rire.
- Bien sûr... Shondar...
Dorkin prenait la direction de la porte quand il se retourna brusquement.
- Que voulez-vous dire, Terrien ?
- Ce mot s'épelle B-O-U-R-D-E... Il ressemble à une insulte tellarite, mais c'est un terme argotique terrien qui signifie « erreur ».
- Comment ?
- Le capitaine s'excuse humblement; il demande votre pardon, intervint Fox.
Kirk le foudroya du regard.
- Ce n'est pas ce que...
- Ses humbles excuses sont acceptées, grommela le Tellarite, reprenant sa place.
- Je suis heureux que ce soit réglé, soupira Jim. Même à notre époque, nous ne sommes pas à l'abri d'un quiproquo quand...
- Un keeprokoh ! rugit Dorian, se dressant de son siège. Comment osez-vous...
Heureusement, l'Andorien posa une main sur l'épaule du Tellarite pour le faire asseoir.
- Écoutez ce que le capitaine veut dire, ordonna-t-il d'une voix ferme au shondar.
Kirk leva les yeux au ciel.
- Je crois que cette réunion serait plus efficace si tout le monde écoutait. Pourrions-nous nous concentrer ?
Autour de la table, tous hochèrent la tête.
Kirk se massa le front, sentant poindre une migraine.
- J'ai perdu le fil. Où en étions-nous ? s'enquit-il.
- La communication subspatiale, souffla Chekov.
- Merci. Nous avons pu entrer en contact avec les Calligars et nous assurer qu'ils désiraient maintenir les relations avec nous. Leur objectif reste le même : étudier notre évolution et, en échange, nous donner une idée de leur société et de leur technologie.
- Savez-vous qui a répondu à votre appel ? demanda Tyler. Était-ce Zyo ? Le Maître des Constructions ?
- J'ai cru comprendre qu'aucune identité n'avait été déclinée. J'ignore qui a parlé pour les Calligars, avoua Jim. Quand nous arriverons aux abords de la faille, nous attendrons qu'elle soit suffisamment stable pour la traverser. Je refuse de risquer mon vaisseau ou mon équipage.
Spock continua l'exposé :
- L'Entreprise ne traversera pas la faille. Il semble que la taille du navire ait été un des facteurs d'instabilité de l'anomalie lors de notre dernière visite. Nous enverrons une navette, couplée à une plate-forme de distorsion.
- Une plate-forme de distorsion ? demanda Fox. Pardonnez mon ignorance, mais je ne me tiens pas au courant des derniers progrès de la technique.
- Une telle plate-forme, expliqua l'officier scientifique, est une unité de propulsion qui peut être reliée à tout véhicule spatial non équipé de moteur de distorsion. Cependant, sa consommation d'énergie est très importante. On ne peut guère l'utiliser plus d'une demi-heure à vitesse maximale.
- La dernière fois, intervint Tyler, nous avons tous fait l'expérience de fluctuations temporelles. C'était un véritable enfer.
- Oui, mais nous avions un ancien modèle de moteurs, répondit Scotty. Avec ceux de l'Entreprise NCC l701-A, le champ est plus résistant.
- Et l'unité de propulsion de la plate-forme ?
- Idem, monsieur. Elle protégera les passagers de la navette.
- Bien, soupira Tyler, apparemment soulagé. Après plus de trente ans, j'en ai encore la chair de poule.
- Comment savons-nous qu'il ne s'agit pas d'une ruse ? demanda le shondar. Nous envoyons nos spécialistes, et nous n'obtenons rien en retour.
- D'autres membres du Conseil de la Fédération ont émis les mêmes réserves, admit Kirk. Nous vivons une époque de suspicion. Sachez que les Calligars ont accepté d'envoyer un représentant, dans le cadre d'un programme d'échange, pendant la durée de l'ouverture de la faille.
- Un seul représentant ? gronda Dorkin,
- Oui, répéta Spock. Un seul.
- Nous envoyons une délégation de scientifiques éminents, et il n'y aura qu'un représentant calligar ? Que veulent-ils dire ? Qu'un seul d'entre eux vaut plus que nous tous ?
- Dans certains cas, murmura Thak, je suis prêt à entériner ce postulat.
Le shondar lui lança un regard soupçonneux.
- Nous sommes les invités des Calligars, reprit le capitaine. Ils n'ont rien fait pour donner l'impression qu'ils ont l'intention de nous trahir.
- Je n'aime pas ça, grommela le Tellarite.
- Les Tellarites n'aiment rien dans la Galaxie, et la Galaxie le leur rend bien, dit l'Andorien.
Dorkin se dressa d'un bond.
- Essayez-vous de m'insulter, Andorien ?
Visiblement exaspéré, Thak soupira :
- Je n'essaie pas. Je réussis. Votre agressivité suffirait à rendre fou le plus sage d'entre nous.
- Thak ! coupa Kirk.
- Et que savent les Andoriens de la sagesse ? éclata le shondar. Avec vos manières efféminées ! Vous vous considérez comme une race guerrière, mais vous ne résisteriez pas cinq minutes au rite d'initiation des enfants tellarites !
- Shondar Dorkin ! s'exclama Jim, s'efforçant de résoudre le conflit de manière diplomatique.
- Vous dérangerait-il de parler dans une autre direction ? demanda l'Andorien d'une voix aimable. La puanteur de votre haleine incommode mes antennes.
C'en fut trop.
Le shondar Dorkin se jeta sur Thak, qui réagit avec une rapidité surprenante. Fox poussa un petit cri de surprise. Tyler souriait, comme s'il appréciait le premier incident diplomatique qu'il ait connu depuis des années.
Jim allait intervenir, mais quelqu'un le prit de vitesse.
Une voix de stentor retentit dans la salle de conférences.
Autoritaire.
Furieuse.
- Asseyez-vous et fermez-la !
Toutes les têtes pivotèrent en direction de Richard Daystrom. Il n'avait pas bougé. Ses doigts étaient toujours croisés sur la table, mais son regard brûlait comme de la braise.
- Tout de suite ! ajouta-t-il.
Un long silence suivit.
Enfin, l'Andorien inclina poliment la tête.
Le shondar resta debout quelques instants, mais il s'assit bientôt, embarrassé.
Kirk continua son exposé comme si l'incident n'avait pas eu lieu :
- Puisque les Calligars ont toujours été francs, nous n'avons aucune raison de croire qu'ils nous tendent un piège. En fait, l'envoi d'un représentant pourrait être interprété comme un geste de confiance. Notre équipe sera constituée de M. Spock, du commander Scott, du docteur Daystrom, du commodore Tyler, de l'ambassadeur Thak...
- « Thak », tout simplement, coupa l'Andorien. Je n'aime pas les titres.
- Thak, reprit Jim, et du shondar Dorian. Nous resterons en contact subspatial, à raison d'un appel toutes les heures. M. Spock dirigera la délégation. L'ambassadeur Fox restera à bord, pour représenter la Fédération auprès de l'envoyé des Calligars. Des questions ?
- Oui, fit le shondar. Je désire savoir combien de temps vous pensez pouvoir traiter les Tellarites avec si peu de respect ?
- Vous apprendrez à vos dépens, répondit Kirk, glacial, qu'on obtient généralement le respect qu'on mérite.
Dorkin le foudroya du regard, puis il tourna brusquement la tête.
- Qu'est-ce que vous avez dit ?
Son attention était rivée sur Tyler, qui venait d'échanger quelques paroles à voix basse avec Scotty. Mais les Tellarites, en dépit des apparences, avaient l'ouïe particulièrement développée.
- Qu'avez-vous dit à mon propos ? répéta-t-il.
- Que vous étiez un imbécile, répondit le commodore.
Sa déclaration jeta comme un froid. Puis, à la grande surprise de tous, le Tellarite sourit.
Il se leva de son siège et inclina la tête :
- Merci.
Tyler échangea un regard avec Scotty avant de répondre :
- Il n'y a pas de quoi.
Le shondar Dorian sortit de la pièce, suivi de son assistant. Il s'arrêta sur le pas de la porte, se retourna et s'adressa à l'assemblée :
- Voilà un humain qui sait comment s'adresser respectueusement à un Tellarite !
Puis il disparut dans la coursive.
Par bonheur, il n'entendit pas les éclats de rire qui montèrent de la salle de conférences tandis qu'il retournait à sa cabine.

CHAPITRE XII

- C'est époustouflant ! s'exclama Kirk.
Il avait étudié les archives relatant la première rencontre entre l'Entreprise et le phénomène spatiotemporel appelé par certains « la Faille de Pike ». un nom que Chris avait toujours détesté. En fait, vu son influence sur l'amirauté, bon nombre de scientifiques continuaient d'utiliser la désignation scientifique : Singularité T-128.
Bien sûr, étudier les dossiers ne valait pas d'être sur place.
L'espace tourbillonnait autour de ce qui ressemblait encore à un miasme bouillonnant. Jim avait l'impression d'assister à l'aube de la Création, dans un secteur de l'Univers oublié par l'Histoire cosmique.
- Les mailles de la structure de l'Univers;.., murmura-t-il.
McCoy, qui se tenait sur sa gauche, répondit :
- Si vous voulez mon avis, l'Univers a besoin de quelques retouches !
Kirk leva les yeux, un sourire se dessinant sur ses lèvres.
- Nous nous faisons tous vieux, docteur. L'Univers a peut-être besoin d'un régime ?
- Destination à cinq mille kilomètres, annonça Chekov.
- Situation de la faille ?
- Rien de particulier, capitaine, répondit Sulu. Pour l'instant, les données sont stables... ( Il regarda ses instruments. ) Flux d'énergie, monsieur.
- Confirmé, dit Spock, depuis la console scientifique. La faille vient d'entrer en cycle d'ouverture.
Les portes de l'ascenseur s'ouvrirent; Tyler apparut.
- Commodore, lui dit Kirk, je croyais que vous attendiez avec les autres en salle de réception ?
- En effet, répondit Tyler. Mais je n'y suis plus. Les rouages de l'Univers sont plutôt étranges, n'est-ce pas, capitaine ? ( Il vint se placer près de McCoy. ) Je n'aurais manqué ça pour rien au monde.
Doucement, les lèvres de la faille s'écartèrent. L'équipage de la passerelle observait le phénomène avec une fascination proche de l'émerveillement. D'une voix monocorde, Spock donnait des informations sur la singularité. En quelques minutes, elle devint assez large pour livrer le passage à une navette, puis à un navire...
Toutes les informations recueillies par l'ordinateur de l'Entreprise étaient acheminées par voie subspatiale au central de données de la Fédération, qui les redistribuait aux différentes races participant à l'opération.
Pourtant, malgré la précision des instruments de bord, ce fut un œil humain qui repéra en premier quelque chose.
- Capitaine, commença Spock, les senseurs indiquent...
- Je le vois, dit Kirk. Près de lui, Tyler s'écria :
- Ici, à quatre heures !
- Recentrage vidéo, monsieur Sulu, ordonna le capitaine.
Immédiatement, l'image se focalisa sur le point remarqué par les officiers.
Un petit vaisseau sortait de la faille. A peine de la taille d'une navette, sa conception était étonnamment simple : un cylindre.
- Selon les senseurs, ce navire est passé de la distorsion quatre à la vitesse d'impulsion dès qu'il a émergé de la faille, annonça l'officier scientifique.
- Plus rapide que notre navette, dit Kirk, et plus manœuvrable. Commodore, n'avaient-ils pas dit lors du premier contact qu'ils ne s'intéressaient pas au voyage spatial ?
- En effet, répondit Tyler. Mais les Calligars ont démontré qu'ils étaient capables de s'adapter à toute situation. Après tout, ils sont parvenus à fabriquer les composants informatiques de l'Entreprise en quelques minutes. Rien ne semble être un défi pour eux.
L'esquif approcha encore, puis il s'immobilisa.
- Ses moteurs sont coupés, capitaine, annonça Sulu.
La navette est à portée de téléportation.
- Ce n'est pas une coïncidence, je présume. ( Il jeta un coup d'œil à Tyler, qui hocha la tête. ) Des signes de vie ?
- Les senseurs détectent une seule forme de vie, dit Spock. Un Calligar, d'après les archives de la matrice de téléportation.
- Ouvrez une fréquence d'appel, Uhura, ordonna le capitaine.
- Fréquence d'appel ouverte.
- Ici le capitaine James Kirk du vaisseau Entreprise. Représentant des Calligars, je vous souhaite la bienvenue au nom de la Fédération des Planètes Unies.
Aucune réponse.
Soudain, des diodes se mirent à clignoter sur les consoles informatiques.
- Capitaine, dit le Vulcain, balayage informatique en cours !
- Ah, fit Tyler. Ils agissent différemment cette fois.
Le capitaine Pike avait fait connaître son mécontentement quand ils avaient sondé les ordinateurs à notre insu.
- Dois-je engager les mesures de protection ? demanda Spock.
- Non, répondit Jim. Nous n'avons rien à cacher. Qu'ils fouillent nos archives comme bon leur semble.
Après quelques minutes, le calme revint sur la passerelle.
- Uhura, ouvrez une fréquence. ( Quand elle hocha la tête, il dit : ) Vaisseau calligar... Jusqu'à présent, nous avons coopéré avec vous. C'est votre tour.
La réaction ne se fit pas attendre longtemps. Trente secondes plus tard, il y eut sur l'intercom un appel de la salle de téléportation,
- Capitaine ! fit Tuchinsky dans le haut-parleur. Le téléporteur a été activé.
- Par qui ?
- Pas par moi, monsieur ! Dois-je couper les circuits ?
- Non, nous arrivons. Passerelle appelle la sécurité, continua-t-il sans reprendre son souffle. Envoyez une équipe en salle de téléportation.
Il se leva.
- Commodore Tyler, monsieur Spock, docteur McCoy, voulez-vous vous joindre à moi ? Uhura, demandez aux autres représentants de nous retrouver en salle de téléportation. Monsieur Sulu, vous avez la passerelle.
- Bien, monsieur.

* * * * *

Dans l'ascenseur, personne n'ouvrit la bouche, mais Kirk parvenait presque à sentir l'excitation du commodore Tyler. Pour le vieil officier, c'était un voyage nostalgique vers sa jeunesse; pour lui, il s'agissait d'une mission de premier contact comme les autres.
Mon Dieu... Une mission de contact comme les autres.
Étant jeune, il avait rêvé de rencontrer d'autres civilisations. Était-il devenu si blasé pour qu'entrer en contact avec une nouvelle race se résume à « une mission comme les autres » ?
L'ascenseur les déposa près de la salle de téléportation. Kirk entendit des éclats de voix.
Pourquoi n'en était-il pas surpris ?
Il le fut encore moins quand il constata que la cause de la dispute était l'ambassadeur Fox.

* * * * *

Le diplomate bloquait l'entrée de la salle de téléportation, informant les deux hommes de la sécurité, Meyer et Boyajian, qu'ils ne devaient pas faire un pas de plus. Meyer semblait assez énervé pour prendre Fox d'une main et l'introduire dans un tube de Jeffries, mais il tentait visiblement de se contenir. L'arrivée du capitaine arracha à l'officier un soupir de soulagement.
- Capitaine, l'ambassadeur Fox s'oppose aux procédures de sécurité.
Fox pivota sur les talons, faisant face à Kirk.
- Capitaine, dit-il avec condescendance, je crois qu'il serait dommage que le représentant des Calligars voie dès son arrivée à bord un homme pointant un fuseur sur lui. Ce n'est pas conforme à l'image que nous essayons de donner.
- Mon souci, ambassadeur, répondit Jim, est la sécurité de l'équipage. C'est une téléportation non autorisée; bien que je pense que nous ne risquons rien, il y a des procédures à suivre. ( Il se tourna vers les gardes. ) Laissez vos armes dans leur holster, mais soyez vigilants.
Une fois ce problème réglé, Kirk fixa à nouveau l'ambassadeur.
- Ayez conscience, monsieur Fox, que le règlement stipule qu'une personne empêchant un homme de la sécurité d'accomplir son devoir peut, à la discrétion du capitaine, être jetée en cellule. Voulez-vous que je m'en tienne strictement au règlement ?
Fox grommela quelque chose dans sa barbe, puis il s'écarta.
Thak et Daystrom avaient assisté à la scène sans broncher. Dorian, de son côté, pouffait discrètement.
Kirk entra dans la salle de téléportation. C'est alors qu'il vit son premier Calligar. Ou plutôt, sa première Calligare...

* * * * *

Elle tournait le dos à la porte et s'entretenait avec Tuchinsky. Visiblement, la technicienne n'était pas en danger. Elle souriait.
Entendant du bruit derrière elle, la Calligare se retourna vers les nouveaux venus.
Jim entendit une exclamation derrière lui. Jetant un coup d'œil par-dessus son épaule, il découvrit que c'était Tyler.
Le commodore écarquillait les yeux, la bouche ouverte.
- Mon Dieu, murmura-t-il, elle n'a pas pris une ride !
La Calligare sourit :
- Bonjour, c'est un plaisir de vous rencontrer tous. Je viens vous souhaiter bienvenue au nom des Calligars. Je suis Ecma, Maîtresse des Constructions.
- James Kirk, capitaine de l'Entreprise.
L'un après l'autre, Kirk présenta les membres de la délégation. Il remarqua que Tyler demeurait à l'écart. Pour finir, il ne resta plus que lui.
- Et voici...
- Je crois pouvoir me présenter moi-même, capitaine, dit Tyler. Bonjour, Ecma.
- Bonjour. ( Elle lui rendit son sourire. ) Vous êtes ?
Le commodore ne s'attendait pas à ça.
- Heu... le commodore Tyler... José Tyler, balbutia-t-il.
- Enchantée, commodore, dit-elle, lui serrant la main.
L'officier semblait sonné.
Ecma le dévisagea.
- Quelque chose ne va pas, commodore ?
- Si quelque chose ne va pas ? Ecma;.., vous ne vous souvenez plus de moi ?
La femme qui avait hanté ses nuits durant les trente dernières années le regarda sans comprendre.
- Nous sommes-nous déjà rencontrés ?

CHAPITRE XIII

Ensuite, Ecma l'embrassa sur la bouche.
Son parfum, son contact, étaient les mêmes que trente ans plus tôt. Quand elle lui sourit, il retrouva son regard malicieux...
Mais quelque chose avait mûri dans ses yeux.
Les années.
Les années, l'expérience et la tristesse.
- Mon cher lieutenant, dit-elle, comment pouvez-vous penser que je vous aurais oublié ? Hum ? ( Elle caressa doucement son visage.) Votre manque de confiance m'étonne...
- Manque de confiance ? s'insurgea Tyler. Ridicule. Pas un instant je n'ai cru que vous auriez pu m'oublier.
Il songea alors aux gens qui les entouraient; certains souriaient comme des imbéciles.
Il se tourna vers eux et dit, comme s'il éprouvait le besoin de se justifier :
- La Maîtresse des Constructions et moi... nous sommes déjà rencontrés.
- C'est l'évidence, souligna l'ambassadeur Fox.
- Messieurs, intervint Kirk, dois-je vous rappeler que notre temps est compté. Je vous suggère donc de vous rendre au hangar des navettes.
- Capitaine, dit le commodore, verriez-vous un inconvénient à ce que j'échange ma place avec celle de l'ambassadeur Fox ?
Le Tellarite se tourna vers Thak, visiblement troublé.
- Dans quel but désire-t-il échanger sa place ?
- Pour avoir une meilleure approche du problème, répondit l'Andorien, sérieux comme un pape.
- Oh...
Dorkin plissa le front.
- Alors, pourquoi ne m'a-t-on pas invité à changer de place ?...
Ignorant sagement les deux délégués, Jim considéra un instant la demande de Tyler.
Fox haussa les épaules.
- Je n'y vois aucune objection, capitaine. Je dois avouer que j'étais un peu déçu de ne pas visiter le monde des Calligars. Et il me semble clair que le commodore Tyler a certain... intérêt à rester à bord.
- Je m'en moque éperdument, dit le shondar.
- Personne ne vous a demandé votre avis, fit Thak.
Le Tellarite se contenta de grogner.
- Très bien, commodore, soupira le capitaine. Si vous désirez servir d'agent de liaison avec Ecma pendant son séjour, il semble n'y avoir aucune objection. ( Jim essaya de ne pas sourire comme un idiot, même s'il trouvait la situation particulièrement charmante. ) Le reste de l'équipe devra se rendre au plus vite aux navettes. Lancement prévu dans cinq minutes, monsieur Scott ?
- Oui, monsieur, répondit l'ingénieur. Ça fait longtemps que je n'ai pas piloté une navette, mais je n'ai pas perdu la main.
- J'ai toute confiance en vous, monsieur Scott, dit Kirk. Maîtresse des Constructions Ecma, je suis sûr que le commodore se fera un plaisir de vous accompagner jusqu'à vos quartiers... Plus tard, si vous n'y voyez aucun inconvénient, d'autres membres de mon équipage aimeraient s'entretenir avec vous.
- Je suis à votre service, capitaine, répondit la Calligare avec une courte révérence.
Tout le monde sortit de la salle de téléportation.
Fox resta en arrière avec Jim.
- Pourriez-vous retarder notre départ de dix minutes, capitaine ? demanda-t-il. Il faut que je rassemble mon matériel de recherches. De plus...
- Dix minutes, ambassadeur, mais pas plus. Ne perdez pas de temps.
Fox partit en courant.
Kirk hocha la tête.
- Il est agréable de voir un homme d'âge mûr être excité par quelque chose.
- Est-il beaucoup plus vieux que vous, capitaine ? demanda Ecma.
Jim réfléchit un instant puis répondit :
- Hum;.., quand j'étais plus jeune, il me paraissait beaucoup plus âgé que moi. A présent, la différence n'est plus aussi évidente. Vous comprenez ?
- Autant que d'autres paradoxes humains. ( Elle se tourna vers Tyler. ) Vous alliez me conduire à mes quartiers, lieutenant ?
- Commodore, précisa-t-il. Mais appelez-moi José. Ou Joe.
- Très bien, Joe.
Il lui présenta son bras, qu'elle prit doucement. Ils disparurent au bout du couloir.
Kirk et McCoy les observèrent.
- Ils font un charmant couple, n'est-ce pas, capitaine ?
- En effet, docteur.
- Pour des « petits vieux », bien sûr.
Jim sourit.
- On n'est jamais trop vieux pour être jeune, docteur.

* * * * *

- Fémur cassé, dit McCoy. Hanche brisée. Deux côtes fêlées; une d'elles à manqué lui perforer un poumon.
Kirk avait rejoint le docteur à l'infirmerie dès qu'il avait entendu l'appel sur l'intercom. Un enseigne avait bousculé l'ambassadeur Fox dans une coursive, et les os du vieillard n'avaient pas résisté à l'impact.
L'enseigne Hicks, paniqué, ne cessait de gesticuler.
- C'était un accident, capitaine ! J'étais en retard, et je l'ai percuté. Je ne comprends pas comment...
- Nous savons que ce n'est pas votre faute, enseigne, dit Kirk, essayant d'être rassurant, sans pour cela parvenir à masquer son ennui. Néanmoins, vous auriez pu faire plus attention...
- Je sais, monsieur. Je suis vraiment navré. Mais l'impact...
- Les vieux os ne sont plus très solides.
Allongé sur le lit diagnostiqueur, Fox protesta :
- Je me sens bien ! Vraiment ! Laissez-moi me lever et...
McCoy tourna la tête dans sa direction.
- Vous ne bougez pas d'un poil, ou je vous briserai l'autre hanche en soufflant dessus ! rugit-il.
Que la menace y soit pour quelque chose ou non, l'ambassadeur reposa la tête sur son oreiller, l'air misérable.
L'intercom siffla.
Jim enfonça le commutateur.
- Kirk à l'inter.
- Capitaine, Spock à l'inter. Je suis au hangar. J'ai cru comprendre que l'ambassadeur Fox avait eu un accident.
- Une collision avec l'enseigne Hicks. L'ambassadeur en a le plus souffert.
Le capitaine jeta un coup d'œil en direction du lit du diplomate. Hicks ne cessait de s'excuser.
- Devons-nous l'attendre ? demanda le Vulcain.
Jim échangea un regard avec McCoy. Le médecin secoua la tête.
- Il va rester à l'infirmerie un bout de temps, monsieur Spock, répondit Kirk. Partez sans lui.
- Bien, monsieur.
- Rappelez-vous. Communication toutes les heures. Bonne chance.
- Vous en aurez besoin, murmura McCoy.
- Merci, capitaine. Et remerciez le bon docteur de sa gentille remarque.
Kirk lança un regard amusé à McCoy, qui prit un air boudeur.
- Faites attention à vos expressions, docteur. Vous commencez à ressembler à un Tellarite.

* * * * *

Ecma se tenait dans sa cabine, immobile. Tyler, près de la porte, l'observait avec intérêt et étonnement. Soudain, quelque chose semblait avoir changé chez elle. Dans la salle de téléportation, même dans les coursives, elle avait été agréable, polie, un peu flirteuse. Telle qu'elle était trente ans plus tôt, avec le bémol de la maturité et d'une certaine acidité née de l'âge.
A présent, il émanait d'elle une tension, voire de l'appréhension. Il ne pouvait s'empêcher de remarquer la différence, mais il n'osait pas aborder le sujet.
Il préféra parler de quelque chose de plus neutre :
- Cette cabine vous convient-elle ?
Elle ne répondit pas.
Après quelques instants, elle pivota sur ses talons et lui fit face.
- Croyez-vous que je pourrais parler au capitaine Kirk ? Il commande ce navire, n'est-ce pas ?
Sa voix était si distante...
- Certainement. ( José activa l'intercom : ) Tyler à l'inter. J'appelle le capitaine.
- Kirk à l'inter.
- Pourriez-vous descendre dans la cabine d'Ecma ?
- Un problème ?
- Je ne pense pas. Elle a seulement demandé à vous voir. Bien sûr, si vous préférez attendre le départ de la navette...
- Elle vient de s'engouffrer dans la faille, commodore. J'arrive dans quelques instants.
- Merci. Tyler, terminé. ( Il se tourna vers Ecma, écartant les bras. ) C'était simple, non ?
- Merci.
La Calligare s'assit au bord de son lit, posant délicatement ses mains sur ses genoux. L'humain la regarda avec curiosité.
- Ecma, votre père...
- Zyo a rejoint ses prédécesseurs.
- Oh. Je suis désolé. C'était un être particulièrement intelligent. C'est dommage.
- Il n'a pas eu le choix.
Tyler haussa les épaules.
- Je suppose qu'aucun d'entre nous ne l'a !
Elle ne répondit pas.
Le commodore n'avait plus qu'une question à lui poser, celle qui lui pesait sur le cœur depuis plus de trente ans. La dernière image, horrible, qu'il avait eue lorsqu'il avait été téléporté sur l'Entreprise.
- Et Mocra ? Votre frère ?
Elle parut réagir.
- Oui, il va bien.
- Ecma;.., quand j'ai été téléporté, il y a des années, la dernière chose que j'ai vue... c'était lui, avec ses mains posées...
Ecma leva la tête pour croiser le regard de José.
- Ce que vous avez vu... n'est pas inhabituel chez mon peuple.
Il écarquilla les yeux.
- Comment ?
- Vos tabous ne sont pas les nôtres, expliqua-t-elle. Sa jalousie... n'était pas purement fraternelle.
Il chancela.
- Vous voulez dire que vous et lui...
Elle soupira :
- Je ne suis plus celle que j'étais quand nous nous sommes rencontrés, Joe. A cette époque, j'étais... libre. Je dévorais la vie parce qu'il me semblait alors qu'elle durerait pour l'éternité. Et parce que je pouvais oublier des aspects de mon existence que je préférerais... ignorer.;. l'ai un fils.
Cette dernière réplique frappa Tyler comme un crochet du droit. Son visage perdit toute couleur.
- Un... fils... Son fils ?
Elle acquiesça :
- Vous devez comprendre que notre code génétique est différent du vôtre. Nous n'avons aucune crainte à avoir de la combinaison des gênes récessifs. Chez nous, les unions consanguines donnent naissance aux meilleurs et aux plus intelligents représentants de la race.
- Eh bien, je ne crois pas que ce soit sain, souffla José, dégoûté. C'est mal !. ( Il pointa un doigt accusateur sur elle. ) C'est arrivé après la mort de votre père, n'est-ce pas ?
- En effet. En tant que nouvelle Maîtresse des Constructions, il m'incombait de...
- Je me moque de le savoir ! explosa Tyler, lui saisissant fermement les poignets. C'est mal ! Et si votre père avait été vivant, il vous aurait dit la même chose.
Elle lui sourit tendrement.
- D'où croyez-vous que mon père vienne, Joe ? Un être si intelligent, comme vous l'avez dit vous-même. Selon vous, qui étaient ses parents ?
Il secoua la tête, sentant la migraine le menacer.
- Je n'y crois pas.
Elle voulut lui caresser le visage; il recula vivement.
- Quelle pitié, Joe ! dit-elle tristement. Vous vous dites citoyen de la Galaxie, mais votre attitude reste si fermée... Pourquoi refuser d'accepter les points de vue qui s'écartent des vôtres ?
Il resta silencieux.
On sonna à la porte.
- Entrez, dit la Calligare.
Jim fit son apparition. Il sentit aussitôt l'anxiété qui régnait dans la cabine, mais il sourit.
- Vous désiriez me voir ?
- Oui, capitaine. Merci d'être venu aussi vite.
- Je trouve toujours du temps pour mes invités, particulièrement s'ils sont aussi importants que vous. Donc... que puis-je faire pour la Maîtresse des Constructions de Calligar ?
- Rien.
La réponse le surprit. Il regarda Tyler, mais le commodore ne lui fut d'aucune aide.
Kirk se força à sourire.
- Eh bien, si je puis me permettre..., puisque je ne peux rien faire pour vous, alors pourquoi...
- Vous ne pouvez rien faire pour la Maîtresse des Constructions des Calligars, parce que je ne prétends plus à ce titre.
- Comment ? dirent le capitaine et Tyler à l'unisson.
- Je ne comprends pas, ajouta Jim.
- Dans ce cas, je vais vous expliquer. Personne dans notre Histoire n'a jamais donné sa démission. Ce n'est pas autorisé. C'est inimaginable. C'est pourtant ce que je vais faire. Je demande l'asile politique à l'Entreprise. Je ne veux pas retourner chez les Calligars... Et rien dans cette Galaxie ne me fera changer d'avis.

CHAPITRE XIV

- Fascinant.
Guidée par un signal sonore, la navette survolait une des cités les plus importantes du RéseauMonde calligar. Scotty pilotait de main de maître, essayant de ne pas se laisser distraire par l'incroyable spectacle du monde incandescent.
Une ouverture apparut au sommet du dôme de la ville. L'ingénieur échangea un regard avec Spock, qui hocha la tête. L'Écossais fit descendre la navette.
Une fois à l'intérieur, le dôme se referma.
Scotty suivit le signal jusqu'à une zone d'atterrissage, apparemment aménagée pour eux.
- Posez-vous, monsieur Scott, ordonna Spock.
- Bien, monsieur.
Près de la piste les attendait un groupe de Calligars.
Même de loin, le Vulcain reconnut tout de suite Alt, le Maître du Statut, et, près de lui, Mocra. Il n'avait jamais vu les autres.
L'atterrissage fut parfait, sauf pour le shondar Dorkin, qui se plaignit de secousses imaginaires avant de faire savoir à l'ingénieur qu'un enfant tellarite bigleux aurait fait mieux.
Scotty ne répondit pas; il se contenta d'imaginer un instant la navette se posant sur la tête du délégué tellarite.
Quand ils sortirent du navire, Alt fit un pas en avant et inclina la tête.
- Monsieur Spock, si je ne m'abuse ?
- Je suis honoré que vous vous souveniez de moi, répondit l'officier scientifique.
- Où est le capitaine Pike ?
- Il est à la retraite.
- Vous êtes le nouveau commandant ?
- Je commande cette équipe de premier contact, expliqua Spock. Puis-je vous présenter...
Mocra ne lui en laissa pas le temps. Le Calligar semblait plus arrogant que jadis. Plus irrité, aussi. Le docteur McCoy aurait probablement fait remarquer que Mocra avait l'air d'avoir un manche à balai quelque part...
- Êtes-vous le capitaine de l'Entreprise ? demanda-t-il. A moins que ce soit... Comment s'appelait-il ? ( Il fit semblant de réfléchir, mais le Vulcain ne fut pas dupe. ) Oh, oui. Tyler !
- Le commodore Tyler est resté à bord de l'Entreprise, répondit Spock, sentant l'hostilité de Mocra. L'arrivée de votre Maîtresse des Constructions l'a décidé à se charger des relations diplomatiques.
- Oui, je n'en suis pas surpris. Est-il le commandant de votre navire ?
- Non, c'est le capitaine James T. Kirk.
Mocra leva le menton, défiant.
- Pourquoi n'est-il pas ici ? Nous n'en valons pas la peine ?
- Les directives actuelles de Starfleet, expliqua patiemment le Vulcain, stipulent que les capitaines doivent rester à bord de leur navire.
- Nous préférons avoir affaire à des meneurs d'hommes, objecta le Calligar.
- Si M. Spock nous conduisait en Enfer, je le suivrais en sifflant, intervint Scotty. Cela vous suffit-il ?
Alt observait la scène en silence, mais il ne put cacher son dégoût.
- Mocra dit vrai; nous croyons qu'il faut conduire les négociations avec les chefs. Pour l'instant, nous n'allons pas être pointilleux. Mocra, nous en reparlerons - encore -, plus tard. En attendant, je te demande de faire montre d'un semblant de tact et de politesse.
Mocra s'inclina :
- Comme vous voudrez, Maître du Statut.
- Bien. ( Il se tourna vers Spock. ) Vous ne vous interrogez pas sur l'absence de Zyo ?
- Le fait qu'Ecma se soit présentée comme Maîtresse des Constructions semble indiquer qu'il est décédé.
- C'est exact. Il était un partisan farouche de ce rapprochement. A l'époque de notre première rencontre, je pensais que c'était une mauvaise position. Depuis, j'ai eu de nombreuses années pour y réfléchir. En dépit de mes craintes, il est clair qu'un contact avec vous n'a pas abouti à la destruction de notre civilisation. Peut-être le temps de l'ouverture sur le reste de la Galaxie est-il venu ? Bien sûr, je ne l'aurais pas avoué à Zyo de son vivant...
- C'est un sentiment que je peux comprendre, admit Spock.
Scott réprima un sourire. Il savait parfaitement ce que voulait dire le Vulcain. Eût-il été là, McCoy aurait probablement ajouté une remarque désobligeante.
- Voici les membres de notre Conseil, dit Alt, désignant la demi-douzaine de Calligars qui l'accompagnaient.,
- Un Conseil ? s'exclama le shondar Dorian. Nous ignorions que vous aviez un gouvernement. Quelle est la raison de ce changement ?
- Cela ne vous regarde pas, rétorqua Mocra.
Le Tellarite fixa le Calligar de son regard porcin.
- Je pense que si.
- Messieurs, intervint Spock, l'objectif de cette rencontre est d'échanger des idées. Je ne crois pas que l' hostilité sera bénéfique à notre mission.
- Vous avez raison, monsieur Spock, approuva le Maître du Statut. Si vous voulez bien me suivre, nous avons établi un itinéraire à votre attention. Auriez-vous des objections à vous séparer pour faire le plus grand nombre de choses dans le temps qui nous est imparti ?
- Pas du tout. ( Spock activa son bracelet-communicateur. ) Nous pourrons rester en contact les uns avec les autres, bien sûr.
- Oh, bien entendu. Et... les présentations ?
Rapidement, le Vulcain présenta tous les membres de l'expédition à Alt, à Mocra et au Conseil. Quand la réciproque fut accomplie, tout le monde se mit en route.
Les Calligars qu'ils croisèrent ne leur prêtèrent pas la moindre attention, comme s'ils s'étaient habitués à la présence d'étrangers parmi eux.
- Avez-vous eu des difficultés à traverser la faille ? demanda soudain Alt.
- Notre nouveau champ de distorsion suffit à nous protéger des flux temporels, répondit Spock. Cependant, la consommation en carburant fut plus importante que prévue.
- Vous n'aurez pas de problème pour repartir, j'espère ? demanda Mocra d'un ton neutre.
Scotty répondit :
- Non. Nous aurons une faible marge d'erreur, mais nous avons connu pire. Cependant, je suis curieux. Disposez-vous d'une technologie qui nous permettrait d'alimenter notre plate-forme de distorsion ?
- Oh, certainement, fit le Maître du Statut. Mais nous ne pourrions pas vous la donner. En fait, nous saurions reformer les cristaux de dilithium de l'Entreprise. Nous pourrions même créer des cristaux auto-régénérants.
L'Écossais se demanda si Alt plaisantait.
- Honnêtement ? questionna-t-il.
Mocra renâcla :
- Bien sûr.
- C'est étonnant.
- Ce qui est étonnant, c'est que vous ne sachiez pas encore le faire.
Scotty plissa le front, vexé, mais Mocra n'ajouta rien.
- Si mes questions ne vous dérangent pas, reprit l'ingénieur, j'aimerais connaître la composition de ce dôme. L'ouverture semble être simplement apparue. Est-ce un champ de force, ou une matière similaire à l'aluminium transparent ?
Alt foudroya du regard Mocra, qui fit tous les efforts pour répondre sans hostilité :
- Ce sont des molécules artificielles d'atmosphère qui ont été solidifiées.
- Solidifiées... Vous voulez dire que vous avez fabriqué un champ de force à partir de l'air ?
- C'est une manière d'expliquer les choses. Quand l'ouverture est apparue, c'était une bulle de force générée par les molécules. Elle vous a avalés, le temps d'entrer dans le périmètre du dôme, puis s'est contractée.
- Vous en parlez comme d'un être vivant. Mocra explosa :
- Bien sûr qu'il s'agit d'un être vivant !
- Grand Dieu ! s'exclama l'Écossais.
- Monsieur Scott, nous sommes arrivés, fit Alt.
Ils se trouvaient devant un disque d'argent scintillant d'un rayon de près de deux mètres.
- Monsieur Scott, reprit le Maître du Statut, d'après vos archives informatiques, vous êtes le chef ingénieur.
Je ne vois aucune raison de ne pas vous tenir au courant de nos dernières découvertes technologiques. Mais nous ne vous promettons pas de tout vous expliquer.
Scotty haussa les épaules. Il savait qu'un simple regard lui en apprendrait plus que les discours de ses hôtes.
- Bien. Montez sur cette plate-forme. Vous serez en ligne directe avec le centre d'ingénierie. Un de nos spécialistes les plus brillants vous y attend.
- Oui, ajouta Mocra. Son nom est Regger, et c'est mon fils.
- Votre fils ? s'étonna l'Écossais.
- Oui, mais ne vous en faites pas, il ne me ressemble pas.
Tout le monde dévisagea Mocra; son air innocent lui valut les rires de plusieurs membres du Conseil. Cette hilarité gagna Thak, Scotty, et même le shondar Dorkin, dont le ventre remuait comme celui du Père Noël.
Spock, pour sa part, échangea un regard avec Richard Daystrom, impassible. L'informaticien haussa les épaules.
Alt secoua la tête.
- Je dois avouer, Mocra, que tu me surprends parfois, dit-il.
- Seul un imbécile ne saurait reconnaître ses défauts, répondit le Calligar. Puis-je suggérer que le scientifique Thak accompagne M. Scott ? Dorkin et M. Spock peuvent accompagner le Maître du Statut et le Conseil pour discuter de philosophie et de politique pendant que je conduis le docteur Daystrom au centre de communion informatique. Ainsi, chacun sera satisfait.
Les membres de l'équipe de contact échangèrent quelques regards.
Spock prit la parole :
- Ce plan me semble satisfaisant, Mocra.
Thak vint se placer près de Scotty sur la plate-forme.
- Tout ce qui signifie que je n'aurai pas à supporter le Tellarite me convient à merveille, souffla-t-il à l'ingénieur.
- Je suis d'accord avec vous, murmura Scotty avant d'élever la voix : Que devons-nous faire pour activer...
- Pensez simplement à l'endroit où vous devez vous rendre, expliqua Mocra.
- Vous voulez dire qu'il suffit de penser au centre d'ingénierie pour...
Scotty et Thak disparurent comme s'ils n'avaient jamais existé.
- Où diable... ? s'exclama le shondar.
- Ne vous inquiétez pas, leur dit Alt. Ils sont simplement en ligne.

CHAPITRE XV

- Hors de question !
Dans la salle de conférences étaient réunis Kirk, McCoy, Fox - sur un siège antigrav qui le maintenait immobile -, Ecma, Tyler et Uhura, qui servait de greffier. Sa présence était inutile, puisque l'ordinateur enregistrait la réunion, mais le protocole devait être respecté.
Fox secoua vivement la tête.
- C'est absolument hors de question ! répéta-t-il.
- Ambassadeur, dit Kirk, cette décision ne vous appartient pas.
- Capitaine, je crains que si.
Un silence oppressant suivit.
Enfin, Tyler ouvrit la bouche :
- Je puis vous assurer personnellement, capitaine, que Starfleet vous soutiendra.
- N'en soyez pas si sûr, commodore, dit Fox. Sauf votre respect, il est clair que votre raisonnement est faussé. Selon toute évidence, cette... cette femme exerce sur vous une sorte d'influence. Je ne veux pas être présomptueux au point d'imaginer...
Tyler fit mine de se lever. Le sang-froid n'avait jamais été. une de ses qualités.
- Espèce de sale bureaucrate....
- Commodore ! s'écria Jim.
Tyler se rassit.
McCoy, pour sa part, observait Ecma. Quelque chose clochait dans son langage corporel. Durant des années, il avait développé un talent pour déterminer l'état de santé d'une personne au premier coup d'œil, et son sixième sens l'alertait.
- Maîtresse des Constructions, vous sentez-vous bien ?
Elle le fixa d'un regard fugitivement troublé, puis elle sourit.
- Je vais bien, docteur. Je suis simplement un peu... stressée.
- Je ne suis pas surpris, répondit McCoy.
- Moi, je le suis, intervint Fox. Je suis surpris que la Maîtresse des Constructions des Calligars mette en danger les relations de deux civilisations en annonçant qu'elle ne désire pas retourner chez les siens.
- Elle a ses raisons, répéta Tyler. Starfleet appuiera sa demande.
- Mais Starfleet devra en répondre devant la Fédération des Planètes Unies, objecta l'ambassadeur, dont je suis l'auguste représentant. Capitaine Kirk, avez-vous seulement idée de la complexité de la situation ?
- Je le crois, ambassadeur. Vous redoutez que les Calligars jugent la défection de leur Maîtresse des Constructions comme une violation de leur philosophie d'isolationnisme, n'est-ce pas ?
Il s'était tourné vers Ecma, qui hocha doucement la tête.
- Les contacts avec la Fédération sont troublants pour mon peuple. Ils ne seraient pas possible sans l'influence de mon père, dit-elle.
Uhura leva la tête et intervint :
- Je vous demande pardon... Je croyais que votre père était mort.
- En effet, renchérit Kirk, vous en parlez au présent. Je crains de ne pas comprendre.
- Mon père et ses idées vivent en esprit parmi mon peuple, comme les sages de votre monde vous influencent, j'ai la fâcheuse tendance de parler de lui au présent.
- Tout à fait compréhensible, dit le commodore.
Jim n'était pas sûr de vraiment comprendre, mais il n'insista pas et poursuivit :
- Concentrons-nous sur notre problème. Si...
Fox lui coupa la parole :
- Comment convaincre la Maîtresse des Constructions que sa décision pourrait être suicidaire pour nos relations avec son peuple ? Je ne pense pas qu'elle veuille mettre en danger le travail de son père.
- Ambassadeur, dit le capitaine, je comprends vos réserves, mais si vous m'interrompez encore une fois, je vous fais raccompagner à l'infirmerie, et vous suivrez cette conférence sur un écran. Ai-je été clair ?
Fox le foudroya du regard, mais il ne dit rien.
Jim se tourna vers Ecma :
- A présent, Maîtresse des Constructions...
- Ecma, je vous prie...
- Ecma..., vous avez dit au commodore Tyler, et à moi, que vous demandiez l'asile politique à la Fédération. Je suppose que vous avez donné une raison au commodore, mais vous n'en m'en avez pas fait part. Je vous exhorte de le faire.
- C'est personnel, capitaine, s'empressa de dire Tyler.
- Cela ne me suffit pas, commodore, répondit Kirk.
- Je crains que si, capitaine.
- Non. L'ambassadeur Fox est le représentant de la Fédération, et vous êtes l'officier le plus gradé à bord. Cependant, messieurs, je suis le capitaine de ce navire. Je commande cette mission, et si j'ordonne à mes gardes de vous mettre aux fers, ils le feront sans hésiter. Ai-je été clair, encore une fois ?
- Vous nous menacez de brutalités ? gronda Fox.
- C'est exact. Je n'ai jamais hésité à utiliser la force, et n'oubliez pas que c'est pour cette raison que vous avez survécu sur Eminiar VII. Je suis trop vieux pour m'embarrasser de délicatesse, ambassadeur. Si vous n'appréciez pas, vous pouvez rentrer chez vous. Et, sauf votre respect, commodore, vous pouvez vous joindre à lui !
Kirk se leva. Il fit le tour de la table de conférences, les mains dans le dos.
- Commodore, vous me demandez de poser la tête sur le billot, et l'ambassadeur Fox serait ravi de se charger d'affûter la hache. Je veux bien risquer mon cou - je l'ai déjà fait maintes fois -, mais je veux savoir pourquoi. Je refuse d'agir à l'aveugle. ( Il fixa Ecma. ) Tout dépend de vous, madame. Dites-moi pourquoi vous réclamez l'asile politique. Est-ce à cause du commodore Tyler ? Y a-t-il une autre raison ?
- Elle veut rester avec moi ! s'exclama Tyler.
- Non, ce n'est pas la véritable raison, dit enfin Ecma, toussant, puis se mordillant la lèvre inférieure. Oh, je vous aime énormément, Joe... Mais cela ne suffit pas.
- Dans ce cas, votre frère ?
- Ce n'est pas à cause de mon frère.
- Son frère ?
Ecma força un sourire. McCoy, qui avait apporté un tricordeur pour surveiller l'état de santé de Fox, le recalibra pour examiner la Calligare.
- José Tyler est outré à cause de ma relation intime avec mon frère Mocra.
- Une relation qui a donné naissance à un fils, insista le commodore.
Kirk écarquilla les yeux; Uhura parvint de justesse à masquer sa réaction. McCoy était trop occupé à lire les données de son tricordeur. Le cœur d'Ecma battait trop vite à son goût.
- Ce n'est pas une relation heureuse, continua la Maîtresse des Constructions, mais comme je l'ai expliqué à Joe, c'est une pratique courante dans mon peuple. Elle n'est pas taboue, à l'inverse de chez vous. Nous avons ( elle toussa )... Nous avons nos propres tabous. J'aime mon fils, mais j'apprécie encore plus la vie, et je...
- Capitaine, fit Bones, vous devriez....
Mais Kirk ne l'avait pas entendu.
- Apprécier la vie ? Quelqu'un menace la vôtre ?
La respiration d'Ecma se fit plus saccadée; le médecin se leva, brandissant son tricordeur.
- Je ne veux pas m'évanouir, dit-elle, tremblante. Je... ne...
- Vous « Évanouir » ? Qu'est-ce que ça veut dire ? demanda Jim. Commodore...
- Je ne sais pas, répondit Tyler. Je n'ai jamais...
- Capitaine, cette femme a un comportement aberrant ! s'exclama Fox.
- Jim ! s'écria McCoy. Son pouls est irrégulier, et sa respiration laborieuse !
- Ce n'est pas encore le moment ! Ce n'est pas juste ! pleura Ecma.
Elle se dressa d'un bond, tremblante, puis elle chancela. Tyler la rattrapa à temps, la déposant sur son siège. McCoy appela une équipe médicale.
- Je ne veux pas mourir ! gémit la Calligare.
- Mourir ? s'étonna l'ambassadeur. Que diable...
- Fermez-la ! explosa Tyler. Pour l'amour de Dieu, fermez-la !
Ecma glissa lentement de son siège; le commodore la prit dans ses bras. Elle ne pesait rien.
- Faites quelque chose ! hurla José à McCoy. C'est un ordre !
- Je ne connais pas sa structure biologique, répondit le médecin. Des drogues bénignes pour nous pourraient la tuer. Il faut la transporter à l'infirmerie.
Comme en réponse, l'équipe médicale qu'il avait appelée fit irruption dans la pièce avec une civière antigrav. Tyler y déposa aussitôt le corps tremblant de la Calligare.
Kirk approcha.
- Vous êtes entre de bonnes mains, dit-il à Ecma pour la rassurer.
Dans un sursaut de lucidité, elle saisit le bras du capitaine.
- Ne me renvoyez pas sur Calligar ! supplia-t-elle d'une voix rauque. Je vous en prie... Je mourrai !
- Je vous le promets. Je vous accorde l'asile. Vous avez ma parole.
Ses lèvres bougèrent, mais Ecma était incapable d'articuler d'autres mots. Sa tête retomba; sa main lâcha le bras de Kirk.
- A l'infirmerie ! ordonna McCoy. Tout de suite !
Tyler voulut suivre la civière, mais le médecin le repoussa.
- Je n'ai pas besoin d'un fichu public ! s'exclama-t-il d'une voix sèche avant d'ajouter, sur un ton plus doux : Monsieur.
Un long silence suivit le départ d'Ecma pour l'infirmerie. Puis l'ambassadeur Fox dit :
- Capitaine,... vous n'étiez pas sérieux, je suppose.
- Sérieux ?
- A propos de l'asile politique. Nos relations avec les Calligars sont des plus délicates. Si un de...
- Ambassadeur...
- Écoutez-moi, bon sang ! Mon Dieu, Kirk, je ne suis pas inhumain. J'ai bien vu que cette femme était terrifiée. Et je ne suis pas idiot ou insensible au point d'ignorer l'affection que lui porte le commodore Tyler.
- Qu'en savez-vous donc, Fox ? rétorqua Tyler d'un ton dédaigneux.
Le diplomate secoua la tête.
- J'ai vu les regards que vous lui lanciez, commodore, et ceux qu'elle vous jetait. Il existe un lien extraordinaire entre vous. C'est imprévisible, et cela n'arrive qu'une fois dans une vie. Dans des circonstances plus ordinaires, j'aurais été ravi de vous aider. Mais la situation est délicate. Nos relations avec les Calligars n'en sont qu'à leurs balbutiements. Nous ignorons comment ils vont réagir, mais il y a de fortes chances qu'ils n'apprécient pas. Capitaine, vous allez faire échouer cette mission à cause des désirs d'une personne.
- Deux personnes, précisa José.
- Ce n'est pas juste, continua l'ambassadeur. Vous avez des devoirs, capitaine. Votre mission est d'établir des relations diplomatiques avec les Calligars, pas de risquer un conflit.
- Je vous serais reconnaissant de ne pas me rappeler mon devoir, répondit Jim. Vous marquez certains points, je dois l'admettre. En fait, vous avez probablement raison.
Tyler dévisagea Kirk, l'air outré.
- Capitaine, je refuse de croire...
Jim leva une main, indiquant qu'il n'avait pas terminé.
- Nous ne saurons pas comment réagiront les Calligars tant qu'ils ne seront pas au courant. Aussi, il faut les informer au plus vite, précisa-t-il.
- Vous oubliez un point important, Kirk, dit Fox. Si les Calligars exigent le retour de leur Maîtresse des Constructions, que ferons-nous ?
- J'ai donné ma parole à Ecma.
- Même si cela signifie perdre une alliance qui pourrait bénéficier à la Fédération ?
- Quel bénéfice pourrions-nous en tirer, ambassadeur, si nous oublions nos devoirs moraux envers les êtres humains ?
- C'est très altruiste de votre part, capitaine. Mais je dois vous rappeler une chose : Ecma n'est pas humaine. Vous me surprenez en plaquant des sentiments humains sur une autre civilisation. Ça ne fonctionne pas ainsi. Vous le savez, et surtout, la Prime Directive ne l'ignore pas.
- Ce n'est pas une question de Prime Directive :
- Diable que si ! Nous ne devons pas intervenir sur l'évolution de leur société. Nous ne devons pas...
- Détruire un ordinateur qui entretient une guerre pendant plusieurs siècles, par exemple ? coupa Jim.
Fox se renfrogna :
- Quand cesserez-vous de me rappeler cet incident ?
- Il me revient toujours à l'esprit en votre présence.
- Vous avez agi pour nous défendre.
- Cela suffisait-il à justifier nos actes ? demanda Kirk.
- Au moins à les rendre compréhensibles.
- Parce que nous défendions nos vies. A présent, écoutez-moi : nous défendons celle d'Ecma, qui vaut autant que la nôtre.
- Sinon plus, dans certains cas, grommela Tyler.
- Donc, reprit Jim, nous sommes dans une situation difficile. Renvoyer Ecma n'est pas une solution. Cependant, ce problème nécessite les talents d'un diplomate. Vous devrez donc... ( il chercha un mot approprié, mais n'en trouva pas )... « diplomater ».
- Si j'ai bien compris, dit Fox, Tyler désire qu'elle reste parce qu'il l'aime. Vous le soutenez à cause de votre complexe de Lancelot et c'est à moi de recoller les morceaux ?
- Exactement.
- Pourquoi ?
- Parce que c'est votre fichu boulot, répondit le capitaine. Parce que je vous demande de le faire. Et surtout, ambassadeur, parce que vous avez une dette envers moi; que vous le reconnaissiez ou non.
Fox le foudroya du regard, puis il fit pivoter son siège antigrav, quittant la salle de conférences en maugréant des phrases inaudibles.
Tyler se tourna vers Kirk.
- Merci, capitaine. Si cela ne vous dérange pas, je vais descendre à l'infirmerie pour prendre des nouvelles.
- Si le docteur McCoy vous laisse entrer.
Dès que le commodore fut parti, Jim alla trouver Uhura, un air interrogateur sur le visage.
- Eh bien ? Avez-vous un commentaire à faire ?
L'officier des communications haussa les épaules.
- Seulement que si j'ai un jour des ennuis, j'espère vous avoir à mon côté.
Il sourit.
- Merci, commander.
- Et aussi, que vous êtes dans la panade.
- Comme si je ne le savais pas.

CHAPITRE XVI

Montgomery Scott hurlait dans sa tête.
Il n'entendait plus rien d'autre. Rien ne l'entourait; rien ne lui parvenait...
Il n'existait plus.
Il était suspendu dans le temps, mais, bien qu'il ait cessé d'exister, il éprouvait une sensation de mouvement. Tout l'Univers défilait autour de lui dans un crépitement d'énergie incroyable.
Puis, subitement, ce fut terminé.
Scotty chancela, légèrement désorienté.
Près de lui se tenait Thak. L'Andorien recouvra ses esprits plus rapidement; il posa une main sur l'épaule de l'Écossais pour le soutenir.
Scott hocha la tête pour le remercier. Il prit une grande inspiration, puis promena le regard autour de lui.
Sur les murs de la pièce courait une série de tubes transparents, contenant un plasma bleuâtre identique à celui qui couvrait la planète. Les conduits disparaissaient dans le plafond.
Au centre se dressait une unité que l'Écossais ne reconnut pas. Le piédestal transparent se terminait par un appareil de la taille d'un poing. Clignotant d'une lumière rouge et noire, il était semé de pointes.
Scotty et Thak descendirent de la plate-forme.
Un doux ronronnement emplissait l'air.
- Que diable ?... demanda l'Andorien.
L'ingénieur et le scientifique approchèrent de l'unité centrale.
- On dirait un caisson de dilithium, dit Scotty, mais il ne peut y avoir de cristal dans ce truc. ( Il se gratta le menton. ) Un appareil de redistribution d'énergie, peut-être ?.
- Possible, mais l'unité ne devrait-elle pas être plus grande ?
- En effet. Nous avons des nodules similaires sur l'Entreprise. Ils sont plus volumineux, et ils servent simplement à alimenter un vaisseau spatial. Imaginez un instant la taille d'un appareil devant redistribuer de l'énergie dans un monde !
- Il serait à peu près du volume de celui-ci, dit une voix amusée derrière eux.
Les deux visiteurs se retournèrent. Le Calligar qui venait de parler ressemblait à Mocra, mais son visage paraissait plus doux.
- Vous devez être Regger ? demanda Montgomery.
- En effet. ( Il inclina la tête. ) Vous êtes ces messieurs de la Fédération.
- C'est cela.
- J'espère qu'être shunté dans notre ligne de transport n'a pas été trop déconcertant.
- Shunté ?
- Oui. Votre flux de particules a été introduit sur une ligne d'accès libre, puis transporté sur un itinéraire préprogrammé à partir de vos neurones.
- Combien de temps cela a-t-il pris ? demanda Thak. Cela nous a semblé une éternité.
- Le transport est instantané.
Scotty siffla, admiratif, puis il fit le tour de la salle, les mains sur les hanches s'exclamant :
- C'est une sacré installation ! Et vous me dites que cet appareil sert à redistribuer l'énergie ?
Regger hocha la tête, puis approcha de la colonne centrale.
- Le Modulateur Spatial Illidium Pew-36 à Explosion, dit-il, satisfait. Je l'ai conçu. Il améliore la distribution d'énergie de dix-sept pour cent dans le RéseauMonde.
- A explosion ? s'étonna l'Andorien.
- Oh, ne vous inquiétez pas. Il s'agit d'un aspect du traitement des données, pas de véritables explosions.
- Vous m'en voyez soulagé.
Scotty scrutait l'appareil, les paupières plissées.
- Étonnant. S'il existait un moyen d'adapter cette unité à nos moteurs..., spécula-t-il.
- Vous avez une théorie similaire, coupa le Calligar. Dans vos archives informatiques, nous avons découvert un procédé que vous appelez « hyper-distorsion ». C'est exact ?
- Oui, des essais ont été faits sur un navire, l'Excelsior. Ça ne fonctionne pas.
- Non, il y a un défaut de conception. Mais les bases restent saines. Si les chercheurs de Starfleet continuaient les travaux, ils découvriraient leur erreur.
- Que dites-vous ? fit Thak. Prétendez-vous que vous pourriez modifier... ?
- Non, le coupa Regger. Je crains de ne pas pouvoir vous montrer comment faire, même si j'en meurs d'envie. Ce que je dis, c'est que votre moteur d'hyper-distorsion, s'il fonctionnait, vous ouvrirait d'incroyables possibilités. Il vous permettrait de restructurer votre conception de la vitesse. La définition même de la distorsion devrait être recalibrée.
Déjà, des théories bouillonnaient dans le cerveau de Scotty.
- Je n'avais jamais pensé...
Le Calligar se contenta de sourire.
- Venez,je vais vous montrer les niveaux d'énergie générés par la fission de notre plasma. Vous trouverez ça intéressant.

* * * * *

- Je trouve votre concept de l'IDIC particulièrement fascinant, dit Alt. Infinie Diversité en Infinie Combinaison.
Ils étaient installés dans une salle de réunion confortablement équipée de sièges aux formes si étranges que l'équipe de contact crut au départ qu'ils n'étaient pas prévus pour des êtres humains.
- C'est la définition terrestre, répondit Spock. Cet acronyme est une méthode utilisée par les Terriens pour résumer dans leur langue un concept sur lequel les philosophes vulcains débattent depuis des siècles.
- Typique, grommela Dorkin, Les Terriens usent toujours de solutions de facilité.
Le Vulcain leva un sourcil curieux.
- Si c'était vrai, shondar, la Prime Directive de la Fédération n'aurait jamais existé. Quelle solution plus simple à un problème qu'imposer sa force ou sa technologie supérieure - ce qu'interdit la Prime Directive ?
- Quelle solution plus simple ? railla le Tellarite. Je vais vous le dire : ignorer le problème. Faire demi-tour. Dire : « Ce n'est pas mon affaire, aussi je n'interviendrai pas. » Cela, mon cher associé vulcain, est ce que j'appelle une solution simple.
Alt se pencha vers lui.
- Je regrette, shondar Dorkin, mais je ne suis pas d'accord avec vous. C'est la chose la plus difficile à faire.
Dorian préféra ne pas insister.
- Nous avons discuté des idéaux de la Fédération, mais nous ne savons rien des croyances des Calligars, excepté leur désir d'isolement, se borna-t-il à dire.
Le Maitre du Statut pinça un instant les lèvres, puis il se tourna vers les membres du Conseil. Ceux-ci hochèrent la tête.
- Nos croyances se basent sur le concept d'Harmonie, dit Alt, ce qui explique pourquoi nous trouvons l'IDIC aussi intéressante. Nous croyons en l'Harmonie entre les êtres - et surtout avec ce qui nous entoure.
- Mais quand nous sommes entrés en contact une première fois avec vous, fit Spock, vous étiez en désaccord.
- C'est vrai, avoua le Calligar. Je m'opposais à Zyo. En tant que Maitre du Statut, je dois maintenir l'Harmonie. Vous avez pu constater que votre environnement réagit à vos pensées. Cela provient de l'Harmonie. Zyo était le Maitre des Constructions, responsable des mécaniques de notre monde et de nos progrès. En d'autres mots, je suis l'esprit, et lui était le corps.
- L'esprit et le corps étaient donc divisés.
- En effet, continua Alt. Selon Zyo, votre incursion dans notre environnement - même une simple transmission -, suffisait à avoir un impact sur l'Harmonie. Le meilleur moyen de la maintenir était d'incorporer votre existence.
- Nous absorber ? demanda Spock.
Le Maitre du Statut secoua la tête.
- Reconnaître votre existence. Je m'y opposais, car je pensais qu'il valait mieux vous ignorer, Mais nous avons suivi le plan de Zyo.
- Pourquoi ? demanda Dorkin.
- Il en a été décidé ainsi.
- Pourquoi ? répéta le Tellarite.
Le visage d'Alt se durcit.
- Je vous ai déjà répondu. L'Harmonie en a décidé ainsi. L'idée a été acceptée. Vous voyez, messieurs, nous devons vivre en Harmonie. Il n'y a rien d'autre.
- Que voulez-vous dire ? demanda le shondar. Il y a l'espace. A présent, vous avez pu vous rendre compte qu'un contact avec d'autres formes de vie n'a pas déclenché la fin de votre monde. Vous n'allez tout de même pas vous terrer dans vos cités ?
- C'est précisément ce que nous avons l'intention de faire. Nous avons vécu ainsi durant des centaines de vos années. Nous ne voulons pas changer de mode de vie.
- Pourtant, c'est une obligation, insista l'officier scientifique vulcain. Par exemple, je ne vois pas comment vous trouverez une solution au problème de la surpopulation. Contraints de vivre dans ces satellites, vous serez un jour trop nombreux. Comment pensez-vous résoudre la question ?
- Nous l'avons résolue. Vous n'avez rien à savoir de plus à ce sujet.
Dorkin commençait à s'énerver :
- Nous n'avons pas fait tout ce chemin pour que vous vous montriez obstructionniste !
- Obstructionniste ? ( Alt parut amusé par le mot. ) Nous vous avons permis d'entrer dans nos vies. Nous n'y étions pas obligés et nous ne le serons pas dans l'avenir. Nous essayons de rester attentifs à notre place dans le Tout cosmique. Mais vous devrez comprendre qu'il existe des limites à ce que nous voulons partager avec vous. Nous avons évoqué l'Harmonie. Ne nous en demandez pas plus.
- Dans ce cas, pourrions-nous discuter plus en détail de l'Harmonie ? demanda Spock. Par exemple. comment se passe cette interaction avec votre environnement ? D'un point de vue purement mécanique ?
- Le docteur Daystrom pourra vous répondre. Nous disposons d'un réseau informatique. Son terminal principal se trouve dans le satellite du pôle Sud.
- Pourrons-nous le visiter ?
- Non, monsieur Spock. Cependant, le docteur Daystrom aura droit à une visite guidée d'une de nos unités de traitement de données de l'Harmonie.
L'officier scientifique se rappela d'entités omnipotentes comme Landru ou l'Oracle...
- Cet ordinateur..., le révérez-vous ?
Alt écarquilla les yeux, puis il éclata de rire. Les autres conseillers se joignirent à lui; le Vulcain se demanda s'ils ne le faisaient pas parce que le Maître du Statut avait donné l'exemple.
- Mon cher monsieur Spock, adorez-vous l'ordinateur de votre vaisseau ?
- Non.
- Nous non plus. Nos ordinateurs sont des outils, rien de plus. Nous vivons en interaction avec eux parce qu'ils nous facilitent le contrôle de notre environnement. Ce sont des machines utiles, c'est tout. Ne nous accusez pas de partager les illusions de races moins intelligentes.
- Je ne voulais pas vous offenser, monsieur.
- Je l'ai bien compris, reprit Alt. A présent, il y a un détail qui, selon vos banques de données, paraît avoir une influence particulière sur votre culture. Une chose qu'adoraient vos ancêtres, bien qu'elle ne fût pas une divinité. Nous sommes troublés par sa nature, son origine et son impact.
- Si je puis vous aider...
- Bien. Dans ce cas, dites-nous précisément ce qu'était cette entité appelée « télévision » ?

* * * * *

Comme les autres bâtiments observés par Daystrom, celui-là paraissait banal. Les Calligars semblaient plus intéressés par la fonction que par la forme. Il resta un instant debout près de Mocra, l'œil aux aguets.
- Quel est cet endroit ? Votre centre informatique ?
- Le centre de communion, précisa son guide.
- A quoi sert-il ?
- Surtout à la méditation, expliqua Mocra. N'oubliez pas que je coopère uniquement dans le but de maintenir l'Harmonie. Aussi, il sera dans votre intérêt de ne pas poser trop de questions. Je vous dirai ce que je pense utile que vous sachiez.
Daystrom ouvrit la bouche, prêt à ajouter quelque pique, mais il se ravisa. Redressant les épaules, il suivit Mocra dans le centre de communion informatique.
Il ne savait pas à quoi s'attendre... Le bâtiment contenait une série de consoles, sans doute, ou des sièges équipés de casques de connexion neurologique.
L'éclairage était constitué de cônes de lumière blanche tombant du plafond. Sous chacun se tenait un Calligar immobile.
Daystrom approcha d'une colonne de lumière.
- Que font-ils ? s'enquit-il. •
- Ils communient.
- Avec...
- Eux-mêmes. Ils échangent des idées philosophiques avec les autres, ou l'ordinateur... L'Harmonie est une libre association avec tout ce qui nous entoure. La destruction de notre environnement a provoqué la mort de notre monde. C'est seulement au travers de la conscience de soi-même et du RéseauMonde que nous pourrons préserver ce qui nous reste.
- C'est une idéologie intéressante, dit l'informaticien. Comment est-ce possible ?
Mocra lui sourit, carnassier.
- Par magie.
- Par magie ?
- Le système d'interaction neurologique serait au-delà de votre compréhension. Autant vous dire que des elfes ou des cyclopes géants sont responsables. Au moins. vous comprendriez de quoi il s'agit,
- Votre confiance en mon intellect est des plus flatteuses. siffla Daystrom. Je suis l'informaticien le plus compétent de la Fédération, j'aime à penser que cela signifie quelque chose.
- Pour la Fédération. je suis certain que c'est le cas. Mais le rat le plus intelligent du labyrinthe comprend-il les outils utilisés pour fabriquer sa cage ?
Il éclata de rire.
Richard regarda autour de lui.
- Si cela ne vous dérange pas. j'aimerais tenter une communion. dit-il.
Mocra se calma aussitôt.
- Cela me dérange. répondit-il d'une voix menaçante.
- Pourquoi ?
- Le cerveau d'un humain ne le supporterait pas.
Daystrom recula d'un pas. étudiant le Calligar.
- Dites-vous ça à cause de votre dédain pour les humains ? Ou parce que c'est vrai ?
Mocra sourit.
- Vous ne le saurez jamais.
Une colonne de lumière tomba sur le Calligar. L'informaticien lut de la surprise sur son visage. ce qui le renseigna sur le caractère inhabituel de la chose. L'ordinateur communiait sans son autorisation - un détail qu'il trouva particulièrement déplaisant.
Mocra resta immobile un instant. puis le cône de lumière disparut.
Daystrom le regarda d'un air curieux.
- Mocra ? Est-ce que tout va bien ?
- Non. répondit l'autre d'un air menaçant. Ma sœur essaie de nous quitter. Si c'est le cas... les choses iront très mal pour vous. Terriblement mal.
La dernière fois qu'un tel frisson avait couru le long de la colonne vertébrale de l'informaticien, c'était lors des essais de l'unité multitronique M-5. Ça n'était pas le genre d'expérience qu'on oubliait facilement.
Une menace qui s'attaquait à la fois au corps et à l'esprit.
Il trembla sous le regard de Mocra.

CHAPITRE XVII

- Excepté son inconscience et la partie de yo-yo jouée par ses signes vitaux. elle va bien.
Allongée sur le lit diagnostiqueur. Ecma ne bougeait pas. Elle respirait à peine. Sur le moniteur médical. les courbes fluctuaient de manière alarmante.
McCoy. les bras croisés et le visage inquiet. surveillait l'écran. Kirk et Tyler l'avaient rejoint. Grâce à Dieu. le médecin n'avait fait aucune remarque désobligeante.
- Elle ne peut pas s'être évanouie sans raison. dit le commodore.
- Du calme. fit Jim, se tournant vers McCoy : il n'y a aucune cause physiologique ?
- Voulez-vous vérifier par vous-même docteur ? lança le médecin.
Le capitaine s'installa devant le terminal informatique de l'infirmerie.
- Ordinateur. lecture de l'enregistrement effectué en salle de conférences il y a une heure.
- Qu'espérez-vous trouver ? demanda McCoy.
- Quelque chose. N'importe quoi. Un indice.
- Ordinateur... défilement des images.
- Vitesse ? demanda la voix électronique.
- Normale. Focalisation sur la Calligare nommée Ecma.
Ils observèrent la scène, jusqu'à ce que la femme ait sa syncope.
- Ordinateur, stop, dit Kirk avant de se tourner vers le médecin. Cela vous rappelle-t-il quelque chose ?
- Ça devrait ?
- Elle voulait nous révéler une information. Rappelez-vous, elle a dit que nos tabous étaient différents des leurs.
- Et alors ?
- Je crois qu'elle voulait nous communiquer des renseignements qu'ils ne souhaitent pas partager avec des étrangers. Elle en a été empêchée.
McCoy plissa le front.
- Vous savez, cela me semble familier... ( Il claqua des doigts. ) Yonada !
- Exactement ce à quoi je pensais, répondit Jim. Quand le vieil homme s'est écroulé...
- L'implant d'obéissance, qui contrôlait le peuple de l'Oracle.
- Exact.
- Vous pensez qu'elle est reliée à un super-ordinateur, qui la plonge dans l'inconscience par le biais d'un implant ?
- Tout à fait.
- Parfait ! Mon Dieu, Jim, vous êtes génial !
- Merci, docteur.
- Vraiment, c'est une excellente solution.
- Bien. Alors que...
- Un seul problème.
- Lequel ?
- J'y ai déjà songé.
Kirk afficha une mine piteuse.
- Comment ? Vous...
- Oui. Je ne suis pas du genre à oublier ce type de détails. J'ai cherché des traces d'un implant. Il n'y a rien.
- Alors vous...
- Je voulais vous rappeler qui est le médecin ici.
- Vous devenez vicieux. avec l'âge, Bones.
Alors ils entendirent un son étrange.
Quelqu'un fredonnait.
Se retournant. ils découvrirent le commodore Tyler. près du lit. Il serrait une main d'Ecma entre les siennes.
Et il chantait.
Kirk et McCoy l'observèrent un moment. Étonnés, puis le médecin jeta un coup d'œil au moniteur médical.
- Bon sang. Elle se stabilise ! s'écria-t-il. Ses signes vitaux sont plus faibles que je le voudrais. mais au moins ils ne baissent plus. Je ne sais pas comment, mais vous l'aidez. commodore. Continuez.
- Ecma aime être en harmonie avec ce qui l'entoure. expliqua le vieil officier. D'après ce que j'ai vu, et d'après ce que le capitaine Pike a rapporté, son environnement réagit à ses pensées. J'ai simplement essayé de la mettre en harmonie avec moi... avec nous. Et je me suis dit que la musique l'aiderait sûrement.
- Je peux faire diffuser de la musique par les haut-parleurs de l'infirmerie, proposa le capitaine. se dirigeant vers l'intercom. Kirk appelle la passerelle.
- Uhura à l'inter. répondit la voix de l'officier des communications.
- Nyota, programmez une sélection de chansons pour les diffuser dans l'infirmerie,
- Des chansons ?
- Oui.
- Des préférences ?
- Non. seulement quelque chose de calme. C'est une urgence.
- Donnez-moi dix secondes. capitaine.
Exactement dix secondes plus tard, une douce musique sortit des haut-parleurs de l'infirmerie. Kirk reconnut immédiatement un enregistrement de Spock jouant de la lyre vulcaine.
- Je vais diminuer de cinquante pour cent l'intensité de l'éclairage, proposa McCoy.
- Bonne idée, docteur.
Sur le moniteur médical, les signes vitaux d'Ecma se stabilisaient lentement.
- Il semble, capitaine, dit le médecin à voix basse, qu'elle effectue une sorte de repli sur elle-même.
- D'accord, mais pourquoi ?
- Je n'en sais rien, avoua Len. Le problème, c'est qu'une situation de ce genre empire avant de s'arranger. En d'autres mots...
- Son état continuera de se détériorer, et nous avons simplement réussi à lui donner un peu de temps. Elle a parlé de « s'évanouir ». Que voulait-elle dire ?
- Je ne sais pas, mais d'après sa réaction, les conséquences sont certainement fatales.
- La passerelle appelle le capitaine, les interrompit l'intercom.
Kirk activa le micro :
- Kirk à l'inter. Le choix de musique est excellent, commander.
- Ce n'est pas ça, capitaine, répondit Uhura. Nous recevons une communication des Calligars. Ils insistent pour parler à notre chef; ils n'ont pas l'air contents.
Jim échangea un regard avec McCoy; le médecin articula les mots : ils savent.
Le capitaine hocha la tête.
- J'arrive, Uhura. ( Il coupa la communication. ) Commodore Tyler, je pense que vous devriez être présent.
- Je préfère rester avec Ecma, répondit José.
Kirk ne l'entendait pas de cette oreille.
- Commodore, votre présence est nécessaire sur la passerelle. Pour l'amour de Dieu, cessez de vous comporter comme un gosse amoureux !
Le visage de Tyler se durcit.
- Vous ne manquez pas de toupet, capitaine !
- Non, mais je manque de patience, commodore.
Le vieil officier hésita un instant, puis il soupira :
- Vous avez raison. Docteur, appelez-moi s'il y a du changement.
- Bien sûr, fit McCoy.
Tyler posa doucement la main d'Ecma sur son ventre; il regarda une dernière fois la courbe de ses signes vitaux sur le moniteur, puis il se tourna vers Kirk.
- Allons-y.
Jim activa l'intercom :
- Kirk appelle l'ambassadeur Fox.
- Fox à l'inter.
- Où êtes-vous, ambassadeur ?
- Je me repose dans ma cabine.
- Restez-y, mais branchez-vous sur les communications générales. Nous recevons un messages des Calligars; vous pourriez vouloir intervenir.
La voix de Fox, quand il répondit, avait plus qu'une pointe de sarcasme :
- C'est le moment où je dois défendre une position avec laquelle je ne suis pas d'accord ?
- Exactement, ambassadeur.
- Splendide !
Jim coupa la communication, puis sortit de l'infirmerie, suivi par Tyler.
McCoy soupira :
- Grand Dieu, je déteste la musique vulcaine. Uhura aurait pu choisir des morceaux de comédie musicale...

* * * * *

Sur l'écran principal se découpaient les silhouettes de plusieurs Calligars et de M. Spock.
- Capitaine, dit le Vulcain, aussi calme que d'habitude, il semble qu'un problème inquiète les Calligars.
- Je crois savoir de quoi il s'agit, monsieur Spock, répondit Kirk.
- Ces messieurs sont Alt, le Maître du Statut, Mocra et Regger, le frère et le fils de la femme se trouvant à la source du problème.
- La femme en question, continua Alt d'une voix indiquant qu'il maîtrisait avec peine son impatience, est notre Maîtresse des Constructions, Ecma. Elle a décidé de ne pas revenir vers son peuple. Cela ne peut être permis. Elle doit rentrer sur Calligar.
- Puis-je vous demander comment vous avez appris sa décision ? demanda le capitaine.
- J'en ai été informé par Mocra, et lui-même...
- Je n'ai rien à vous dire, sinon que vous êtes des traîtres, coupa le frère d'Ecma. Vous portez le blâme de cette histoire, Tyler ! Elle était heureuse jusqu'à ce qu'elle vous rencontre !
- Je l'ai connue peu de temps, se défendit le commodore. Aurais-je eu une telle influence sur elle si elle n'avait pas déjà été déçue par votre société ?
- La déception de la Maîtresse des Constructions n'est pas le problème, reprit Alt. Il s'agit de la confiance et de la coopération entre nos deux peuples. Elles deviennent impossibles si vous ne nous rendez pas un de nos produits les plus importants.
- Ce n'est pas un produit, protesta Regger, apparemment furieux contre le Maître du Statut. Elle est ma mère. Elle est notre Maîtresse des Constructions. Nous dépendons tous d'elle; nous avons besoin d'elle. Elle m'a entraîné toute ma vie à suivre ses pas, mais je n'ai pas la témérité de prétendre que je peux la remplacer. ( Il se tourna vers Kirk. ) Capitaine, je vous implore de la raisonner.
- Pour l'instant, c'est impossible, répondit Jim. Elle a perdu connaissance. Elle se repose à l'infirmerie.
- Bien sûr, dit Mocra. Elle ne peut pas survivre loin de nous. Cela va à l'encontre de son éducation, de notre philosophie. Son cycle de vie se termine avec les Calligars. Si vous pensez intervenir, vous n'aurez que vous à blâmer des conséquences.
- Pour quelqu'un qui n'a rien à dire, observa Tyler, vous éprouvez des difficultés à vous taire.
- Ne commencez pas ! gronda le frère d'Ecma, pointant un doigt accusateur sur le commodore.
- Capitaine, si je puis me permettre..., dit la voix de l'ambassadeur Fox.
Kirk prit une grande inspiration. C'était un risque calculé. Il avait déjà eu affaire à Fox, et à d'autres ronds-de-cuir similaires. Mais il avait anticipé le mécontentement des Calligars, et il croyait que la meilleure solution était de présenter un front uni. Il espéra que le diplomate ne ferait pas des siennes.
- Allez-y, ambassadeur.
- Ici l'ambassadeur Fox. ( Son image apparut dans un coin de l'écran. ) Apparemment, la situation vous pose des problèmes. Au capitaine Kirk aussi, d'ailleurs.
- Ecma dépend des lois calligares, dit Alt.
- Je serais d'accord, répondit Fox, si nous nous trouvions dans l'espace calligar. Messieurs, nous sommes sur le territoire de la Fédération. La demande d'Ecma entre donc dans notre juridiction, et y accéder reste à la discrétion du capitaine.
- Dans ce cas, précisa Kirk, j'accorde l'asile à la Maîtresse des Constructions, du moins temporairement. D'ailleurs, il faut que vous sachiez qu'elle abandonne toute prétention à son titre.
Le Maître du Statut paraissait abasourdi par ce qu'il entendait, comme si cette idée était invraisemblable. Il se tourna vers Regger.
- Ce qui signifie, capitaine, dit le jeune homme, que je suis maintenant le Maître des Constructions. Un titre honoré. mais que j'abandonnerais volontiers à celle qui a tant fait pour le mériter.
Mocra approcha de son fils.
>- Espèce de traître. Tu parles comme si tu ne voulais pas du titre. Je sais ce que tu penses. Regger. Comme si un père ne connaissait pas son fils !
Au vu des querelles qui agitaient les Calligars, Jim fut particulièrement ravi d'avoir présenté un front uni.
Regger prit l'air blessé. ignorant son géniteur.
- Je vous en prie. capitaine Kirk... Excusez mon père. Il est très inquiet. comme nous tous. Ses arguments sont sans fondement.
- Ecma nous a parlé de choses. ajouta Tyler. comme...
- Comme... l'interrompit Kirk pour l'empêcher de trop en dire.
Le capitaine s'installa dans son fauteuil de commandement. Il sourit.
- Comme quoi ? gronda Mocra.
- S'Évanouir... Le fait de s' Évanouir signifiant sa mort si elle retournait chez les Calligars.
Jim n'avait aucune idée de ce que voulait dire la Maîtresse des Constructions. mais il n'y avait aucune raison de le révéler aux Ca1ligars.
A voir les expressions de ses interlocuteurs. il avait fait mouche.
Alt recouvra rapidement son calme :
- Ce n'est pas possible. Vous mentez. capitaine. mais cela n'a pas d'importance.
- Peuple de Calligar, reprit alors Fox. la Fédération ne souhaite pas vous poser de problème. Cependant. nous ne pouvons pas ignorer un appel au secours...
- Si je puis me permettre. coupa Spock, je suis certain qu'un compromis peut être envisagé si nous restons en contact.
- Nous serons ravis de le faire. dit Alt. Notre message est le suivant : « Rendez-nous notre Maîtresse des Constructions, et ce dans les plus brefs délais. x En dépit du respect que nous vous témoignons, nous ne voyons aucune autre issue.
- C'est sa faute ! s'écria Mocra, désignant Tyler. Les choses se seraient parfaitement déroulées si...
Tyler sentit la moutarde lui monter au nez.
- Avez-vous songé que vous pourriez être le fautif, espèce de porc ? rugit-il.
- Commodore ! intervint Jim.
Mais José ne lui prêtait aucune attention. Il toisa Mocra du regard.
- Peut-être s'enfuit-elle pour vous échapper ? Peut-être s'est-elle lassée de votre monde ? Ou en a-t-elle assez de vous ?
- Uhura, coupez le son, ordonna Kirk, se tournant immédiatement vers Tyler. Commodore, votre intervention n'arrange rien.
- Mes excuses, capitaine.
- Uhura...
Elle hocha la tête, remettant le son.
- Alt, fit le capitaine, M. Spock a raison. Nous sommes des gens civilisés. Nous pourrons trouver un compromis.
- Êtes-vous prêt à risquer la vie de vos hommes ? demanda le Maître du Statut.
- Que voulez-vous dire ?
- Il veut dire, fit Mocra, un sourire carnassier sur les lèvres, que nous retiendrons votre équipe en otage tant qu'Ecma ne nous sera pas rendue.
- Vous ne pouvez pas faire ça ! protesta Tyler.
L'ambassadeur Fox, pour une fois, semblait d'accord :
- Je pensais que les Calligars étaient trop civilisés pour recourir à une prise d'otages !
- Nous ne faisons qu'utiliser vos méthodes, se défendit le frère d'Ecma.
Regger parut gêné par la tournure des événements.
- Père..., ce n'est pas normal...
- Tais-toi !
- Monsieur, intervint Spock, les deux situations ne sont pas comparables. Ecma demande à rester avec la Fédération. Vous nous retenez contre notre volonté.
- Une simple question de sémantique, cracha Mocra.
- Non, de faits.
- Ça n'a plus vraiment d'importance, soupira Alt. Capitaine, nous ne sommes ni des barbares, ni des kidnappeurs. Cependant, nous sommes déterminés. Rendez-nous la Maîtresse des Constructions. Jusque-là, le contingent de la Fédération sera notre invité. Puis-je vous rappeler, capitaine, que la faille se refermera dans soixante heures ? Vous ne disposez pas de beaucoup de temps. Usez-en sagement.
Les Calligars coupèrent la communication.
Kirk s'adossa à son fauteuil, se massant le front.
- Parfait... Les choses ne pourraient pas tourner plus mal.

CHAPITRE XVIII

Tout le matériel contenu dans la navette avait été transféré dans une grande salle, préparée pour l'équipe de contact. Autour de la pièce commune se trouvait une série de chambres prévues pour Spock, Scott, Daystrom, Thak et Dorkin. Il fallut à l'équipe quelques minutes pour découvrir la nature subjective de la décoration et du mobilier. Pour la première fois depuis le début du voyage, le shondar Dorkin ne fit aucune remarque désobligeante quant à leur confort.
En revanche, il protesta énergiquement quand Spock mit le reste de l'équipe au courant de la situation.
- Cet imbécile de capitaine va nous coincer ici pour l'éternité ! gronda-t-il.
- Je suis certain que telle n'est pas son intention, répondit le Vulcain.
- C'est vrai. S'il existe un moyen de nous sortir de là, le capitaine Kirk le trouvera, affirma Scotty.
- Eh bien, je m'attendais à entendre pareilles inepties de la part d'officiers ayant servi avec lui depuis l'aube des temps, cracha le Tellarite.
- Le capitaine Kirk est un homme capable, intervint Daystrom. Il ne manque pas de ressource. Si quelqu'un peut nous tirer de là, c'est bien lui.
- Tant mieux, si vous préférez attendre que Kirk nous sauve, grand bien vous fasse ! Moi, j'aime mieux contrôler mon destin, merci.
Dorian se leva et prit la direction de la porte. Elle ne s'ouvrit pas.
- Hé ! ( Il se retourna vers ses collègues. ) Nous sommes enfermés !
- Cela me paraît logique, fit Spock.
- C'est une honte ! cria le Tellarite. Je ne le supporterai pas ! Ils ne peuvent pas nous parquer comme des animaux ! Dès que l'un d'eux nous rendra visite, je propose d'attaquer. Les Vulcains et les Andoriens sont de fiers combattants, même s'ils n'atteignent pas la cheville des guerriers tellarites.
- Et pourquoi, au nom de Ghu, voudrions-nous attaquer les Calligars ? demanda Thak.
- La force n'arrangera rien, dit Spock. Blesser un Calligar ne fera qu'aggraver les choses. De plus, même si nous parvenions à la navette, nous ne pourrons pas franchir le dôme sans l'accord des Calligars. Nous n'avons pas besoin de montrer notre puissance... Il nous faut des renseignements.
- Alors, que faisons-nous ? demanda l'Andorien.
- Nous patientons.

* * * * *

Dans l'infirmerie de l'Entreprise, Kirk et Tyler observaient la forme inerte d'Ecma. Jim était penché au-dessus d'elle et, d'une voix douce, mais insistante, il lui soufflait :
- Ecma, parlez-nous. Nous avons besoin de vous.
Elle ne répondit pas.
McCoy jeta un coup d'œil au moniteur médical, tentant désespérément d'ignorer la musique vulcaine qui lui transperçait les tympans depuis ce qui lui araissait être une éternité. Si l'officier scientifique n'avait pas été en mission chez les Calligars, il aurait pensé que c'était un plan du Vulcain pour le rendre fou.
- Le repli est plus prononcé, dit-il.
- Mais un repli vers quoi ? s'exclama Jim, frustré. Quelle est sa nature ?
- Je n'en suis pas sûr, répondit McCoy. Sinon, j'aurais trouvé une solution depuis longtemps. La musique ralentit un peu le processus, mais...
Soudain, les signes vitaux chutèrent d'un coup.
L'alerte résonna dans l'infirmerie.
- Bon sang ! s'exclama le médecin, s'emparant de ses instruments. Infirmiers !
Deux médics accoururent avec des stabilisateurs.
McCoy les étalonna à la hâte.
Le corps d'Ecma, couvert de sueur, tremblait horriblement. Elle gémissait; de sa bouche s'échappaient d'étranges sifflements, comme si elle souffrait d'une blessure aux poumons.
- Faites quelque chose ! s'écria Tyler.
- Fermez-la ! rétorqua Bones, préparant une seringue hypodermique.
- Pouls et respiration en baisse, docteur, dit un infirmier.
- Nous la perdons, ajouta l'autre. Ses signes vitaux sont au-dessous du seuil minimal.
- L'activité cérébrale est anormale.
Tout se passait si vite.
Tyler cria à Ecma :
- Allons ! Cramponnez-vous ! Vous devez survivre, il le faut !
- Tenez-la, ordonna McCoy. Je vais lui injecter cinq cc de cordrazine.
- Cinq ?
Jim se souvenait des dégâts que pouvaient provoquer des doses bien plus faibles.
- D'après mes examens, son corps pourra le supporter... Du moins, je l'espère.
Il lui injecta le stimulant.
Le résultat, comme d'habitude, fut instantané.
Ecma ouvrit les yeux; elle poussa un hurlement strident. Elle écarta les deux infirmiers, puis voulut se lever. Par bonheur, le médi-senseur qui la maintenait plaquée sur le lit diagnostiqueur était trop solide pour qu'elle le brise.
Kirk et Tyler la saisirent par les épaules, la forçant à se recoucher. Jim jeta un coup d'œil au moniteur médical. Toutes les jauges étaient au sommet. McCoy avait réussi. A présent, il fallait empêcher Ecma de retomber dans son coma.
- Ecma l s'écria Tyler.
Il saisit son visage à deux mains, l'obligeant à le regarder. Ses yeux n'étaient focalisés sur rien de tangible.
- Ecma ! Écoutez-moi ! Rappelez-vous...
Elle le repoussa, puis elle tenta de se débarrasser de Kirk.
Mais il la maintint d'une poigne de fer.
- Ecma ! Arrêtez ! Ce qui vous arrive est purement psychique ! Vous n'êtes pas malade ! Vous avez la volonté de guérir ! Mais il faut combattre pour survivre, et c'est à vous de le faire ! Luttez !

* * * * *

Il se passa plusieurs heures avant que Spock, Scotty et les autres reçoivent leur premier visiteur. Alt vint prendre des nouvelles de leur santé.
Dorkin ricana :
- En quoi cela vous intéresse-t-il ? Nous sommes vos prisonniers.
- D'une certaine manière, nous sommes tous prisonniers, répondit le Maître du Statut. Prisonniers des circonstances. ( Il s'assit. ) Nous ne souhaitons pas vous garder ici jusqu'au prochain cycle de la faille. Il est fort probable que votre espérance de vie ne soit pas assez longue.
- Les Vulcains ont une longévité de plus de deux cent cinquante ans, expliqua Spock.
- Parce qu'ils ne se taisent jamais assez longtemps pour mourir, railla le Tellarite.
- C'est une théorie, continua l'officier scientifique avant de se tourner vers Scotty. Monsieur Scott, je crois que l'instant est venu de « déboucher" les provisions que vous avez apportées.
L'ingénieur le dévisagea, surpris :
- Provisions, monsieur Spock ?
- Oui... Plus précisément la bouteille.
La mâchoire de l'Écossais menaça de se décrocher.
- Comment saviez-vous...
- Monsieur Scott, je vous fréquente depuis assez longtemps pour connaître votre définition des provisions.
Scotty secoua la tête, puis il alla ouvrir un coffre.
Daystrom, Thak et Dorkin échangèrent un regard troublé.
- Quelqu'un pourrait-il me renseigner sur ce qui se passe ici ? demanda le Tellarite.
En réponse, l'ingénieur sortit une bouteille de whisky de la caisse.
- Je vous tire mon chapeau, monsieur Spock. Après toutes ces années, il est difficile de garder un secret.
- C'est un prix que nous devons tous payer, monsieur Scott, répondit le Vulcain. Maître du Statut, souhaiteriez-vous goûter aux provisions de M. Scott ?
Alt leva un sourcil mais acquiesça :
- S'il le désire. Je ne voudrais pas m'imposer.
- Pas du tout, fit Thak avec un soupçon de sarcasme. Après tout, c'est vous qui nous retenez prisonniers.
- J'ai déjà dit que tel n'était pas notre désir, expliqua le Calligar, acceptant la bouteille que lui tendait Scott. Nous agissons en réponse à une situation désespérée. Ecma est un membre important de notre monde.
- Et si ce n'était pas le cas ? demanda Spock.
- Cela ne ferait aucune différence. Nous croyons en une société fermée.
- Pour une race qui se dit avancée, fit Dorian, vous refusez d'accorder la liberté aux individus. Est-ce là une preuve d'évolution ?
Alt but une lampée de whisky. Scotty et Spock échangèrent un regard. Le Vulcain hocha la tête; l'ingénieur sourit.
Le Calligar s'essuya la bouche avec sa manche.
- Nous ne pouvons pas permettre l'éparpillement de notre peuple au-delà de nos frontières. C'est contraire aux intérêts à long terme des Calligars. Nous devons maintenir le contrôle de notre société. Pouvez-vous le comprendre ? Notre peuple est uni comme les doigts de la main. Supprimez-en un, et la séparation devient plus facile. Tout le monde connaît sa place et sa responsabilité dans la société.
- Mon gars, fit soudain Scotty, savez-vous que vous gambergez ? Que ce que vous dites n'a pas de sens ?
Alt gloussa.
L'Écossais se tourna vers Spock.
- Voilà qui est prometteur, commenta-t-il.

* * * * *

- Pouls et respiration normaux, soupira McCoy. Du moins, normaux pour elle.
Le médecin étudiait les signes vitaux d'Ecma sur le moniteur médical.
- Très bien, continua-t-il,je l'admets... Vous m'impressionnez, Jim. Cependant, sermonner un patient produit rarement d'aussi bons résultats.
- Tant que ça fonctionne, docteur... Mais je ne voudrais pas faire ça tous les jours.
Le capitaine regarda Ecma, qui dormait du sommeil du juste. Sa respiration était régulière et son visage, détendu.
- Quel soulagement ! railla Len. Je commençais à m'inquiéter pour ma place.
- Et maintenant ? demanda timidement Tyler.
- Nous attendons, expliqua le médecin. Elle sort d'une période de « désintoxication », un terme qui s'applique généralement aux drogues. La suggestion dont elle était victime fonctionnait de manière similaire. Je pense qu'elle s'en est tirée, mais je ne connais pas assez bien sa physiologie pour en être sûr. Je ne pourrai pas me prononcer tant qu'elle ne se réveillera pas, lucide, pour me demander le menu du petit déjeuner.
- Jusque-là, nous ne pourrons rien faire, soupira Kirk. Nous perdons du temps.
- La passerelle appelle le capitaine, dit la voix d'Uhura dans l'intercom.
- On ne s'ennuie pas sur l'Entreprise ! lança Tyler.
Jim ne répondit pas; il activa l'intercom.
- Kirk à l'inter.
- Capitaine, nous avons détecté des transmissions privées au sein du navire.
- Comment ? Localisez-les !
- C'est déjà fait. Elles proviennent des cabines des ambassadeurs tellarites et andoriens.
Le capitaine et McCoy échangèrent un regard.
- Les assistants. Ils ont alerté leurs gouvernements ! réalisa soudain Kirk.
- Ainsi ils savent que leurs représentants sont retenus de l'autre côté de la faille parce que nous avons accordé l'asile politique à Ecma, continua Tyler. Mais comment les assistants l'ont-ils appris ?
Cette fois, les deux officiers parlèrent ensemble :
- Fox !
- Je vais le tuer, fit Jim.
- Je vous aiderai, ajouta le commodore.

CHAPITRE XIX

Mocra se tenait au bord de l'eau; son regard scrutait la surface du lac.
- C'est ici que tout a commencé, dit-il lentement.
- Quoi, père ?
Mocra ne se retourna pas vers son fils.
- Dois-tu me suivre partout ? J'en ai assez de te voir !
- Qu'y puis-je ? Je désire être auprès de toi. Après tout, tu es mon père. ( Regger marqua une pause. ) Que va-t-il arriver à mère ?
- Je ne sais pas, et je m'en moque.
- Vont-ils l'obliger à revenir ?
Mocra le foudroya du regard.
- Tu préférerais le contraire, n'est-ce pas ? Regger parut surpris :
- Père, pourquoi dis-tu toujours ça ?
- Parce que c'est la vérité ! Parce que tu veux devenir le Maître des Constructions ! ( Il avança vers son fils, l'air menaçant. ) Tous tes petits complots : tu agis comme si tu te moquais du titre qui te reviendra un jour. Mais je te connais, Regger ! Je sais ce qui te motive ! Je sais que tu es heureux que ta mère soit partie ! Tes complots...
Regger se redressa fièrement.
- Qui décris-tu, père ? Moi ? Ou toi ?
Mocra frappa son fils à la mâchoire. Le plus jeune tomba à la renverse.
- Ne sois pas insolent !
- Je suis - du moins jusqu'au retour de ma mère -, le Maître des Constructions. Je deviens ton supérieur, père, et c'est ça qui te ronge, n'est-ce pas ? Tu n'acceptes pas que les choses se déroulent différemment de ce que tu avais imaginé, alors tu inventes des plans et des complots. Tu penses que tout le RéseauMonde est contre toi, pauvre Mocra. Tu te trompes, ton pire ennemi n'est autre que toi-même !
- Tôt ou tard, ils verront. Tout le monde saura qui a tort et qui a raison.
- Oui, père, rétorqua Regger. Je n'en doute pas.

* * * * *

Alt était affalé dans son fauteuil, les doigts crispés sur la bouteille de whisky.
Scotty étudia le niveau, surpris :
- Il n'a bu qu'un verre. Il ne tient pas l'alcool !
- Oui, je sais, monsieur Scott, fit Spock. Il en était incapable quand nous l'avons rencontré pour la première fois. J'ai supposé que sa résistance n'avait pas augmenté en trente ans.
- Et maintenant, ô grand stratège ? railla Dorkin.
- Maintenant, répondit le Vulcain, s'agenouillant près du Calligar, nous allons obtenir le renseignement dont nous avons besoin : la raison du refus d'Ecma de retourner chez son peuple.
- Mais le capitaine a dit qu'il le savait.
- Il bluffait.
- Qu'en savez-vous ?
- Le capitaine n'est pas connu pour sa discrétion. S'il savait ce qui effraye la Maîtresse des Constructions, il l'aurait dit.
- Alors, qu'allez-vous faire ? demanda Thak.
Ce fut Daystrom qui répondit :
- Une fusion mentale. N'est-ce pas, monsieur Spock ?
- En effet.
Les doigts du Vulcain touchèrent le visage d'Alt.
- Pourquoi ne l'avez-vous pas assommé quand il est entré ? demanda le Tellarite. Nous aurions gagné du temps.
- La force n'est pas la réponse à tous les problèmes, répondit l'officier scientifique. C'est même rarement la bonne solution. Je sens que les Calligars ont des esprits très forts... Entrer dans un cerveau en état de choc aurait été difficile, sinon impossible. Cette méthode est plus probante. A présent, puis-je avoir le silence ? Même si cela paraît une tâche difficile pour certains ?
- C'est à moi que vous parlez ? rugit Dorkin. Comme si je ne connaissais pas la valeur du silence. Je peux me taire. J'ai autant de contrôle que quiconque ici ! Et je n'apprécie pas...
Thak réagit si rapidement que le Tellarite ne vit pas le coup venir. Il s'écroula, inconscient.
Personne ne broncha, excepté Scotty.
- C'était peut-être un peu exagéré... Mais nous apprécions, dit-il.
Spock parut ne rien avoir remarqué. Ses doigts se mirent en position pour une fusion mentale. Son visage était impassible; son regard, immobile. Son psychisme sondait le cerveau d'Alt.
Le Vulcain rejeta la tête en arrière, comme s'il luttait contre quelque chose. Scotty voulut intervenir, mais il n'osa pas, ignorant quelles conséquences aurait la rupture du contact télépathique.
- RéseauMonde, murmura Spock. EspritMonde. S'Évanouir. Mourir. Tant de gens. Tant d'esprits. Morts et vifs. Partis et présents. S'Évanouir. Purifier. Séparer les meilleurs. Les meilleurs et les plus intelligents. Les prendre. Les sauver. Les préserver. Morts et vifs. Partis et présents.
Chaque mot devenait plus difficile à prononcer que le précédent.
- Morts et vifs, continua Spock, d'une voix toujours plus forte. Morts et vifs. S'Évanouir. ( Puis il cria soudain : ) Arrêtez-le ! Il envahit mon esprit ! Arrêtez-le !
- Spock, hurla Scotty, car la voix n'était plus celle du Vulcain.
Il saisit l'officier par les aisselles et l'écarta brusquement d'Alt. Le Calligar ouvrit les yeux, incapable de dire un mot.
Daystrom se précipita pour aider Scotty.
- Spock ! s'exclama l'ingénieur, qu'est-il arrivé ? Qu'avez-vous...
Trois Calligars firent irruption dans la salle. Ils tenaient des petits disques argentés.
Scotty se retourna vivement.
- Que se passe-t-il ? Que faites-vous...
Il n'eut pas loisir de terminer sa phrase. Le Calligar le plus proche lança un disque, qui se colla sur son épaule.
L'Écossais s'écroula comme une marionnette dont on aurait coupé les fils.
Plaqué au sol, il ne pouvait plus bouger. Il entendit un autre bruit près de lui, indiquant que Daystrom aussi avait été touché par l'arme des extraterrestres.
Les Calligars se tournèrent vers Thak.
- Ne bougez pas, dit l'un.
- J'ai pris racine, répondit l'Andorien.
A ses pieds reposait le Tellarite.
Alt se releva, faisant tous les efforts pour chasser les effets de l'alcool. Il fixa Spock, qui tentait de faire de même, sans grand succès.
Mocra entra, jetant un rapide coup d'œil autour de lui avant de comprendre ce qui s'était passé.
Le Maître du Statut, lui, concentrait toute son attention sur le Vulcain.
- Je pensais que vous aviez une meilleure approche de notre point de vue. Nous avons vraiment essayé de collaborer avec vous.
Mocra l'interrompit d'un ton dédaigneux :
- Zyo avait une vision; un homme peut ainsi entraîner un peuple à sa suite. Apparemment, il se trompait. Nous devrons réparer son erreur. En attendant, il va falloir faire quelque chose de vous.
- Ne le touchez pas ! s'exclama Scotty.
Alt le foudroya du regard.
- Vous osez le défendre ? Que pensez-vous de quelqu'un qui envahit votre esprit pour vous arracher les croyances les plus intimes de votre peuple ?... Oh, il n'aura pas l'occasion de se servir de ces renseignements. Je peux vous l'assurer. Emmenez-le !
Deux Calligars saisirent Spock par les bras.
Alt promena un regard triste sur les autres.
- Nous avions les meilleurs intentions en ce qui vous concernait. Vous êtes responsables de ce qui arrive.
Spock choisit cet instant pour revenir à la vie. Il appliqua la prise vulcaine à ses deux porteurs.
Ils perdirent aussitôt connaissance. Le Vulcain se précipita sur le troisième garde, qui n'offrit pas plus de résistance.
Alt assistait à la scène, consterné; Mocra voulut intervenir.
Thak entra en action, rapide comme l'éclair. Il frappa le Calligar au ventre, puis le souleva au-dessus de sa tête et le jeta à l'autre bout de la pièce.
Mocra se redressa, furieux; l'Andorien se prépara à l'affronter. Pour ce faire, il dut tourner le dos à Alt, qui en profita pour lancer un disque.
Il avait mal visé, mais le résultat n'en fut pas moins dévastateur : le métal frôla une des antennes de l'Andorien.
Thak poussa un hurlement, sûr que son cerveau venait d'exploser. Il s'écroula, tentant de se débarrasser du disque. Mais ses membres ne répondaient plus.
Sur le sol, il tremblait comme un épileptique. Mocra sourit, voulant enjamber le Tellarite pour achever son adversaire.
Mais Dorian reprit conscience. Et il n'était pas d'humeur particulièrement bonne.
Le Tellarite frappa le Calligar à l'entrejambe, puis à l'arrière du genou. Mocra poussa un cri et s'écroula.
Hélas, il tomba sur Dorian. Loin d'être incommodé par sa masse de muscles, le Tellarite se dégagea puis, l'air satisfait, propulsa Mocra à l'autre bout de la pièce. Le Calligar percuta Alt.
Aucun des deux ne se releva.
Spock retira les disques qui maintenaient ses amis immobiles, au grand soulagement des malheureux, qui retrouvèrent presque immédiatement le contrôle de leurs membres.
Le shondar Dorkin montrait toujours les dents, excité par le combat qu'il venait de mener.
- Qui m'a assommé ? Qui a osé...
Thak désigna un des Calligars inconscients :
- Lui.
- Venez, messieurs, proposa le Vulcain, se dirigeant vers la porte.
Les autres le suivirent. Dorkin marqua simplement une pause, le temps de flanquer un magistral coup de pied dans les côtes du Calligar « dénoncé » par l'Andorien.

* * * * *

Quand ils parvinrent près de leur navette, ils entendirent du tumulte derrière eux. Ils étaient poursuivis par des Calligars, dont Mocra. Spock regretta presque de n'avoir pas utilisé la prise vulcaine sur lui.
Le sas de la navette se referma. Ils étaient en sécurité, du moins pour l'instant.
- Je croyais que nous ne pouvions pas partir ! fit Scotty. Que nous étions prisonniers du dôme !
- C'est exact, répondit Spock. Cependant, il n'y a aucune raison de ne pas décoller pendant que nous envoyons un message à l'Entreprise. Nos communicateurs-bracelets n'ont pas une portée suffisante, mais le transmetteur subspatial de la navette est parfaitement adéquat.
- Vous avez les informations ?
Le Vulcain contempla l'ingénieur avec surprise.
- Bien sûr, monsieur Scott. C'était le but de la fusion mentale.
- Mais vous n'avez pas dit...
- Pourquoi exprimer quelque chose d'évident ? fit Spock, prenant place devant la console de navigation.
Scott soupira :
- Vous avez raison, monsieur Spock.
Il s'installa dans le siège de pilotage et activa les moteurs. Puis il jeta un coup d'œil par le cockpit.
Plusieurs dizaines de Calligars, dirigés par Mocra, armé d'une sorte de longue tige d'acier, se précipitaient vers la piste d'atterrissage.
- Décollez, monsieur Scott, ordonna l'officier scientifique.
La navette s'éleva au moment où les extraterrestres parvenaient sur les lieux.
- Agissez avec prudence, monsieur Scott, dit Spock tandis qu'il manipulait les commandes du transmetteur subspatial. Une vitesse excessive n'est pas conseillée...
- Comme de toute façon nous n'avons nulle part où aller...
- Exact. ( Il ouvrit une fréquence d'appel. ) Spock appelle l'Entreprise. Répondez, Entreprise.

CHAPITRE XX

- En vidéo, capitaine, annonça Uhura.
- Spock, dit Kirk, s'installant dans son fauteuil. Que se passe-t-il.
Sur l'écran principal, il aperçut le Vulcain et le reste de l'équipe de contact. Ils se trouvaient à bord de la navette, ce qui le surprit.
- J'ai déterminé la nature du problème de la Maîtresse des Constructions, expliqua l'officier scientifique. Il est en relation avec la philosophie calligare de non-expansionnisme, conjuguée à une foi extrême en une qualité de vie et à l'appartenance symbiotique à la société.
- Soyez plus précis, demanda le capitaine.
- Selon la philosophie calligare, un individu est un membre de la société tant qu'il contribue à son développement. Une fois que sa contribution cesse - ou, plus précisément, quand elle atteint son sommet-, l'individu perd ses droits.
- En d'autres mots, si vous ne faites pas partie des solutions, vous êtes une part du problème, fit McCoy.
- Exactement, docteur. La civilisation calligare est établie comme suit : tous les membres de là société sont surveillés constamment, et leurs activités sont évaluées. La croissance de leur esprit, de leurs perceptions, de leurs ambitions est sans cesse calculée. A un point donné, il est décidé que l'individu a atteint le pinacle de son existence. Toute survie suivant cette phase est perçue comme une stagnation intellectuelle.
- Je comprends bien, Spock ? Quelqu'un décide pour chaque Calligar qu'il en a fait assez pour son peuple, et que sa vie peut s'achever ?
- Oui, capitaine.
- Mon Dieu ! s'exclama le médecin. C'est... c'est inhumain !
Spock ne cacha pas sa surprise.
- Les Calligars ne sont pas humains, docteur.
- S'ils sont autant préoccupés par la croissance de la population, pourquoi ne contrôlent-ils pas les naissances ? reprit Len. Le...
- Pas maintenant, Bones, coupa Kirk. Spock, cette... « retraite forcée »... comment se passe-t-elle ? Et qui en décide ? Ne s'opposent-ils pas à être éliminés ainsi ? Ça me rappelle Eminiar VII. Fox va faire une crise.
- C'est très différent, capitaine, répondit le Vulcain. Les Calligars sont des gens d'esprit...
- D'esprit ! s'écria McCoy. lis marchent vers la mort...
- Bones, taisez-vous ! explosa Jim, exaspéré. Spock...
L'officier scientifique semblait ne pas prêter attention au médecin et poursuivait :
- Ils croient que l'esprit se fond avec leur environnement après la mort. Un Calligar ne meurt pas dans le sens où nous l'entendons. Une fois sélectionné pour « s'Évanouir » - le terme désignant la transition entre le monde corporel et celui de l'esprit -, son essence est introduite dans un grand réseau qu'ils appellent l'EspritMonde. C'est l'équivalent de notre paradis, excepté qu'il existe de manière tangible. Toutes les connaissances, tous les souvenirs et toutes les expériences d'un individu deviennent une partie de l'EspritMonde, un réseau informatique situé dans le satellite du pôle Sud de leur planète. Les vivants ont accès à l'EspritMonde à volonté.
- C'est de la folie ! s'exclama le médecin. Spock leva un sourcil.
- Non, docteur. C'est une transition entre la vie et la mort. L'existence d'un Calligar ne connaît pas de fin. Il continue de servir son peuple d'une manière différente, c'est tout. L'EspritMonde est connecté à presque tous les composants du RéseauMonde. Après de nombreux siècles d'utilisation, les Calligars disposent même d'un sens télépathique qui les aide quand ils ne sont pas en communion. C'est de cette unité que provient leur philosophie d'Harmonie. Mais c'est l'EspritMonde qui décide du moment où un individu a cessé d'être utile de son vivant.
- Ce qui est le cas pour Ecma, dit Jim.
- Il le semble, en effet. Cependant, cette idée la révolte.
- Je ne peux pas l'en blâmer, fit Len.
- Spock, voilà ce que vous allez faire...
Kirk fut interrompu par un cri de Scotty.
- Capitaine, fit Spock, toujours aussi calme, je crois que nous allons affronter quelques difficultés.
Jim entendit un monstrueux fracas. L'équipage de la navette avait dû réagir à quelque chose qui se passait hors champ.
L'image de l'intérieur du petit vaisseau disparut, remplacée par le sourire narquois de la faille.

* * * * *

- Il le semble, en effet, dit Spock. Cependant, cette idée la révolte.
Scott ne prêta pas garde à la remarque acerbe du docteur McCoy; il se concentrait sur ses instruments.
D'après l'indicateur de poussée, la navette pesait cent kilos de plus qu'à leur départ de l'Entreprise. Ce n'était pas possible, d'autant qu'ils avaient déchargé leur matériel. Le navire aurait dû être plus léger...
L'ingénieur comprit ce qui clochait :
- Monsieur Spock ! s'écria-t-il.
- Spock, voilà ce que vous allez faire..., dit Kirk.
Mais sa phrase fut en partie couverte par le cri de l'ingénieur :
- Quelqu'un est accroché à la navette ! Nous ne sommes pas tirés d'affaire.
Le Vulcain digéra l'information, puis se tourna vers l'écran :
- Capitaine, je crois que nous allons affronter quelques difficultés.
A cet instant, une tige de métal pointue frappa le cockpit en aluminium transparent renforcé.
La surface se couvrit de fissures. Spock aperçut le visage de Mocra, au-dessus de la navette, puis la barre de métal s'abattit à nouveau.
Le cockpit explosa sous l'impact, projetant des morceaux d'aluminium transparent dans toute la navette.
Scotty fit faire une brusque embardée au vaisseau, déséquilibrant le Calligar. Mais ce dernier parvint à se rattraper et à sauter dans la navette.
D'un coup de pied, il assomma Scotty, qui s'écroula sur la console de pilotage.
Spock transféra les commandes sur son poste, mais Mocra se trouvait dans la navette, prêt à frapper le Vulcain.
- Shondar Dorkin, dit l'officier scientifique, sans quitter des yeux sa console, pourriez-vous vous occuper de cet importun ?
Le Tellarite déboucla sa ceinture de sécurité, puis il se jeta sur Mocra. Daystrom, lui, resta cloué sur son siège, tandis que Thak souriait de l'enthousiasme du Tellarite.
Hurlant, Dorkin frappa le Calligar.
Pendant ce temps, Spock pilotait la navette d'une main tandis qu'il ouvrait une nouvelle fréquence d'appel de l'autre.
D'un coup d'œil, il jugea que les blessures de Montgomery Scott n'étaient pas trop graves.
Derrière lui, la bataille faisait rage. Après quelques minutes d'empoignades, Mocra saisit le Tellarite par la gorge, s'apprêtant à lui défoncer le crâne avec sa barre de métal. Thak bondit à la rescousse.
Alors la navette fut secouée par une turbulence.
L'Andorien percuta les deux combattants, et les trois hommes entrèrent en collision avec le fauteuil du Vulcain. Le poids combiné des corps manqua l'éjecter de son siège.
La navette piqua du nez.
Spock voulut faire une prise vulcaine à Mocra, mais il était coincé sous les deux autres combattants. Le Tellarite hurlait des insultes, l'Andorien sifflait de rage et le Calligar criait de tous ses poumons, réussissant l'exploit de couvrir la voix de Dorkin.
Alors qu'il tentait de se dépêtrer, Thak se retrouva face à l'extrémité pointue de la barre de métal.
Un poing velu dévia la trajectoire de l'arme. Malheureusement, celle-ci s'enfonça dans la console de commande, provoquant un court-circuit.
Les contrôles directionnels furent aussitôt coupés; la navette tomba comme une hirondelle blessée. Autour de l'épave, l'air sifflait.
Déterminé à accomplir un dernier effort pour éviter un désastre, Spock rassembla ses forces pour repousser les corps qui le bloquaient contre la console. Parvenant à se libérer, il arracha la barre de métal.
Un regard sur la console lui suffit pour déterminer que c'était sans espoir. Un autre lui indiqua qu'ils allaient bientôt s'écraser.
- Positions de survie ! s'écria-t-il.
Mocra se battait toujours contre Dorkin.
- Shondar ! Mocra ! appela le Vulcain. C'est ridicule ! Nous allons nous écraser. Vous allez mourir si vous ne cessez pas immédiatement de vous battre !
Thak essaya de séparer les deux combattants, mais il fut repoussé par Dorkin.
- Je dois régler mon différend avec cet imbécile ! s'écria-t-il.
L'Andorien alla s'asseoir, puis il attacha sa ceinture. Spock se demanda s'il n'allait pas intervenir, mais il jugea qu'ils étaient trop près du sol. Il arrima Scott, puis se cramponna à son siège.
La navette percuta le sol.
Dorkin et Mocra furent éjectés par le cockpit brisé.
Mais leurs compagnons n'eurent pas le loisir de s'en inquiéter. Le navire fit plusieurs tonneaux, accompagnés par le bruit du métal tordu et les cris d'un humain : Richard Daystrom.
Enfin, la navette cessa sa course... sur le flanc.
- Aucun blessé ? demanda Spock.
- Dorkin ! s'écria l'Andorien. Il a été éjecté ! A notre vitesse...
- J'en suis conscient, coupa le Vulcain, détachant sa ceinture.
Il jeta un rapide coup d'œil à Scotty, toujours inconscient, puis il aida Thak à se libérer de sa ceinture, qui était coincée. L'Andorien se précipita aussitôt dehors par la vitre fracassée.
Pendant que Spock assistait le docteur Daystrom, l'Écossais reprit conscience.
Personne n'étant blessé, les deux officiers et l'informaticien sortirent de la navette.
Le navire s'était écrasé sur une zone inhabitée. Mocra était accroupi sur le sol, apparemment indemne. La résistance des Calligars allait au-delà de ce qu'avait soupçonné la Fédération. Ils pouvaient être ralentis, blessés, arrêtés, mais leurs facultés de récupération ne connaissaient pas d'égal chez les peuples de la Galaxie.
Cependant, Mocra ne put rien faire de plus que foudroyer du regard les rescapés du crash.
Un groupe de Calligars approchait : ceux qui les poursuivaient plus tôt. Spock conclut que la navette avait dû dessiner un cercle avant de s'écraser.
Tout cela était secondaire par rapport à la forme inanimée du shondar Dorian, près de qui était agenouillé Thak l'Andorien. Spock, Scotty et Daystrom ralentirent l'allure quand ils virent l'angle atroce que faisait la tête du Tellarite par rapport à son cou. Sa colonne vertébrale était brisée.
Dorian éprouvait des difficultés à respirer. Sa fourrure était collée par le sang brun qui coulait de son front.
- Imbécile..., souffla-t-il à Thak... J'ai dû sauver votre peau... et finir le combat.
- Vous l'avez empêché de me tuer, répondit l'Andorien. Je vous dois la vie.
Le Tellarite toussa, crachant un caillot de sang.
- Vous... me bloquiez le chemin... c'est tout. ( Il frissonna. ) J'ai froid..., bredouilla-t-il.
- Chut... Restez calme. Tout ira bien.
Thak leva les yeux vers les autres.
- Écoutez... Andorien... faites quelque chose pour moi.
- Quoi donc, shondar ?
- Dites à mes épouses... et à mes enfants... que j'ai emporté... une douzaine de ces salauds... avec moi.
Ses yeux porcins se révulsèrent. Un dernier souffle échappa de ses poumons.
Il était mort.

CHAPITRE XXI

L'atmosphère, dans la salle de conférences de l'Entreprise, était particulièrement tendue.
- Jim, vous n'êtes pas sérieux, dit McCoy. C'est du suicide !
- Si je mourrais à chaque fois que je commets ce que vous appelez un suicide, docteur, je serais mort depuis trente ans.
- Le docteur a raison, capitaine, intervint Sulu. Le risque est trop grand. Laissez-moi y aller.
- Comment ? protesta Kirk. Un de mes officiers les plus compétents ?
- Bon Dieu, Jim ! explosa Len. Nous ne sommes plus des gosses. Votre idée de partir en croisade contre les méchants Calligars est complètement cinglée !
- Suicidaire... Cinglé... (Le capitaine sourit.) Pourquoi ne pas me relever de mes fonctions, docteur ?
- Parce que vous n'êtes même plus capable de comprendre ce qu'on vous dit !
- Capitaine, puis-je parler franchement ? demanda l'Asiatique. Vous nous avez réunis pour avoir nos opinions. Nous sommes unanimes; pourtant j'ai le sentiment que vous n'en ferez qu'à votre tête. Puis-je vous demander pourquoi vous avez organisé cette réunion si vous avez déjà pris votre décision ?
Jim plissa les paupières.
- Dans le temps, vous ne m'auriez pas parlé sur ce ton, dit-il.
- Capitaine, continua Sulu, le nouveau règlement de Starfleet stipule que le commandant ne doit pas mettre sa vie en péril.
- Monsieur Sulu, l'équipe de contact est prise en otage. Nous n'avons pas de temps à perdre. La faille se refermera dans dix-huit heures. Nous savons que les Calligars respectent les chefs. Nous essayons de les contacter depuis...
Il regarda Uhura.
- Une heure, monsieur, répondit la Bantoue.
- Sans réponse. Ce n'est guère prometteur. Je pense que seule ma présence peut faire évoluer la situation.
- Non, rétorqua McCoy, vous vous prenez encore pour un chevalier qui part sauver ses amis pour éblouir une demoiselle en détresse !
Kirk le toisa du regard.
- C'est à peu près ça. ( Il activa l'intercom.) Hangar ? Kirk à l'inter. Préparez une navette et une plate-forme de distorsion.
- Elle sera prête dans dix minutes, capitaine, répondit un technicien.
- Bien.
Le capitaine se leva.
- Capitaine, fit Chekov, vous aurez besoin d'un copilote.
- D'un écuyer, vous voulez dire, railla une voix, près de la porte.
José Tyler était nonchalamment appuyé contre la cloison.
- Navigateur José Tyler, paré à reprendre du service.
- Commodore..., commença Jim.
- C'est un ordre, capitaine. Vous n'avez pas le choix. Je viens avec vous, ou je vous fais mettre aux fers.
- Bien, monsieur. ( Le capitaine se tourna vers l'Asiatique. ) Monsieur Sulu, vous avez le commandement. Au cas où vous décideriez de m'imiter, je vous donne un ordre : quoi qu'il advienne, ne venez pas à mon secours. Je refuse que vous risquiez l'équipage et le navire.
- Je vous garde la place au chaud, capitaine. Kirk hocha la tête et cria :
- Taïaut !
Personne ne sourit.

* * * * *

Sur la passerelle de l'Entreprise, Sulu vit la navette disparaître dans la faille.
Malgré les tracas disciplinaires qu'il risquait, il mourait d'envie de suivre son capitaine de l'autre côté du phénomène. Les Calligars chanteraient peut-être une autre chanson si la puissance de feu d'un navire les menaçait.
Mais il savait que c'était une mauvaise idée. La stabilité de la faille était douteuse; le vaisseau pourrait être piégé à l'autre bout de la Galaxie.
Il refusait de prendre ce risque.
Une remarque de Chekov l'arracha à ses pensées :
- Commander Sulu, nos senseurs détectent l'approche d'un navire. ( Il lut les données complémentaires qui apparaissaient sur l'écran de contrôle. ) Une frégate andorienne de classe D- 3.
- Ouvrez une fréquence d'appel, dit l'Asiatique. Il faut les prévenir des risques. Vaisseau andorien, répondez. Ici Sulu, aux commandes de l'Entreprise.
L'instant d'après, l'image du navire céda la place à celle d'un commandant andorien.
- Je suis Vandar, commandant du Furtif. Nous avons été prévenus de l'enlèvement de notre représentant, Thak.
- Il y a bien un problème, répondit Sulu, maudissant intérieurement Fox. Mais nous avons envoyé une équipe le résoudre.
Vandar réfléchit un instant avant de parler :
- Très bien, Entreprise. Pour l'instant, nous n'entrerons pas en action. Tenez-nous au courant de...
- Un autre vaisseau, commander ! s'exclama Chekov. En approche sur le vecteur...
Une voix grincheuse résonna dans les haut-parleurs de l'Entreprise :
- Je suis Khund, du destroyer tellarite Le Belliqueux.
- Visiblement, ils ne pratiquent pas la publicité mensongère, grimaça Uhura.
Sulu ordonna de séparer en deux l'écran principal.
L'instant d'après, l'image d'un Tellarite irrité apparut près de celle de l'Andorien.
- Nous avons appris le kidnapping d'un de nos représentants. Nous exigeons que des mesures soient prises pour le libérer !
Décidant de rester diplomate, Sulu répéta mot pour mot ce qu'il avait dit à Vandar.
La réponse de Khund était prévisible.
- Un crétin de pacifiste de la Fédération négocie la libération de notre représentant ? hurla le Tellarite. Que croient donc ces Calligars ? Nous allons récupérer le shondar Dorkin !
- Nous ne vous le permettrons pas, dit fermement l'Asiatique.
- Comment ? Espèce de sale officier de Starfleet...
La porte de l'ascenseur s'ouvrit, cédant le passage à l'ambassadeur Fox, équipé d'une paire de cuissardes antigravs lui permettant de marcher malgré ses os brisés.
Sulu se retourna vers lui :
- Ambassadeur, ce n'est pas le moment...
- Si, commander, rétorqua le diplomate, c'est le moment. Avec votre permission... ( Avant que l'officier puisse protester, il vint se placer devant l'écran. ) Khund, Vandar, vous n'êtes pas victimes des caprices d'un officier de Starfleet. L'Entreprise dirige cette mission pour le compte de la Fédération. Si vous agissez contre ce navire, le Conseil déposera une plainte. Ayant de bonnes relations avec les représentants de vos gouvernements respectifs, je puis vous assurer que si vous désobéissez aux consignes du commander Sulu, je m'arrangerai pour que votre prochaine affectation soit la raffinerie de dilithium de Delta Véga. Est-ce clair ?
Vandar, qui savait que les remarques ne s'adressaient pas à lui, se contenta de sourire.
- Très clair.
Khund, qui pensait qu'elles visaient l'Andorien, répondit :
- Très clair.
- Entreprise, terminé, dit Sulu, avant de se retourner vers Fox. Ambassadeur, j'apprécie ce que vous venez de faire. Surtout après que vous ayez rendu cette situation publique.
- Le capitaine Kirk vous en a parlé, n'est-ce pas ? répondit le diplomate, haussant les épaules. Je faisais mon travail, commander. Et je viens encore de le faire. C'est une vérité que votre capitaine trouve difficile à comprendre. Vous pourrez peut-être lui expliquer... s'il revient de sa mission.

* * * * *

Kirk entra dans la chambre du Conseil, suivi de Tyler. Le capitaine avait l'impression d'être observé par l'ensemble de la planète. Bien qu'entouré d'une poignée de Calligars, il sentait une multitude de paires d'yeux braqués sur lui.
Dans un coin de la salle se trouvaient Spock, Scotty, Daystrom et Thak. L'Andorien paraissait le plus secoué par la mort du shondar Dorkin. Pour un homme de son peuple, devoir sa vie à un mort était un véritable enfer.
Alt, Mocra et quelques Calligars qu'ils ne connaissaient pas siégeaient au Conseil.
- Vous êtes leur chef ? demanda le Maître du Statut.
- Oui, répondit Kirk. Je suis venu...
- Il n'est pas le chef, grogna Mocra.
Jim posa son regard sur lui.
- Je n'aime pas être interrompu.
Le grand Calligar n'y prêta aucune attention. Il se leva, sans quitter le commodore des yeux.
- Cela fait longtemps, Tyler.
José échangea un regard avec Kirk; ils étaient convenus que le capitaine serait le porte-parole. Jim se contenta de hocher la tête.
Tyler haussa les épaules.
- En effet.
- C'est à cause de vous que tout s'est passé, accusa Mocra. C'est votre faute si Ecma m'a quitté.
- Ma faute ? Je ne suis pas responsable de la philosophie de l'Évanouissement.
Un certain nombre de Calligars grimacèrent.
- Il est obscène que ce mot soit prononcé par un non Calligar ! cracha le frère d'Ecma.
- Aucun problème, fit Thak. Nous trouvons obscène qu'il soit prononcé par quiconque.
- La Maîtresse des Constructions est terrifiée par le sort qui l'attend, expliqua Kirk. Si vous êtes civilisés...
- Ne comparez pas notre civilisation à la vôtre, explosa Mocra. Vous n'avez pas le droit de nous juger ! Quant à vous ( Il s'adressa à nouveau à Tyler ), vous avez influencé Ecma au point qu'elle refuse l'honneur de s'Évanouir.
- L'honneur ?
- L'ultime récompense d'un Calligar, précisa Alt.
- Je ne suis pas responsable, protesta José. Ecma a agi de son propre chef.
- Vous mentez ! rétorqua Mocra. Je paierais cher pour vous faire avaler vos paroles...
Jim sentit la situation lui échapper.
- Commodore, faites attention.
Mais Tyler s'en moquait.
- Vous aimeriez me tuer, Mocra ? Depuis que je vous ai vaincu il y a trente ans, vous en rêvez. Cette idée vous obsède. ( Il leva les poings. ) Alors, venez vous battre. Maintenant !
- Mocra, intervint Alt, tu ne peux...
Mocra n'écoutait plus. Des années de jalousie, de haine, de fureur remontaient à la surface.
- Vous et moi ! Un combat à mort !
Il chargea, prêt à enfoncer ses doigts dans le corps de l'humain pour le déchiqueter.
José Tyler, calmement, dégaina son fuseur.
Il tira.
Le Calligar, emporté par son élan, fit quelques pas avant de s'écrouler aux pieds du commodore.
Tyler sourit.
- Ça marche à chaque fois, Pendejo. ( Il fixa Alt. ) A présent, pouvons-nous partir ?
- J'allais dire, l'informa le Maître du Statut, avant d'être interrompu : « Mocra, tu ne peux pas parler pour nous. » L'Évanouissement est décidé par l'EspritMonde. C'est irrévocable. Si Ecma revient, elle devra s'y soumettre. Dans le cas contraire, personne ne sera libéré.
- C'est inacceptable, fit Kirk
- Faux, capitaine. Nous sommes sûrs que vous n'abandonnerez pas vos amis et collègues pour une femme.
Jim se tourna vers l'assemblée de Calligars :
- Les fiers Calligars en arrivent donc à ce point ? La vie des otages contre la liberté d'une femme ?
- Non, capitaine, répondit le Maître du Statut. C'est là un comportement typique associé à l'Histoire de votre peuple. Il semble que votre influence soit néfaste pour notre civilisation. Nous sommes obligés de nous abaisser à votre niveau.
- Pourquoi ? Parce que nous ne partageons pas votre point de vue ? Parce que nous trouvons votre attitude... inquiétante ?
- Nous sommes un peuple miséricordieux, capitaine. Nous épargnons à nos membres la souffrance de la dégénérescence. Les Calligars l'acceptent.
- Comment le peuvent-ils ? demanda Jim. Qui peut dire qu'il veut mourir et abandonner tout espoir de se surpasser ?
- Moi.
A sa grande surprise, cette réponse ne provenait pas d'un Calligar, mais du docteur Daystrom.
L'informaticien approcha.
- Ils ont raison, capitaine.
- Docteur...
Daystrom continua de parler :
- Si quelqu'un était venu me trouver après mon premier quart de siècle d'existence pour me dire quel échec serait ma vie, ç'aurait été une véritable bénédiction.
- Je vous en prie, docteur Daystrom, vous ne m'aidez pas.
L'informaticien dévisagea un instant Kirk. Il soupira, tout tremblant.
- Mes excuses..., capitaine.
- Il n'a aucune raison de s'excuser, dit Alt. Il est simplement assez évolué pour comprendre notre philosophie. Pour quelle raison gaspiller les ressources d'une société quand une vie a atteint son zénith ?
- Parce ce que vous pourriez manquer le rebondissement de la fin du deuxième acte. ( Jim avança vers le Conseil. ) Sauf votre respect, nous tournons en rond. Il n'y a qu'une solution.
- Laquelle ?
- Je désire communier avec l'EspritMonde.
Si Kirk s'était exhibé nu devant l'assemblée des Calligars, il n'aurait pas obtenu une réaction aussi violente. Une vague de murmures ponctua sa requête.
- Ce ne serait pas... sage, dit le Maître du Statut.
- Peut-être, mais c'est l'EspritMonde qui prend les décisions. Donc, c'est lui qui résoudra ce dilemme. Ecma a le droit de continuer à vivre. Si l'EspritMonde est l'entité qui veut l'en priver, c'est à lui que je dois m'adresser.
- Vous ne comprenez pas, capitaine. Vous n'avez pas la discipline mentale d'un Calligar, même enfant.
- Les enfants calligars n'ont pas mes années d'expérience.
- Nous ne pouvons pas vous donner l'autorisation, capitaine. Vous n'avez aucune idée du danger. Vous laisser faire équivaudrait à vous envoyer à la mort.
- Je vois, rétorqua Jim sur un ton sardonique. Il est amusant de constater que vous éprouvez plus de scrupules envers un étranger que pour un des vôtres.
Spock intervint :
- Maître du Statut, ai-je raison de supposer qu'un Vulcain aurait la discipline mentale nécessaire pour supporter une communion avec l'EspritMonde ?
Alt le fixa un long moment et enfin admit :
- Nous avons étudié vos données sur les Vulcains, monsieur Spock. Il est possible que vous résistiez...
- Dans ce cas, avec la permission du capitaine, je demande à être le porte-parole d'Ecma.
Jim se tourna vers son ami.
- Spock, vous ne la connaissez même pas.
L'officier scientifique leva un sourcil.
- La connaître n'a pas d'importance, monsieur. Dans cette situation, c'est le concept de liberté contre prédestination qui compte. Seul un débat logique peut résoudre notre problème. Sauf votre respect, capitaine, choisir un humain pour parler de logique...
- Serait illogique, finit Kirk.
- Totalement.
- Je suppose que vous êtes assez vieux pour savoir ce que vous faites.
- En effet. Je suis même assez vieux pour reconnaître que c'est dangereux. Mais je dois le faire. Ce sera... fascinant.

* * * * *

Quand Ecma reprit conscience, le docteur McCoy était penché sur elle avec un large sourire.
- Bienvenue chez les vivants.
Elle s'humecta les lèvres, et demanda :
- Pourquoi ai-je un mauvais goût dans la bouche ?
- Vous avez évacué de force le contenu de votre estomac il y a plusieurs heures.
- Oh... Quand ? Où ?
- Après le discours que vous a tenu le capitaine...
Sur son uniforme et le mien.
- Je.. je suis désolée.
- Comment vous sentez-vous ?
Elle hésita.
- Vide, répondit-elle enfin. Je me sens... si seule. C'est effrayant. Comment... le supportez-vous ?
Il passa un bras affectueux autour de ses épaules.
- Nous cherchons d'autres personnes pour nous aider à survivre. Cela s'appelle l'amitié.
- Joe. Où est Joe ? Et le capitaine Kirk ?
- Ils sont allés convaincre les Calligars de vous laisser partir.
- Il n'y parviendront jamais !
- Votre peuple ne libérera pas Spock, Scotty et les autres tant que vous ne reviendrez pas.
Ecma écarquilla les yeux.
- C'est impossible !... Jamais je n'avais pensé qu'il agiraient de la sorte.
- Le capitaine non plus, sinon, il aurait peut-être hésité avant d'accéder à votre requête.
- Je n'arrive pas à croire que mon peuple s'abaisse ainsi.
- Que pensiez-vous qu'il ferait ? demanda le médecin.
- Je n'en sais rien ! Ma décision n'avait aucun précédent, docteur.
McCoy soupira :
- Quoi qu'il en soit, le capitaine a donné sa parole. Il est parti sur son cheval à bride abattue.
- Son cheval ?
- Aucune importance.
- Mais comment va-t-il convaincre mon peuple ?
Le médecin réfléchit un instant :
- C'est l'EspritMonde qui prend toutes les décisions, n'est-ce pas ?
- Oui, répondit-elle à voix basse. Je dois m'Évanouir dans deux jours.
- Dans ce cas, je pense que Jim va tenter d'entrer en communion avec l'EspritMonde.
- Non ! Il ne peut pas ! Vos amis otages, le capitaine risquant sa vie... C'est trop ! Je dois retourner sur Calligar !
Elle voulut se lever, mais Len la saisit par les épaules.
- Vous ne pouvez pas ! Nous n'avons plus aucun véhicule capable de supporter les fluctuations temporelles de la faille !
- Si, ma navette !
- Bon sang, je l'avais oubliée.
- Où est-elle ?
- Toujours au même endroit, je suppose.
- Je retourne là-bas.
- Il faudra en parler avec M. Sulu. Si vous voulez rentrer, personne ne vous en empêchera. Calmez-vous. Je vais vous chercher des vêtements. ( Il s'arrêta le temps d'appeler la passerelle. ) Infirmerie à Sulu.
- Sulu à l'inter, répondit l'Asiatique.
- Commander, j'ai des nouvelles pour vous. Vous allez adorer.

* * * * *

Le centre de communion était comme Daystrom se le rappelait. Jetant un coup d'œil discret aux autres, il constata qu'ils étaient autant impressionnés que lui. Dans les ténèbres, le plafond semblait inexistant. Pour un œil moins scientifique que celui de l'informaticien, les rais de lumière qui tombaient sur les communiants auraient pu provenir des yeux de Dieu.
Cette fois, cependant, il n'y avait personne dans la salle. Seule une colonne de lumière l'éclairait.
- Un Calligar, expliqua Alt, est capable de refouler ou d'accepter les pensées des autres. Nous avons préféré vous simplifier la tâche en nous assurant que personne ne soit « en ligne ». Vous serez seul avec l'EspritMonde, monsieur Spock.
- Je vous remercie, répondit le Vulcain.
- J'admets être curieux de la réaction de l'Esprit-Monde à votre contact. La rencontre de deux philosophies si différentes pourrait avoir des résultats... intéressants.
- Je m'efforcerai d'être divertissant.
Spock approcha du rai de lumière, suivi de près par Kirk.
- Capitaine, fit le Maître du Statut, prenez garde. On entre en communion avec l'EspritMonde à l'instant où on touche la lumière. Restez à distance.
Jim jeta un dernier regard à Spock.
- Nous faisons une expérience fascinante pour eux, n'est-ce pas ?
- En effet, répondit le Vulcain. Mais elle pourrait avoir des résultats étonnants.
Le capitaine posa une main sur l'épaule de son ami.
- Soyez prudent.
- Naturellement.
Spock regarda la colonne de lumière. Le silence était total. Le Vulcain n'éprouvait aucune sensation de chaleur. Il n'y avait que la blancheur, passerelle entre le monde réel et celui de l'esprit.
Sans hésiter, il pénétra dans le rayon lumineux, le dos tourné à Kirk et aux autres.
Près de Jim, Daystrom murmura :
- Capitaine, je désire m'excuser pour tout à l'heure.
- C'est inutile, docteur, répondit Jim, sans quitter des yeux le Vulcain.
- J'ai affaibli vos arguments. Si je peux...
- Tout va bien, docteur. A présent, si vous voulez...
Le dos de Spock se raidit, comme s'il avait été poignardé. Ses jambes se mirent à trembler, ses doigts se crispèrent.
Un murmure étonné parcourut l'assemblée de Calligars.
- Que se passe-t-il ? demanda Jim.
- Je l'ignore, répondit Alt. Il a des problèmes, certainement parce qu'il n'est pas calligar.
Spock tourna la tête. A l'horreur de Kirk, une traînée de sang verdâtre coulait de sa bouche. Il s'était mordu la lèvre inférieure.
- Spock !
Le capitaine se précipita au secours de son ami. Daystrom plongea pour l'intercepter.
Autour d'eux, tout le monde commençait à s'agiter.
Le sang coulait maintenant sur la veste de l'officier scientifique. Ses yeux étaient exorbités.
- Lâchez-moi ! s'écria Jim, repoussant Daystrom.
L'informaticien voulut à nouveau le saisir.
Les deux hommes plongèrent dans la colonne de lumière, la tête la première.
Immédiatement, leurs corps se raidirent, leurs visages figés par la surprise.
Puis leur esprit quitta leur corps.

CHAPITRE XXII

Installé dans le fauteuil de commandement, Sulu se frottait pensivement le menton, observant la Calligare qui se tenait devant lui.
- Après tout ce qui s'est passé, vous avez décidé de retourner sur votre monde ? demanda-t-il, dissimulant mal son agacement.
- Je crois que c'est la seule solution au problème.
- Si je vous laisse partir, croyez-vous que le capitaine appréciera ?
Ecma échangea un regard avec McCoy; le médecin haussa les épaules.
- Je crois, dit-elle, qu'il comprendra que j'ai voulu agir au mieux. Commander, qu'éprouveriez-vous s'il ne revenait jamais, parce que vous ne m'avez pas laissée partir ?
Ce fut au tour de Sulu de fixer McCoy, mais l'officier médical ne dit rien. Le message était clair : c'était une décision de commandement.
L'Asiatique n'avait aucune raison d'agir avec précipitation. Il restait du temps, même s'il diminuait à vue d'œil.
- Uhura, contactez les Calligars, ordonna l'Asiatique. Voyons s'ils nous répondent.
L'officier des communications envoya un message dans la faille. Près de l'Entreprise, sur l'écran principal, patientaient les vaisseaux tellarite et andorien. Ils se tenaient tranquilles, mais leur présence rappelait sans cesse à Sulu la délicatesse de sa position.
- Vous réalisez qu'ils vont sans doute surveiller les communications, dit Uhura. Dois-je brouiller...
- Non, répondit le pilote. Ils savent que nous appelons les Calligars. En brouillant la transmission, nous ne ferons que les irriter un peu plus.
- Comme si les Tellarites n'étaient pas déjà assez désagréables ! commenta McCoy.
- Fréquence d'appel ouverte, monsieur Sulu.
- Ici Sulu, aux commandes de l'Entreprise, dit-il.
L'image d'un Calligar apparut aussitôt. A la grande surprise du commander, il semblait inquiet.
- Je suis Stanzia des Calligars.
- Votre Maîtresse des Constructions, commença Sulu, est revenue sur sa décision. Elle exprime le désir de retourner chez vous, si vous libérez les commanders Spock et Scott, le shondar Dorkin, le docteur Daystrom et Thak. Faites parvenir ce message à vos dirigeants, ainsi qu'au capitaine Kirk et au commodore Tyler. Nous attendons votre réponse.
- Il y a un problème, répondit Stanzia.
- Lequel ?
- Il me sera impossible de satisfaire votre demande.
- Je ne comprends pas. Puisque nous sommes d'accords pour vous retourner...
- Le problème est que le shondar Dorian est mort. Le capitaine Kirk, le docteur Daystrom et M. Spock sont en communion; leurs chances de survie semblent faibles. Nous ne garantissons pas le retour de tout le monde. En revanche, si vous acceptez les survivants...
- Mon Dieu, murmura McCoy.
Ecma fixait l'écran, la bouche grande ouverte.
Sulu se maudit de ne pas avoir brouillé les communications.
- Monsieur Sulu ! s'exclama soudain Chekov. Le Belliqueux vient de mettre le cap sur la faille !
- Uhura, ouvrez une fréquence avec les Tellarites ! ordonna l'Asiatique. Chekov, trajectoire d'interception du Belliqueux. Alerte rouge ! ( Il se tourna vers le médecin et la Calligare. ) Veuillez quitter la passerelle, je vous prie.
McCoy guida Ecma vers l'ascenseur; la jeune femme était accablée par ce qu'elle venait d'apprendre.
- J'ai un contact avec le Belliqueux, annonça Uhura. L'ambassadeur Fox désire savoir s'il peut nous aider.
- Oui, qu'il reste dans sa cabine ! Entreprise appelle le Belliqueux. Répondez, je vous prie.
Le visage porcin de Khund apparut sur l'écran.
- Entreprise, nous ne le répéterons pas : écartez-vous de notre chemin !
- Nous ne pouvons pas vous autoriser à traverser la faille. Le champ de vos moteurs de distorsion...
- Pourquoi diable vous écouter ? hurla le Tellarite. Vous disiez contrôler la situation ! Le shondar Dorkin est mort, et chaque homme à bord crie vengeance !
- Vengeance ! crièrent un certain nombre de voix derrière Khund. Vengeance !
- Je m'en moque, rétorqua Sulu. Si vous approchez de la faille, nous ouvrirons le feu.
- Monsieur Sulu, l'interrompit Uhura. J'ai le Furtif sur une autre fréquence. Il nous offre son soutien...
- Les Andoriens aussi, ajouta l'Asiatique.
-... moral, grimaça la Bantoue. Le commander dit qu'il a toute confiance en la victoire de l'Entreprise.
- Remerciez-le, grommela Sulu.
- Commander, le Belliqueux garde le cap sur l'anomalie. Pénétration estimée dans treize secondes.
- Tirez une salve d'avertissement, ordonna le pilote.
Les phaseurs de l'Entreprise barrèrent sa route au vaisseau tellarite, qui ralentit aussitôt l'allure. Loin d'abandonner, le Belliqueux attaqua.
Plusieurs explosions secouèrent l'Entreprise.
- Visez les nacelles, ordonna Sulu. Torpilles à photons. Feu !
- Torpilles larguées, annonça Chekov.
Les torpilles s'écrasèrent contre les boucliers du vaisseau tellarite qui inversa les machines, fondant sur la faille.
- Rayons tracteurs ! cria Sulu. Attrapez-les !
Les rayons tracteurs saisirent momentanément le navire. Mais leur puissance était insuffisante pour lutter contre un vaisseau lancé à pleine vitesse. Le Belliqueux parvint à se libérer.
- Toutes les batteries de phaseurs en action ! ordonna le pilote. Feu !
Les rayons frappèrent le navire. Deux boucliers rendirent l'âme, mais ce n'était pas suffisant pour arrêter les Tellarites.
Bondissant en distorsion cinq, le Belliqueux disparut dans la déchirure spatio-temporelle.
Le silence tomba sur la passerelle.
Puis le lieutenant Newman signala des fluctuations dans la faille. Selon son estimation, elle s'effondrerait dans quatre-vingt-dix minutes.
Uhura passa en audio un appel des Andoriens, indiquant leur déception face à la performance de l'Entreprise.
La réponse de Sulu ne fut pas enregistrée.

* * * * *

Kirk ne voyait rien; il voyait tout. L'Univers s'effondra sur lui.
Il fut bombardé de sons et d'images, de millions d'informations.
Ce n'était pas une attaque, mais un véritable assaut.
Il ne savait pas où regarder, où penser en premier.
La logique.
Il devait trier les informations, prendre ce qui l'intéressait et rejeter le reste. Mais c'était impossible.
Tout tournoyait autour de lui.
Il était philosophe, médecin, explorateur, architecte, sculpteur, chanteur, scientifique.
Il était l'échec, le succès.
Tout et rien.
Mon Dieu mondieumondieu... Arrêtez arrêtezarrêtezarrêtez...
Des larmes roulaient sur ses joues, mais il n'avait plus de visage. Son corps le quittait...
Les champs de la ferme de ses parents, dans l'Iowa, lui faisaient signe.
Il était rentré chez lui, après s'être caché pendant des mois sur Vulcain. Carol Marcus l'attendait; elle se précipita vers lui, furieuse, comme dans la réalité.
- Tu as laissé mourir David ! Tu as sauvé Spock et McCoy, mais tu l'as laissé mourir ! Espèce de salaud ! Tu ne mérites pas de vivre...
Il entendit les hurlements de tous ceux qui étaient morts sous son commandement; les gardes de la sécurité, les hommes d'équipage qui lui avaient fait confiance.
Il vit des cadavres, empilés dans la salle des machines de l'Entreprise. Les corps meurtris, brûlés, réduits en cubes, démembrés, vidés de leur sang, étaient jetés dans la gueule béante des moteurs.
Un véritable enfer.
Il vit le bras de David qui dépassait du tas de cadavres. Ses yeux morts gardaient une expression de souffrance.
Jim courut libérer son fils du charnier. Il tira sur sa main; elle se détacha du reste de son corps. Le tas de cadavres, déséquilibré, s'écroula sur le capitaine, l'ensevelissant sous une puanteur ignoble.
Alors qu'il savait sa dernière heure arriver, il sentit une main le saisir par le bras et le sortir du tombeau.
Il fut entouré d'étoiles.
Son corps avait réapparu.
Il se retourna, et vit Daystrom le regarder d'un air inquiet.
- J'ai cru un instant vous perdre, dit-il.
Jim subissait toujours une surcharge d'informations, mais elle devenait contrôlable. Il promena le regard autour de lui, émerveillé.
- Qu'est-ce...
- Nous sommes dans le cœur de l'EspritMonde, expliqua l'informaticien, dans sa base de données. Toutes les informations sur les Calligars sont stockées ici. Si vous ne parvenez pas à les trier, je crains que l'ordinateur soit trop compliqué à utiliser.
- Vous... y arrivez ?
Le capitaine se massa les tempes, tentant de calmer sa migraine.
- C'est un ordinateur, répondit Daystrom. Je suis dans mon élément. Ce n'était pas facile... mais pas plus horrible que ce que j'ai vécu avec ma dépression nerveuse.
- J'étais... presque paralysé...
- Plus vous enfouissez votre malheur, plus l'EspritMonde vous blesse quand il le trouve. Moi, je porte ma misère en surface. Ce n'est pas aussi douloureux.
- Un bon conseil thérapeutique.
- De plus, en nous concentrant, nous pouvons tirer des forces l'un de l'autre. Nous pouvons partager nos défenses.
Kirk regarda une fois de plus autour de lui.
- Avant d'agir, il faut retrouver Spock. Soudain, le Vulcain apparut près d'eux.
Un couteau - visiblement d'origine vulcaine -, était planté dans son dos. L'officier scientifique essayait vainement de l'arracher.
- Spock ! s'exclama Jim.
Il courut vers lui.
Il lui fallut trente secondes pour réaliser qu'il n'approchait pas.
- Comme dans toute base de données, expliqua Daystrom, il faut manipuler son environnement. Il réagit à vos pensées.
Alors un grand éclat de rire retentit autour d'eux, provenant de nulle part et de partout à la fois.
Le rire était si fort que le capitaine dut plaquer ses mains contre ses oreilles.
En vain.
Le bruit s'infiltrait dans les méandres de son cerveau.
- J'appelle l'EspritMonde ! s'écria Kirk. Je viens parler d'Ecma ! Je viens parler de Spock ! Si vous êtes si bon, pourquoi agissez-vous ainsi ? Pourquoi essayez-vous de nous détruire ? Pourquoi voulez-vous annihiler votre peuple ?
Soudain, un Calligar se matérialisa près d'eux.
- L'EspritMonde est bénéfique, expliqua-t-il, Pour le reste de Calligar, rien n'a changé. Seule une poche d'informations a été... modifiée. Mon peuple n'en sait encore rien. L'EspritMonde l'ignore aussi. J'ai dissimulé l'existence de ce sous-système. Mais vous ne sortirez pas d'ici.
- Qui êtes-vous ?
- Regger, espèce de barbare ! cracha l'autre, le visage tordu par la fureur. Je suis le fils d'Ecma ! Le prochain Maître des Constructions. Vous avez failli tout gâcher; tout est planifié depuis des lustres. Je ne pensais pas que vous auriez survécu si longtemps. Mais c'est fini.
- Qu'avez-vous fait à Spock ?
- Il ne s'attendait pas à une attaque. Il m'a été facile de m'en débarrasser dès son arrivée. Je ne pouvais pas le laisser fouiner dans l'acte d'Évanouissement de ma mère.
- Bien sûr ! s'écria Jim. L'acte n'était pas légitime. Son temps n'est pas encore venu. Mais vous avez reprogrammé l'EspritMonde à votre bénéfice !
- Il m'a fallu des années pour accomplir ce prodige, dit fièrement Regger.
- Votre plan était parfait : faire en sorte que votre mère apprenne qu'elle allait s'Évanouir à l'instant où elle nous rencontrerait. Consciente que son moment n'était pas venu, elle respecterait trop l'EspritMonde pour soupçonner une influence extérieure ! Quoi qu'il advienne, vous seriez devenu le nouveau Maître des Constructions !
- Je lui offrais une possibilité de connaître le bonheur, loin des Calligars. Un fils ne pouvait pas faire moins pour sa mère ! ( Un fuseur apparut dans sa main. ) Vous reconnaissez cette arme ? Je l'ai tirée de votre esprit. Vous allez mourir, et personne ne soupçonnera ce qui s'est passé. Capitaine, vous ne pouvez pas être vainqueur à chaque fois.
Il ouvrit le feu.
A la vitesse de la pensée, Kirk ordonna :
- Levez les boucliers !
Un bouclier apparut.
Il était rond, avec une pointe au centre, un peu comme ceux des chevaliers du Moyen Age. Un aigle aux ailes déployées y était dessiné.
Le rayon du fuseur rebondit sans blesser le capitaine. Jim se tourna vers Daystrom.
- Tout est subjectif, expliqua l'informaticien. Ce n'est pas une lutte physique. Votre esprit affronte le sien. Je suis avec vous.
Kirk n'émit aucune pensée consciente. Pourtant, il se retrouva instantanément sur un magnifique destrier blanc. Les yeux du cheval luisaient d'une lueur intérieure.
Il rua si haut qu'il parut remplir le ciel.
La monture portait des plaques d'armure et, le plus naturellement du monde, les lettres NCC-1701 A.
Jim réalisa que lui aussi portait une armure de chevalier, ainsi qu'une lance scintillante. L'étendard de la Fédération claquait au bout de l'arme.
- Yaaah ! s'écria-t-il.
Le cheval chargea.
Regger tira à nouveau.
L'énergie rebondit sur le bouclier.
Poussant un grognement sourd, le Calligar se métamorphosa en une horrible créature.
Il grandit, encore et encore. Sa gueule était aussi vaste que l'espace; ses yeux, aussi brûlants que le soleil.
Il ne ressemblait plus à un humanoïde.
Le destrier hennit de frayeur. Le capitaine reprit le contrôle de sa monture. Il passa à l'attaque.
Le monstre qu'était Regger voulut le déchiqueter de ses griffes, mais Kirk plongea, esquivant le coup.
Sa lance se planta dans la poitrine de son adversaire, se brisant net.
Regger rugit, puis tomba à la renverse, comprimant sa poitrine blessée.
Le capitaine sortit son épée du fourreau; il reprit l'assaut.
Cette fois, il manqua la tête de la créature. Regger, lui, réussit à toucher son cheval.
Le magnifique destrier s'écroula avec un terrible hennissement. Ses boyaux se répandirent sur le sol.
Kirk bondit loin dt ! destrier.
Quand il se releva, David Marcus approchait de lui, le visage désespéré.
- Père, laissez-moi vous aider, dit le jeune homme.
- Tu n'es pas réel ! s'écria le capitaine.
Dans sa précipitation, il avait lâché son épée, qui se trouvait à un mètre de lui.
- Si. Ne voyez-vous pas ? Je proviens de votre subconscient ! Je veux vous aider. Je veux vous pardonner. Je vous en prie, ne vous détournez pas. Ne me laissez pas mourir une fois de plus !
Tout dans sa voix et dans son apparence était sincère; Kirk hésita une seconde.
David approchait, tendait les bras vers lui...
Jim sauta pour s'emparer de son épée. Il la brandit à l'instant où son fils allait le toucher.
La lame ouvrit le torse de David depuis les côtes jusqu'à l'épaule.
Il poussa un hurlement de douleur; son visage se transforma en celui de Regger.

* * * * *

Quelque part dans le monde réel, dans la maison de Regger, dans un centre de communion privé, le Calligar s'écroula. Son esprit déserta son corps avant qu'il touche le sol.

* * * * *

Tout se mit à fondre autour de Kirk. Il entendit Daystrom pousser un cri, puis il eut la sensation de tomber.
Il voulut agripper quelque chose, en vain.
Il n'y avait rien.
Rien.
Il tomba
et tomba
et tomba encore
et...
Il s'assit.
Il se trouvait dans sa cabine.
Daystrom était présent, Spock aussi.
Jim leva les yeux. Le plafond de ses quartiers avait disparu, laissant la place à un ciel bleu étincelant...
Il y avait aussi un Calligar qu'il ne reconnut pas.
A l'expression du Vulcain, lui le connaissait.
- Capitaine, voici Zyo. C'est sa détermination à ouvrir des négociations avec la Fédération qui est...
- A l'origine de tous nos problèmes, termina le Calligar. Je suis le père d'Ecma. C'est un plaisir de vous rencontrer.
Il serra la main de Kirk.
- Vous savez ce qui s'est passé ? s'étonna le capitaine.
- Bien sûr. Malgré mon horreur, je dois admettre avoir une certaine admiration pour mon petit-fils. Il méritait d'être le prochain Maître des Constructions. Son intelligence était incroyable. Dommage que vous ayez détruit son esprit, capitaine.
- Vous voulez dire... qu'il est mort ?
- Oui. Et le pire, c'est qu'il ne reste rien à sauver de son intellect. Il ne pourra jamais rejoindre l'EspritMonde.
- Un privilège qu'il a voulu accorder prématurément à Ecma.
- J'aurais été ravi de la voir, soupira Zyo. Mais je comprends maintenant que c'est une réaction égoïste. Son temps viendra un jour.
- Que voulez-vous dire ? demanda Daystrom. Après tout ce qui est arrivé, vous exigez toujours son retour ?
- Bien entendu. Elle est l'une des nôtres. Elle appartient aux Calligars. Elle ne peut pas partir.
- Ce n'est pas juste. Pourquoi ?
- Parce qu'elle ne connaîtrait jamais l'honneur et la beauté de l'Harmonie de l'EspritMonde, répondit Zyo. Serait-il juste de la priver de tout ça ? Si elle mène une vie normale, sa mort sera une fin. Nous ne pouvons pas permettre un tel malheur. Nous aimons trop notre peuple.
- Si vous l'aimiez vraiment, fit Kirk, vous la laisseriez partir.
Le Calligar éclata de rire.
- Une vision humaine de la chose.
- Il arrive un moment où il faut savoir faire la différence entre le véritable amour et l'amour égoïste. Ce n'est pas parce que vous avez foi depuis des siècles en une philosophie que vous avez obligatoirement raison.
- Que les humains pensent autrement ne signifie pas non plus qu'ils aient raison.
- C'est vrai, admit Jim. Mais Ecma n'a-t-elle pas le droit de décider ?
- Elle ne pourra pas. Si nous la laissons partir, elle n'aura plus l'occasion de revenir parmi nous. A la prochaine ouverture de la faille, elle sera probablement morte.
- C'est possible. Mais c'est à elle de prendre la décision.
- Nous avons des plans pour elle.
- Elle a les siens.
Zyo soupira :
- Je dois avouer n'être pas totalement convaincu. Notre foi...
- Ce n'est pas une vie !
- Nous avons accès à tous les aspects de la vie ! protesta le Maître des Constructions.
- Sauf un, lui dit Kirk : la chance de continuer de vivre. De faire de nouvelles expériences. Vous avez déjà oublié ce qu'est la vie : respirer l'air, sentir les lèvres d'une femme sur les vôtres, serrer un nouveau-né dans vos bras... Se tenir sur la passerelle d'un navire, s'interroger sur les secrets de l'Univers ! Il ne faut pas diminuer la valeur de la grande aventure de la vie. Connaître le bonheur et le malheur, la joie et la misère, avoir le droit de ressentir ces choses... C'est ce que vous devez lui offrir.
Zyo marqua une pause.
- Vous êtes à l'origine de la situation, Zyo, continua Spock. Les événements ont évolué d'une manière que vous n'aviez pas prévue. Mais vous devez les laisser se dérouler.
- Permettez-lui de partir, dit le capitaine. Je vous en prie.
- Je dois consulter le reste de l'EspritMonde, Kirk. La discussion sera longue et fatigante, j'en suis sûr. Attendez ici.
Il disparut.
- Minute, nous n'avons pas de temps...
Zyo se rematérialisa.
Il soupira :
- J'avais raison. C'était exténuant.
Kirk, Daystrom et Spock échangèrent un regard.
- Vous avez terminé ? demanda Jim.
- Oui.
- Vous aviez dit que ça prendrait du temps.
- Capitaine, répondit le Calligar avec un sourire, quand vous appartenez à un tout capable de prendre des décisions en des périodes de temps si brèves qu'elles sont incalculables, une discussion de plus d'une seconde paraît une éternité.
- Et la décision ?
Son sourire se teinta de tristesse.
- Emmenez-la, capitaine. Dites au commodore Tyler de bien s'occuper d'elle. Et rappelez-lui que son père l'aime.
- Vous ne le regretterez pas, monsieur, dit Spock.
Zyo le fixa.
- Je le regrette déjà. Quand vous partirez, dites à Alt d'entrer en communion avec l'EspritMonde.
- Très bien, conclut Jim, mais comment sortir d'ici ?
Il sentit alors le sol, dur et froid, sous son corps.

* * * * *

La colonne de lumière avait disparu.
Jim eut des difficultés à respirer, mais il comprit aussitôt pourquoi. Spock et Daystrom étaient évanouis sur lui. Le Vulcain, aussitôt après avoir repris connaissance, releva l'informaticien.
- Quelqu'un pourrait-il s'occuper de moi ? demanda Kirk.
Un bon samaritain l'aida à se mettre debout. A son grand soulagement, il se rendit compte que c'était Scotty.
- Combien de temps sommes-nous restés inconscients ?
- A peu près quarante-cinq secondes, capitaine.
- Cela m'a paru une éternité.
Alt approcha à son tour.
- Alors, capitaine ?
- L'EspritMonde souhaite communiquer avec vous. Et Zyo vous dit bonjour, ajouta-t-il.
Le Maître du Statut écarquilla les yeux de surprise.
Puis il hocha la tête et recula de deux pas. Une colonne de lumière apparut au-dessus de lui.
- Alt reçoit les ordres de l'EspritMonde, expliqua Kirk au reste de l'équipe de contact. Nous pouvons partir.
- Il y a deux problèmes, capitaine.
- Lesquels ?
- Nous venons d'apprendre qu'un vaisseau tellarite a traversé la faille. Il attaque les Calligars. Manque de chance, la faille va se refermer prématurément. Si nous ne partons pas dans moins d'une heure, nous allons devenir des résidents permanents de cette planète.

CHAPITRE XXIII

Quand Ecma et McCoy passèrent devant la salle de téléportation, la Calligare se retourna brusquement.
- Je suis navrée, docteur.
- De quoi ? demanda Len.
Il ne vit pas l'uppercut qui l'assomma.
Ecma entra dans la salle de téléportation. Derrière la console, Tuchinsky confirmait que l'alerte rouge avait été annulée.
Elle leva les yeux sur Ecma, surprise.
- Puis-je vous aider ?
- Je suis vraiment navrée, jeune femme.
- De quoi ? demanda Tuchinsky.

* * * * *

Le Belliqueux fondait sur le RéseauMonde, tirant sur les cités, sans succès. Quelle que soit la composition des dômes, ils résistaient aux phaseurs et aux torpilles à photons.
Khund frappa les accoudoirs de son fauteuil de commandement.
- Nous devons les détruire ! s'écria-t-il. Nous devons venger le shondar Dorian ! Si nous ne parvenons pas à les annihiler depuis l'espace, nous nous téléporterons sur la planète pour les tuer un à un.
- Monsieur ! s'écria l'officier des communications. Nous recevons un appel des Calligars... Non, c'est sur la fréquence d'un communicateur de Starfleet !
- Audio, grogna le commander.
- Ici le capitaine James Kirk de l'Entreprise, dit une voix dans les haut-parleurs. J'appelle le vaisseau tellarite qui attaque les Calligars.
- Ici Khund, du Belliqueux. Nous crions vengeance, pour la mort du shondar Dorian !
- Vengeance ! répétèrent les membres de l'équipage. Vengeance !
- Vous ne la trouverez pas ici, répondit Kirk. Vous pouvez tirer jusqu'à épuiser vos réserves d'énergie, cela ne fera aucune différence.
- Nous sommes prêts à détruire ce monde ville par ville.
- Êtes-vous prêts à vivre ici ? Sondez la faille, elle se referme !
- Vous mentez ! gronda Khund.
- Monsieur, il dit vrai ! s'exclama l'officier scientifique. Les fluctuations temporelles s'accélèrent. L'anomalie s'effondrera dans moins d'une heure.
Bouillonnant de rage, le Tellarite explosa :
- C'est votre faute, Kirk ! Le shondar Dorkin est mort, et c'est votre faute...
- Il n'est pas responsable, dit une autre voix, celle d'un Andorien. J'étais présent quand Dorkin est mort. Il a combattu fièrement, entraînant deux douzaines d'ennemis avec lui. Il est mort en nous sauvant; nous ne serions pas là sans son noble sacrifice,
Khund échangea un regard surpris avec ses officiers.
Ils étaient visiblement impressionnés. Traditionnellement, les Andoriens et les Tellarites se détestaient. Que celui-ci parle si honorablement du shondar...
- Que ce sacrifice ne soit pas vain, dit Kirk. Nous avons son cadavre. Téléportez-nous à votre bord, et partons avant qu'il ne soit trop tard.
Khund hocha lentement la tête.
- Nous avons vos coordonnées. Préparez-vous à la téléportation.

* * * * *

Sur Calligar, Jim Kirk poussa un soupir de soulagement :
- Ils vont nous téléporter. Le trajet sera plus sûr qu'en navette. Le voyage a été plus mouvementé que je le pensais, et si je peux éviter de recourir à la plate-forme...
Ils entendirent le bruit familier d'un téléporteur. Jim se prépara à se matérialiser sur le navire tellarite.
Un instant plus tard, il vit le corps du shondar Dorkin disparaître, mais personne d'autre ne fut téléporté.
- Khund ! s'écria le capitaine dans son communicateur, vous avez dit...
- Non, répondit le commander tellarite. Je n'ai rien promis. De plus, je suis sûr que vous mentiez. Je crains que vous aider ne soit pas possible, mes amis. Amusez-vous bien avec les Calligars.
Il coupa la communication.
Kirk se mit aussitôt en mouvement.
- Tous à la navette ! Une fois que le Belliqueux aura traversé, la faille se refermera plus vite encore !
- C'est probable, ajouta Spock.
Ils coururent comme s'ils avaient le diable à leurs trousses.

* * * * *

- Monsieur Sulu ! s'exclama Chekov. Quelqu'un vient d'utiliser le téléporteur !
- Comment ? Pour aller où ?
Le Russe vérifia les coordonnées :
- Le vaisseau d'Ecma.
- Ouvrez une fréquence d'appel. Entreprise appelle Ecma. Êtes-vous à bord de votre navette ?
- Oui, répondit la Calligare. Je m'excuse des méthodes employées pour vous fausser compagnie. Vos senseurs doivent vous indiquer que la faille se referme. Je suis leur seul espoir de retour. De plus, j'ignore si je suis prête à quitter mon peuple. Je le croyais, mais je n'en suis plus sûre.
Sur la passerelle, tout le monde se tourna vers Sulu.
Après réflexion, il dit :
- Faites ce que vous croyez juste. Bonne chance. Entreprise, terminé.
Le vaisseau tellarite émergea de la singularité. Sans répondre aux appels, ni ralentir, le Belliqueux passa en vitesse de distorsion six.
L'instant d'après, il avait disparu.
Derrière lui, l'anomalie temporelle connue sous le nom de Faille de Pike se refermait déjà.
Dans cinq minutes, elle aurait disparu.

* * * * *

La navette fonçait à la vitesse maximale pour échapper à la fermeture de la faille.
- Capitaine, s'écria Scotty, nous manquons de puissance ! Il ne nous reste que deux minutes de distorsion trois !
Autour d'eux, l'espace était en feu.
- Sortie prévue dans une minute et dix secondes, annonça Spock.,
- Il ne nous reste plus qu'une minute de réserve ! hurla Thak, à l'arrière. Nous n'allons pas réussir ! Et nous serons écrasés si nous retombons en vitesse d'impulsion !
- Même si nous perdons notre puissance. il faudra quinze secondes pour que le champ de distorsion qui nous protège se désintègre. dit le Vulcain.
- Vous voulez dire que nous disposons d'une marge d'erreur de cinq secondes ?
- « Erreur » est un mot trop fort.
Le temps passait. Bientôt. la jauge indiquant la puissance de distorsion tomba à zéro.
La faille grondait autour d'eux.
- Désintégration du champ de distorsion. dit l'officier scientifique. Dix. neuf. huit. sept...
La navette se retrouva dans l'espace normal.
Devant eux. jamais autant désiré. les attendait l'Entreprise. Thak remarqua la frégate andorienne, quelques kilomètres plus loin.

* * * * *

- Cinq. Annonça sereinement Spock.
Ils virent alors le navire d'Ecma se préparer à plonger dans la faille.
Le Vulcain ouvrit une fréquence d'appel :
- Attention. navette calligare...
Tyler déboucla sa ceinture de sécurité, se précipitant sur la console de communications.
- Ecma !
- Joe ? répondit la jeune femme.
- Ecma, c'est nous ! Nous allons bien !
- Ils... ils vous ont laissé partir ? Mais je devais m'Évanouir...
- C'était une ruse de votre fils. expliqua Spock. Vous ne devez pas être exécu...
- SPOCK ! s'écria Tyler. horrifié.
- Je... je ne dois pas mourir ? fit la Calligare.
- Non... Vous pouvez rester avec moi.
- Mais je peux vivre avec mon peuple, à présent. Je ne suis plus obligée de fuir !
- Ecma ! Écoutez-moi.. supplia José.
- Vingt secondes avant l'effondrement de la faille. annonça le Vulcain.
- Ecma, restez avec moi ! Je vous en prie ! Après tout ce qui s'est passé...
La navette calligare disparut dans la déchirure spatiale.
- Quelle chienne ! hurla soudain Tyler.
- Joe, intervint Kirk. Allons...
- Elle m'a utilisé, James. Ne le voyez-vous pas ? Elle ne m'aimait pas. Elle ne m'a jamais aimé. C'était un jeu !
La faille se referma.
Au dernier instant, quelque chose en sortit.
Une voix résonna dans les haut-parleurs :
- Joe ?
Tyler écarta Spock pour accéder au micro :
- Ecma ?
La jeune femme semblait émue aux larmes.
- Ce que vous avez fait pour moi - ce que vous avez tous fait pour moi -, est formidable. Je croyais être seule. J'avais peur. Mais je ne suis plus seule. Nous serons ensemble...
- C'est génial, répondit le commodore, un large sourire éclairant son visage. Vous et moi. Jamais je n'ai douté de vous. Pas un seul instant. C'était le destin. Je vous aime, Ecma.
- Je vous aime, Joe.
Spock leva un sourcil, échangeant un regard avec Kirk.
- Il n'a jamais douté d'elle ?
- Douté, monsieur Spock ? fit Jim, l'air innocent. Je ne me souviens pas que le commodore ait un jour douté de quelqu'un.
Le Vulcain fixa Tyler, puis Kirk. Enfin, il se concentra sur ses instruments.
- Considérant le nombre de revirements émotionnels que connaissent les humains, il est étonnant que la nature ne vous ait pas doté de trampolines à la naissance, marmonna-t-il pour lui-même.

ÉPILOGUE

Le mariage du commodore José Tyler et de l'ex-Maîtresse des Constructions Ecma fut présidé par le capitaine James T. Kirk.
Au cours de sa lutte contre les Calligars, Jim avait résolu un certain nombre de conflits personnels. Il trouvait cela ironique, mais il n'en dit rien à personne.
Le gouvernement tellarite déposa une plainte officielle et déclara la guerre aux Calligars. Ce conflit dura dix ans, au terme desquels les Tellarites se proclamèrent victorieux, puisque leurs farouches ennemis n'avaient pas eu le courage de se montrer. Le shondar Dorian fut enterré dans le panthéon des héros de Tellar, et une fête mondiale fut décidée en son honneur.
Le Conseil des Études Intergalactiques de la Fédération écouta les différents récits des membres de l'équipe d'exploration, puis décida que les Calligars devraient être à nouveau contactés lors de la prochaine ouverture de la faille. Hélas, l'événement se produisit pendant la guerre entre les Klingons et les Romuliens. La Fédération ne pouvant envoyer d'équipe, l'anomalie se referma sans être traversée.
Thak l'Andorien écrivit un opéra populaire sur les Calligars, recevant le prix Zankar-Bowles pour la créativité de son œuvre.
Le docteur Richard Daystrom, combinant les éléments d'un environnement sensible à la pensée à ses recherches abandonnées sur l'ordinateur M-5, développa un programme théorique qui permettait de créer des images aptes à réagir instantanément à la présence d'êtres humains. Appelée « l'Interaction Daystrom », cette théorie servit de base à la technologie des holodecks.
Lorsque Mocra s'éveilla des effets du tir de fuseur de Tyler, on l'informa qu'il était le nouveau Maître des Constructions. On lui dit aussi qu'il avait obtenu ce poste parce que sa sœur avait disparu pour toujours, et parce que son fils était décédé.
Apprenant ces nouvelles, il se mit à pleurer.
On dit qu'il ne cessa pas jusqu'au jour de sa mort.

F I N

Cette ligne de programmation ne sert qu'a formaté proprement les lignes de textes lors d'un utilisation sous Mozilla Firefox. J'aimerais pouvoir m'en passer mais je ne sait pas comment, alors pour l'instant. Longue vie et prospèrité